AVRIL
Avril, l'honneur des bois, Et des mois ;
Avril , la douce espérance Des fruits qui, sous le coton
Du bouton , Nourrissent leur espérance.
Avril , Phonneur verdissant ,
Florissant Sur les tresses blondellettes De ma dame et de son sein
Toujours plein De mille et mille fleurettes.
Ailleurs, une pauvre nymphe fuyant le monde, courant et vaguant par les prés et les bois, tout en larmes, de travail oppressée, donne enfin ses yeux ternis en proie au sommeil^ sur le tapis vert d'une plaisante prée,
Où s'entendait le céleste ramage Des oisillons volant par le feuillage.
Un damoiseau champêtre portant en main dextre un fort épieu est à la chasse :
. Il voit la belle , il admire la grâce De ces yeux clos et de sa belle face
Le teint mêlé de roses et de lis,
Sa blanche main et ses membres polis ,
De ses cheveux , une tressure blonde.
Le damoiseau en devient amoureux et veut lui dérober un baiser; mais elle s'éveille et fuit de plus belle, sans s*inquiéter des ronces poignantes qui blessent ses beaux pieds nus ; rien n'y fait pour l'arrêter, ni la plainte pitoyable de son amant, ni les mille jolies cnoses, fleurs de langage, qu'il lui jette en courant; ni les protestations de vivre ou de mourir pour elle. Cette nymphe, c'est la Chasteté....
Avis aux lectrices.
Il a beau dire las ! pour les haleines moles Des vents fuyards, il sème les paroles....
Elle fuit. Avis aux lecteurs.
EtRemi Belleau, qui pourtant ailleurs a fait l'éloge de la brune :
Jeanne, quand je te regarde , Ce faux archerot me darde , Sous tes paupières dorées , Mille flèches acérées.
Et Antoine de Baïf ; il parle au portrait de sa belle :
pitoyable allégement, seul confort à mon tourment , Soit qu'en toi fiché je contemple Ton front et Tune et l'autre temple Sur qui maints cheveux blondelets Se crêpent en tors annelets....
Et Claude de Pontoux :
Mon Dieu! que j'ai de liesse D'ouïr les divins accords Que prononce ma déesse Quand sur §on giron je dors ; Jamais voix d'une syrène Ne fut si douce à ouïr Que la sienne , souveraine , Qui tant me fait réjouir. Et suis certain que la blofuU De son chant mélodieux Et de sa bouche faconde Endormirait tous les dieux.
Dans la France méridionale, tous les honneurs de ce grand siècle de la Renaissance fu-
rent pour une femme blonde, la seule, croyonsnous , qui ait eu sa monographie complète. — Livre bizarre d'un admirateur à froid plutôt que d'un amoureux passionné» comme il se vante de Tavoir été; ou même d'un poète un peu fou , comme il aurait dû l'être.
Cet ouvrage, aujourd'hui très-rare, fut imprimé à Lyon, en 1587, sous ce titre :
' LA PAULEOGRAPHIE
ou
DESCRIPTION D»tTNE DAME THOLOSAINE