‹ Le livre des ballades allemandesChapitre 57 sur 71 · LA BAGUE AU CYGNE · texte numérisé non relu

LA BAGUE AU CYGNE

Qu'est-il arrivé à l'empereur Charles? — Doit-il se mourir de mal d'amour celui — devant un signe de qui tremble l'univers ? — La mort a eu beau blêmir cette femme, — il ne peut se séparer d'elle — et ne veut pas qu'on l'enterre, — Dans sa folle tendresse, il embrasse le cadavre — depuis des jours, depuis des nuits, — comme si quelque nouvelle étincelle de vie pouvait — être ranimée en elle par ses baisers, par son souffle.

Devant l'empereur se présente l'évêque — Turpin; c'est un sage, un saint — et, quand la foi le requiert, un héros. — « Laissez, seigneur, enterrer ce cadavre : — la mort réclame sa proie, — et le monde a besoin de votre bras. » — L'empereur dit : « Comme vous vous trompez ! — Les apparences vous égarent : elle sommeille seulement. » — Ses propres paupières s'abaissent, — et il s'endort à ses pieds.

Turpin se dit alors : « C'est à des ruses magiques — que Svanhild doit de conserver sa beauté — et le charme d'amour qui dure toujours. » — Il cherche, il examine, jusqu'à ce qu'il trouve enfin — ce qui protège son corps — contre les ravages de la décomposition : — sur sa bague d'or brille, entouré — d'une mystérieuse inscription runique l, — un

i. Les runes étaient les caractères d'écriture dont se servaient les Scandinaves. Cet alphabet

cygne d'argent, qui, fendant les flots, — s'avance et vogue, la poitrine gonflée.

A l'heure amère de la mort, — elle a caché la bague au cygne dans sa bouche, — et c'est pour cela que Charles ne peut plus s'éloigner d'elle : — elle craignait qu'il ne l'oubliât — si quelque autre la possédait — et usait du puissant charme d'amour. — Mais maintenant l'évêque l'a trouvée — et l'a mise à son doigt ; — il se croit bien assuré que son maître est délivré — du sortilège qui l'enchante.

L'empereur sort alors de son rêve ; — il promène au loin ses regards autour de la salle; — il se détourne avec horreur de Svanhild : — « Qu'on enterre donc ce cadavre! — Turpin, ta présence me console, — tu es si bon, si aimable, si doux ! — Je ne veux plus me séparer de toi, — de toi, qui fais ma joie et ma peine. — Mon empire te saluera son souverain, — tu partageras mon trône. »

L'évêque se dit : « Sur ces bagues à cygnes — j'ai ouï conter mainte étrange merveille : — elles changeraient ceux qui les portent. — Je l'ai vu aujourd'hui pour cette morte. — Aurais-je moi-même

était composé de seize lettres; le nom de chacune de ces lettres était en même temps un nom de substance, d'état; on y joignait une sentence en deux vers. Ainsi / s'appelait Is, la glace : la glace est le plus large des ponts. — L'aveugle a besoin d'être conduit. Notre système actuel d'abécédaire pour les enfants n'est donc pas nouveau. Dans un temps où l'écriture était peu connue, les runes devaient passer pour magiques, et on leur attribuait une grande puissance.

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