‹ Le livre des ballades allemandesChapitre 28 sur 71 · EMPEREUR MAX SUR LA MARTINSWAND · texte numérisé non relu

EMPEREUR MAX SUR LA MARTINSWAND

qui m'aille chercher le Saint-Sacrement : — c'est le plus grand désir de mon âme. — Et quand le prêtre arrivera devant la rivière, — que les chasseurs me préviennent par un coup de feu. — Et quand je devrai recevoir l'absolution, — qu'une autre décharge me l'annonce. — Je vous en supplie, priez aussi — avec moi Celui qui nous secourt en toutes nos misères, — pour qu'il me donne la force de supporter cette mort par la faim. »

Le messager vole; le prêtre haletant — arrive bientôt ; le voici au bord de la rivière, — et le coup de feu des chasseurs en informe aussitôt l'empereur.

— Il regarde et distingue l'ostensoir, — dont l'auréole de joyaux étincelle radieuse. — Il tombe à genoux, — le cœur contrit, l'esprit plein de foi. — L'humanité, révoltée d'abord, chante et s'élance, — libre , emportée sur des ailes rapides — vers la source sacrée de l'éternel amour.

Ah ! que de confiance en son ardente prière ! — « O Dieu, Père tout-puissant, qui trônes dans les cieux, — et toi, Fils de Dieu, amour engendré par l'amour, — et toi, Esprit-Saint, Dieu comme eux — et lien qui les unis, notre guide vers le salut, — ô Dieu, les témoignages de ta tendresse — sont proclamés bien haut par la nature entière ! — Fais qu'à la source de vie puisse se plonger bientôt — mon Ame brûlante d'amour, et qu'elle embrasse le monde,

— ce monde que ta main paternelle presse sur ton cœur.

« Tout indigne que j'en suis, combien je souhaiterais — ton pain céleste avant de mourir. — Abaisse tes yeux sur moi dans ta miséricorde! — O Christ,

charité suprême, accompagne-moi, — conduis-mo à l'assemblée des élus — que ton amour embrase de ses ardeurs — et unit avec Dieu et le monde. — Et, si je ne suis pas digne par moi-même de l'accomplissement de mes vœux, — un seul mot de ta bouche — et ton serviteur sera guéri .

Sa prière est une extase d'amour. — Une seconde décharge lui annonce — qu'il va recevoir l'absolution dernière. — Le prince aussitôt sur le roc — se prosterne, se meurtrit le front et les mains. — Et le chasseur avec son porte-voix sonore — lui répète les paroles du prêtre : — « Que Dieu te bénisse dans ton angoisse, — le Père, le Fils et le Saint- Esprit, — dont le ciel et la terre chantent éternellement les louanges. »

Et tous ensemble dans la vallée entière, — les assistants à genoux se tiennent en prière, — implorant à haute voix le salut du prince. — L'empereur s'émeut de ces accents pieux — que l'écho lui rapporte aux oreilles ; — lui aussi reste à genoux et prie, — demandant à Dieu le bonheur de ses peuples. — Bientôt la lune éclaire l'horizon. — et dans l'azur glauque du glorieux firmament — s'allument des nuées d'étoiles scintillantes.

La splendeur du ciel réveille en lui plus fervent — le désir de la céleste patrie : — tous les liens qui le retiennent à la terre se rompent. — Là où résonnent dans l'allégresse les harpes des séraphins, — où chantent les chœurs sacrés des bienheureux, — où se tait la douleur, où s'étanche la soif ardente — d'éternel amour, d'éternelle lumière, — c'est là que s'élance son âme, — et. les mains levées vers les

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deux, — il attend la délivrance et la fin de ses misères.

Soudain un petit paysan léger, gracieux, — qui l'éblouit comme un éclair, se trouve devant lui — et le salue d'une voix au son mélodieux : — « Sire Max, vous avez encore bien le temps de mourir. — Suivez-moi vite : le chemin est long. » — L'empereur, étonné de cette apparition. — n'en croit ses yeux ni ses oreilles. — Et tandis qu'il regarde, un secret frisson l'agite, — car autour de l'enfant mystérieux rayonne — une douce lueur, qui ne ressemble à rien de terrestre.

Mais l'empereur s'est remis promptement — et demande à l'enfant : « Qui es-tu?... Parle! » — « Un messager envoyé pour te sauver. » — « Qui t'a montré le chemin jusqu'à cette roche? » — « Je connais bien la montagne et chaque sentier. » — « Ainsi, c'est le Ciel qui t'a guidé vers moi? » — « Il a vu ton cœur repentant. » — Puis il se retourne, fait un pas vers l'excavation — et pénètre sans peine dans une crevasse de la paroi, — qui avait jusqu'alors échappé à ses recherches.

L'empereur se baisse et rampe par cette crevasse ; — l'enfant lumineux le précède en sautillant. — Le sentier s'enfonce dans un couloir abrupt — dont les parois étincellent de lueurs métalliques ; — sur les gouffres ondoient des vapeurs lumineuses ; — la voûte répercute le bruit des pas, — tandis qu'au loin roule comme un tonnerre la cascade du torrent. — Ils descendent encore, ils descendent toujours... — Soudain l'enfant glisse dans une ravine, — la lumière s'éteint... De ses mains inquiètes cherchant alors

Une issue, Max la trouve ; — il respire, il a vu la clarté des étoiles. — Il se met en quête de l'enfant et ne le retrouve pas. — Un frisson le saisit : il ne s'était donc pas trompé, — c'était bien un ange qui l'avait guidé. — Voici qu'il reconnaît la vallée de Zierlein — et qu'il entend bruire la rumeur confuse de la foule. — D'un pas hésitant il avance, — souvent arrêté par la fatigue. — Enfin il arrive à la rivière dont il a vu de loin reluire les eaux.

Encore une halte... mais quelle joie — de voir à la lueur des torches le prêtre — infatigable, toujours debout, l'ostensoir à la main, — et la pieuse assemblée toujours à genoux, — murmurant pour lui de ferventes prières! — Ses yeux se mouillent, son cœur bat avec force, — agité de mille sentiments divers. — Il s'approche vivement et crie de toute sa voix : — « Louez -le Seigneur et sa toutepuissance! — Voyez, un de ses anges m'a ramené parmi vous ! » Collin.

Cette ballade reproduit une tradition conservée dans le Tyrol, où l'empereur Maximilien est resté populaire. Il était d'une force et d'une agilité peu communes; mais la prudence lui manquait un peu, s'il faut en croire les calculs de ses biographes qui veulent qu'il se soit mis onze fois en péril de mort pendant sa jeunesse et quarante-quatre fois pendant son âge mûr. Cet accident de chasse lui serait arrivé le lundi de Pâques 1493, l'année même où il monta sur le trône. Dans son poème Le dernier chevalier, le poète autrichien Grùn a traité épisodiquement, après son compatriote Collin, le même sujet, mais

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