LE JUGEMENT DERNIER
Drame nouveau, la terreur y domine.
Acte premier: la guerre et ses fureurs. Acte second : la peste et ses horreurs. Dans le suivant, j'ai placé la famine.
Le quatrième est d'un effet très-beau.
Au bruit affreux du tonnerre qui gronde. Le genre humain descend dans le tombeau. Le dénoûment sera la lin du monde.
Un comédien devait un soir remplir le rôle de gendai'me daus le ballet du Déserteur ; il n'y avait pas dans le magasin du théâtre de culotte à la
Les Comédiens ambulants. — La Toileite.
taille de l'acteur. Que fait le comédien? Il lie conversation avec un vrai gendarme qui se chauffait paisiblement au poêle du foyer; il lui fait part de son embarras, et décide le gendarme à échanger, pour un quart d'heure, sa culotte de peau contre le pantalon fort endommagé du co-
médien. Le spectacle fini, le gendarme attendait encore qu'on lui apportât sa culotte : le comédien était allé souper en ville avec la culotte, et ne revint que le lendemain.
Deux arlisles de la Comédie-Française donnaient une représentation à Versailles; raffiche portait Andromaque; un acteur nomade, je crois Eosambeau, arrive à l'hôtel à l'heure du diner, et est reconnu des acteurs de Paris.
— Sois le bienvenu , lui dit-on ; Pylade nous a manqué de parole, tu dois savoir ce rôle, tu le joueras.
— Je ne le sais pas; mais je vais l'apprendre.
— Fais-toi donner une chambre , on t'y portera à diner, et tu pourras étudier tranquillement.
— Non pas; je dînerai avec votis, je prendrai la pièce à côté de moi; j'ai su Pylade , je n'ai besoin que de le repasser.
Les^Comédiens ambulants. — Le 1 u. .. u^ ;.. ,: .
L'artiste dîna en effet; mais, au moment d'entrer en scène, il ne savait même pas le premier vers du rôle.
Au lever du rideau, Oresle dit, en embrassant Pylade :
Oui , puisque je retrouve un ami si fidèle . ^Ma fortune va prendre une face nouvelle.
Pyladc (Uosanibcau) , n'ayant rien à irpondre, au lieu de parler se mi à embrasser Oresle; il le lit avec tant de clialeur, tant d'effusion, que le parterre applaudit : Rosambeau continua à embrasser; on applaudit encore; puis enfui, comme les embrassements ne finissaient pas, on siffla. Alors Pylade s'approcba , lit trois saluts respectueux, et dit :
Messieurs, je ne me suis jamais si bien aperçu qu'aujourd'hui qu'il est impossible de faire deux choses à la fois; j'ai voulu aiiprendre moa rôle en dînant, il en résulte que j'ai mal diué, et que je ne sais pas un mot de mon rôle.
Cette franchise plut au public, qui , ce jour-là, était de bonne humeur; on applaudit aux loges et à l'amphilhétàtre , et l'artiste mit sa prose à la place des deux beaux vers de Racine.
Ce même Rosambeau faisait partie d'une petite troupe engagée, pour quelques représentations, pour la foire de Saint-Omer. Les recettes étaient mauvaises ; les comédiens s'endettaient , et les aubergistes se montraient peu patients pour leurs débiteurs. Enfin Rosambeau ranima le courage de ses camarades; on annonça , à la demande générale^ pour la clôlure définitive et sans remise, une représentation du MOrs'STRE, mélodrame à grand spectacle. Une affiche gigantesque promit monts et merveilles ; on lisait : M. Rosambeau, ancien premier svjet tragique et comique du Théâtre-Français et de l'Odéon , remplira le rôle du monstre.
Chacun rnil la main h. l'œuvre : on improvisa des décors, on métamorphosa une vieille forêt en une mer orageuse; deux enfants, faisant la culbute sous cette toile, imitèrent les flots; un baquet de blanchisseuse se changea en vaisseau.
Le grand jour arriva ; les rôles étaient sus , les décors terminés , tous les costumes prêts, un seul excepté cependant, celui du monstre; mais on comptait sur l'esprit inventif de l'acteur. Une heure avant le spectacle, celui-ci fit venir un peintre.
— Mon cher, lui dit-il , combien me prendrez-' ,ous pour me peindre en vert de la tête aux pieds.
— A une ou deux couches?
— A trois couches.
— Trois francs... Marché convenu.
Et le peintre consentit à être payé sur la recette. A grands coups dt pinceau le peintre couvrit le visage, la poitrine , les bras et les jambes de Rosambeau d'une épaisse couche de vert à treillages.
Le comédien était horrible à voir. Un paquet de filasse teinte en rouge, puis une fausse mâchoire taillée dans une peau d'orange, complétaient le costume.
L'affiche avait produit son effet : la recette fut énorme... Tout alla
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bien jusqu'à l'cnlrée du monstre; mais quand on le vit sorlir de la mer, les jambes roides et écartées, les bras tendus; quand on vil ses affreiires
Les Comédiens ambulants — Eosambeiu a Saint Omci
grimaces, qu'on entendit ses hurlements , un cri de terreur retentit dans toute la salle : les enfants, les femmes se sauvèrent éperdus... Depuis ce moment, tout alla de mal en pis; un enfant de sept à huit ans avait été choisi pour représenter celui que le monstre doit dévorer. Aux répétitions il avait fait preuve d'aplomb et de sang-froid; mais quand il vit le monstre en costume , il partagea la frayeur générale et s'enfuit. Ce fut au milieu des sifflets, des huées que se termina une soirée qui s'était annoncée comme devant être si belle. Il fallut fuir de la ville; mais comment faire pour rendre à Rosambeau sa figure naturelle ! L'eau n'avait aucune action sur la peinture qui couvrait sa peau : plus on lavait, plus le vert devenait vif. Rosambeau, qui jamais ne se laissait abattre, proposa de se montrer dans tous les villages comme un phénomène, moyennant dix centimes.
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On raniionce d'abord aux liahitaiils des hameaux comme le véritable ho>iime sauvage venu de la incr du Sud. Un peu pins tard , le vernis s'élant brisé , et ayant formé sur le cori>s une nndlituJe de petites écailles , on le montra avec la qualitication CC homme-poisson , allié à la famille des sirènes; sous cette forme, il obtint un énorme succès ; les recettes furent abondantes, et, grâce à lui, ses camarades purent attendre des temps meilleurs, et se préparer à courir de nouveau la vie aventureuse que le destin leur rendait souvent bien amère.
Dans une petite ville de la basse Normandie , à Domfront , les comédiens ambulants ont recours à un nouveau genre d'industrie pour suppléer au déficit des recettes: pendant les eulr'actes, ils vendent des coupons de calicot, et viennent sur la scène, en habit théâtral, déballer leurs marchandises et faire l'enchère. Si ces représentations deviennent à la mode, les marchands seront obligés de se faire comédiens pour soutenir la concurrence !
Maurice ALHOY (A. de Savigny).
LES PETITS BARBOUIllÉS.
Félix, qui a se abdicat quidquid conscienllam suam niaculare potest vel gravare.
Heureux qui rejette loin de soi tout ce qui peut faire tache ou charge sur la conscience.
Imitation de Jésus-Christ.
Quand on pense qu'un jour ce front pur, cette boucha Si fraîche encor qu'à peine un sourire la touche, Changeront de couleur !
M"* Mennessier Nodier.
Laissez-les près de moi ! Leur visage lutin , Dont le rouge ou le noir ont barbouille le teint , Sourit à mon esprit. Laissez-les ! quoi qu'on fasse , L'enfance est toujours là : c'est-à-dire la grâce.
Celui-ci , dans sa marche encor mal assuré , Sénateur jusqu'au cou de sa toge entouré, Sur les débris d'un œuf levant sa tête d'ange , Montre un nez indiscret doré conmie une orant-e.
Celui-là, général aux regards plus ardents, D'une large tartine armé jusques aux dents, Y mord, comme un guerrier dévorant sa rondache, Et se fait sur la lèvre une triple moustache.
Cet autre, \ers les arts poussé des le berceau, A pris du maître absent les couleurs, le pinceau, Ft, brossant a la fois la toile et son visage. S'est tatoué le front comme un grand chef osage.
Et ce dernier, enfin, surpris, eu étourneati, Dans sa noire cachette, au lin fond du fourneau. Sort, confus des éclats de rire qu'il essuie, Négrillon illustré de charbon et de suie.
Laissez-les près de moi !- J'aime à les voir ainsi I Orangé, tartiné, peint à l'huile ou noirci; J'aime à voir scintiller, sous la burlesque couche , L'éclair malin qui sort du sillon de sa bouche I
Puis, si je veux, je prends une éponge, et soudain , Comme sur une toile, objet d'un long dédain. On a vu, sous le doigt qui lui rend la lumière. Un Guide, un Raphaël sortir de la poussière :
De même, sous ma main, je vois, de traits en traits. Revenir les amours, poindre un sang jeune et frais; Et, lorsqu'enfin le rose avec le blanc s'y joue^ Je pose un gros baiser sur l'une et l'autre joué.
Age heureux ! A bien faire âge facile et prompt I
Où rien ne fait souillure au cœur, non plus qu'au front!
Une goutte d'eau fraîche, un rayon de lumière,
Un souffle... et tout revient à sa blancheur première !