VOYAGE AUTOUR DU MONDE
J'ai, dans mes courses vagabondes, Sur les continents des deux mondes, Vu bien des brunes et des blondes, Qui mal y pense soit honni I Brunes comme la Sulamite , Blondes à l'œil de chattemite Conmie la vierge que l'ermite Suspend sous un rameau béni,
Et d'autres à la tête ardente Ainsi que Laure la prudente, Et la Béatrice du Dante , Et l'idole du Titien ;
Idole , modèle et maîtresse , Muranèze Penchanteresse , A rœil cuivre, à la fauve tresse, Amour de l'art vénitien ;
D'autres, vierges dont la peau noire Avait les reflets de la moire , La bouche des perles d'ivoire , Les yeux un éclair sans égal ; Et qui, sans voiles ni mantilles , Sous les bananiers des Antilles, Chantaient un air, les pauvres filles, A leurs amours du Sénégal !
J'ai vu, faisant la méridienne Sur les genoux de sa gardienne, Sous un parasol en indienne , A l'ombre d'un grand Baobab, Une jeune fille si belle Que son nom est perdu pour elle.
Et que toute l'Inde l'appelle La perle fine du Nabab.
J'ai vu sur des tapis de laine.
Sous un kiosque en porcelaine Dont la brise, à la folle haleine, Aux angles battait des grelots.
Des vierges aux mains effilées Et de diamants étoilées,
Du regard suivre les volées Des hirondelles sur les flots.
Un beau soir de Néoménie , J'ai vu les filles d'Ionie, Par la main Pune à l'autre unie, Danser en' rond, bras et seins nus; Brune ou blonde, chacune d'elles.
Les cheveux tressés d'asphodèles.
Semblait être un des sept modèles Dont Zeuxis a fait sa Vénus.
Madrid, j'ai vu tes courtisanes , Naples, tes belles paysannes, Londres, tes farouches Suzannes Dont le nombre est sitôt compté ; J'ai vu les blondes Allemandes Avec leurs yeux bleus en amandes.
Bonnes à toutes les demandes , Faire l'amour par charité.
J'ai vu, dans mes rêves étranges, Sur mon front planer en phalanges Et les chérubins et les anges.
Et leurs demi-sœurs les houris :
Mais c'étaient folles rêveries, Car, aux mois des roses fleuries , Je les revis aux Tuileries Et dans tous les coins de Paris.
là LE LIVRE DES BLONDES.
Que cela ne vous humilie, Filles d'Espagne ou d'Italie , Mais de toutes la plus jolie Ce n'était vous, ni vous, ni vous ; Vous non plus, visions ailées , Qui la nuit passez par volées Entre les sphères étoilées Où l'extase emporte les fous ;
Ni vous, nymphes, ni vous déessQ3, Ni Vous, idoles des deux Grèces, Blonde Vénus, aux longues tresses.
Brune Minerve aux yeux d'azur ; - Car jamais, dans sa fantaisie , ' Dieu n'incarna la poésie Sous une forme plus choisie , Et Part ne fit rien de plus pur.