M. MOLE
pendant M. Dupin fut inébranlable; il ne voulut pas revenir sur sa résolution : des paroles vives s'ensuivirent , à tel point que la conversation dut être brusquement rompue, et que M. Dupin sortit Irès-précipilam-
ment du cabinet de Sa Majesté. Son trouble fut tel, dit-on, qu'il partit nu-tête, et en laissant son chapeau dans le cabinet du roi. Le soir même, M. Dupin, renonçant à entrer dans toute combinaison ministérielle, prit la poste et se retira dans sa terre de Clamecy,
Parmi les motifs de bonne foi que M. Dupin avait allégués dans cette mémorable conversation, il paraît qu'il avait exprimé sa répugnance à partager la responsabilité ministérielle avec MM. de Sébastiani et Montalivet , dont il accusait la faiblesse et la complaisance à se rendre obéissants aux volontés de certain pouvoir.
Cette opinion pouvait prendre quelque autorité auprès de la Chambre: M. Thiers , consulté à ce sujet, ne dissimula pas , en présence des membres du conseil , ce qu'il y avait de spécieux dans ce motif. Il fallait donc arriver à changer la cause du refus de M. Dupin , afin de ne pas rencontrer à la Chambre, de sa part, une opposition qui, à cette époque, était redoutable.
M. le général Sébastiani et M. de Montalivet firent, à l'instant, preuve de dévouement en se déclarant résignés à se démettre de leur portefeuille, pour que M. Dupin n'eût pas ce prétexte d'opposition à faire valoir auprès de la Chambre.
Restait la question de la présidence.
M. Thiers se rendit promptement compte de la situation , et , croyant impossible de priver le maréchal Soult de la présidence au profit de M. Dupin , il proposa néanmoins à Sa Majesté de faire une dernière tentative qui devait mettre en demeure le député de la Nièvre de se décider. On savait, du reste, que M. Dupin ne mettait jamais ses boutades au-dessus de son dévouement ; mais on comptait peut-être, en cette occasion, sur Fempire de son amour-propre : on lui proposa donc le portefeuille de la justice , sous la présidence du maréclial Soult, en lui faisant sentir que cette présidence n'avait rien qui fût de nature à le choquer; car, disait-on, M. le duc de Broglie s'y soumettrait au besoin.
Cela se passait le 5 octobre ; on s'attendait parfaitement au refus de M. Dupin , mais cette détermination devait mettre tout le monde à l'aise sur la composition du cabinet, et couvrir les nouveaux ministres à l'égard des amis mêmes de M. Dupin; car le grand nom du maréchal Soult devait aplanir les difficultés de la présidence. L'on ne conservait sur l'acceptation de^. Dupin aucun espoir sérieux; et cela est si vrai^ que, dans dans un dîner fait à Petit-Brie, chez M. le baro.'i Louis, où se trouvaient de grands personnages , et entre autres M. le prince de Talleyrand , on discutait sur la formation du cabinet, en mettant en première ligne de compte l'éventualité du refus de M. Dupin.
Ce qui avait été prévu se réalisa.
Le (.lôpiilc (le la jNièvie refusa, mais il avait été conquis. Son opposition n'avail [ilus dû prélexle , et le eahinet l'ut enfin constitué, prenant pour devise et pour loi lu continualion liu système de Casimir l'érier. Voici les noms des membres de ce cabinet : Président, M. le maréchal Soult; intérieur, M. Tïncvs; Justice^ M. Barllie; marine, M. l'amiral comte de Rigny;y?wrtwcc>', M. Hum.mn ; Inslruclion et cultes , M. (inizot; affaires étranrjères , M. le duc de Broglie ; commerce et travaux-publics, M. le comte d'Argout.
ALKXArVDKE LAVA.
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LES COÎIÉDIEXS AllBL'LAMS.
^os déparlements sont peuplés de ces troupes de comédiens nomades, pauvres ilotes qui ont à chaque pas à lutter contre les difficultés de leur position. A Paris, les artistes sont les privilégiés du sort. Ministres des temples dramalicpies, où le luxe et l'art n'ont rien négligé, ils ne sont pas obligés le malin de construire avec des planches, dans quelque grange déserte, les paiaii où le soir Agamemnon ou Orosmane paraîtront sous la pourpre et l'or.
Pour les comédiens ambulauls, tout est souci, travail. Que de génie ne leur faut-il pas pour obtenir, de la philanlliropie des cilés qu'ils exploitent, le prêt de quelques vieux habits de sous-préfet ou quelques châles Ternaux [)Our habiller les personnages. Souvent même l'affiche est d'une grande difficulté dans sa composition; car il faut remuer l'indifférence des bourgeois , les galvaniser pour leur faire quitter leur demeure. Voici un modèle des affiches d'une troupe nomade. Le directeur-auteur
parle ainsi au public , après avoir pompeusement annoncé et mis en relief le litre de l'ouvrage :