DIEU ET LE DIABLE. — LE CIEL ET LA TERRE
Si nous n'avions pas la révélation el laGcnôsc pour nous initier au commenccmenldcs temps, nous adopterions assez volontiers le dogme in-
. génieux de la lutte éternelle du dualisme.
Ormudz et Hariman, Osiris et Thyphon, Dieu
.et Satan, les noms n'y fontrien, également puissants, donc en lutte, mais en lutte inerte par cela même que leur puissance est égale, conviennent de créer la terre ; d'abord simple borne de démarcation entre leurs empires, le ciel et renfer,etsurlaquelle ensuite ils jettentrhomme et la femme, êtres intermédiaires et passifs.
sujets vils qu'ils se disputeront jusqu'à ce que l'un des deux soit vainqueur. Experientia in anima vili; je l'aurai, tu ne l'auras pas.
Tout fut partagé scrupuleusement, jusqu'au temps lui-même : le jour et la nuit régnèrent tour à tour sur le même hémisphère, chacun avec son cortège de douze heures, les unes blondes, les autres brunes.
Le jour c'est le bleu, c'est le rose, c'est le blond; les trois plus charmantes couleurs du. prisme; c'est le soleil unique dans sa splendeur et sa dignité ; — ce sont les fleurs et les oiseaux ; les bonnes pensées et les bonnes œuvres, les amours loyales à la face du ciel, les joies sereines de la famille et du foyer, — c'est la part de Dieu, — c'est la vie.
La nuit, c'est le noir ; c'est un voile funèbre jeté sur la création ; c'est la lune hypocrite à triple face ; ce sont les goules, les afrites, les vampires, les chauves-souris, les hiboux, les papillons noirs et les voleurs, les amours honteuses, inavouables et clandestines, — c'est la part du diable, — c'est la mort.
Quand on est mort, il fait noir.
Chaque être est donc sous la double influence
de sa double origine; nous sommes les pièces d'une partie d'échecs, et selon que le bien ou le mal nous pousse vers Tun des deux joueurs» nous nous imprégnons de lumière ou nous nous teignons d'obscurité.
Tout ce qui rayonna est à Dieu, les anges et les blancs; tout ce qui est opaque est au démon, les diables et les nègres.
Les bruns sont en litige.
Ne riez pas, tous ririez de saint Augus* tin :
« La vraie lumière qui éclaire tout homme qui vient au monde éclaire pareillement tout ange qui est pur, afin qu'il soit lumière en Dieu, duquel s'il s'éloigne il devient impur, comme tous les esprits immondes qui ne sont plus lumière dans le Seigneur, mais ténèbres en eux-mêmes, parce qu'ils sont privés de participation à Ja lumière éternelle. » (Cité de DkUy chap. ix.)
Ce principe, tout métaphysique, trouve aussi son application à la physiologie : « Sous Tinfluence du climat, de la civilisation, des habitudes, les cheveux brunirent, les yeux noircirent, l'homme prit le caractère de la vie plm
intense^ dit Michelet. » (Histoire de France^ vol. I, page 485.)
Ceci explique pourquoi et comment des trois races qui peuplent le globe, toutes trois unicolores dans le principe, l'une maintenant est noire, la seconde est cuivrée, la troisième blanche; Tune stupide, la seconde en train de le devenir et la troisième seulement intelligente.
Nous reviendrons sur ce sujet. Procédons par ordre : Selon nous, tout individu, en passant du bien au mal, en laissant sur Tesprit dominer la matière, perd de son éclat primitif; et pour n'appliquer cette théorie qu'aux femmes, une blonde parfaite est l'être de la création le plus près de Dieu.
Nous demandons pardon à nos belles lectrices de cet exposé presque savant, car nous ne sommes plus au temps où l'on embrassait pour l'amour du grec, mais notre conscience nous l'a démontré indispensable.
Si ce manuscrit est appelé à voir le jour, il sera certainement qualifié de sophisme; à supposer même que c'en soit un, nous trouvons là une raison de plus pour en poser les bases avec
précision; car si quelque chose au monde a besoin d'être logiquement dùduit, c'est surfout un sophisme, cela sous peine de ne pas exister.
En voulez- vous un exemple?
Quelqu'un disait : \Mo\y j'aime beaucoup les pauvres; mais je ne leur donne jamais rien, et cela parce que je les aime; car si tout le monde leur donnait; ils (iniraient par être riches; et si tout le monde était riche, il n'y aurait plus de pauvres. Et comment ferais-je, alors, moi qui les aime tant! »
Ce monsieur était sophiste au point de vue des pauvres; mais il était logique au point de vue des avares — on est toujours log^ique pour quelqu'un.
Voici tout un cours de philosophie éclectique.
Je reviens à mes blondes, et laissant pour un moment toutes les théogonies païennes de côté, j'ouvre la Genèse :
« Dieu couronna son œuvre par la création de la femme.... >•
— Je le crois bien, je le crois bien, dit Maurice; qu'aurail-il pu faire de meilleur ou de pis?
— Pourquoi la dernière partie de cette réflexion, mon ami, reprit Albert; je vous plains de toute mon âme si vous l'avez faite de bonne foi. Je ne connais les femmes que fort peu, mais franchement, je crois que l'esprit vit beaucoup trop sur le mal qu'on dit d'elles, et que le cœur ne vit pas assez du bien qu'elles nous fgnt.
— On voit bien que vous voulez vous marier, mon cher Albert , répondit Maurice en avalant un verre de punch ; mais continuez votre lecture ; je ne serai pas fâché de voir où aboutira votre oncle.
— A défaut de pièces authentiques, reprit Albert, si nous en croyons le chantre immortel du Paradis perdu^ notre mère commune était blonde ;
. c La femme porte comme un voile sa chec velure d'OR, qui descend éparse et sans ornec ment jusqu'à sa fine ceinture, se roule en c capricieux anneaux comme la vigne replie c ses attaches.... Eve la plus belle des femmes c qui furent ses filles. » (Chant iv^ trad. de Chateaubriand.)
« Que si vous déclinez la compétence d'un poète moderne en un sujet si vieux, je vous ré-
pondrai qu'un poète est du passé comme de l'avenir, qu'il est devin et prophète, vates; et qu'ainsi, le portrait d'Eve crayonné par Milton est vrai de. cette vérité qui ne peut faillir au génie, la révélation.
« D'ailleurs, je vous le demande, vous èlesvous jamais représenté Eve, cette femme, hier encore avec les anges, aujourd'hui brune, noire, ou même rousse ? Eve s'éveîllant auprès d'Adam sous la feuillée, la voyez-vous réfugiant ses grâces naïves sous un autre voile que ce voile d'or, ondulant de sa tète à ses pieds, comme une cascade au soleil, sur la Vénus de Milo? Il en a été de même pour cette nouvelle Eve de régénération spirituelle, la sainte Vierge, dont la figure est inconnue, au témoignage de saint Augustin : neqm enim novimus fadem virginis Ma/Kim ; mais qui depuis les premiers ftges de l'Église , dans les catacombes et dans plusieurs églises de Rome, notamment à Sainte-Praxède, est représentée Worw^e, assise et voilée.
« Type d'intuition céleste, de révélation divine consacré par le concile d'Éphèsè en 431.
« Quant aux fameuses Viergfes noires de saint Luc, ce ne sont, en réalité, que d'inforn^es
images, imitées par les Grecs de Byzance, de la déesse Isis, portant Horusdans ses bras, déesse en marbre noir, importée, original ou copie, par les pieux croisés qui croyaient y voir la Sulamite et, avec elle, le symbole prophétique de la Vierge et de la chrétienne Église.
« Je fais ici de rériidition à bon marché, car je la pille impudemment dans les Causeries d'un curieux de M. Feuillet de Couches, où Ton en peut piller à pleines mains.
« Décidément, Eve était blonde.
— Et décidément, s'écria Maurice, je suis plus que jamais amoureux de mon Eve.
— Amoureux, vous? interrompit Albert; et d'une Eve!... Je croyais qu'il n'y avait que des brunes à Angoulême, ajoula-t-il en souriant.
— Mais vous avez raison, reprit l'étourdi, en aspirant une bouffée de Havane et en s'enlourant d'un nuage de fumée, à la façon des dieux qui ne voulaient pas être devinés; vous avez raison : quand j'ai dit mon Eve, je parlais collectivement; des Èves en général, voulais -je dire.
— Si vous me cachez votre secret, c'est mal à vous, dit gravement Albert; car moi, je vous
ai laissé voir tout mon cœur; et si les sophismes ou les raisonnements de n'importe qui, quelque logiques ou spécieux qu'ils soient, peuvent accroître ou diminuer votre amour, c'est que vous n'aimez pas réellement; et je dois vous l'avouer, je vous crois un liomme tout d'impression instantanée.... Mais je ne suis qu'un fou avec ma morale. A demain le reste, si vous y tenez, car il se fait tard, et le chapitre est fini.
— A demain, mon cher Albert ; je ne vous en veux pas, soyez- en sûr, et je vous prouverai qu'en amitié, du moins, je suis plus que d'impression instantanée. »
Le lendemain, Albert reprit la lecture du manuscrit.
CRÉATION DES ANGES. - U FEMME BLONDE EST DU CIEL U FEMME BRUNE EST DE U TERRE
CRÉATION DES ANGES. LA FEMME BLONDE EST DU CIEL. LA FEMME BRUNE EST DE LA TERRE.
Les Pères de l'Église sont d'accord sur ce point que Dieu créa les anges avant le monde ; toutefois :
Dieu tous les jours encor, dans sa grâce de père , De deux cœurs qui se sont bien aimés sur la terre Fait un seul ange dans le ciel.
Pour n'être point sévèrement théologique, cette pensée n'en est pas moins tendrement séduisante.
Être ange à deux, et pour toujours!
Quoi qu'il en soit, qui a jamais rôvé les anges bruns? Malgré ce madrigal, qui ne saurait être un article de foi :
Quand vous vîntes au monde, enfant, votre patronne Jusqu'à vous s'inclinant vous bénit d'un baiser, Et de que\q\ï ange brun détachant la couronne Sur votre front charmant elle vint la poser;
C'est ainsi que du ciel , un moment exilée , Mais dotée à la fois par chacun des élus , Vous portez ainsi qu'eux l'auréole étoilée Où fleurit chaque jour une étoile de plus.
Non, je ne crois pas que l'imagination de l'amant, du peintre ou du poëte le plus épris d'une beauté brune Tait jamais appelée : Mon ange! autrement qu'en faisant abstraction de son corps, pour ne la contempler que dans son âme. A ce propos, à quel ravissement d'amour et d'orgueil dut s'élever le cœur de la première femme que son amant appela : Mon ange! Ce ravissement-là n'a sûrement tropvé son égal que dans celui de la première jeune fille qui fut comparée à une rose. Les anges
LE LIVRîî DBS BLONDES. 35
et les roses, l'esprit et la beauté, la grâce et les parfums I les amourevix vivent sur ces mots- Ml depuis des siècles, et, comme le sentiment qui lésa poétisés, ils sont toujours nouveaux. Pourquoi? Je le savais bien qua^nd j'avais vingt ans! car pour que personne ne se méprenne sur ipa qualité de simple amateur d'images, je dois déclarer en toute humilité que je suis de peu? desquels il a été écrit en arabe :
c La fe^tniç fuit la barbe blanche cpmme la brebis fuit le ct^acaL »
Il est fort difficile d'être blonde, presque aussi
difficile que d'être bruqç. Npus reviendrons
*sur ce mot. Nous ne parlons ici, bien entendu,
que des deux types exfrêmes. de beauté r Npus
traiterons des modification&i à part.
La blonde pure doit être grande, syplte, aux yeux bleu d'azur, blancbe éclatante ; elle doit avoir dans tous ses mouvements quelque chose d'énamouré, quelque chose du langoureux 4'un lis balancé par le vent.
« Le mouvement le plus délicat de l'amour, dit Saint-Évremond, c'est la le^ngueur, qui, comme une flamme secrètç, nous consume douçeme^tr »
Si la blonde est assise, c'est le corps moelleusement développé dans ses contours, sans accuser ni révéler ses formes; si elle marche, c'est avec le dédain nonchalant qu'un ange incamé doit avoir pour notre misérable poussière, lui qui se souvient encore de ses ailes.
Heureuse la blonde, si elle ne vieillit pas ! Le souvenir du ciel lui pesait sur la terre : le mcU du pays Va, tuée.
Ce symbolisme divin qui rayonne en elles explique pourquoi tous les poëtes ont aimé et chanté les femmes blondes, pourquoi tous les peintres les ont faites Vierges, Madeleines, Saintes.
Le signe caractéristique de la beauté divinisée est l'auréole, et l'auréole est blonde.
Sitôt qu'une femme a passé du monde réel dans celui dé la poésie cet autre ciel, si brune qu'elle ait été, le pinceau de l'artiste la couronne de blonds cheveux : ainsi Gléopàtre, cette brunette un peu bohème qui, la nuit, juchée sur le dos d'une esclave de six pieds, courait les rues d'Alexandrie décrochant les enseignes; qui, le jour, sous prétexte de pastorale, entraînait Antoine à la pèche à la ligne, à l'ombre du
grand phare, et faisait accrocher, par un plongeur, un poisson sec à l'hameçon du grand homme, son hôte et son amant, deux excellentes raisons pour être mystifié.
La vie de Gléopâtre s^est passée à décrocher et à accrocher; mais, à 1600 ans de date, la statuaire et la peinture, qui ne lisentpas Plutarque, l'ont divinisée dans sa forme, dans sa grâce et dans sa morbidesse voluptueuse pour la faire nonchalamment mourir comme une blonde sentimentale, en offrant son beau sein à mordre au bienheureux aspic traditionnel^ qui devait être un céraste du désert.
Que serait le tableau, que serait la statue, si la brunette, toute reine qu'elle était, y était représentée d'après nature?
Hélas l depuis qu'il n'y a plus de races pures, depuis que l'individualisme donne à chacun le caractère de la vis la plus intense^ le type de la beauté blonde s'efface tous les jours. Que feraient ici-bas ces madones? Dieu ne les avait incarnées que pour nous révéler, par la contemplation et par l'extase, les madones de là-haut. Elles s'en retournent avec la foi.
La France est par excellence le pays des
blondes: en Allemagne, elles sont trop grasses; en Angleterre, elles sont trop maigres.
On en rencontre cependant, à l'état erratique, en Italie et surtout en Espagne, où, par privilège, l'aristocratie du sang et de la beauté s'est perpétuée dans quelques exceptions blondes de la plus merveilleuse pureté.
Ceci n'est point une flatterie de circonstance; car ce n'est pas ma faute si Dieu , pour me donner raison, a couronné du plus beau diadème du monde, les plus beaux cheveux blonds de l'Espagne.
C'était de la prédestination; et je ne puis pas pousser le puritanisme jusqu'à nier la providence.
Pour me mettre d'ailleurs à t'abrî de tout soupçon de partialité, j'en appellerai par un retour de quelques siècles en arrière, au témoignage de Cervantes, dont presque toutes les héroïnes sont blondes ; reportez-vous à ce charmant tableau de son chapitre xxvii.
« .... Au détour d'un rocher, ils aperçurent au pied d'un frêne, un jeune homme vêtu en paysan dont ils ne purent alofs voir le visage, parce qu'il s'inclinait en se baignant les pieds
dans le ruisseau ; il ôta sa montera et secouant sa tête (l'un et d'autre côté, il fit tomber et déployer des cheveux dont ceux du soleil même devaient être jaloux. Alors nos trois curieux reconnurent que celui qu'ils avaient pris pour un paysan était une femme jeune et délicate, la plus belle qu'eussent encore vue leurs yeux. Ses longs et blonds cheveux non-seulement lui couvraient les épaules, mais la cachaient tout entière sous leurs tresses épaisses, tellement que de tout son corps on n'apercevait plus que les pieds. Pour les démêler elle n'employa d'autre peigne que les doigts de deux mains, telles que si les pieds avaient paru dans l'eau des morceaux de cristal, les mains ressemblaient, dans les cheveux, à des flocons de neige. »
En partant de ce principe accepté tout à Theure, que la couleur brune est l'expression d'un individualisme plus prononcé < de la vie plus intense^ » nous arriverons à cette conclusion : la modification de la matière, la forme, est généralement plus complète chez la brune que Chez la blonde; voici pourquoi nous disions plus haut qu'il est si difficile d'être brune. En effet, c'est un point d'arrêt à saisir au moment
juste oùTesprit se met en parfait équilibre avec la chair.
Par esprit, nous n'entendons point Tesprit de saillie qu'une blonde ne doit jamais avoir ; mais cette essence divine, celte âme plus âme qu'une autre , selon que le corps qu'elle habile est moins corps qu'un autre corps. Or, si vous êtes brune, que cet esprit ne l'emporte point sur la chair, car vous auriez nécessairement quelque chose de la blonde, et vous seriez incomplète ; que la chair ne l'emporte pas non plus sur l'esprit, car vous seriez presqu'un homme : Mascula SaphOy comme dit Horace, la mâle Sapho.
Combien de femmes se croient brunes parce qu'on le leur a dit, en vers et en prose, ou parce qu'elles caressent complaisamment, soir et matin, les beaux et longs cheveux noirs qui baisent leurs épaules blanches ou dorées, peut-être même un peu noires.
Ce n'est pas assez et c'est un peu trop.
Si vous êtes brune blanche, ayez les yeux veloutés et bien fendus, la bouche arquée, les lèvres roses et un peu fournies, les dents blanches, les extrémités fines et déliées, la taille ample et majestueuse, un front à porter un dia-
dèmc de duchesse — ne soyez plus lis, soyez palmier.
Si vous avez entendu dire autour de vous :
c Elle est brune, c'est vrai, mais il ne tient qu'à elle de passer pour noire quand elle le voudra, » consolez-vous avec la Sunamite, la belle cpouse de Salomon, et répondez comme elle :
« Je suis noire, mais je suis belle : nigra sum^ sed formosa. »
Ne vous désespérez pas plus que les mulâtresses de la Havane qui chantent gaiement :
Anunque soy morma , No soy de olvidar.
« Quoique je sois un peu brune , je ne suis point à oublier; » ce qui n*est que la corruption eu langage créole du proverbe espagnol, cité par Brantôme :
Anunque io sia mormica , No soi da menos preciar.
« Quoique je sois un peu brune, je ne suis pas à mépriser. »
Si VOUS êtes de celles dont Victor Hugo a dit :
Elle n'est blanche ni cuivrée, Mais on dirait qu'on l'a dorée Avec un rayon de soleil,
ayez la taille fine et bien prise de Jeanne d'Arc, son beau sein^ ses beaux cheveux, ses beaux yeux ; réunissez, comme elle, tous les charmes de votre sexe à toute l'énergie du nôtre, et Dieu fasse ^ue Ton dise de vous, ce que l'on dit encore d'elle.
Soyez ce qu'étaiei^t ces belles Mauresques d'Espagne au temps où Abdérame III faisait bâtir» pour l'une d'elles, une ville qui portait son nom, Zahara; un palais qui coûta quatre* vingt-seize millions et vingt -cinq années de travail, palais de fée avec douze Cents colonnes du marbre le plus précieux, incrustées d'or et de pierreries.
Encore, chose horrible â penser 1 Abdérame le Grand , l'invincible , l'amant heitreux de la brune Zahara, avouait-il à l'heure des suprêmes souvenirs, n'avoir eu dans sa vie que quatorze jours de bonheiu: véritable.
Fût-il mort avec ce triste aveu sur les lèvres, si Zabara eût été blonde?
En dehors et comme à part de ces trois principaux types de la beauté brune, il en existe un quatrième si parfait qu'il constitue une exception plutôt qu'une variété proprement dite; mais si Dieu s'en montre peu prodigue, Tart, jaloux comme Prométhée de suppléer le créateur, en a, de toutç antiquité, tenté la contrefaçon et multiplié les fac similey par un procédé trop peu connu ou trop dédaigné de nos sociétés modernes.
C'est le type de la brune aux cils noirs jusque dans les profondeurs de leurs racines et dont le reflet, sous la transparence du liséré nacré des paupières, semble emprunté à cette teinture d'antimoine d'un si fréquent usage dans les harems orientaux, comme autrefois dans les gynécées des deux Grèces et de Rome, pour donner aux yeux des beautés brunes l'éclat mystique et doux des étoiles un peu voilées.
L'effet n'en est complet pourtant, qu'autant que la prunelle, sur blanc teinté d'azur, est de cette belle couleur mordoré très-foncé si rare que je n'en ai jamais vu qu'un modèle.
La belle jeune fille que je me permets de faire ici poser à son insu, qu'elle me le pardonne I — est grande, souple, élégante et gracieuse, avec des cheveux du plus beau jais ruisselant sur sa peau blanche. Ses longs yeux enchâssés, comme deux diamants brûlés, dans leur auréole de cils noirs lisérés, par la seule grâce de Dieu, de ce reflet d'antimoine dont nos bleues et nos brunes ont le grand tort de laisser le secret aux Mauresques, donnent à sa physionomie un caractère étrange, sympathique, attrayant, mais qui, par son étrangeté même, laisse le regret de craindre que l'art n'y soit pour quelque chose.
Comme on y regarde volontiers à deux fois pourtant, on en finit bien vite avec cette hésitation de prime-abord, si tenté que Ton soit de la prolonger pour le plaisir d'en rechercher la cause en en admirant l'objet.
Gomme trait de mœurs, nous ajouterons que cette calomnie d'antimoine, qui ne soutient pas l'examen d'un observateur attentif, persiste quand même chez quelques rivales, et que la charmante enfant, qui n'en peut mais, entend bien souvent dire autour d'elle : < Oh I je n'aime
pas les Temmes qui se mettent du noir aux yeux. »
Dieu mette du rouge aux vôtres, bonnes &mes, qui le blasphémez dans un de ses chers-d'œuvre de grâce et de beauté.
Je vous le dis en vérité, la femme brune n'est presque plus qu'un mythe. La rareté de ce type de beauté s'explique par ce fait qu'il ne procède point directement du type primitif.
La brune est une Eve nouvelle née hors de l'Éden.
' Aussi n'avons-nous point trouvé son symbole dans notre ciel, et ne le trouverons-nous pas non plus dans le ciel païen, qui va nous donner les symboles de toutes les modifications de la beauté.
On ne le trouve, en réalité, que dans le paradis matérialiste de Mahoniet, avec les houris aux yeux noirs.
« Là seront de jeunes vierges au regard modeste que n'a jamais touchées ni homme ni génie.
« Des vierges aux grands yeux noirs ; elles ressembleront à l'hyacinthe et au corail. »
(Koran, ch. lv et lvl)
— Ceci me paraît concluant , dit Maurice; mais si votre oncle qui n'a connu qu'une brune, avait yu ma cousine, U en aurait connu deux.
Au reste, tout homme est comme lui : chacun a aimé une brune comme chacup une blonde, l'une et l'autre avec la même passion. Je ne crois pas du tout à ce qu'on appelle qn seul arpour : c'est calomniçf le cœur de dire qu'il ne peut aimer qu'une foiç. — Vieil aphorisme, absurde comme un proverbe. Mais continuez, mon ami, je ne vous interromprai plus. ».
Albert regarda Maurice en souriant, et reprit, sa lecture.