‹ Le livre des ballades allemandesChapitre 27 sur 71 · L'EMPEREUR MAX SUR LA MARTINSWAND · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR MAX SUR LA MARTINSWAND

et dans tout le pays se font entendre, — répétées par les échos d'alentour. — Ces clameurs désespérées s'élèvent jusqu'à l'empereur. — Il cherche à voir, il tend l'oreille : — « Qu'est-ce qui s'agite en bas ? Quel est ce bruit qui monte ?» — Il regarde, il écoute : les bruits et le mouvement continuent. — Jusqu'au milieu du jour, le noble prince — attend sans murmure ni plainte.

Alors sur la paroi du rocher le soleil ardent — déploie ses rayons enflammés; — l'intensité de la chaleur devient insupportable. — Lassé par la fatigue de sa chasse au chamois, — tourmenté par la soif, torturé par* la faim, — Max se sent brisé, épuisé...

— Qu'y aurait-il d'étonnant à ce qu'à la fin les forces lui manquassent ? — Il ne désire plus qu'une chose : se bien assurer, — avant de perdre connaissance, — s'il a encore quelque secours à espérer des hommes.

Bientôt une idée lui vient et il se met à l'œuvre.

— Il écrit avec un stylet sur du parchemin — la question qu'il adresse au peuple, et lie soigneusement — ■ la tablette avec un cordon d'or — autour d'un gros éclat de marbre ; — il laisse tomber le tout dans l'abîme ouvert à ses pieds... — Et il écoute... aucun son ne lui apporte de réponse... — Ah! Seigneur Dieu! On l'aime tant, — qu'il ne se trouve personne parmi le peuple — pour se faire le messager de la mort du prince...

L'empereur, plein d'inquiétude, attend la réponse;

— il envoie une troisième, puis une quatrième pierre, — mais toujours en vain. — Enfin le soleil s'abaisse à l'horizon, — - et le prince soupire en pen-

sant tout bas : — « Si quelque secours était possible, ils me le crieraient : — je n'ai plus qu'à attendre ici une mort inévitable. » — Son âme alors s'élève vers Dieu ; — l'Esprit-Saint illumine son cœur — et l'arrache bientôt aux choses de la terre. Il oublie le monde pour ne plus s'occuper que de l'éternité, — Il prend en main une nouvelle tablette,

— écrit avec ardeur... Comme le lien lui manque, — il l'attache à la pierre avec son collier de la Toison d'or '. — Qu'est-ce que cela pour lui, dont la mort est maintenant certaine? — Et de sa tombe perdue dans l'espace — il lance la pierre parmi les vivants.

— Une douleur amère serre la poitrine — de quiconque entend la nouvelle prière de l'empereur : — le lecteur pleure, les auditeurs pleurent.

Le lecteur dit à haute voix : « Voici ce que contient la lettre 1 — Grand merci, Tyrol, pour ton amour — qui m'est resté fidèle dans tous mes malheurs. — Mais j'ai tenté Dieu par mon audace, — et il me demande maintenant en punition mon sang et ma vie. — Auprès des hommes il ne me reste plus de salut. — Que la volonté de Dieu s'accomplisse ! Les jugements du Seigneur sont équitables.

— Je souffrirai ma peine avec patience et courage.

— Une seule chose vous reste à faire pour soulager mon cœur, — et, dans la mort, ma reconnaissance vous bénira.

« Vers Zierlein que parte sans délai — quelqu'un

1. Maximilien avait épousé Marie de Bourgogne, fille de Philippe le Bon, fondateur de Tordre de la Toison d'or.

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