UNE COURONNE POUR LES BLONDES
La femme tirée du servage et rendue au culte par Robert d'Arbrissel, devint partout reine, d'esclave qu'elle était. Brune ou blonde, brune aux yeux bleus, blonde aux yeux noirs, il suffisait d'être femme pour régner sur les hommes et sur les choses, sur l'esprit et sur les sens. Les noms propres sont dans l'histoire, il n'y a qu'à choisir. Ce n'est point ici une affaire de biographie; nous ne voulons prouver qu'une chose, h savoir : que les blondes, elles, ont toujours régné sur les cœurs.
Je vous fais grâce du jargon des troubadours,
ces Jasmins du vieux temps : je vous en sacrifie mille, abandonnez-moi l'autre. Parlons français.
Dès 1253, Raoul, comte de Soissons, chantait:
G belle blonde î
cœur si gent!
Perle du monde ^
Que j'aime tant.
D'une chose ai bien grand désir Et c'est un baiser vous tollir ;
Si par fortune,
Gourrouceriés,
Gent fois pour une Vous le* rendrais volontiers.
belle blonde, etc.
HfttoDS-nous d'arriver à ce siècle d'amour, de plaisir, de chevalerie encore un peu; d'art, de poésie, de royautés de toutes sortes, enfin^ dont François P% le gentilhomme, le galant, le poëte, le chevalier, l'artiste, était le roi; à ce siècle où toute la France était amoureuse des yeux verts^ et verts ainsi placé voulait dire bleus j comme nous l'apprend Ronsard :
Je veuil l'œil brun et brun le teint , Quoique Vœil vert toute la France adore.
Ce dernier vers était une galanterie à l'adresse de Marguerite de Valois, sœur du roi, qui était brune aux yeux bleus, ainsi qu'il est prouvé par les heureux madrigaux de Marot.
Ronsard n'était pas ce jour-là'du goût de la France, mais bon sang ne peut mentir; un autre jour il disait à une autre maîtresse :
A cette jeune Grecque à qui ta beauté semble Gomme tu fais le nom (Hélène),
Dans un épithalame sur le mariage de Madeleine de France, fille de François P% Marot glissait ce vers :
Brunette elle est, mais pourtant elle est belle.
Donc la beauté blonde était, comme toujours, la beauté des poëtes, qui sont l'expression des sentiments les plus délicats de la foule.
Passons aux preuves :