‹ Le livre des ballades allemandesChapitre 58 sur 71 · LA BAGUE AU CYGNE I · texte numérisé non relu

LA BAGUE AU CYGNE I

par un charme d'amour — captive aussi le cœur de l'empereur? » — Il jette la bague d'or dans les flots;

— mais, ô prodige! qu'est-ce qui sort de l'onde? — C'est un cygne d'argent qui s'approche — et se pavane d'un air superbe.

L'évêque se sent alors attiré — et comme dompté par un charme secret : — son cœur s'épanouit, son cœur se trouble. — L'empereur vient de ce côté :

— lui aussi est pris de langueur, — et il ne peut plus s'éloigner du lac. — Alors il se fait construire un château, — puis une cathédrale haute et svelte,

— et bientôt il termine sa vie héroïque — à Aix-la- Chapeile, devenue capitale de son empire.

L'enchantement n'a pas perdu sa puissance, — et vers le territoire de la ville impériale — une force cachée nous attire encore aujourd'hui. — Ceux, qui se baignent dans ces ondes — sont soulagés de tout souci — et comme changés et rajeunis. — Et j'ai ouï dire que c'était ce cygne — qui opérait ce prodige. — Mais personne ne peut l'atteindre : — il y en a tant qui glissent sur les flots.

Simrock.

Le même sujet a été traité par \V. Mûller sous ce titre : Légende du Jac de Frankenberger , et en anglais par R. Southey. Cette étrange anecdote, qui subsiste encore dans la tradition du pays, nous a été transmise aussi par les chroniqueurs et les poètes. Cependant les uns veulent que la pierre précieuse ait été donnée par un serpent à Charlemagne, qui en aurait fait cadeau à l'impératrice ; d'autres remplacent Turpin par un courtisan ou par l'évêque de Cologne ; ici,

on croit que le talisman était un anneau caché dans les cheveux ; là, on prétend que l'empereur fit embaumer cette femme et la promena avec lui pendant dix-huit ans, dans toutes ses campagnes; la tradition orale assure qu'il l'avait fait mettre dans un cercueil de verre .

Cette légende est racontée tout au long dans le dernier endroit où l'on aurait idée d'aller la chercher, dans les œuvres de Pétrarque (Francisci Petrarcse Epist. famil., lib. I, ep. 3).

Toutes les traditions ne sont pas d'accord avec notre ballade en ce qui concerne la fondation du palais et de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle ; il serait trop long de rapporter ici ces différentes versions. (Voy. Histoire poétique de Cbarïemagne, par M. Gaston Paris, p. 369 et suiv.)

Le nom de Svanhild vient de Svane, Scbivan, cygne; c'est un vieux nom Scandinave ; c'était, entre autres, celui de la fille de Sigurd. Les métamorphoses du cygne, oiseau mystérieux, sont aussi racontées dans ïEdda comme choses toutes naturelles. L'antiquité classique ne nous a-t-elle pas conservé la fable de Léda ?

LES AMOUREUX I 3o.

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