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Clavecin d'André Ruckers (1646), décoré de peintures, sur fond d'or, deSClaude Gillot. TN SET Collection de M. Paul Eudel,
Le clavecin, sorte d’épinette agrandie, paraît originaire d'Italie et remonte aux premières années du XVI* siècle. Marie- Antoinette en jouait d’une façon charmante. L’épinette n'était elle-même qu'une modification du psaltérion, auquel le Vénitien Spinetti ajouta un clavier, au commencement du XV° siècle. Liste chronologique des facteurs inscrits à la gilde de Saint-Luc :
1523. Josse CGAREST. — 1537. GossiAN CAREST. — 1542. ALBERT VAN NEER Où NEEREN. — PIERRE VORENBORCH Où VORNEN- BERG. — 1543. Hans Bos. Le célèbre facteur d’orgues; il était
inscrit comme facteur de clavecins. — 1550.Cnrisropne BLOMMES- TEYN. — 4559. Simon Moyxs ou MoEnxs. — 1558. MARTIN BLOMMES- TEYN. — JECQUES TEEUWES ou TEUUS. = JACQUES AELBRECHTS. — MARTIN VAN DER BtesT. — Louis THEEUWES ou TEEUS. — JEAN DIERIEXEN. — HANS YVAN PEBORG. — GHISRERT VAN DEN BOGAERDE. — 1560, GUILLAUME COMPAERTS. — 1561. GUILLAUME LEEST. — 1568. JEAN JasPers. Fabriquait surtout des luths. — 1570. Hans MOERMANS. — 1576. ARNOLD VAN DER ELST. =— 1579. Hans ou JEAN Rucxers, dit le Vieux, le plus célèbre des facteurs de clavecins d'Anvers, mort en 1642. — ARTUS ou ARNOLD BORLON. Fabriquait surtout des cythares. — HANS GROWNELS ou JEAN VAN EEsBrogek. Fabriquait surtout des luths — 1584. JEAN MuEtE- VOETS. Fabriquait surtout des cythares. — 1585. Louis VAN Di-
PERYCK. — 1588. EEWOUT WOLFAERT. — Luc AELBRECHTS, fils de Jacques, cité plus haut, — 1600. DANIEL BADER. — 1606. FR. VAN UsseLz. — 1610, Micnez IMMENRAET. — REGNIER LEUMS. — 1611. AnpRé RuckeRrs, fils de Hans. — 1613. GEORGES BRITSEN. — 1614. LÉONARD. — 1627. ANTOINE JOANNES. — CORNEILLE HAGHENS. — 1628. Dick ou TuiERRI DE VRIES. — 1636. Ruckers. Le prénom est omis. — 1641. JEAN CoucuET. — 1654. GEORGES BRITZEN, dit le Jeune. — 1659. CnnriSTIAN PeLze. — Tomas WATSON. — 1665, Josern Coucner, 1666. — ABRAHAM CGouCnET. 1696, JEAN
Coucner. — 1717. JACQ. VAN DEN ELSGHE ou VAN ELSEN. — ALEX. BRITSEN. — 1793. N. BUL. — JEAN HEINEMANN.
En France, les meilleurs facteurs de clavecins furent Blanchet et son brillant élève Pascal Tasquin, qui, pendant la seconde moitié du XVIII siècle, fournirent la cour et la ville de leurs délicieux instruments. Pascal Tasquin fut chargé, à diverses reprises, de réparer les précieux clavecins des Ruckers. Quant à la lutherie concernant le violon, l’alto et le violoncelle, il nous faut arriver au XIXe siècle pour trouver des maîtres français vraiment distingués.
Le Livre commode des adresses de Paris nous donne les noms des facteurs les plus renommés, en 1692 : « MM. Denis, sur le quay neuf; Richard, rue du Paon ; Rosée, rue de Cléry ; Dathène, rue Saint-Antoine; Voudry, rue Saint-Jacques; Boudet, rue Saint-Martin; Thierry, rue Sainte-Marguerile : du Castel et l'Esclop, rue au maire; Clico, rue Philippot, et Le Febvre sur Aubry le Boucher, fabriquent les orgues et les clavecins. Le sieur Alexandre Roboam, fait des guitares par excellence. »
& Maîtres pour le jeu et pour la fabrique des instruments à vent, flûtes, flageolets, hautbois, bassons, musettes, etc. MM. Colin Hotteterre, rue d'Orléans; Jean Hotteterre, rue des Fossés-
Saint-Germain ; Philibert Rebillé, rue Saint-Antoine; des Costeaux, faubourg Saint-Antoine; André Philidor, en cour; du Mont, rue de Tournon ; Rousselet, rue des Assis ; Dupuis, carrefour de l'École ; le Breton et Frémont, rue de l’Arbre-Sec ; du Bac, rue de Richelieu; Roset, rue Neuve-Saint-Eustache. » Les Hotteterre pères et fils étaient très habiles dans leur art et la beauté de leurs instruments répondait à leur qualité.
Les statuts de la communauté des luthiers sont de 1599. L’apprentissage durait six ans et le compagnonnage deux ans. Le brevet coûtait 50 livres et la maïtrise 800, avec l'exécution du chef-d'œuvre. Patronne, Sainte-Cécile.
Suivant l'Almanach Dauphin ou Tablettes royales du vrai mérite. les luthiers les plus connus, à Paris en 4772 et en 1777, étaient :
ANBOULEVARD, CARLIN, RAOUX, très renommés pour les cors de chasse.
Cuiquer, artiste célèbre, auteur de l'orgue de la sainte chapelle et de celui des Révérends pères Jacobins, rue Saint-Dominique.
Cousinor, un des plus renommés pour la harpe et autres instruments à cordes.
CLÈVE, SAINT-PAUL, SALOMON, pour les violons et instruments à cordes.
GERMAIN, HERMEZ, Morer, TASQUIN, STELLÉ réputés pour les clavecins.
JougerT, pour les vielles organisées.
Levinvizze, luthier du duc de Chartres, « un des plus renommés pour les mandolines. »
NaDerMAN, luthier ordinaire de la Dauphine, très renommé pour les harpes.
PascaL, claveciniste ordinaire de Mme]a Dauphine.
Tomas Lor, Tarrtor, très en vogue pour les flûtes, hautbois, clarinettes et autres instruments à vent.
RicHARD, « au vieux Louvre, digne émule du célèbre Vaucanson, est un des plus habiles artistes de l'Europe pour l'orgue, les serinettes et les vielles organisées ; il vient de faire exécuter avec le plus grand succès, dans une des salles de la bibliothèque du Roi un concert mécanique par 4 figures automates dont l'une joue du violon, l’autre de la flûte et la troisième du clavecin, tandis qu’un petit amour bat de la mesure et tourne le feuillet. On ne saurait assez donner d'éloges à cet artiste, aussi modeste que savant, et dont les productions font tant d'honneur au génie inventif de la nation. » |
Parmi les luthiers de Paris qui se sont le plus distingués dans ces derniers temps, nous citerons :
Nicocas Luror, d’une famille de luthiers originaire de Mirecourt. En 1794, il vint s’établir à Paris, où il exerça jusqu'en 1824, époque de sa mort. Il prit pour modèle Antoine Stradivari et fut, suivant M. A. Vidal, le plus habile luthier de l’Europe de son temps; malheureusement son vernis est trop épais, trop lourd. Un violon de Lupot, exécuté à Paris au XIXE siècle, ne vaut pas moins de mille à douze cents francs ; un violoncelle, coûte le double.
GEORGES CHAMOT. — Josepn LOUIS GERMAIN. — C.-V. RAMBAUX.
J.-B. WuiLLAUME, mort récemment, laissant une grande réputation, après avoir épuisé toutes les récompenses dans les expositions.
JEAN-FRANCOIS GAND, élève et gendre de Lupot, auquel il succéda en 1824.
SÉBASTIEN PHILIPPE BERNARDEL, né à Mirecourt en 1802. Après avoir étudié chez Lupot et chez Gand père, il s'établit et travailla seul jusqu'en 1859, puis avec ses deux fils jusqu'en 1866. Ceux-ci s'associèrent à Eugène Gand et firent des instruments recherchés.
Passons aux documents inédits. En dépouillant, aux Archives nationales, les Comptes des Menus-Plaisirs des Rois Louis XV et Louis XVI, nous trouvons pour le XVIIE siècle, toute une liste de facteurs en renom. En 1740, Somer exécute pour le Dauphin, un orgue de 8,945 liv.; plus tard, c’est un buffet d'orgue pour Me Adélaïde. Son nom paraît une dernière fois en 1754. Guersan, luthier, était fournisseur de Mesdames de France et du Dauphin, fils de Louis XV. Mirault reçoit 2,400 liv. « pour un instrument d’une invention nouvelle qu'il a fourni à Me la Dauphine ».
4749. — Mile Marais : « Une viole anglaise pour Madame. 5001iv.» Ghefdeville avait la spécialité des musettes ; il en livre quatre à Mesdames, en 1749. Huit années plus tard, en 1757, nous trouvons Chefdeville le cadet « pour deux musettes d’une forme nouvelle, 800 liv.». Ces instruments très en vogue sous Louis XIV et sous Louis XV, figuraient dans tous les concerts de la cour. Les frères Chefdeville sont considérés comme les plus fameux joueurs de musettes qu’ait eus la France. L'ainé, Esprit Philippe, était engagé à l'orchestre de l'Opéra en 1795.
1749. — Louvert reçoit pour une vielle, 288 liv. Il reparait en 1754, avec un mémoire de 4,200 liv. — En 1755, Saint-Léger vend un clavecin de 14,000 liv. et Guichard, un de 800 Liv. —
Blanchet, breveté du Roi, fabrique et répare des clavecins pour Mesdames de France et les spectacles de la cour. Bourdet, « facteur et accordeur de clavecins, » présente en 1755, un mémoire de 513 liv.
1772. —Naderman exécute pour M Victoire, une harpe sculptée, peinteen bouquets sur la table, de 810 Jiv., y compris l’étui. L'année suivante Fleury, luthier rue des Boucheries, présente un compte de 340 liv. Simon facteur de clavecins, florissait déjà sur la fin du règne de Louis XV. En 1778, son mémoire pour les Menus s’élève à 4,500 liv.
Pascal Taskin, élève de Blanchet, succède à son maître, vers 1766. Très recherché de la famille royale, nous le voyons souvent livrer des clavecins et des guitares à Mesdames Adélaïde, Sophie, Clotilde, Élisabeth. En 1783, Pascal Taskin, oncle, et quelque temps après Pascal Taskin neveu, tous deux facteurs de clavecins de la famille royale, se partagent les faveurs de la cour. Taskin neveu présente, en 1787, un mémoire de 5,386 liv. « pour fournitures et divers déplacements de pianos portés chez Me la duchesse de Polignac, pour divers concerts ».
Hamelingue, en 1775, facture trois clarinettes à 432 liv. Caron, iuthier; Lefebvre, facteur de cors, et Cliquot ,« facteur des orgues du Roy, » fournissent aux Menus-Plaisirs depuis 1780, jusqu'à la fin du règne de Louis XVI. Schweickart, facteur d’orgues, figure en 1788, sur les comptes des Menus pour la somme de 900 Liv. (A4rchiv. Nat., série 0'2985 à 0'3048.)
Vente Fau, 1884. Quatre pochettes du XVII siècle : 171 fr.— Mandoline, en bois noir et bandes d'ivoire : 80 fr. — Deux manches d'instruments, en bois sculpté : 100 fr.
Vente Leloir, 1884. Grande viole d'amour : 305 fr. — Pardessus de viole : 205 fr. — Basse de viole française : 409 fr. — Luth: 200 fr. — Archiluth italien : 600 fr. — Théorbe allemand : 252 fr. — Ghittarrone : 760 fr. — Trompe de chasse allemande : 401 fr. — Tambour du XVIT siècle : 1925 fr. — Tambour français de 1793 : 295 fr.
MM.ALARD (Paris), stradivarius. Cistre. — EUG. AMELOT (Belg.), alto, signé : GASPAR BORBON TOT BRUSSEL, 1689. — BARKER (Paris), lyre en bois sculpté et doré; la peinture de la table d'harmonie représente Orphée charmant les animaux, XVIII s. — BAUR (Paris), flageolet en buis sculpté; près du pavillon, des musiciens et des danseurs. Signé : W. BECKER. V., XVIIe s. Violon à cinq cordes, à manche terminé
par un buste de femme, en ivoire, coiffé d'un voile en buis. Musette Louis XV, garnie en soie bleue, brochée et montée en ivoire, — D' BER- NËÈDE (Agen). — Mme BESVILLE jeune (Orléans), guitare italienne. Mandoline. Viole indienne. Pochette. Musette en ivoire, garnie d'argent. — BONJOUR (Paris), Stradivarius. — CH. BOSSELET (Bels.), alto signé : P. BOOM ME FECIT, BRUXELLIS, 1778. — E. BOULY DE LES- DAIN (Beauvais), — JOSEPH BOCCHI (ltalie), violon de GASPARD DA SALO, orné de peintures dans la manière vénitienne,
Mne ALF. CAMPO (Belc.), virginale de f. RUCKERS D’ANVERS, ANNO 1620. — PRINCE DE CARAMAN-CHIMAY (Bels.), violon et violoncelle de STRADIVARIUS. Violon et alto par AMBROISE DE COMBLE. — J. CAROLUS [Belg.), cor de chasse de I. H, ACKEN AUSEN IN LUNE- BURG, 1745, — Cornemuseitalienne en buis, — CERCLIER (Paris{?]).mandoline. — G.-F. DARCHE (Belg.), violoncelle fait par ANDRÉ AMATI (41580), pour la chapelle de Charles IX, Roi de France. Alto attribué à DE LANNOY, de Bruxelles, XVIIIe s. — L. DERDEYN (Belg.), Clavecin vertical signé : « ALBERTUS DELIN ME FECIT TORNACI, 1752. » — ED. DELPIERRE (Belg.), cor de chasse, par MACHT JACOB SCHMIDT, IN NURNBERG, XVIIIe s. Trompette signée : MACHT PHILIPPE SCHALLER IN MINCHEN, XVIIe 5. — DEPRET (Paris), Stradivarius. — A, DES- MOTTES (Paris), irstruments divers. — CH. DESMOTTES (Lomme), importante collection. Plus de cent pièces. — Mme DESMOTTES LEN- GLART -(Belg.), collection d'instruments miniatures, tels que harpe, cithares, alto, cornemuse, mandolines et guitares — DUCAUNÈS DUVAL (Bordeaux), série d'instruments des XVIIe et XVII s.
ESCOSURA (Paris), luths, archiluths d'Italie. Musette en ivoire et velours. — PAUL EUDEL (Paris), clavecin d'ANDRÉ RUCKERS, 1646. RESTAURÉ PAR PASCAL TASKIN EN 1780. Les peintures sur fond d’or sont de Claude Gillot. Pièce rarissime par sa beauté et son étonnante conservation. Harpe Louis XVI.
A. FAVIER (Douai), petite régale, à vent, dont le clavier se replie sur lui-même et se loge dans une boîte en cuir doré, en forme de missel. Pièce rarissime. — ANGELO FIRPO {ltalie), deux violons de Stradivarius, signés ; l’un, daté 1700. Un autre, dela première époque signé : ANTONIUS STRADIVARIUS FACIEBAT ANNO 1697, Violoncelle de Stradivarius, daté 1700. Contre-basse d'AMATI, la seule connue de cet auteur. Violon d'ALEXANDRE, dit le VÉNITIEN. — FRANCHOMME (Paris), violoncelle de À. STRADIVARIUS, un des plus beaux types connus du maitre.
GALLAY (Paris), Stradivarius. — GARCIN (Paris), Stradivurius. — Br DE GOER DE HERVE (Belg.), clavecin d'ANDRÉAS RUCKERS, d'Anvers; gracieuse peinture, genre Watteau, sur le couvercle, — HENRI GOSSELIN (id.), virginale signée: GABRIELL TO WNSEND FECIT 1641. Surles côtés, des ornements en papier pressé, polychroméet doré, avec les armes d'Angleterreet lesinitiales &. R. Corde chasse FAIT A BRUXELLES PAR M. BERCKMANS, XVIIIe s. Pochette française du XVIIIe s. Cistre à huit cordes par SALOMON ZOLLNER 1791.
FÉLIX HÉBERT (Paris. — HERZ (Paris), clavecin à queue de RUCKERS, d'Anvers (1636), refait par Pascal Taskin, en 1787, mis au diapason normal par Jacques Herz en 1866. — CH. HENKART (Belg.), Cistre par G. DELEPLANQUE, A LILLE, 1774 ; caisse incrustée d'ivoire. — LÉON HILLAIRE (Toulouse). — Bo DU HOULLEY (Orléans), harpe Louis XVI.
Vi DE JANZÉ (Paris), collection d'instruments des vieux maîtres ita-
liens. Alto de A. Stradivarius, qui passe pour le plus beau spécimen de ce genre. — LÉON JOURET (Belg.), virginaie d’ « Andréas Ruckers » d'Anvers. 1628. — Mure JUBINAL DE SAINT-ALBIN (Paris), euitare, musettes, pochettes, crécelle, mandoline, violons, cithare, flûtes, flaseolet de fer Louis XIII. Instruments miniatures, musettes, violons, mandolines. Bâton de chef d'orchestre, en ivoire gravé; sur l’un, des amours musiciens ; sur l’autre, ayant appartenu à Mozart, une phrase musicale.
LAMOUREUX (Paris), Stradivarius. — LA PERSONNE-BAZIN (Festieux), clavecin Louis XV, avec peintures, signé : PASCAL TASKIN, ÉLÈVE DE BLANCHET. 1759. Clavecin dit virginal, de J. RUCKERS, D’ANVERS, réparé en 1739 par Fr. Chapelle. On lit à l'intérieur : DULCE SONUM REFICIT TRISTIA CORDIA MELOS. (La douce mélodie réconforte les cœurs attristés.) — LAVIGNÉE (Paris), clavecin à queue. Intéricur de HANS RUCKERS 1655. Peinture en camaïeu bleu représentant Apollon, les Grâces et des Amours musiciens, au milieu d’enroulements de siyle rocaille. — EUG. LECOMTE (Paris), Stradivarius. — LEUDET (Paris), viole d'amour. — LOUP (Paris), pochettes du XVIIE. s.
VICT. ET JOS. MAHILLON (Belg.),collection considérable d'instruments de musique en tous genres, la plupart signés. — Gte MOLITOR (Paris), Stradivarius. — G. MOUGENOT (Belgique), violoncelle FAIT PAR AMBROISE DE COMBLE. 1769. Alto, par « AMBROISE DE COMBLE, ANNO 1716. » Alto, signé : HENRICUS JOSEPHUS DE LANNOY BRUXEL- LENSIS, ANNO 1778. — MOUSSOIR (Le Mans).
NOLLET (Paris), psaltérion du XVII s., caisse en trapèze, ornée, sur la table, de peintures figurant trois musiciens au-dessus de pavillons et de guirlandes de fleurs. Tympanon. Harpe du XVITies. peinte de chinoiseries ; signée : CHATELAIN, RUE BRAQUE AU MARAIS » (Paris).
B DE PITTEURS HIEGAERTS D ORDANGE (Bels.), régale du XVIIIe s. Caisse en forme de table avec incrustations et marqueteries ; ornements en bronze doré.
Brune NATH. DE ROTHSCHILD (Paris), luths, archiluths d'Italie, etc. — PH. ROUSSEAU (Paris), musette, etc.
Cie DE SARTIGES (Paris), grand clavecinitalien dü XVIIL s., offrant divers groupes de personnages en bois sculpté et doré; des jeux de nymphes et de dieux marins forment le sujet de l'ornementation et rappellent la décoration générale de la Piazza-Navone à Rome. — E. SEVENIER (Paris), harpe, à peinture de fleurs semées et de guirlandes, XVIIIe s. — CÉSAR SNOECK (Renaix), importante collection accompagnée de documents nombreux sur l'histoire de la musique et la fabrication des instruments. — MAX STEINER (Munich), guitare incrustée d’écaille et d'ivoire, représentant des feuillages et des Amours, et encadrant sur les côtés deux médaillons, le jugement de Midas, ainsi désigné : « L’injustice de Midée » et Orphée charmant les animaux : « La musique d’Orphée tire tout à soy. » Sur les bords, l'inscription : « En jouant, secours me nuit, en riant me tue, c'est trop tard. »
TASKIN (Opéra-com.},instruments divers. Beau clavecin de Pascal Taskin, son ancêtre. — ANTONIN TERME (Belgique), virginale, datée 1568; caisse en bois sculptée, aux armes de Clèves et de Berg. — THOMAS (Paris), musette. — Mis DE THUISY (Paris), collection orientale, série d'instruments des divers grands pays de l'Asie. — TOLBEC- QUE (Paris), clavecins ornés de marqueteries et de peintures. Pochettes. Cistres sculptés, etc. — TUERLINCKX (Belg.). Cor de chasse, par TUER- LINCKX, A MALINES.
Mu ANAIS VAN DER BECK (Belg.), violon FAIT A TOURNAY PAR AMBROISE DE COMBLE. 1759. » Violoncelle par le même. 1768. —Ct-GARL VAN DER STATEN-PONTHOZ (Belg.), violon signé : ANTONIUS STRADIVARIUS CREMONENSIS FACIEBAT ANNO 1688. — À VAN ZUY- LEN (Belg.). Basse de flûte douce de BOECKHOUT, XVIIIe s. Flûte douce à colonne. Viole d'amour. Théorbe, par RENAU ET CHATELAIN, A PARIS. vielle de « Fleury à Paris ». XVIIIe s, — Cte H.DE VILLERS (Belg.). Harpe-luth anglaise, de la fin du XVIII 6. et cistre, par DELEPLANGUE, LUTHIER A LILLE. XVIIIe s.
DE WAZIERS (Paris), Stradivarius. — J.-B. WILLAUME, violon de STRADIVARIUS, « le type le plus remarquable qui soit parvenu jusqu’à nous. » — WILLEMS (Paris), cistres délicatement sculptés.
Css D'YVON (Paris), harpe aux armes de France, ayant appartenu à Marie-Antoinette ; la table est peinte de bergeries, de trophées d’instruments de musique et de fleurs (1).
(1) Nous aurions désiré être plus explicite en ce qui concerne les belles collections exposées au Trocadéro, en 1878, mais les documents nous font défaut. Au lieu de nous distribuer une médaille et un diplôme, récompense inutile et sans valeur, ce qu'il fallait, ce qui a été maintes fois réclamé, c'était le catalogue de toutes ces richesses. Les curieux et les travailleurs y auraient puisé une foule de renseignements dont ils sont privés aujourd’'hui. Il ne nous reste que le Livret-Guide de M. Ph. Breban.
Quand cette brochure parut, elle nous fit sourire par sa brièveté; à présent, nous sommes heureux de la posséder, malgré ses lacunes. A propos de Stradivarius, par exemple, le Livret s’exprime ainsi : « Citons les violons, altos et violoncelles de MM. Allard, Bonjour, Bénazet, Depret, d'Egville, Gallay, Garcin, de Janzé, Lamoureux, Eug. Lecomte, Cte Molitor, Tolbecque et de Waziers, qui sont de premier ordre et du plus grand intérêt. »
C'est ce qui explique pourquoi nous avons dù nous contenter de mettre le mot Stradivarius à côté du nom des amateurs mentionnés ci-dessus et désignés en bloc comme possesseurs d'instruments du célèbre facteur de Crémone.
LES VASES PEINTS GRECS.— L'art, chez les Grecs, fut porté aux extrêmes limites de la perfection ; il arriva à son apogée sous Périclès, pour se maintenir dans sa splendeur jusque sous le règne d'Alexandre; à sa mort, il commença à se perdre, après avoir brillé cent vingt ans. (Vinkelmann.) La céramique suivit le mouvement des arts. Les poteries grecques sont en terre Jaune pâle ou rouge, et décorées de diverses façons. Sur les unes, les figures peintes en noir, s’enlèvent sur le fond jaune ou rouge du vase, tandis que, sur d’autres, la couleur noire sert de fond.
« Les couleurs employées dans l’ornementation des plus anciennes poteries, dit M. Ed. Garnier, sont terreuses, mates et généralement ocreuses ou brunes plus ou moins foncées. Plus tard, elles sont remplacées par un lustre noir brillant, posé sur la terre, dont la couleur est avivée par un simple polissage, donné par le tourneur et avant la cuisson sur la pièce terminée, ou par un lustre mince, incolore, mais destiné à exalter la couleur de la pâte. Quelquefois les figures noires sont rehaussées de couleurs mates de nature argileuse, appliquées après coup, et qui sont de véritables engobes d’un ton généralement blanc, rouge, violâtre ou jaune. » (Histoire de la céramique, Tours, Mame, 1882.)
La forme des vases est heureuse et d’un galbe élégant; les anses affectent parfois la gracieuse ondulation d’un col de cygne et le sujet principal, toujours bien conçu, est accompagné de méandres et de palmettes. Si parfois le dessin est incorrect, il se sauve par la hardiesse des contours. Cette incorrection vient de la difficulté qu'éprouvaient les artistes à peindre sur une terre absorbante, qui ne permettait pas d'interrompre une ligne commencée, sans que la reprise fût apparente. Les sujets sont mythologiques et historiques. L'histoire de Bacchus et les héros de la guerre de Troie reviennent avec une préférence marquée.
Vente Castellani, 1884. — OEnochoé à peinture noire sur fond blanc : Sanglier et lion combattant. 1,000 fr. — Cratère : Métamorphose d’Actéon. 5,000 fr, — Grand scyphus : Eros emportant Tithonos. 640 fr. — Scyphus en forme de tête de Sylène; peinture noire sur terre rouge. 5,000 fr. — Rython en forme de tête d’aigle; détails peints en noir, blanc et rouge vif, sur fond jaunâtre. 3,685 fr. — Hydrie à trois anses : Hercule étouffant les serpents. 6,000 fr. — Grande hydrie à trois anses, un des plus
beaux vases grecs connus ; d’un côté, des figures de déesses, peut-être Déméter et Koré ; de l’autre côté, Apollon et une jeune fille assise. 25,000 fr,
LES POTERIES ROMAINES se rencontrent partout où les Romains ont établi leur domination. Ily ena de grises, de noires, de rouges. Ges dernières, recouvertes d'un lustre brillant, sont les plus nombreuses etse rencontrent surtout en France et en Angleterre. Elles présentent des ornements, des mascarons, des figures en relief, mais ne sont jamais peintes. Leur belle couleur cire à cacheter suffit à les faire reconnaître, de quelque lieu qu’elles proviennent.
LES FAIENCES DE PERSE sont décorées de fleurs plus ou moins naturelles, de rinceaux, de dessins à découpures, d'oiseaux, de papillons, de petits quadrupèdes tels que lapins, lièvres, gazelles, antilopes, de cavaliers portant un faucon sur le poing, ete. Ces compositions se détachent sur un fond blane ou d’un ton pâle, vert, bléu ou jaune. La fabrication de la faïence à émail stannifère était déjà très avancée, en Perse, au XIVe siècle.
Vente Castellani, 1884. Chope cylindrique, à anse découpée, avec animaux au trait sur fond vert. 500 fr. — Plat rond, à bord festonné, gerbe de fleurs polychromes et ornements bleus au marly. 880 fr. — Vase à panse ovoiïde et col droit; fleurs arabesques et ornements en bleu foncé et bleu clair, sur blanc. 4,050 fr. — Gargoulette piriforme, à reflets cuivreux; ornements de fleur, aspect aventurine. 500 fr. — Autre avec un renflement médian; imbrications vertes, feuillages, fleurs et cœurs rehaussés de rouge. 1,250 fr. — Divers plats polychromes. 385 fr. — 585 fr. — 795 fr. — 1,350 fr. — 3,250, fr. — Grande plaque carrée, avec arabesques polychromes et rehauts rouges, sur fond bleu turquoise. 810 fr.
ILE DE RHODES — FAIENCE LINDOS. — Les anciennes faiences d'imitation persane, appelées par les collectionneurs faiences de Rhodes, et par les marchands, faiences de Perse, ont été fabriquées à Lindos. Les premières remontent au XIV° siècle. En voici l'origine : Pendant les guerres des Tures contre les chrétiens, des galères appartenant aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, résidant à Rhodes, s'emparèrent d'un navire chargé de faïences de Perse et comptant parmi les passagers des potiers de l'Iran.
D'après le nouveau Catalogue du musée de Cluny, ce fait se
serait passé sous le vingt-cinquième grand maître de l’ordre. Héron de Villeneuve, de 4319 à 4346. Le navire fut conduit à Rhodes et les potiers persans, installés à Lindos, fondèrent un établissement, bientôt célèbre, dont le succès dura plusieurs siècles.
Cette brillante industrie disparut lors de la conquête de l’île par Soliman IT, Le 4° janvier 1523, après une défense mémorable, le grand maître Villiers de l'Isle Adam et les chevaliers survivants abandonnèrent l'ile de Rhodes pour n'y plus rentrer. Charles-Quint les établit à Malte, en 1530.
La plus belle collection de faïences de Lindos est à Cluny et ne compte pas moins de 532 pièces. On peut les étudier sur place, où elles sont savamment groupées par genre et par date. Le décor principal est composé de fleurs naturelles et de fantaisie, où l’on retrouve la rose, la tulipe, la jacinthe, l'œillet d'Inde, formant dans leurs profils des dessins à découpures. Un brillant émail rehausse leur riche ornementation. La faïence de Lindos, souvent confondue avec la faïence de Perse, en offre à peu près tous les caractères, mais avec une infériorité marquée tant sous le rapport du faconnage que sous celui du dessin et de la couverte.
ESPAGNE. —FAIENCES HISPANO-MORESQUES A REFLETS MÉTALLIQUES. — Les Arabes, ou plutôt les Mores d'Espagne, sont les premiers qui aient su donner à leurs poteries ces belles couleurs chatoyantes, à reflets métalliques, imitées par les Italiens, mais non inventées par eux, comme on l'avait d’abord supposé.
MALAGA. — Cette fabrique, déjà cèlèbre au XIVe siècle, a fait de grands plats ou bassins dits a/jofainas à dessins bleus, blanes et parfois rouges, de style oriental, rehaussés d’un lustre métallique oréo-cuivreux. Quelques bassins, dont il reste très peu d'exemplaires, sont décorés de bandes et de motifs concen.: triques moresques, de couleur bleue, sur fond blanchâtre. On attribue à l'usine de Malaga le fameux vase de l'Alhambra, sur lequel se retrouve la devise des Rois de Grenade : £1 il nya point de fort si ce n'est Dieu.
ILES BALÉARES. — MAJORQUE. — INCA. — IYICA. — Apres les usines de Malaga, et peut-être en même temps, s’élevérent celles de Majorque, dont les plus importantes étaient à Inca. Il est question de ces établissements en 1442, comme fai-
sant, en Italie, un très grand débit. De Majorque, les Italiens ont fait, par « une certaine caresse de langage » le mot majolica, en français majolique, pour désigner la faïence en général. Les faïences des îles Baléares se reconnaissent aisément à leur lustre métallique oréo cuivreux, presque toujours employé seul, ou avec de sobres additions de bleu. Les plats sont volontiers ornés de godrons, de feuilles de fougères et autres, bombées, avec ombilic offrant des parties saillantes. La marque, posée au revers, consiste en une roue, parfois dentée.
ROYAUME DE VALENCE. — VALENCE. — ALAQUAZ. — TRAYGUERA. — MANISÉS. — Le Royaume de Valence, déjà célèbre sous les Romains parses fabriques de poteries, ne le fut pas moins durant la fin du moyen âge et le grand siècle de la Renaissance. Comme caractères distinctifs de cette faïence, on remarque un emploi fréquent du décor à la feuille de vigne, une grande sobriété d'ornements à bosselages et la figuration d'un aigle symbolique, tenant à son bec une banderolle sur laquelle on lit le commencement de l'Évangile selon saint Jean : Zn principio erat Verbum.….SaintJeanl’Évangéliste a toujoursété en grande vénération à Valence. Les Annales de ce royaume vantent le bourg de Manisès, dont la faïence est « si bien dorée et peinte avec tant d'art, qu’elle séduitle monde entier, à tel point, ajoute ce document, que le pape, les cardinaux et les princes envoient ici leurs commandes... ». La décadence des faïences hispanomoresques se manifeste au commencement du XVIIe siècle par l'emploi exclusif des reflets de cuivre rouge. (B°r Ch. Davillier, Histoire des faiences hispano-moresques à reflets métailiques, Paris, 1861.)
Vente Castellani, 4884. — Grand plat rond à ombilic et godrons en spirales ; reflets métalliques rehaussés de bleu; fleurs et embrications; au centre, un aigle. 830 fr. — Autre, de même genre, à reflets mordorés, couronnés de fleurs et arabesques. 2,320 fr. — Grand plat rond, à godrons en spirale et ombilic ; fleurs et entrelacs ; au centre, un aigle héraldique{vers l'an 1500) 4,650 fr. — Autre, à fond bombé, avec lion héraldique passant et branches de fleurs, 4,060 fr. — Plat rond, rehaussé de bleu ; au centre, les armes de Castille et zones concentriques ; au revers, un aigle 1,300 fr. — Plats, bassins, gourdes et pièces diverses. 780 fr. — 850 fr. — 860 fr. — 1,110 fr. — 1,190 fr. — 1.220 fr.
FAIENCES SICGULO-ARABES. — CALATA-GIRONE. — Au
XVIe siècle, et probablementavant cette époque, on fabriquait en Sicile, à Calata-Girone, des poteries chargées d’ornements et de caractères arabes et relevés parfois d'un lustre métallique. Quelques types s'inspirent de l’art persan. Le décor est cerné d'un trait noirâtre rechampi en bleu ardoisé,
CGASTEL DURANTE (duché d'Urbin) est une fabrique ancienne. Il y est question, dès 1361, d'un certain Giovanni dai Bistugi (Jean des Biscuits). Les Italiens nomment bestugi les faïences qui ont subi une première cuisson avant de recevoir l'émail et la peinture. Castel Durante a fait une variété de grotesques appelée candelieri (candélabres); ce sont des vases décorés d’enroulements symétriques terminés de chaque côté d’une tige formant axe, par des sirènes, des monstres ailés, etc., à bras et à corps de feuillage. On doit aussi à cet établissement des plats à sujets, des potiches à médaillons d'hommes ou de femmes, hardiment brossés, et des frofei ou poteries ornées d'armes anciennes et d'instruments de musique militaire.
Vente Castellani, 1884. — Coupes : Profil d'homme couronné de lauriers, 600 fr. — Armoiries, 1,150 fr. — 4,010 fr.
PESARO (duché d'Urbin). — Très ancien atelier, qu’on fait remonter à 1462. Il est regardé comme le premier où l’on ait peint ces bustes de guerriers, de princes, de déesses, de Vertus et de jeunes femmes, accompagnés de banderolles et de devises. «Il y avait surtout, dit Passeri, auquel nous devons ces renseignements, une espèce de petits bassins qui pourraient s'appeler amatorü, sur lesquels les jeunes amants faisaient faire le portrait au naturel de leurs maîtresses et qu'ils envoyaient en présent avec quelques friandises comme fruits, bonbons, ou quelque autre chose, et l’on tenait cela en grande faveur et comme un gage de constance... Les amatorii se donnaient aux jeunes filles et peut-être encore aux fiancées. »
La cupa amatoria à été fabriquée aussi à Faënza, à Caffagiolo et à Gubbio. Le caractère des faïences de Pesaro est le jaune métallique à reflets chatoyants, parfois verdâtres ou pourprés., L'émail jaune chamois qui recouvre habituellement le revers de ces pièces sert encore à les distinguer, Un autre genre de cupa amatoria, sorte de coupe ronde, offrant à l’intérieur un Amour dansant et jouant des cymbales, servait « à envoyer des confitures aux jeunes filles, dans les fêtes de bal ».
Vente Castellani, 1884. — Grand platrond représentant un buste de guerrier : Lisandra. 2;500 fr. — Plat rond : Sirène ailée tenant
un écusson. 8,100 fr. — Gupa amatoria : Buste de jeune femme, avec le nom de chasandra sur une banderolle, 3,050 fr. — Plats ronds armoiriés, à fleurs, à médailles et à reflets métalliques, comme les pièces précédentes. 550 fr. — 630 fr. — 810 fr. — 4,350 fr. — 1,550 fr. — 1,650 fr. — 1,900 fr.
URBINO (duché d’Urbin) a tenu un rang si distingué sous le rapport de la peinture, qu'on lui attribue toutes les pièces capitales dont on ignore la provenance. Ses majoliques sont rehaussées de jaune d’or métallique et de rouge rubis posés « en traits déliés et énergiques », mais l'emploi de ces émaux y est plus restreint et plus sobre qu’à Gubbio.
Orazio, Fontana et Francesco Xanto Avelli de Rovigo, excellèrent dans les compositions historiques empruntées à Raphaël. Xanto Avelli fut, dit-on, le dernier artiste qui connut le secret du jaune d’or et du rouge rubis, perdus après lui. Ses œuvres sont datées de 4530 à 1542. Orazio était chargé des ouvrages de choix destinés à êtres offerts en présents aux souverains. C’est lui qui décora les magnifiques vases de la Spezieria, ou laboratoire de médecine du palais ducal. On rapporte que Christine de Suède, émerveillée de ces vases, en offrit leur pesant d'or. Urbino a fait aussi des plats à ornements en relief.
Vente Castellani, 1884. — Coupe ronde : La Vierge tenant l’Enfant Jésus sur son bras droit. 760 fr. — Coupe à godrons et bords festonnés : Guerrier romain devant une statue. 2,000 fr. — Plat rond : Vulcain forgeant les armes ‘de Mars. 2,750 fr. — Coupe d'accouchée : Scène allégorique et paysage. Amour voltigeant. 4,550 fr. — Grand plat rond : Triomphe et couronnement d’un guerrier romain. 3,890 fr. — Plat rond signé : EL FRATE FECIT. 1,745: Personnage debout, offrant une pomme à une femme. 2,950 fr. — Plat rond, à reflets métalliques, par Xanto de Rovigo : Vieillard blessé par un guerrier. Au revers, la date de 1536 et une inscription italienne. 4,500 fr.
GUBBIO (duché d'Urbin). — Superbes majoliques rehaussées de jaune d’or et surtout de rouge rubis d’un lustre étincelant, Maestro Giorgio Andreoli, le peintre par excellence de cette localité, commençait à se faire remarquer dès 1489, En 1337, il associa à ses travaux son fils Vincentio, plus connu sous le nom de Maestro Cencio.
Au nombre des produits de Gubbio on peut citer : Les pièces armoriées ou à sujets religieux. Les coupes à feuillages et à fruits en relief, Les grotesques (groteschi) figurant des entrelacs
d'homme et de femme à bras et corps de feuillages. Les plats ou bassins, dits amatorii, représentant le portrait de la femme aimée, avec son nom joint à une épithète admirative, inscrits sur une banderolle.
Vente Rusca, 1883.— Plaque de Maestro G1orG10 : Saint Gérôme à genoux dans le désert, devant un crucifix. 3,000 fr. — Plaque, du même : la Vierge et l'Enfant sur un trône, Saint debout, personnages agenouillés. 4,400 fr.
Vente Castellani, 1884. — Pot ovoïde, à anse cotelée, attribué à G. Andreoli. 45,000 fr. — Petit plat rond et creux ; au fond, un buste de jeune fille. 4,100 fr. — Plat rond, à fond bleu : Amour jouant avec un serpent. 5,000 fr. — Coupe ronde datée de 1537 : Buste de jeune fille, sigle d'ANpReour. 13,800 fr. — Coupe ronde, à décor en relief, aux armes de Jules IE. 4,500 fr. — Plat rond : Satyre dans un paysage et enfant, signé d'ANDREOL : 4,900 fr. — Grande coupe ronde évasée; au centre, un Amour nu dans un paysage et la devise S. P. Q. R. 16,700 fr.
FAENZA (Toscane), centre d’une fabrication célèbre, se distingue par ses élégantes arabesques, s’enlevant en clair sur un fond coloré, tantôt en bleu, tantôt en jaune, ou alternativement sur les deux couleurs.
Sa pâte est mince, légère et son émail brillant. Vers le milieu du XVIe siècle, les ateliers faentins exécutèrent des plats à sujets peints, semblables à ceux d’Urbino. Cela s'explique par le déplacement des artistes qui voyageaient facilement d'une ville à l’autre. Faenza n’a pas employé la couleur jaune à reflets métalliques; mais on lui doit des pièces cannelées, imprimées dans un moule et des bas-reliefs dans le genre de ceux des Della Robbia.
Vente Castellani, 1884. — Vases de pharmacie à cornes d’abondance et écussons. 325 fr. — 620 fr. — 640 fr. — Cornet : Singe tenant un chien en laisse. 510 fr. — Curieux vase à verser : Femme nue, tenant une tête de bœuf, 3,420 fr. — Bassin creux : Sirène tenant un peigne et un miroir. 4,850 fr. — Broc à une anse et à col trilobé (vers 1525) : Ane assis jouant de la musette. 2,400 fr.
CAFFAGIOLO, en Toscane, fut en activité jusqu'à la fin du XVIe siècle. Ses produits comprennent les sujets à histoires, les grotesques, les plats dits amatorii, les vases de pharmacie, ete. Le bleu lapis et le jaune orangé vif sont les deux couleurs dominantes de cet atelier, dont on retrouve aussi quelques pièces à reflets métalliques.
Vente Castellani, 18$4. — Cupa amatoria, à décor bleu, jaune d'or et vert : Orsella Bella. 1,500 fr. — Autre : Laura Bella. 2,050 fr. — Plats et coupes. Animaux fantastiques, trophées d'armes et deux écussons. 5,400 fr. — Le Jugement de Pâris. 2,250 fr. — Groupe d'enfants forgerons, monuments, paysages, animal fantastique. 6,050 fr. — Phénix aux ailes éployées sur un foyer incasdescent. 4,000 fr. -— Armoiries diverses. 510 fr, — 590 fr. — 700 fr.
DERUTA — Cette fabrique des États pontificaux fut créée, selon V. Lazari par un élève de Luca della Robbia, Agostino, dit Antonio di Duccio. Des faïences à reliefs, des vases en forme de pomme de pin, de fines majoliques enjolivées d’ornements, de bustes de femmes et de sujets d'histoire, sont sortis de cette localité. Le dessin est bleu, parfois accompagné de bistre brun, sur fond chamois, à reflets nacrés. Ges trois couleurs sont caractéristiques.
Vente Rusca, 1883. — Cupa amatoria : Paolina. 1,000 fr. — Autre. 2,100 fr,
Vente Castellani, 1884. — Coupe ronde à pied bas; décor en bas relief et reflets métalliques (vers 14530) : l'Adoration des bergers. 4,100 fr. — Plat du même temps, à reflets métalliques : Une Sainte martyre. 5,350 fr. — Vase balustre à couverele et à reflets nacrés : fleurs et imbrications. 510 fr.
VENISE. — Lesateliers vénitiens étaient réputés au commencement du XVIe siècle. En 1520, Alphonse Ier, duc de Ferrare, faisait exécuter dans la ville des lagunes, par l’entremise du Titien son ami, des verreries et des vases en majolique, destinés à la pharmacie du-
- cale. Les œuvres de cette belle époque sont rares. La décadence n’a pas tardé à se faire sentir; elle a produitdes faïences décorées d'arabesques, de fleurs, de
paysages, traités d'une façon expéditive.
En 1758, les frères Gian Andrea et Pietro Bertolini furent autorisés par le sénat à monter un four dans l'ile de Murano. De cet établissement sont sortis des plats légers et sonores à bords repoussés, comme les ouvrages martelés de l’orfèverie. Venise a fait aussi des plats couverts de grands sujets à ruines, presque dychromes, où le violet manganèse joue un rôle important, et a été souvent appliqué sur les produits du XVIIIe siècle.
SAVONE, près de Gênes. — Manufacture essentiellement in-
dustrielle. Nousla voyons surgir à la fin du XVLsiècle, aumoment où la fabrication dela majolique, privée de ses puissants protecteurs, est livrée à elle-même. Le décor de la faïence savonaise est généralement en camaïeu bleu et traité XX avec une grande liberté de brosse. Des batailles, des | amours et des scènes mythologiques, en sont les sujets habituels. Savone a fait des plats d’aspects différents. Les uns à bosselages, d'autres à bords découpés à jour. Les peintres les plus renommés étaient: Gian Antonio Guidobono Salomini; Gian Tomasso Torteroli et Agostino Ratti. Les marques de Savone sont variées; l’une, s’appliquant à la famille Salomini, serait le nœud de Salomon, figure cabalistique composée de deux triangles superposés, formant une étoile; mais le sigle le plus répandu consiste dans les armes de la ville : de gueules, au pal d'argent, au chef du même chargé d'une aigle issante de sable.
Les faïences de GENES se confondent avec celles de Savone et se reconnaissent surtout à la marque, qui consiste en un phare.
CASTELLI, dans les Abruzzes. — Vers la fin du XVIl°siècle, et au commencement du XVIIE°, de nombreux établissements s'élevèrent dans l’'Italie méridionale, et Gastelli devint le centre d'une importante fabrication. Les peintres de Castelli ont abordé tous les genres : histoire, mythologie, batailles, chasses, marines, scènes familières, etc., mais surtout le paysage.
Il faut reporter aux ateliers des Abruzzes toutes ces plaques à paysages, d’une facture très négligée. Les couleurs dominantes sont le jaune et le violet manganèse: un vert très doux sert à rendre les feuillages. Le ton général, un peu pâle et jaunâtre de celte faïence, permet de la reconnaitre à première vue. Les peintres les plus connus étaient Francesco Antonio Grue et sa nombreuse lignée ; les Gentile, les Fuina et les Giustiniani.
MILAN. — On fabriquait à Milan, au XVIII siècle, de jolies laïences dont le décor consiste en imitations chinoises, en personnages genre Watteau et en fleurs habilement groupées, rehaussées de dorures et accompagnées d’ornements rocailles en relief.
FRANCE, — POTERIE D'AVIGNON. — Depuis le commencemen du XVIe siècle, on a fabriqué à Avignon, de belles poteries brunâtres, marbrées ou unies, qui se recommandent pat leurs formes artistiques. Elles sont recouvertes d’ornements en relief, figures, mascarons, guirlandes, palmettes, appliquées parfois avec trop de profusion.
FAIENCE D'OIRON. — Les précieuses faïences connues d’abord sous le nom de faiences de Henri 11 apparurent au premier tiers du règne de François It", pour disparaître à l'avènement de Charles IX. Leur origine a été constatée en 1862 par M. Benjamin Fillon. Elles ont été faites à Oiron, dans les Deux-Sèvres, sous la direction d'Hélène de Hangest, dame de Boisy;, avec le concours de deux hommes intelligents : Jehan Bernart, son secrétaire, habile dans l’art de la décoration des livres, et Francois Cherpentier, potier et modeleur de talent. Hélène de Hangest, veuve d’Artus Gouffier, ancien gouverneur de Francois [, aimait les arts ; elle se plaisait à les encourager et les cultivait elle-même pendant les loisirs qu’elle trouvait chaque été, dans sa terre d'Oiron.
M. Benjamin Fillon divise les faïences d'Oiron en trois périodes : La première comprend tous les ouvrages à ornements d’une seule couleur et ceux qui n'ont qu'un petit nombre de parties colorées en noir, en brun ou en rouge d'œillet. Ge sont les plus parfaits. On y trouve comme une réminiscence des produits de l'Orient. La seconde période est marquée par la mort de la dame de Boisy, survenue en 1537. Les pièces changent d'aspect et se reconnaissent à leur forme architecturale, Les armoiries. déjà en usage dans la première série, se multiplient dans la seconde. C'est la salamandre de François I ; ce sont les chiffres de Henri IT, Les croissants entrelacés, Les fleurs de lis, les alérions des Montmorency, etc. Les nielles des fonds, exécutés précédemment à l’aide de petits fers ou poincons, appliqués sur la terre encore molle, subissent une amélioration notable, Le potier creuse sur de larges surfaces des entrelacs qui sont remplis de terre colorée et servent de cadres à de gracieux motifs. Ces ornements sont accompagnés de figurines en ronde bosse. La troisième période est celle de la décadence; elle commence en 1563 pour finir en 1568, date de la dévastation du château d'Oiron par les protestants. La fabrication, abandonnée à des mains étrangères, ne fournit plus que des œuvres médiocres et défectueuses. Les anciens moules servent à façonner de grossiers reliefs qui saillissent sans goût sur des terres mal préparées. La
beauté des faïences d'Oiron, leur exécution soignée, leurs formes élégantes, mais surtout leur rareté, en ont fait monter les prix à des sommets peu accessibles. On en connaît une centaine de pièces, telles que flambeaux, hanaps, aiguières, coupes, gourdes de chasse, drageoirs, porte-bouquets, salières etc.
Vente Rattier. — Coupe. 7,000 fr.
Vente E'spaular. — Bassin. 3,500 fr.
Vente Préaux. — Ghandelier. 5,200 fr.
Vente La Sayette. Goupe. 13,000 fr. — Chandelier. 46,000 fr.
Vente Soltikoff. — Coupe. 12,600 fr. — Pot à l’eau. 20,000 fr.
Vente Pourtalès. — Aiguière. 27,500 fr.
Vente Hamilton, 1882. — Salière hexagone, à colonnes. 22,000 fr. — Coupe, aux trois croissants, décorée de gaines d’arabesques, de monstres marins et d'entrelacs couleur de cuivre. 30,668 fr.
Vente Fountaine, 1884. — Mortier à cire. 39,375 fr. — Flambeau, aux armes de Montmorency-Laval. Deux desenfants qui ornent cette rarissime pièce ont chacun un bras cassé, 91,875 fr. à M. Eug. Dutuit. — Biberon. 26,513 fr. aussi à M. Dutuit.
LES POTERIES DE PRÉ D’AUGE, ainsi que les ÉPIS DE FAI- TAGE, ou ÉTOCS, qu’on plaçait sur les pignons des maisons de bois de la Renaissance, offrent un grand intérêt. Infreville, Armentières, Verneuil, Châtel-la-Lune et Malicorne, dans le département de l'Eure, fabriquaient des épis et des faîtiers décoratifs; ceux de Manerbe, dans la Calvados, et plus encore ceux de Pré d’Auge « atteignent une perfection voisine des œuvres de Palissy ». La supériorité du modelage et l'harmonie des couleurs en font des ouvrages remarquables ; toutefois ils doivent céder le pas aux Palissy dont ils se distinguent surtout à ces deux remarques : ils sont moins glacés, et dans le jaspé, les taches sont arrêtées et non parfondues.
Le Pré d’Auge a fait des plats à sujets en relief, des buires, des gourdes, décorées de mascarons, de godrons et d’ornements modelés avec goût. L'atelier fonctionnait au XVI siècle et au XVII c'est-à-dire à l’époque de Palissy et de ses continuateurs. La grande et absorbante réputation du potier de Saintes a fait que marchands et amateurs ont trouvé plus facile de lui attribuer indistinctement toutes les pièces similaires aux siennes; par ce moyen, les uns y voyaient leurintérèt sauvegardé, les autres leur vanité satisfaite. M. Jacquemart cite comme étant du Pré d’Auge un plat à médaillon central représentant la Vierge et l'Enfant Jésus entouré du Rosaire.
Les épis normands atteignent parfois une hauteur de 1",80. Ils sont formés de tubes ou manchons décorés avec un grand goût et reliés par une tige de fer.
«Des faitages beaucouq moins importants étaient employés en Bretagne, surtout aux environs de Lamballe, et le musée de Troyes possède un très bel épi qui laisse supposer que ce genre de décoration était également usité en Champagne. » (Ed. Garnier, Histoire de la céramique.) |
BERNARD PALISSY. XV[° siècle. — Les œuvres du potier de Saintes peuvent se classer ainsi :
are Série. Les pièce ornées de médaillons en relief, analogues à celles qu’on fabriquait dans le même temps à la Ghapelle-des- Pots, près Saintes.
Qme Série. Les poteries à glaçure jaspée de teintes jaunes, brunes, blanches et bleues, — hanaps à reliefs, plats à salières, ete.
Le 3° genre comprend les Æustiques fiqulines. Les Rustiques, ce sont ces vases et ces plats ornés de coquilles fossiles, de lézards et de salamandres, de grenouilles, de serpents, d’anguilles, de brochets, de truites, etc.
Enfin dans la 4° manière se trouvent les bas-reliefs, les plats à sujets historiques, religieux et mythologiques, les vases, les figurines, les salières, saucières, etc...
Après les travaux du grand maitre, viennent ceux de ses continuateurs, Nicolas et Mathurin Palissy, fils de Bernard; de Jehan Chipot, père et fils ; de Jehan Biot, dit Mercure, « émailleur en terre sigillée » ; de Guillaume Dupré, l’auteur de a Nourrice, de l'Enfant aux chiens, de l'Enfant sur le Dauphin, etc... Dupré travaillait à Avon, près Fontainebleau, en 1608.
Vente Fountaine, 1884. — Aiguière de François Briot. — (4,365 liv.) 34,195 fr. — Grand flambeau en forme de colonne corinthienne. 16,013 fr. — Une paire d’aiguières, avec figures en médaillons ovales, sur chaque côté, et masque sous le déversoir. 21,000 fr. — Grand bassin ovale, orné de masques reliés par des festons de draperies offrant des fleurs et des fruits en relief. 47,715 fr. — Autre grand bassin ovale, avec guirlandes de chêne et festons de fruits. 27,550 fr.
NEVERS. — Dans un ouvrage publié à Nevers, en 1590, Gaston de Clèves adresse des louanges à Louis de Gonzague, duc de Nivernais et de Rethel, pour les encouragements qu'il accorde à l’art de la verrerie, de la poterie et de l'émaillerie. Scipion Gam-
bin, cité comme parrain sur les registres des paroisses de Nevers en 1592, parait être le créateur de cette belle fabrication.
En 1602, Dominique de Conrade, gentilhomme savonais, attiré à la cour de Louis de Gonzague par ses libéralités, fonda une usine en compagnie de ses frères Baptiste et Augustin. Après eux, les Gustode s'illustrèrent pendant sept générations. Les premières faïences nivernaises, celles de Scipion Gambin sont imitées des majoliques italiennes; elles représentent des scènes mythologiques, surtout des dieux marins avec des dauphins, des cygnes et des enfants se jouant, au milieu des flots. Ces pièces sont rares et d’un prix élevé. Les Conrade adoptèrent le décor en camaïeu bleu, inspiré de la Chine et du Japon.
Un peu plus tard les produits de la Perse, introduits en Europe par les riches négociants de Gênes et de Venise, répandirent le goût de cette ornementalion composée de fleurs, d'oiseaux et de végétaux fantastiques. Adoptée d’abord dans les fabriques du nord de l'Italie, elle passa ensuite dans le Nivernais.
La tradition persane a enfanté ces jolies faïences à fond bleu lapis, obtenu par immersion, et recouvert de dessins en blanc fixe, parfois additionné de jaune bleu, sur fond jaune brun. Pierre Custode, établi en 1732, se fit remarquer dans l'exécution de ces belles céramiques et fut vraisemblablement l’auteur des pièces les plus parfaites en ce genre.
Après avoir copié tour à tour l'Italie, la Perse, le Japon et la Chine, Rouen, Moustiers et la Saxe, Nevers adopta un genre qui lui est propre, appelé /ranco-nivernais, auquel appartiennent ces faiences parlantes dont M. Champfleury nous a fait une intéressante description. (La Faïence parlante du centre et du midi de la France, Gaz. des Beaux-Arts, juillet 1864, t. XVII.) Le genre franco-nivernais a créé des assiettes, des bénitiers, des cruches, des gourdes, des buires, des bouteilles, ete., commandés par des particuliers ou des corporations religieuses et portant l’image de leur saint patron. Les devises et les légendes abondent pendant la seconde moitié du XVIIT* siècle. Le type le plus curieux de cette faïence parlante est le saladier à l'arbre d'amour.
La décadence se traduit par les assiettes populaires, avec les devises du Roi et de la Liberté. Les artistes de Nevers se servaient du violet manganèse pour tracer les contours de leurs sujets, et n’ont pas su employer la couleur rouge. Ils la remplaçaient par le jaune, substitution parfois choquante comme dans certaines assiettes patriotiques, où le bonnet républicain est représenté par un bonnet jaune. Voici quelques marques de faïenciers nivernais : D. L. F. 1636. Denis Lefebvre. — J. B, en
monogramme, Jacques Bourdu. — H. B. 1689. Henri Borne. F.R. 1731. François Rodrigue. — J.$. en monogramme, Jacques Seigne.
ROUEN. — Sous les règnes de François Let de Henri IT, il existait à Rouen une fabrique de faïence à émail stannifère, dirigé par Maclou Abaquesne; elle produisit les magnifiques pavages du château d'Écouen. En 1644, Nicolas Poirel sieur de Grand- Val obtint un privilège de cinquante années pour la fabrication de la faïence, dans toute la Normandie. Poirel de Grand-Val n'exerça pas son privilège, il le transmit à Edme Poterat, sieur de Saint-itienne. Celui-ci mourut en 1687, avecle titre de directeur des manufactures royales de faïences de Rouen. Louis Poterat continua jusqu’à sa mort, arrivée en 1696, les traditions de son père et perfectionna les procédés industriels. Une concession, datée de 1673, lui fut accordée pour faire de la faïence, facon de Hollande et de la porcelaine semblable à celle de la Chine. Pendant les cinquante premières années, la fabrication, indécise dans ses moyens, emprunte ses types à Nevers et à la Hollande ; mais à partir du XVIIIe siècle, elle surpasse ses rivales deFrance par la richesse de son décor à broderies et la variété de ses dessins rayonnants.
Les beaux spécimens, figurant des rondes d'amour et des arabesques noires sur fond jaune ocré, apparaissent sur la fin de la régence. Guillibaud inaugure les compositions chinoises à bords quadrillés entre les années 1720 et 1798. Il est l’auteur du fameux service offert par les échevins de la ville de Rouen au duc de Montmorency-Luxembourg, quand il fut nommé gouverneur de Normandie. Charles-François Frédéric II de Montmorency, duc de Luxembourg et de Piney, né le 3 décembre 1702, fit son entrée solennelle à Rouen le 27 juin 4798 et fut accueilli, selon les mémoires du temps. d'une façon splendide (1).
C'est aussi l'époque des sujets à figures représentant soit des scènes à personnages, soit les saints patrons des destinataires. Le genre rocaille arrive après, suivi du dessin à la corne. La décadence est entièrement consommée par le traité de commerce avec l'Angleterre, en 1786.
(1) Nous lisons dans le nouveau Catalogue du musée de Cluny : « Guillibeaux est l’auteur du service exécuté pour François-Henry de Montmorency, duc de Luxembourg, gouverneur de Normandie de 1690 à 1695. » (N° 3177. Voir aussi les Nos 3147 et 3158.) C’est une erreur, Guillibaud n’apparait, comme maître potier, qu’en 1720 et avant cette époque, les compositions chinoises, à bords quads, n'étaient pas encore adoptées à Rouen.
Dès 1774, l’habile faïencier Levavasseur se distingua dans un genre particulier: à la suite d'heureux essais de couleur purpurine, il imita, pendant tout le règne de Louis XVI, les faïences de Strasbourg, de Marseille et d’Aprey. Les grosses fleurs, les oiseaux sur terrasse et les personnages au milieu de sites variés en sont les motifs les plus répétés. C'est chez Levavasseur qu'ont été faits Les bustes des quatre Saisons, pris sur leur gaine, et symbolisant les âges de la vie. Ils ont été adjugés au représentant de notre ministère des beaux-arts, 68,800 fr. à la vente Hamilton, en 1882, et sont revenus en France, où ils resteront désormais. En 1884, deux bustes polychromes de Rouen, probablement de la même fabrique, l'Été et l'Aulomne, ont atteint l'enchère de 4,000 fr.
Rouen a produit en faïence une nombreuse variété de pièces parmi lesquelles nous citerons de grands Bacchus avec robinet, des bénitiers, des boîtes à tabac, drageoirs, boîtes à mouches, chandeliers, commodes, garnitures de cheminées, des lions, des plats à barbe, des pots à tabac, pots-pourris, râpes à tabac, brocs, gobelets, salières, seaux à rafraichir, surtouts, etc. (André Pottier, Æistoire de la faïence de Rouen.)