‹ Le livre des ballades allemandesChapitre 24 sur 71 · LÉ NO RE · texte numérisé non relu

LÉ NO RE

comme fuient les ' prés, les bruyères et les plaines !

— Comme retentissent les ponts ! — « Ma chérie aurait- elle peur?... La lune brille claire! — Hourra! les morts vont vite! — Ma chérie aurait-elle peur des morts?» — « Eh! non... Mais laisse les morts! »

Quel chant, quel tintement ont résonné là-bas? — Qu'ont à voltiger ces corbeaux? — Ecoutez, c'est un glas funèbre ! écoutez, c'est un chant de mort ! — « Enterrons le cadavre! » — Et voici que s'approche un cortège de deuil, — portant un cercueil sur une civière : — son chant peut être comparé — à l'appel des grenouilles dans un marais.

« Après minuit vous enterrerez votre cadavre — avec des cris, des chants et des gémissements. — Pour moi, j'amène au logis ma jeune épouse. — Avec nous, avec nous, à la chambre nuptiale! — Ici, bedeau, viens! viens avec le chœur — et braille-moi la chanson de. noce. — Viens, prêtre, et donne-nous la bénédiction, — avant que nous nous mettions au lit. »

Plus de tintamarre ni de chants. . . La civière disparaît... — Cédant à l'invitation, — on court, on vole, hourra! hourra! — on se presse derrière les sabots du cheval. — Et toujours en avant, hop, hop, hop ! — s'en vont dans un bruyant galop — cheval et cavalier haletants ; — cailloux et étincelles jaillissent.

Comme fuient à droite, comme fuient à gauche,

— haies, bois et montagnes! — Comme fuient à gauche, et à droite, et à gauche, — villes, bourgs et hameaux! — « Ma chérie aurait elle peur?... La lune brille claire! — Hourra! les morts vont vite!

— Ma chérie aurait-elle peur des morts ?» — « Ah! laisse en paix les morts. »

Voyez, voyez! à la potence, — dansent autour de la roue, — à demi visibles au clair de lune, — d'aériens compagnons. — « Hé! hé! canaille, ici, approchez! — Approchez, canaille, et suivez-moi;

— vous nous danserez la ronde des noces — quand nous nous mettrons au lit. »

Et les gueux, hou, hou, hou! — suivent le cortège en craquetant, — comme un tourbillon qui, dans le taillis, — froisse les feuilles sèches. — Et en avant, en avant, hop, hop, hop, — s'en vont dans un bruyant galop — cheval et cavalier haletants ; — cailloux et étincelles jaillissent.

Comme fuit ce qu'alentour éclaire la lune, — comme tout fuit dans le lointain ! — Comme fuient là-haut au-dessus d'eux — le ciel et les étoiles! — « Ma chérie aurait-elle peur?... La lune brille claire!

— Hourra! les morts vont vite! — Ma chérie aurait-elle peur des morts? » — « Horreur! laisse en paix les morts ! »

Cheval, cheval, il me semble que le coq a chanté...

— L'heure va bientôt sonner. — Cheval, cheval, je sens l'air du matin. — Cheval, en avant ! hâtetoi !... — Finie, finie est notre course : — le lit nuptial s'ouvre ! — Les morts vont vite! — Enfin, nous sommes au but... »

Droit contre une grille de fer — ils courent bride abattue. — D'un coup de la cravache flexible — sautent serrures et verrous ; — les battants s'ouvrent en grinçant. — Ils galopent sur des tombes. — Et des pierres sépulcrales luisent — tout autour au clair de lune.

Voyez, voyez! tout à coup, — horrible prodige!

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