SCULPTURE
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Depuis les temps les plus reculés, les artistes ont modelé en terre. Les Grecs et les Romains employèrent à la décoration des édifices et des demeures privées des ornements divers et de larges bas-reliefs en terre cuite, représentant l'histoire homérique et les héros de la Fable. Quant aux statueltes, elles sont innombrables, et celles de provenance hellénique présentent les types les plus parfaits. On en à déterré des quantités provenant de sépultures antiques, mais le sol en renferme bien plus encore.
Au XV° et au XVI° siècle, les sculpteurs ont modelé des figures de sainteté et des bustes de personnages contemporains pleins de vie, d'expression et d’un réalisme saisissant. En Italie, ce genre s’est fait d’une facon remarquable par Luca Della Robbia, Donatello, Mino de Fiesole, Desiderio et leur école. Le premier, Luca Della Robbia, eut l'idée de recouvrir ses terres cuites en totalité ou en partie d'un émail blanc à base d'étain, qu'il colorait parfois en teintes pâles sur les vêtements.
En France, au XVII siècle, les artistes ont réservé à la terre cuite une part plus importante qu'ils ne l'avaient fait jusqu'alors. Les Faunes, les Nymphes, les Amours, les jeunes filles et les Bacchantes sont les sujets préférés de cette époque. Ricourt, Michel, Boizot, La Rue, Marin et quelques autres, les ont traités avec une grâce charmante, mais le plus fort de tous, le maître par excellence, c'est Claude Michel, dit Clodion.
De nos jours, on fabrique beaucoup de terres cuites; elles sont à la mode et se vendent cher; cependant nous en faisons peu de cas, parce que ce ne sont pas des œuvres originales. Ces reproductions répétées sur les mêmes types sont tout juste des ouvrages de mouleur, à l'aspect froid et mou, et l’on y cherche en vain, la trace de l’ébauchoir ou des doigts du maître, qui donnent le mouvement et la vie. Parmi les sculpteurs contemporains, auxquels on doit les plus beaux modèles, nous citerons: Cambos, auteur de la Cigale; Carpeaux, qui a représenté le prince impérial, debout près de son beau chien Néro, sur lequel il s’appuie; Chéret, gendre de Carrier-Belleuse; Codina; Comein, de Bruxelles ; Félon ; Frémiet ; Oms, espagnol, auteur du Gitano et
de la Gitana ; Truflot, élève de Carpeaux; les trois frères Moreau, Mathurin, Auguste el Hippolyte; on doit à l'aîné, le plus habile des trois, un groupe de deux belles jeunes filles, inquiètes en découvrant des pas de loup.
Tandis que les petits maîtres modeleurs du XVIII siècle exécutaient leurs séduisantes compositions, diverses faïenceries de la Lorraine fabriquaient commercialement de jolis groupes et figurines d’un galbe élégant et bien dignes d'être recherchés. Lunéville, Niederwiller, Saint-Clément et Bellevue se sont distinguées en ce genre, grâce au talent des habiles modeleurs Le Mire et Cyfflé; c'est à ces deux maîtres, qu’on doit les plus beaux modèles reproduits dans les diverses manufactures lorraines. Ces types variés sont en terre cuite blanche ou rouge, male ou émaillée, et parfois enluminée. Les pièces en terre, d'un blane jaunâtre, sont désignées sous le nom de terres de Lorraine.
C'est à Bellevue que se faisaient les grandes figures pour orner les jardins et dont voici les sujets bien connus : le Jardinier appuyé sur sa bêche ; — l'Abbé assis, lisant son bréviaire; — le Savoyard ramoneur; — la Savoyarde, jouant de la vielle; — la Jardinière ; — la Demoiselle assise, l'éventail à la main.
Toul, près Verdun, suivit l'impulsion donnée par ses voisines; Gournay nous apprend qu'on y produisait « différents ouvrages en beau biscuit, tels que groupes, figures, bustes, vases, médaillons d'hommes illustres, etc., d'après les dessins des plus grands maîtres ».
D'après Ed. Garnier, «c’est dans la faïencerie de Nancy, créée par Nicolas Lelong, en 1774, que Clodion aurait modelé une partie de ses plus belles terres cuites. » ({istoire de la céramique, Tours, A. Mame et fils, 1882.)
FIGURINES DE TANAGRA (Béotie). — Vers 1870, diverses fouilles pratiquées sur l'emplacement de l’ancienne ville de Tanagra, en Béotie, firent découvrir des tombeaux renfermant des vases en terre, peints ou unis, et des statuettes en terre cuite, d’un galbe élégant et d'un grand caractère artistique. Les plus petites de ces statuettes ont 0"07 de hauteur, les plus grandes 032; toutefois la moyenne du plus grand nombre est de quinze à vingt centimètres. Elles sont obtenues par le moulage, mais une retouche savante en a fait des œuvres hors ligne. Les vêtements ont élé peints en couleur tendre, bleue, rose ou lilas. Il ne reste, le plus souvent, que des traces de ces peintures, d’ailleurs peu solides, et qu’une vive lumière ne tarderait pas à altérer.
« Les costumes donnent une idée de l'art charmant avec lequel les femmes grecques s’habillaient; presque toutes portaient, soit le péplos, soit la calypta et, selon les saisons, s’en couvraient non seulement les épaules, mais encore la tête, de manière à se cacher une partie du front, les oreilles et le menton, laissant à découvert les yeux, le nez et la bouche. Le péplos ou châle se distinguait de la calypta par son ampleur et son tissu moins léger. Les deux vêtements se mettaient de la même facon. On fait remonter au temps d'Alexandre (IVe siècle avant J.-C.) l'apogée de cette belle fabrication. » (0. Rayet, Zes Figurines de Tanagra. Gazette des Beaux-Arts, Paris, 1875.)
Ces ravissantes terres cuites élaient cotées au début 50, 100 et 200 francs, selon leur importance, leur mérite et leur degré de conservation, Aujourd'hui, le prix d’une simple figurine varie de 500 à 3,000 francs. Les groupes valent le double et même le triple. Un grand amateur de Paris, M. Basilewski, vient de payer un superbe groupe de trois figures 11,000 francs.
Vente Lécuyer, 1883. — Joueuse d'osselets. 1,750 fr. — Silène et Satyrique. 3,100 fr. — Bacchante appuyée contre un
cippe, les pieds croisés. 820 fr. — Jeune fille vaincue au jeu de la balle et portant sur le dos sa compagne victorieuse. 1,400 fr. — Jeune satyre et bacchante assis sur un rocher. 6,010 fr. — Léda assise sur un rocher, près d’un cygne qui bat des ailes en la regardant et en allongeant le cou. 2,450 fr. — Jeune fille de Tanagra, assise sur un rocher. 510 fr. — Autre, la tête de face. 1,300 fr. — Hermès, conduisant une jeune fille vers la barque de Caron, chef-d'œuvre. 8,200 fr. — Gaulois, au visage grotesque, combattant nu. 1,000 fr. — Eros adolescent, tenant de la main droite levée un skyphos, dont il verse le vin dans une patère que tient la main gauche. 3,100 fr. — Hercule enfant, assis sur un petit rocher, étouffant les serpents. 1,700 fr. — Bacchante fuyant devant un satyre. 4,400 fr. — Terpsichore attachant ses chaussures. 3,000 fr.
Dans cette étude, nous passerons en revue une suite de sculpteurs comptant dans leur œuvre un certain nombre d'ouvrages modelés en terre, rendue inaltérable par la cuisson. Les morceaux cités, après chaque notice biographique et dont la nature n'est pas indiquée, sont en terre cuite.
BoucaaRDON (Edme), né à Chaumont en 1698, mort en 1762. Il étudia d’abord la peinture, puis il l'abandonna pour se livrer à la sculpture, sous la direction de Guillaume Coustou. Après
avoir étudié à Rome, comme pensionnaire du Roi, il fut nommé académicien en 1745. Ses deux ouvrages capitaux sont la fontaine monumentale de la rue de Grenelle et la statue équestre de Louis XV. Bouchardon a modelé en cire et fait de nombreuses terres cuites; parmi ces dernières, nous citerons : Salon de 1737. Athlètes domptant l'un, un lion, l’autre, un ours. Enfant assis, — S. 1738. Triton et Néréide, couchés près d'un hippopotame, modèle de fontaine. L'enfant et le dauphin du lac Lucrain. — $S. 1739. Bacchus victorieux, invitant les hommes au plaisir. L'Amour, se faisant un arc de la massue d’Hercule.
Les catalogues de ventes la Live de Jully, ATTO; Vassal de Saint-Hubert, 1774; Trudaine, ATTT, et Lebrun, 1778, décrivent des modèles de statues, de fontaine et deux gracieuses compositions en terre cuite : l'Hymen faisant rougir le fer d’une flèche à son flambeau et Nessus enlevant Déjanire.
Borzor (Simon-Louis), né en 1743, mort en 1809. Grand prix de Rome à dix-sept ans et reçu à l’Académie en 1778, sur la présentation d’une figure de Méléagre. Il fit pour l'Institut, la statue de Racine. Attaché à la manufacture de Sèvres, il y donna de charmants modèles.
Salon de 1773.— Nymphe qui éprouve avec surprise les dangers des traits de l'Amour. Bacchanale. — $S.1775. Buste de Hallé. peintre du Roi. Bas-relief d’une fête du dieu Pan sur un vase. Me B. en bacchante, buste.
Salon de la Correspondance, 1781 — Bas-relief représentant l’'Hymen offrant un enfant à la France. « Ge morceau est extrèmement intéressant par son objet et l'élégance de l'exécution, qu'on ne peut comparer qu'à la manière antique. » — L’enlèvement de Proserpine par Pluton. Proserpine offrant un sacrifice à Cérès. « Ces deux morceaux sont extrêmement piquants. » (De la Blancherie, Nouv. de la Républ. des Lettres et des Arts.)
CAFrIÉRI (Jean-Jacques), né en 1752, mort en 1794. C'est le plus célèbre artiste de la famille renommée des Caffiéri. Il sculptait avec un remarquable talent et a laissé des bustes admirables, entre autres ceux de Rotrou, de Thomas Corneille, de Le Sage, de La Chaussée, d'Helvétius et de Piron; en échange de ce dernier, il obtint ses entrées à la Comédie française. Dans une de ses lettres aux comédiens du Roi, il disait : « Vous fixez à mille écus vos abonnements à vie, et c’est exactement le prix de mes bustes. Celui de M. Helvétius, qui est actuellement au Salon, m'a été payé sur ce pied... » Jean-Jacques Caffiéri a fait aussi des
bustes en terre cuite. Ceux de Quinault et de La Fontaine lui furent comptés chacun à 25 livres. (Jal., Dictionnaire cri-
lique.) Salon de 1769. — L'Espérance nourrit l'Amour. L'eau, naïade. Omnia vineit amor. — S. 1771. Benjamin Franklin. — S$. 1785.
Buste de Boileau. — S. 1789. Naïade. Marivaux.
Vente Laperlier, 1879. — Portrait de Pascal Borie. 650 fr. — Portrait de Taitbout, consul de France, à Naples, en 1762. 1,000 fr. — Jeune femme. 3,000 fr.
CapocaccIA (Mario), d'Ancône, stuccateur habile, florissait au XVIe siècle, du temps de Vasari. Il a modelé en stuc colorié de « superbes portraits » parmi lesquels on cite ceux du pape Pie V et du cardinal Alessandrino. Vasari, notre auteur, ajoute : « Je mentionnerai encore de magnifiques portraits, exécutés dans le même genre, par les fils du peintre Purnoro, de Pérouse. »
CarrieR-BELLEUSE (Albert-Ernest),né à Anisy-le-Château (Aisne), vers 1820, élève de David d'Angers. Il a exécuté avec beaucoup de talent un grand nombre de terres cuites offrant toutes sortes de sujets mythologiques et de fantaisie, ainsi que les portraits en buste d’une foule de contemporains. Parmi les bustes, nous citerons ceux de Renan, de Jules Simon, de Théophile Gautier, d'Edmond About, des peintres Ghiffard, Decamps, Gustave Doré, de M° Marie Laurent, de Fechter, d’Étienne Arago, du ténor Guaymard, de sa femme M%° Guaymard-Lauters, etc. Ces portraits, fortement fouillés, sont pleins d'expression. Quant à ses types de femmes, ils sont tous gracieux.
Vente Carrier-Belleuse, 1874. — Groures : La Confidence. 300 fr. — Le Baiser d'amour. 150 fr. — L'Enlèvement. 300 fr. -— Offrande à Bacchus. 200 fr. — Bacchante au Terme. 150 fr. — Bacchanale. 150 fr. — Danseurs italiens. 300 fr. — Tritons et Bacchante. 200 fr. — STATUETTES diverses à 150 fr.
Vente Carrier-Belleuse, 1883. — Groupes : La Danse (H. 0,90). 200 fr. — La Charité (H. 0,75).160 fr. — Le Retour des champs (H. 0,80). 200 fr. — Les deux Amours (H. 0,75). 480 fr. — La Confidence (H. 0,75). 220 fr. — L'Enlèvement (H. 0,60). 130 fr. — Baiser d'amour (H. 0,55). 120 fr. — L'Amour désarmé (H. 0,70). 155 fr. — La Tempérance (H. 0,70). 190 fr.
STATUETTES. — La Cigale (H. 0,80). 140 fr. — La même, décorée. 210 fr. — La Fourmi (H. 0,80). 95 fr. — La mème, décorée. 130 fr. — Léda, statuette couchée (H. 0,45), 100 fr.
— Diane (H. 0,55). 445 fr. — La Liseuse (H. 0,80). 195 fr. — La Source (H. 0,80). 120 fr. — Molière, décorée (H, 0,75). 310 fr.
BusTes. — Printemps(H. 0,60). 144 fr. — Été (H.0,60). 105 fr. — Automne (H. 0,60). 150 fr. — Hiver (H. 0,60). 100 fr. — Soucieuse (H. 0.75). 190 fr. — Le Réveil (H. 0.65). 110fr. — Alsace (H. 0.80). 200 fr. — Michel-Ange (H. 0,65). 50 fr. — Rembrandt (H. 0,65). 85 fr.
CLonion (Micuez Claude, dit), né à Nancy le 20 décembre 1728, mort à Paris en 1814, élève de Lambert-Sigisbert Adam, son oncle. Il ne fut qu'agrégé de l'Académie, sans arriver au titre d'académicien. « Ge célèbre artiste, dit M. Bellier de la Chavi-
Jeune fille accroupie. Terre cuite, par Clodion. Collection de M. de Montgermon.
gnerie, n'a exposé que sous le nom de Clodion, et c’est le seul sous lequel il est connu dans le monde des arts. » M. Edm. de Goncourt possède dans son riche cabinet une statuette signée : Micuer, et ce grand amateur prétend qu'elle a été faite par Clodion, avant qu'il n'eût adopté son surnom; c’est une erreur. La
statuette est tout simplement de Micuez, c'est-à-dire de l’un des frères de notre artiste.
Clodion a exposé à Paris depuis 1773 jusqu’en 1810. Le genre léger fut son triomphe. Ses bas-reliefs d'enfants joufflus, ses groupes de faunes et de Bacchantes, ses figures de jeunes filles aux poses gracieuses sont des modèles de goût et nous offrent le type le plus pur du XVITE siècle. Clodion n'est pas seulement l’auteur de ravissantes terres cuites, il a taillé le marbre avec sa séduction habituelle, il a modelé des bas-reliefs en cire de toute beauté et des bras d’applique qui sont deschefs-d’œuvre d’art décoratif. Le Cataloguede la Vente San-Donato, 1880, nous offre de magnifiques spécimens des différents genres abordés par Clodion. Nous y voyons deux vases en marbre blanc exécutés par ce maitre en 1782, pour le palais de Versailles, adjugés 70,700 fr. Ils sont de forme antique, à anses en tête de bélier. Les médaillons figurent le dieu Pan, des satyres, des faunes et des faunesses, jouant et dansant. |
Depuis une vingtaine d’années, le prix des terres cuites de Clodions’est considérablement élevé, et quelques faussaires, tentés par l’appât du gain, se sont appliqués à les imiter. Un certain Lebroc, mort depuis peu à Paris, indignement conseillé par son père, a passé une parlie de sa vie à fabriquer en terre cuite de faux Clodion.
Vente Roux (de Tours), 1868. — Femme nue, debout. Un vase, enpartie couvert par une draperie est à ses pieds (H.0,43). 4,000 fr.
Vente de Mme de Montesquoiu-Fezensac, 1872. — Statuette de vestale, debout près d'un autel à trépied. 4,100 fr. — Deux Bacchantes, portant chacune un enfant sur l'épaule. 3,700 fr.
Vente San-Donato, 1880. — Faune et faunesse, médaillon signé : CLODION 1767, 709 fr. — Les Dénicheurs, statuettes de jeunes faune et faunesse (H. 0,32). 5,600 fr. — L'’Automne, superbe groupe à trois personnages, deux bacchantes et un petit faune (H. 0,56.) 19,000 fr.
Vente Beurdeley, 1883. — Statuette d'enfant, satyre courant, tenant une chouette et un thyrse. 1,900 fr. — Bacchante et satyre, groupe signé : CLopION, 1764. 9,200 fr. — Autre groupe daté de 1765, Nymphe couronnée par un satyre et enfant mangeant du raisin. 10,500 fr.
CoLLET (Jacques-Auguste). Il obtint le grand prix de Rome en 1778, et fut attaché comme sculpteur à la manufacture de Sèvres. Aux Salons de 1791 et de 1793, il exposa des têtes d’études, des vases, des portraits et des médaillons,
GyrFLé (Paul-Louis), né à Bruges en 1724, mort à Ixelles, près Bruxelles, en 1806. Arrivé en France à l’âge de dix-sept ans, il étudia chez un de ses oncles, orfèvre à Paris; puis, en 1746, il partit pour Lunéville, où Guibal, sculpteur du Roi de Pologne, l’occupa quelque temps. C'est alors que notre artiste entra dans la faïencerie de Lunéville, pour y modeler des portraits, des groupes et des figurines.
Il travailla aussi pour les ateliers de Niederwiller, de St-Clément et de Bellevue; ses jolis modèles contribuèrent à la propriété des manufactures lorraines. En 1768, Cyfflé s'établit à Lunéville pour son propre compte, jusqu'en 1777, époque à laquelle la concurrence lui fit quitter le pays. Ce maître aborda tous les genres, mais il s’est complu dans les types populaires.
En général, les œuvres de Cyfflé sont en terre de Lorraine mate ou vernissée, parfois enluminées, tandis que celles de Lemire sont en biscuit de porcelaine.
Darpez (Robert-Guillaume), né à Paris, en 1749, mort en 1821, sculpteur et graveur, élève de Pajou. Il devint administrateur du musée de Versailles, en 1790. Dardel a exposé au Salon de la Correspondance, depuis 1781 jusqu'en 1787, un grand nombre de compositions historiques, dans lesquelles il s'est appliqué à caractériser les grands hommes. Parmi ces belles compositions en terre cuite, nous citerons : Gustave-Adolphe mourant dans les bras de la Victoire ; Turenne, couvrant les lis de son bouclier ; Boileau, accordant la lyre d’Apollon; Descartes, pérçant les ténèbres de l'ignorance, etc. Les portraits de Condé, de Vauban, de Bossuet, de Pascal et de Voltaire furent exécutés dans le même esprit. Pahin de La Blancherie, dans son journal, Vouvelles de la République des Leltres et des Arts, exprime son admiration pour le talent de l'artiste et applaudit «au choix de ses sujets, qui tendent à la gloire de la nation ».
DELA RoBBiA (Luca), né à Florence en 1400, mort en 1481. Successivement élève de l’orfèvre Leonardo, puis de Ghiberti, l’auteur des portes du baptistère de Florence, il fit de rapides progrès, et bientôt chez le disciple se révélèrent les talents d’un maitre. Cependant, malgré ses heureuses dispositions pour la grande sculpture, il y renonça comme il avait déjà renoncé à la ciselure et se mit à exécuter des bas-reliefs en terre cuite, auxquels il donnait une durée indéfinie par l'application d’un vernis à base d’étain et comme dit Vasari;, faceva l'opere di terra quasi eterne. Luca della Robbia a fait aussi des bustes et quel-
ques figures en pied; parfois il réservait les chairs et n'appliquait l'émail que sur les accessoires. Ses bas-reliefs étaient généralement blancs sur fond bleu, le plus souvent avec addition de teintes verte, marron et jaune.
Andrea, élève et neveu de Luca, continua les traditions de son oncle avec moins de talent. Il s’adonna à la fabrication des sujets religieux, médaillons, tableaux d’autels et tabernacles. Giovanni, Girolamo et Luca, fils d'Andrea della Robbia, lui succédèrent. Ils commencèrent par travailler tous trois dans l'atelier paternel, à Florence; puis Luca s'établit à Rome, et Girolamo vint en France diriger la décoration du château de Madrid, que François [ faisait construire au bois de Boulogne.
Luca et Andrea firent pour les églises d'Italie un grand nombre de bas-reliefs; les ouvrages de ce dernier sont les plus faibles, mais comme il eut la modestie de les signer, ils ne prètent pas à confusion.
Vente San-Donato, 1880. — Saint Antoine de Padoue, buste en terre émaillée, par Andrea (H. 0,40). 480 fr. — Ouvrages de Luca della Robbia : Buste de saint Jérôme, médaillon circulaire en haut relief (D. 0,44). 1,650 fr. — La Vierge adorant l'Enfant Jésus (H. 0,58. L. 0,39). 6,600 fr. -— La Madone à la pomme (H. 0,73. L. 0,48) 8,200 fr. — La Vierge au coussin, médaillon circulaire (D. 0,70) 19,000 fr.
DESIDERIO DE SETTIGNANO florissait en 4485. Il imita Donatello, dont il fut l'élève, « mais il possédait une grâce et une élégance qui lui étaient propres. Ses tètes de femmes et d'enfants ont un caractère de délicatesse et de douceur qui proviennent autant de la nature que du talent de l'ouvrier. » (Vasari, HI, 412.) Il mourut à vingt-huit ans, au moment où il commençait à développer les qualités d’un grand artiste. Les terres cuites de Donatello, de Desiderio et de Mino de Fiesole ont une ressemblance intime.
Vente San-Donato, 1880. — L'Enfant Jésus, statuette debout, en terre cuite polychromée. 1,220 fr.
DoNATELLO, sculpteur florentin (1383 + 1466), a beaucoup travaillé pour le duc Cosme de Médicis, qui l'avait pris en amitié. Son œuvre est considérable; il a modelé en terre et en stuc, il a sculpté en bois, en pierre, en marbre, des figures et des bustes pleins de vivacité et de naturel. Donatello, dit M. L. Courajod, est le principal et le plus grand des interprètes pittoresques de l'épisode biblique ; son réalisme est grandiose,
Ce maitre, dont le dessin est irréprochable, eut pour élèves le Rossellino, Desiderio deSettignano, Vellano de Padoue et Bertoldo, qui tous imitèrent de plus où moins près sa manière. Parmi les disciples de Donatello, Desiderio est le plus connu et il eut lui-même pour imitateur Mino de Fiesole. Les noms de ces trois artistes reviennent souvent pour donner une attribution vraisemblable à toute belle terre cuite italienne du XV® siècle. Quelques savants prétendent les reconnaître. Je sais que l’on observe la grande pureté de lignes et le puissantréalisme du premier; la grâce du second, jointe à une certaine poésie venant atténuer le réalisme; mais le troisième a parfois réuni les quatés des deux autres, et le fait de les distinguer n'en reste pas moins un problème difficile à résoudre.
Donatello, le plus illustre de ces maîtres italiens du XV° siècle, bénéficie de l'incertitude, et c’est à lui qu'on attribue le plus souvent tout ce qui rappelle sa manière.
Duquesnoy (Francois), plus généralement connu sous le nom de François Flamand, né à Bruxelles en 1594, mort en 1644. Ge grand sculpteur, auquel on doit le groupe d'enfants qui ornent les colonnes du maître-autel de Saint-Pierre, tailla aussi le bois et l’ivoire et fit de délicieuses terres cuites. Il excellait surtout à représenter les enfants.
Cabinet de Girardon. — Figure d'enfants les bras et la tête Levés. Buste de vieillard. Hermaphrodite. Christ. Sujets en terre de Rome. Buste antique de femme, sur une gaine chantournée. Figure de jeune femme debout. Groupé de deux enfants s'embrassant. Bustes d'hommes et de femmes d’après l’antique. Bacchus. Vénus.
Vente Vassal de St-Hubert, 1714. — L’Antinoüs, 13 pouces, 480 liv. — Deux enfants se disputant une boule, 8 pouces. 690 liv. — Deux enfants debout, dont l’un regarde en l’air. 7 pouces. 251 liv. — Deux Enfants, l'un debout, l’autre assis sur un rocher. 699liv. — Deux enfants couchés qui s’embrassent. 600liv. Ces divers ouvrages sont montés sur pied d’albâtre orné de bronzedoré.
Vente Mariette, 1773. — Petitbas-relief de trois enfants jouant avec un vase. 2 pouces 4/2 de haut sur 4 1/2, bordure dorée. 230 liv. — Un groupe de deux enfants jouant ensemble couchés par terre, 5 pouces carrés. 455 liv. — Un enfant endormi et couché sur le dos, de même grandeur. 412 liv. — Buste de la femme de Nicolas Poussin, en corset etla gorge découverte.
FALconeT (Étienne-Maurice), né à Paris en 1716, mort en 1791.
Élève de Le Moyne. Pour sa réception à l’Académie, il présenta un Milon de Crotone, groupe superbe, dont il reçut de grands éloges. Ses figures de Pygmalion, de la Baigneuse et de l'Amour menaçant connu sous le nom de Garde à vous, mirent le comble à sa réputation.
En 1766, Falconet fut appelé en Russie, pour faire la statue équestre de Pierre-le-Grand et consacra douze années à ce travail. Pierre I est représenté à cheval, franchissant un rocher escarpé. La statue, coulée en bronze, eut pour base un bloc d'un seul morceau pesant trois millions de livres, avant d’être façonné.
Salon de 1745. — Le Génie des Arts. — $. 1736. Le Génie de la Sculpture.
Vente Carle Vanloo, 1165. — Le Christ agonisant. 300 liv.
Vente Julienne, 1767. — Le Massacre des Innocents, basrelief. 400 liv.
Vente La Live de Jully, 1770. — Milon de Crotone, renversé et dévoré par un lion. 334 liv.
Vente Prault, 1784. — L'Amitié, sur gaine de bois sculpté et doré (H. 26 pouces). 500 liv.
GARDEUR et COUASNON. En1777, ces deux artistes exécutèrent dans un genre nouveau « comme nature » les portraits en buste de Louis XVI et de Marie-Antoinette. Nous trouvons leur mémoire dans les comptes des Menus-Plaisirs : « Pour le buste du Roi fait en terre, moule, plâtre, ledit buste exécuté en carton, peint les yeux d'émail, le tout d’après nature et le piédouche allégorique décoré.1,200 liv. —Deux autres à 600 liv. 1,200 liv. Un buste de la Reine. 4,800 liv. — Quatre autres à 600 liv. 2,400 liv. — Pour les bustes du petit Armand, exécutés par les mêmes procédés. 1,200 liv. » — La facture estréglée à 6,500 liv., ce qui met le premier portrait à 1,000 liv. et les répétitions à 500 Liv. « Dans ce mémoire, ne sont pas compris les habillements des bustes du Roi livrés par le S' Lerond, tailleur de S. M., ni les ajustements qu'a fournis la dame Bertin, pour le buste de la Reine. » (Arch. ANVat. 03051.)
En 1777, le journal de La Blancherie, Vouvelles de la Républ. des Lettres et des Arts, mentionne Gardeur, sculpteur, rue du Fer-à-Moulin, et ajoute : « Il a exécuté toutes sortes d'ornements d'architecture et d’autres en carton; quelques-uns sont montés sur fond de verre bleu, notamment une 7Zête de Diane, d’après l'antique. » Au Salon de l'an VII, Couasnon expose plusieurs bustes, entre autres celui de Clément Marot.
GIRARDON (François), né à Troyes en 1630, mort à Paris en 1715. Il travailla beaucoup pour Versailles et obtint, après la mort de Le Brun, la place d'inspecteur général des sculpteurs. On compte au nombre de ses beaux ouvrages, le mausolée du cardinal de Richelieu à la Sorbonne et celui de Louvois, dans l'église des Capucines. Girardon a souvent modelé en terre et en cire.
Cabinet de Girardon. — Marsyas, bas-relief. Le mois de novembre, représenté par le Sagittaire; le mois d'octobre, par le Scorpion. Apollon, modèle. Atlas, idem. Modèle de l'hiver.
Vente Lempereur, 1715. — Deux bustes en terre cuite : Le maréchal de Turenne et le grand Condé. 48 liv.
GuiBerTi (Lorenzo), sculpteur florentin, auteur des superbes portes du baptistère de Florence, modela en terre, en stuc et en cire. Il travailla quelque temps pour les orfèvres et cisela, pour le Pape Martin, un bouton de chape enrichi de figures en relief et de joyaux de prix.
GRAILLON (Pierre), né à Dieppe vers 1807, mort en 1872. Il perdit son père à l’âge de quatre ans et passa sa jeunesse dans la misère. L'enfant, doué de dispositions naturelles pour les beaux-arts, aurait désiré apprendre le dessin et la sculpture, mais il dut renoncer à ce beau rève et entrer en apprentissage chez un cordonnier.
Il exerça assez longtemps le métier de saint Crépin. Dans ses heures de loisir, il s’amusait à modeler en terre. Ses ébauches intéressèrent diverses personnes, et en 1836, le conseil municipal de Dieppe lui vota une subvention qui lui permit d'aller étudier à Paris. Son séjour y fut de courte durée. L'année suivante, il allait entrer dans l'atelier de David d'Angers, lorsque, par suite d'un malentendu, la subvention lui fut retirée et il revint au pays natal.C'est à ce moment que commence la carrière artistique de Graillon, carrière hérissée de difficultés au début et couronnée à la fin par le succès. Trop pauvre pour acheter de l'ivoire, il se mità modeler en terre. Ce furent d'abord de simples statuettes, puis il en réunit deux, puis trois et arriva ainsi à composer ces jolis groupes si justement estimés aujourd'hui.
La vogue se fit attendre. Le public resta quelques années indifférent. Le vaillant artiste ne se découragea pas; il en faisait assez pour nourrir sa famille, c'était déjà beaucoup; peu à peu son talent lui conquit des protecteurs, les gens de goût ouvrirent les yeux et la fortune, longtemps dédaigneuse, vint enfin lu
sourire. En 1855, Napoléon III, dans un de ses voyages à Dieppe, le décora de sa main. (L'abbé Cochet, Vofices biographiques sur les hommes célèbres ou utiles de l'arrondissement de Dieppe. Dieppe, Delevoye, 1862.)
L'œuvre en terre de ce maître est considérable ; il a fait aussi quelques bas-reliefs en bois et en ivoire très eslimés. Pierre Graillon a laissé deux fils, César-Adrien, né à Dieppe, le A7 août 1831, et Félix-Adrien-Henri, né le 20 avril 1833 ; ils continuent avec talent, dans la ville qui les a vus naître, le genre illustré par leur père. Le cadet surtout, modèle d’une façon remarquable. Leurs figurines, aux physionomies expressives et naturelles, se distinguent des ouvrages monochromes du père en ce qu'elles ont pour la plupart les vêtements et les accessoires peints en couleurs pàles. Quant à la marque, elle est toujours la même et se compose du mot: Graillon, en écriture cursive et sans prénom.
Houpox (Jean-Antoine), né à Versailles en 1740, mort à Paris en 1828. Grand prix de Rome à dix-neuf ans et reçu à l’Académie en 1771. Il fit les bustes d’une foule de personnages célèbres, parmi lesquels nous citerons Catherine Il, le prince Galitzin, Diderot, Molière, Turgot, Glück, Jean-Jacques Rousseau, Buffon, Sophie Arnould, d'Alembert, Franklin, La Fayette, le prince de Prusse, Louis XVI, le comte de Provence, Mirabeau, Bouillé, J. Chénier, l'Impératrice Joséphine, Napoléon en hermès, modelé à Saint-Cloud en 1806, etc.
Le buste de Washington, exécuté en Amérique, eut un grand retentissement. Houdon est un maître éminent; observateur profond, il sait rendre les moindres nuances de la physionomie. Ses portraits sont vivants et d’un faire plein de charme. Comme l’a dit Charles Blanc, le naturel, l'expression et la vie sont les qualités saillantes de Houdon. Son chef-d'œuvre est le Voltaire assis de la Comédie française.
La Rue (Félix de) florissait à Paris sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI. Les biographes l'ont négligé et ne citent même pas son nom. Il alla étudier à Rome, dont il rapporta de beaux dessins qui lui furent plus tard chèrement payés. La Rue fit de très jolies terres cuites et donna des modèles à la manufacture de Sèvres pour laquelle il composa son fameux Vase La Rue, soutenu par deux tritons. On est étonné qu'un artiste de cette valeur n’ail pas été admis à l’Académie royale,
au moins comme agréé. Ainsi que Du Quesnoy, il avait le talent de représenter supérieurement les enfants.
Vente Mis de Frelino, 1775. — Joli enfant, sur socle de marbre. 150 liv. Revendu en 1778 à la vente Lebrun. 172 liv.
Vente Randon de Boisset, 1717. — Groupe de trois enfants, qui jouent avec une chèvre. 740 liv. — Silène assis, entouré d'enfants et de petits satyres en relief et en ronde bosse. La composition est de Boucher, le satyre de Jordaen; les enfants sont modelés par La Rue. 915 liv.
Le Moyxe (Jean-Baptiste), né à Paris, en 1704, mort en 1778, fils du sculpteur Jean-Louis, se montra supérieur à son père. Le bas-relief qu'il exécuta pour sa réception à l’Académie (la mort d'Hippolyte), ses deux belles statues de Louis XV et le tombeau de Mignard, à Saint-Roch, sont très remarquables, bien qu'on y trouve, comme dans toutes ses œuvres, de l’afféterie et du maniérisme. D'après Diderot, « les terres cuites de Le Moyne valent mieux que ses marbres. » Il a fait beaucoup de portraits en buste.
Terres cuites. S. 1737. — Nymphe couchée, statue. Tête de Vestale, couronnée de fleurs. — $S. 1738. Tête de vieillard. Portrait de la Cs$e de Feuquières, fille de Mignard. — S. 1746. Portraits d'homme et de jeunes femmes. — S.1750. Buste du Mal de Lowendal. — $S. 1761. Buste de Crébillon, de Restout. — S.1763. Buste de la Cse de Brionne. — $S. 1765. Portrait de la Mise de Gléon; du C'e de la Tour d'Auvergne; de Mme Baudouin, médaillon ; de Garick. Tête d'étude. — S.1771. Jeune fille, représentant la Crainte.
Leroux, artiste contemporain, fait des bustes en terre cuite coloriée, imitant le vieux bois. Ces bustes, bien que répétés sur les mêmes types, ne sont pas le résultat d’un simple moulage comme la plupart des terres cuites de nos jours; on sent qu'une main habile a passé sur chaque exemplaire.
Marin (Joseph-Charles), né à Paris en 1759, mort presque dans la misère en 1834, après avoir exécuté en marbre et en terre cuite de ravissantes compositions dans le goùt de Clodion, et qui sont, de nos jours, chèrement disputées. Il remporta le grand prix de sculpture en 1801 et fut professeur de l'École des beaux-arts, à Rome. D'après les livrets du Salon, l’œuvre de terre de Marin comprend les ouvrages suivants :
Salon de 1791. Sacrifice à Cérès. Bacchante endormie, bas-
reliefs. Deux petites têtes. — S. 1793. Tête de vieillard. Télémaque. Buste de bacchante ivre. Bacchante couchée, groupée avec des enfants. — $S. 1794. La citoyenne Briqueville. Le citoyen Anisson-Dupéron. La Douceur. Une bacchante, tête d'étude. Tête de Cérès. Vestale, modèle. Jeune fille portant un enfant sur ses épaules, modèle. La Maternité, représentée par une jeune femme, modèle. Bacchante dansant et faisant danser des enfants, modèle. Les Canadiens au tombeau de leurs enfants, modèle.
Vente Rattier, 1859. — Deux petits bustes de jeunes filles, sur des füts de colonnes en marbre vert de mer. 810 fr.
Vente Roussel, 1866. — Femme portant une amphore et une corbeille de fleurs. Jeune femme portant un enfant qu'elle embrasse. Les deux, 596 fr.
Vente Berthelon, 1867. — Bacchante nue, à demi couchée, entourée de cinq petits enfants. Signée : Marin, 1793. 910 fr.
Vente X, 19 avril 1876. — Buste de la Du Barry. 3,600 fr.
Vente San-Donato, 1880. — Nymphes au bain, bas-relief rectangulaire. 500 fr.
Masson expose, au Salon de 1793, une Bacchante en terre cuite.
MarTnn florissait sur la fin du règne de Louis XVI. Il a fait beaucoup de petits portraits en talc blanc et probablement aussi en terre cuite. Nous lisons dans le Journal général de la cour et de la ville, le 9 novembre 1789.
« Le sieur Martin, sculpteur, déjà connu par sa belle collection de bustes de nos grands hommes, a l'honneur de prévenir le public qu'il vient de mettre au jour les bustes en tale blanc, couleur de terre cuite et bronzée, de M. Bailly, maire de Paris et de M. le Mis de La Fayette, commandant général de la garde nationale parisienne. Ges bustes sont de la grandeur du quart de nature et se servent de pendant l’un à l’autre. Il est inutile de dire qu'ils sont très bien exécutés. Le talent de M. Martin est assez Connu pour qu'on en soit persuadé. On sait le grand honneur que lui ont fait son La Fontaine et son Rousseau. Le prix de chacun de ces bustes est de six livres. »
Micuez (Sigisbert-François), frère aîné de Clodion, né à Nancy en 1728, mort à Paris en 1811. Ses travaux en marbre, en terre cuite, en tale et en pâte de porcelaine, sont dans le goût des ouvrages de son illustre frère. Michel passa six années à Berlin et
fit une statue de Mars pour le grand Frédéric, qui l’en récompensa fort mal.
En 1779, Sigisbert exposa au Salon de la Correspondance : 1° Deux vases en tale, figurant l'Eau et le Vin; l’un surmonté d'un triton tenant une tête de monstre marin, image de l’eau; l’autre, d'un satyre tenant une tête de bouc, ornée de raisins, symbole du vin. — 2° Un vase en terre de Saxe (autrement dit, en biscuit de porcelaine), de forme étrusque. « Les trois vases ont été trouvés d’une grande beauté. » 3° Une Vénus endormie sur un matelas, dans le genre antique, et en terre de Saxe.
Salon de A791. — Quinze modèles en plâtre et en terre cuite : « Un Lion. Un Hermaphrodite. Un vase. Les Trois grâces. Un Amour. Un petit vase, groupe représentant le Temps faisant un nœud serré par l'Amitié. Un autre vase. Autre petit groupe. Un Ganymède. Un vase,orné d’une bacchanale. Une figure de l'Hymen. Une statue avec deux colombes. Un Lion, portant deux enfants. »
Micuez, frère de Sigisbert Michel et de Claude Michel, dit Clodion, dont il adopta la manière et le genre. Comme eux, et surtout comme ce dernier, il a sculpté des statues de marbre, il a modelé en terre des naïades, des femmes nues, des jeunes filles, des bacchantes pressant des grappes de raisin, des enfants, des faunes et des satyres. Il signait habituellement : MicueL. Cette circonstance, jointe à la similitude des sujets et à leur gracieuse exécution, a fait que certains collectionneurs ont attribué à Clodion, le plus célèbre des trois frères, toutes les œuvres signées du nom de famille : MicneL.
Salon de la Correspondance, 1778. — Naïade. Femme satyre tenant dela main droite un petit chien qui veut s'échapper, et de la main gauche, un thyrse. Iris, messagère des dieux, enlevant l'Amour, bas-relief, Faune tenant une bacchante sur ses genoux et pressant une grappe de raisin sur la tête d’un enfant, bas-relief, « Ces ouvrages, dit Pahin de Blancherie, ont été vus avec grand plaisir. Desfor mes très agréables, une nature bien sentie. M. Michel est frère de MM. Clodion, sculpteur du Roi et Sigisbert, sculpteur. On ne peut que s'étonner de ce que la même famille réunisse dansle même genre des talents si distingués. »
En 1789, il exposa, au même Salon, d’après une exquisse de son frère Clodion, une figure en marbre, représentant un petit satyre, qui court avec des flèches, emportant un hibou.
Mio pe Fesoræ, mort en 4486, élève et imitateur de Desiderio. Il s'exerça, dit Vasari, à modeler en terre les sculptures de son
maitre et réussit à les copier avec une surprenante fidélité. II travailla pour beaucoup d'églises et de couvents et seulpta les bustes de Pierre de Médicis et de sa femme, qui furent trouvés très ressemblants. Les draperies, exécutées par ce maitre, n'ont pas l’ampleur que savait leur donner Desiderio. Le chef-d'œuvre de Mino est le tombeau du Ct° Hugo, élevé dans l’abbaye de Florence. La statue du comte et les figures d'enfants dont il l’entoura excitèrent l'admiration.
Moxor (Martin-Claude), né à Paris en 1733, mort en 1803. Grand prix de sculpture en 1769 et reçu académicien dix ans plus tard. Il a sculpté en marbre des allégories, des bustes de personnages contemporains et de gracieuses figures de femmes et de bacchantes. Citons parmi ses ouvrages en terre cuite, Salon de 1775 : Diane terrassant un sanglier. L'Amour déposant ses armes dans le sein de l’Amitié. — S. 1781. La Folie triomphant de la Raison.
Niccoco, dit Le TRIBOLO (1500 + 1565), sculpteur florentin élève de Jacopo Sansovino, modela beaucoup en terre et en cire. Il exécuta ainsi avec une grande perfection, des modèles d’enfants qu'il fut chargé de reproduire en pierre et en marbre. Le Tribolo travailla longtemps avec son maitre. SOLOSMEO DE SETTI- GNALO et Pipro DEL FABBRo, contemporains du Tribolo savaient comme lui manier le ciseau et modeler en terre et en cire, mais avec moins de talent.
Nini (Jean-Baptiste). D'après un document fourni par Jal (Dictionnaire critique), Nini est né à Urbino le 19 avril1717.On ignore à quelle époque il vint en France; mais, avant de quitter l'Italie, son talent était déjà connu. Dans l'£nciclopedia (Parma, 1823), Zani mentionne « un objet d'art » sans autre désignation, portant cette légende : G10. BAT. NiNt. URBINATO, INVENTO ET F. 1739.
En 1750, M. Leray, intendant de l'hôtel royai des Invalides fit l'acquisition du château de Chaumont, puis il établit dans les dépendances de son nouveau domaine, diverses fabriques, dont une poterie et une verrerie. C'est dans ce même château de Chaumont-sur-Loire, que Catherine de Médicis aimait à se retirer en compagnie d'astrologues italiens. Nini entra au service de M. Leray comme graveur sur verre. avait adopté le genre décoratif de l'époque, les bergerades et les compositions dans le goût de Boucher. Il s'y montra supérieur; malheureusement, de tous ces petits chefs-d'œuvre, il ne reste guère que le souvenir.
Notre artiste est surtout connu pour ses délicieux portraitsmédaillons. Ils sont tous d’une ressemblance parfaite et d’un goût irréprochable. La pose y est naturelle et noble, l'arrangement
plein de grâce, le modelé délicat et savant ; l'œil vit et l’ensemble offre un fini précieux, sans sécheresse. En 1778, Nini devint régisseur général des divers établissements. Il mourut à Chaumont en 1787. L’acte mortuaire le qualifie « artiste graveur ».
L'œuvre en terre de Nini compte environ 80 types. Parmi les plus parfaits nous citerons : Charles-Juste, prince de Beauveau, 4767. — Guy le Gentil, marquis de Paroy. 1767. — Charles-René Peau, seigneur de Mosnac. 1768. — Albertine, née baronne de Nivenheim.1168.— Ludovicus XV. Rex christianissimus. M D CC EX. — Michel Foucault. Quelques modules de 2. Franklin, américain. Il ven a six, dont un poinçonné au revers, d'une fleur de lis. Enfin, le portrait que nous considérons comme le chef-d'œuvre du maître : Suzanne Jarente de la Reynière. 1769.
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Médaillon, en terre cuite, par J.-B. Nini.
Collections de MM. GanieL et A. M.-S.
Nini faisait ses maquettes en terre ou en cire à modeler et ses moules étaient gravés en cuivre; c’est ce qui explique l’exquise finesse de ses médaillons. Quelques-uns, privés de légende sont
des épreuves d'essai. IL y à quarante ans, les médaillons de Nini n'avaient pas de valeur, on les achetait quelques francs. Actuellement les prix peuvent varier entre 50 et 200 francs, selon la beauté des types, leur finesse et leur patine. A mérite égal, les portraits de femme sont de beaucoup les plus recherchés et parmi ceux-ci, le délicieux profil de Suzanne Jarente de la Reynière, tient à notre avis la première place. (Voir l’intéressante notice de M. À, Villers, sur Jean-Bapliste Nini. Ses terres cuites, Blois, Lecesne, 1862.)
PaJou (Augustin), né à Paris en 1730, mort en 1809. Élève de J.-B. Le Moyne. Dès son enfance, Augustin montra pour la seulpture, les plus étonnantes dispositions. A dix-huit ans, il remporta le grand prix de Rome; il travailla longtemps dans la Ville éternelle et ne revint d'Italie qu'en 1759. Le 16 janvier 1770, l'Académie de peinture et de sculpture lui ouvrit ses portes. Paris et Versailles renferment de très beaux ouvrages de Pajou. Il excellait dans les bustes. Ceux de Buffon et de la Cs$e Du Barry sont des morceaux hors ligne. Les statues de Paseal, de Turenne et de Bossuet qu'il fit pour l'Institut, sont admirables et la dernière est un chef-d'œuvre.
En 1880, la Vente San-Donato nous à fait voir toutle prix que les riches amateurs de nos jours attachent aux pièces capitales de Pajou. Un groupe en biscuit de Sèvres, figurant Marie-Antoinette présentant à la France le premier Dauphin (1781 + 1789) s’est élevé à 17,900 fr. — Une pendule en marbre blane, commandée à Pajou par Louis XV, pour être offerte au Dauphin, depuis Louis XVI, à l'occasion de son mariage avec Marie-Antoinette, a été adjugée 26,700 fr. L’Amour arrête la faux du Temps pour y inscrire la date du mariage royal.
Salon de 1771. — Vénus qui enchaîne l'Amour. Vénus recevant de l'Amour le prix de la beauté. Hébé, déesse de la Jeunesse. « Cette dernière sera exécutée en marbre pour M®° la Csse du Barry. » Deux têtes de femmes, études.
Vente CSSe de Fourcroy, 1810. — Petite fille tenant des œufs dans sa chemise et se défendant contre un coq. 20 fr.
Vente CSse Lehon, A861. — Buste de Mme Du Barry signé : Pagou, 1775. 1,900 fr.
Vente Henry Didier, 1868. — Buste de Mne Lebrun, terre cuite de grandeur naturelle. 6,050 fr.
PasrouRes. — Nous empruntons à M. Albert Jacquemart quelques renseignements sur diverses figures napolitaines appelées
Pastoures et qui servaient, à la fête de Noël, à former des crèches ou à représenter l’Adoration des Mages : « Ces figures peintes et rehaussées d’or portent, les unes les costumes des paysans des environs de Naples, les autres de riches vêtements orientaux. Une grande vérité de rendu dans les physionomies, une naïveté qui n’est pas sans grâce, ont fait rechercher par certains amateurs les pièces qui portent le nom des modeleurs les plus réputés, tels que Balligliero, Vaccaro, San-Martino, Salvatore di Fiaco. Vassalo, Gennaio Leale, Schetuni modelaient les animaux qui devaient accompagner les bergers ou figurer dans la crèche. » (Histoire du mobilier.)
Pirox (Germain), né vers 1535, mort en 4590. Il passa toute sa vie d'artiste à Paris. En 1571, il était sculpteur du Roi Charles IX et habitait l'hôtel de Nesle. Son groupe des Trois Grâces, au Louvre, est admirable. Get artiste fécond a travaillé en marbre, en pierre, en bronze, en bois, en terre cuite, en carton pâte. (1. Barbet de Jouy.)
PoreT (François), membre professeur de l’Académie de St-Luc, en 1753, où il exposa cinq ans plus tard, une Nymphe sortant du bain accompagnée d’un enfant. Pollet est l’auteur de deux groupes en terre cuite, qui ont figuré à la vente Blondel d’Azincourt, en 1783 : « L'un se compose de trois nymphes portant un Amour; l’autre, de trois Bacchantes, dont l’une tient un thyrse. »
RAFFrAELLO, dit le MoNTELUrO, du nom de sa patrie, florissait vers 4533. Dès sa jeunesse, suivant Vasari, il travailla la terre, la cire, le stuc, le bronze et acquit la réputation d’un excellent sculpteur. « Lors de la venue de l'Empereur Charles-Quint, à Rome, le Pape Paul HI, voulant donner une fête digne de ce grand prince, Raffaello orna le pont Sant Agnolo de quatorze statues en terre et en stuc, qui furent jugées supérieures à toutes celles qui parurent à cette occasion. »
Baccro BanpiNeLLt (4487 + 1559), sculpteur florentin, fils d'un habile orfèvre, exécuta toutes sortes d'ouvrages en terre, en cire et en stuc, dont quelques-uns d'après Donatello et Verrochio. Il modela des figurines de Vénus, d'Hercule, d’Apollon, de Léda et autres, qu'il fit couler en bronze par son compatriote Jacopo della Barba. Pour décorer l'autel de Santa-Maria-del-Fiore, Baccio fit un christ mort, accompagné de deux anges, dont l’un tenant les instruments de la Passion.
RenauD (Jean-Martin), né à Sarreguemines, sculpteur et graveur en médailles. Depuis la fin du règne de Louis XVI jusqu'en 1817, il a pris part à de nombreuses expositions, Il est l'auteur d'une foule de petits médaillons en cire, en pierres tendres ou dures et en terre cuite, très appréciés des collectionneurs. Les sujets représentent des portraits, des allégories, des scènes mythologiques ou historiques. Dans ces dernières, empruntées à l’antiquité, on reconnait l'influence de David.
D'après M. Demmin, les médaillons de Renaud sont « plus artistiques encore » que ceux de Nini. Nous sommes loin de partager l'opinion de l’auteur du Guide de l'amateur de faïences et de porcelaines. D'ailleurs, les ouvrages des deux maitres ne sont pas assez similaires pour être comparés. Renaud a traité un peu tous les genres dans des proportions minuscules, en montrant, il est vrai, une grande facilité de composition, tandis que Nini s’en est tenu au portrait, mais il y a révélé un talent inimitable. Tous ses personnages ont leur caractère particulier. La pose noble et gracieuse, l’arrangement des draperies, la disposition des cheveux et l'expression des physionomies sont rendus avec une maestria qui révèle un portraitiste émérite.
L'œuvre de Renaud est assez considérable. Agréé, puis membre de l’Académie de Valenciennes, en 1787, il lui offrit, l’année suivante, cent un petits médaillons en bas-reliefs de sa composition. Ces pièces ont été détruites ou dispersées à la Révolution.
D'après le D' Lejeal, notre sculpteur aurait été attaché à la manufacture de Lamoninary, à Valenciennes, comme modeleur céramiste, en même temps que Fickaert. Le musée de Versailles possède de Renaud, le buste en marbre du général Bon (Louis- André) et le buste en terre cuite de La Touche-Tréville.
Salon de la Correspondance, 1787. — Cinq petits tableaux en bas-relief représentant : 1° la Naissance de la sculpture ; 2° Vénus endormie sur son lit de roses, surprise par un Satyre; 3° Mme Dauberval, en costume de jardinière ; 4 Vestris fils, dans Panurge; 5° une Femme. « M. Renaud est en possession de plaire par une composition, un grand goût de dessin et une exécution très précise. Ses ouvrages sont recherchés des amateurs. »
Exposition du C'olysée, 1197.— Vingt et un médaillons en terre cuite, représentant divers sujets.
Salon de l'An VIII. — Dix petits sujets : l'Éclipse du soleil ; deux esquisses; Timoclée devant Alexandre et la Continence de Scipion; portrait du fils de l’auteur; une jeune fille; une tête de Satyre ; trois petites scènes familières. (Le livret ne dit pas sur quelles ma-
tières sont traités ces divers sujets: nous les supposons en terre cuite.)
An IX. — « Un cadre contenant deux bas-reliefs en cire. Ils représentent les combats de Thésée contre les Amazones de l'Asie Sarmatique. »
An X. — Un cadre contenant huit bas-reliefs en cire : 40 la Paix fait dételer les chevaux de Mars du char de la Victoire et conduit Bonaparte à l’Immortalité ; 2° Hercule pacifie l’armée des Amazones; Antiope fait la paix avec Thésée; Mariage de Thésée avec Antiope, Reine des Amazones; 4 Vénus balancée par l'Amour; 5° un Amour éternel; 6° un cheval sur le pré; 7° plusieurs portraits sous le même n°; 8° Léda avec sa famille.
An XII. — « Un cadre renfermant plusieurs portraits et basreliefs, sculptés en cire.» — Salon de 1806 : « Un cadre renfermant plusieurs bas-reliefs, sujets mythologiques, d'histoire et portraits. » — S. 1808 : « Un cadre contenant des portraits sculptés. » — $, 1810 : Pierres sculptées représentant diverses têtes et sujets. — S. 1814: Cadres de médailles, divers sujets. — $. 1817 : Un cadre contenant des bas-reliefs en cire.
RicourT florissait vers la fin du XVIII siècle.
Salonde1793.— Bacchante, jouant du triangle ; une autre, pressant du raisin pour enivrer l'Amour; Minerve; Artémise pleurant sur les cendres de Mausole, en stuc; Bacchante endormie; le sommeil imprévu.
RozanD (Philippe-Laurent), né à Marq, près Lille, mort en 1816. IL fut d’abord sculpteur sur bois, mais il abandonna ce métier pour se livrer à l’étude de la grande sculpture. Après un séjour de cinq années en Italie, Roland revint à Paris, où l’Académie le reçut comme agréé, en 1782.
On doit à ce maître quelques beaux portraits en terre cuite entre autres ceux de Louis XVI, de Suvée peintre du Roi, de M'ie Potain et des enfants de M. Rousseau, architecte. Comme Clodion, Roland a modelé des bacchantes, parfois montées sur des boucs, ou jouant avec des chèvres et des enfants.
SARRAZIN (Jacques), né à Noyon en 1588, mort à Paris en 1660. Il resta dix-huit ans à Rome, où il étudia de préférence les ouvrages de Michel-Ange. De retour en France, il continua l’œuvre de Jean Goujon, au Louvre et travailla beaucoup pour les églises et les grands hôtels de Paris. Sarrazin fut un des douze anciens de l’Académie.
Vente Charles Coypel, 1752. — Deux enfants jouant avec une chèvre et lui donnant à manger des raisins. 330 liv. Gette terre
cuite servit de modèle à Sarrazin, pour un groupe de marbre destiné aux jardins de Marly. Il a fait aussi, pour la chapelle de Versailles, treize petits bustes en terre cuite, représentant Jésus et les douze apôtres.
SAUVAGE (Charles), dit LemiRe, artiste lorrain, dirigea pendant plus de vingt ans les ateliers de modelage de Niederwiller. En 1759, il figure parmi le personnel de l'établissement comme garçon sculpteur, aux appointements de vingt-quatre sols par Jour. Il se distingua dès le début et obtint plus tard, la direction des travaux artistiques. Ses compositions d'un goùt exquis ont eu de tout temps beaucoup de succès et offrent aux curieux de nos jours un bien vif attrait.
Vers 1808, Lemire fut attaché à la manufacture de Sèvres, où il termina dignement sa carrière, et mourut sous la Restauration, laissant un nom célèbre et honoré. Voici le jugement porté par M. Teinturier, sur les deux artistes rivaux qui contribuèrent si puissamment au succès des fabriques lorraines.
« Tandis que Cyfflé, joyeux compère avant tout, amuse son public avec ses sujets grivois, ses galants chasseurs, ses bergerades risquées ou ses types populaires, Lemire, modèle avec un goût simple et presque sévère, de petits amours, des bergers, des vases aux formes châtiées, mais toujours élégantes; les capricieuses fantaisies de l’époque ne le troublent pas et ie soin aveclequelil retouche ses épreuves, toutes façonnées en beau biscuit de porcelaine, prouve tout le respect qu'il avait pour son art. Entre ces deux maîtres presque contemporains, il y a près d’un demisiècle de distance : l’un appartient encore à la Régence et l’autre subit déjà l'influence plus grave et plus élevée du règne de Louis XVI. » {Recherches sur les anciennes fabriques de porcelaines et de faiences, p. 80).
STOUF (Jean-Baptiste), né à Paris en 1742, mort à Charenton en 1826. Elève de Coustou et de Michel-Ange Slodtz. Il entra à l'Académie en 1785 et plus tard, à l'Institut. Ses plus beaux bustes sont ceux de St-Vincent de Paul, de Lavoisier et de l'abbé Maury. — Terres cuites : Hercule combattant les centaures. Esquisse allégorique à la gloire de J.-J. Rousseau. La vérité se débarrassant de son voile, esquisse. La fidèle amitié. Femme effrayée d'un coup de tonnerre qui vient de rompre un arbre près d'elle. Jeune femme et ses deux enfants, dont l’un est dans un chariot trainé par un chien. Mausolée, esquisse en bas-relief.
VERDIER, artiste contemporain, exécute à Paris de charmantes
figurines en terre cuite polychromée, tout à fait dans le genre des ouvrages de César et Adrien Graillon.
STRASSER, peintre et sculpteur contemporain, est l'auteur de terres cuites peintes très remarquables. L'artiste aime les sujets de l'Afrique et de l'Inde; lorsque les pièces savamment modelées ont subi la cuisson, le sculnteur redevient peintre, il habille ses personnages et, d’une palette brillante, il donne aux carnations, aux vêtements, aux accessoires, toutes les chaudes couleurs des pays du soleil.
WAEYENBERGHEM, florissait à Paris, sous Louis XVI.
Salon de la Correspondance, 1782.— Groupe de jeunes satyres jouant et pressant des raisins dans une coupe. « Une composition heureuse, une touche spirituelle et un fini précieux caractérisent cet ouvrage, qui a plu généralement.» (De La Blancherie.)
. MM. ALEXANDRE (Paris) le prince Charles-Alexandre de Lorraine (1711241780), gouverneur général des Pays-Bas, statuette en biscuit par CyrrLé. — G. ALIX (Paris), Desaix (1768-1800), médaillon — ED. ANDRÉ (Paris), buste d'enfant Jésus, par Doxarezco (1438341466). Chanteuse italienne de la fin du XVes., chef-d'œuvre. Groupe de CLoniox. — ARMAND (Paris), figurines de Tanagra. — BARDINI (Paris), Madone, par les DELLA Ross. — BASILEWSKI (Paris), raretés. Groupe de Tanagra, payé 11,000 fr.: Jeune femme tenant un enfant dans ses bras, ayant près d'elle un taureau. — Vt® DE BEAUCORPS (Orléans), médaillons de J.-B, Ni, — BELLON (Rouen). Terres cuites de Tanagra; femme assise sur un rocher. Vieillard. Danseuse, Bacchante, Promeneuse voilée, etc. Figurines de l'Asie Mineure. Très belle collection. — Gte DE LA BÉRAU- DIÈRE (Paris). La naissance du Dauphin, groupe en biscuit, d’après PA- Jou. — G. BERGER (Paris), christ, buste en terre émaillée du XVe 5. — Mne BÉZARD (Pithiviers), groupes en biscuit. — DE BAMMEVILLE (Paris), terres cuites de Tanagra; Silène entraînant une Bacchante. Joueuse de balle assise sur un rocher. Une Éphèbe debout et en costume de guerre. Nourrice souriant à un enfant emmailloté posé sur ses genoux. — BLO- CHE (Paris), buste de Philippe Quinault, par Carri£rt, 1719. Buste de La Fontaine, par le même, 1779. Buste de Carlin Bertinazzi, par Payou. — BOEYNAMS-DELVAUX (Belgique), la Paix, la Guerre, la Force, Ja Prudence, ete., bas-reliefs, par L. DeLvaux. — EDM. BONNAFFÉ (Paris), buste de jeune fille, peint, dans son costume du temps, XVIc s, — Mne STAN-BOTTET (Orléans), bustes attribués à CLopion. — BOU- CHOTTE (Nancy{?)) bustede vieillard, signé : LeprAU. — G. BRICOURT- FIEVET (Belgique), sanglier. Buste d’'Hercule, etc., par L. DeLyaux.
Munce CHARVET (Paris), environ trente-cinq médaillons de J.-B. Nix. — ALFR. CHATELAIN (Orléans), médaillons de J.-B. Nix. — Dr COQUERET (id.), la Force, la Sagesse, figurines en biscuit. — ARTHUR COUSIN (Beloique),St-Paul,St-André, Samson et le lion, etc., par L. Dezvaux. — DANTON (Orléans), médaillons de J.-B. Nix. — Mme DENAIN (Paris), buste de Mme Vigée-Lebrun, par AuG. Parou (11730-41809). DESPREZ (Paris), bacchante par Maui, adjugée 1,300 fr. à la vente Ferdin. B. en 1879. Portrait de La Fontaine, par Houpox, — DORIGNY (Paris), statuettes. — L. DUMONT (Valenciennes), bacchanale, groupe par CLoniox. — FÉTIS (Belg.), nombreux médaillons de J.-B. Nix. Bustes du sculpteur 4. Rexau» et de sa femme Marie-Prudence Langiboul; le premier exécuté l'an 1790, le 15 juillet à Paris. — GUST. DREYFUS : (Paris), Philippe le Beau et Jeanne la Folle, bustes attribués à QUENTIN METsis. Julien de Médicis, buste attribué à Pollaiuolo. Buste d'enfant, en stucco duro, par VErROCCuIO. Buste de saintJean, terre cuite, peinte, par Doxa- TELLO? Deux terres cuites des DELLA RogBia. Médaillons de Nini d'une patine étonnante. Mme de Nivenheim, chef-d'œuvre. — Mne ÉLISÉE FIÉVET (Belgique). La conversion de saint Paul. Deux enfants. Pallas, modèles par L. Dezvaux. Figure allégorique, par le même. — Mme DUPUIS (Orléans), Molière, La Fontaine, Voltaire-Rousseau, bustes, par Houpox. — E. DU- TUIT (Rouen), terres cuites émaillées des DezLa Rossra. Raretés de diverses époques.
NEST. FIÉVET (Belgique), saint Benoît et saint Martin, Hercule debout, etc. par L. Decvaux. — Dsse DE FITZ-JAMES (Paris), buste de femme, daté de 1788, par Fr. Marrix. — DELA FONTINELLE (Paris), Vénus embrassant l'Amour, médaillon. — FOUREAU (Paris), buste de Dauphin, fils de Louis XVI.
E. GALICHON, groupe de 4 figures, le Triomphe de Ferdinand I, par JEAN DE BouLOGE, adjugé 2,550 fr. à la vente Ch. Timbal, en 1882. Groupe de CLoniox. — ERN. GARIEL (Paris, nombreux médaillons par J.-B. Nini. — VICTOR GAY (Paris), terres cuites, à figures, du moyen âge. — Me GAVET (Paris), buste de femme, portant deux frisuressur les épaules. Terres cuites des DEzLA RogBia. — AD. DE GERLACHE (Belg.), buste d'homme, signé: LAURENT GiLuis. 1137. — Cte ADR. DE GERMINY chât. de Gouville), deux ravissantes figures de jeunes filles, statuettes par CLoniox. — GIELEN (Belgique). Un groupe avec quatre figures d'enfants, par Basgier, de Namur, XVIII s. — Mile GRANDJEAN (Paris), buste de Franklin, biscuit de Sèvres. — GRAUX-MARLY (Paris), deux Faunes et une Bacchante, groupe par CLoniox. — GRÉAU (Paris), terres cuites de Tanagra; deux Silènes, assis sur un rocher (chef-d'œuvre). Femme assise, tenant l'Amour sur ses genoux. Danseuse voilée, très petite statuette, etc. Figurines de l'Asie Mineure. — GUICHARD (id.) Bacchante; bas-relief, par Groniox. — Mme GUIDICELLI id.) médaillons de J.-B. Ni.
CH. HAAS (Paris), buste de Guicciardini, XVIe 8, — HARO (Paris), buste de Robespierre (1175841794), par Aug, Parou, — EDM. HÉDOUIN (Paris), J.-J. Rousseau (1712417178) et un enfant nu personnifiant l'Emile, esquisse. — HIRSCH (Paris), figurines de Tanagra et de l'Asie Mineure. — A. HOUYET (Belg.), deux ang:s adorateurs, par JEAN DELCOUR — HUYGH (Belg.), un joueur de flûte, une étude de sanglier, par L. Decvaux. — MrJUBINAL DE St-ALBIN (Paris), figures du nain bébé costumé à la hussarde. Autour du socle, on lit: PORTRAIT NATUBEL D'UN ENFANT AGÉ DE SIX ANS, N. R, FECIT DE L'ANNÉE 1746. — Dr LANGEVIN (Paris), buste du général Bonaparte, biscuit de Sèvres. — Mis DU LAU D’ALLEMANS
(Paris), belles copies, d'après la Nuit et le Jour, de MicneL-Axce. La Source, par CLopiox. — Mne LE CARPENTIER (Paris), madones, par les DELLA RoBBiA. — GAST.LE BRETON (Rouen), très jolies figurines de Tanagra; femmes délicieusement drapées. — LÉGUYER (Paris), figurines de Tanagra. — Mme LEE-CHILDE (Paris), buste d'homme, par Brasraninr; imitation du style du XVI° s. — Mn° LEROY iBelgique), enfant tenant une croix par Fr. Du Quesxoy. — DE LIESVILLE (Paris), terres de Lorraine, biscuits, pièces diverses.— LUCY (Paris), buste de Louis XV, cuirassé et enveloppé dans un manteau, Terre de pipe de Lorraine, — LUTTI (Paris), l'Automne, par CLODtoN.
V': DU MANOIR (Paris), Bacchante, par Marin, 1790, adjugée, 1,020 fr. à la vente Ferdin.B., en1809.— JU LES MALOU (Belg.),la Religion pleurant sur un tombeau, ÿar F.-J. Janssexs. Neptune en courroux, par le même. — MAILLET DU BOULAY (Paris), guerriers d’après l'antique, frise en haut relief, par le Pucer. — MAQUINANT (Orléans), médaillons de J.-B. Nix. — G.MAQUAY, la Vierge au coussin, grand médaillon par Luca DELLA RoggiA, payé 10,000 fr.à la vente San-Donato, en 1880. — A.-M.-S. Portrait d'homme, jeune, grand médaillon L. XVI. Médaillons de J.-B. Nix. La Vierge et l'Enfant Jésus, statuette, par Pierre MURGUE (1713641822), sculpteur stéphanois. Mendiants, homme et femme portant un enfant, groupe par PIERRE GRAILLON, le père. Jupiter et Léda, superbe groupe en terre de Lorraine vernissée, par CyrrLé (H. 0. 45). Biscuits de Sèvres, etc.— MERCIER (Paris), buste de Pascal Borie, par Carrier, adjugé 650 fr. à la vente Laperlier, en 1879. — Vi: DES MÉLOIZES (Bourges), environ trente-cinq médailllons de J.-B. Nix. — H. DE MONTAIGLON (Paris), médaillons de J.-B. Nix. — EM. MORREN (Belgique), la Conscience, l'Humanité. Génies, etc., par L. Dezvaux. — DE NOLIVOS (Paris), buste d'enfant, par DonaTeLLo, XV°s. Buste de J. Bexiviert, savant du XVI° s. — ORVILLE (chât. de Mareuil-en-Brie), Louis XIV, buste portrait du XVIIes.
PIERRE (Orléans), l'Innocence, biscuit de Sèvres — la Coquetterie, id.; PIET (Paris), figurines de Tanagra. — E. PIOT (Paris), superbe collection, figurines de Tanagra. Femme debout très gracieuse de tournure. Nourrice souriant à un bébé emmaillloté, morceau très remarquable, types de la Grèce et de l'Asie Mineure. Vierge de Luca DELLA RogiA, XVIe 8. — Vte DE PONTON D'AMÉCOURT (Paris), madone, grand médaillon des DELLA Rosgi4. — PUGET (Orléans), la Sculpture, biscuit de Sèvres, l'Astronomie, id. — RABOURDIN-GRIVOT (Orléans), tête d'enfant, par PicaLce. — RAMFIN (Paris {?]) la Vierge adorant l'Enfant Jésus, importante composition en forme de tabernacle, par Luca DeccA Roemia. Adjugée 6,660 fr., à la vente San-Donato, en 1880. — ACH. DE RANCOURT (Orléans), méd. de J.-B. Nixi. — O. RAYET (Paris), figurines de Tanagra. Femme debout, vêtue d’une tunique blanche; elle porte sur la poitrine la nébride des Bacchantes. Joueuse d'osselets accroupie; Vieux Silène, assis sur une outre presque vide, etc. — RIDET (Paris [?)), la Madone à la pomme, par Luca DecLa RoBgra, adjugée à la vente San-Donato, en 1880, au prix de 8,200 fr. — Cie DE LA ROCHE-AYMON (Paris), statuettes de CLop1ow. Mne RAOUL ROCHETTE, née Houdon (Paris), buste aux traits irrités de J.-A. Houpox, par lui-même. —FAMILLE DE ROTHSCHILD (Paris), ouvrages des grands maîtres de diverses époques, el notamment de CLopIoN,
H.-G.-A. DE SAULTY (chât. de Baville), buste de Fr. de Lamoignon, seigneur de Baville (41644), XVIIe s. — Gt DESAINT-PIERRE (Paris), l'Amour, dit garde à vous et son pendant, en biscuit de Sèvres, pâte tendre. — Bo SCHICKLER (Paris), buste de Vénus, par JEAN DE BOULOGNE,
adjugé 1,200 fr. à la vente San-Donato, en 1880. — SCHVITER (Paris), bustes de femmes, dont une en coiffure élevée, ornée d'un ruban à deux frisures sur les épaules, — LÉON SLAES (Belgique), buste d'homme et de femme attribués à Faypuerge, H. O., 80. — SPITZER (Paris) types splendides de Luca DezLa RoBstA; terres cuites de CLopion et autres.
M. DE TERROUENNE (Orléans), médaillons de J.-A, Nint ; série importante. — Mne TOULMOUCHE (Paris), buste d'Augustin Pajou, par Houpox. — Mis DE VIRIEU (chât. de Lanilly), buste de Louis XVI, attribuëé à Paou. — HIPP. WALFERDIN (Paris), bustes de Diderot, de Franklin, de Washington, de Chénier, par Houpon; médaillons, par J.-B. Ni. — WILLEMS-LE ROY (Belgique), buste de Vander Noot, par GopecuaRLe. Buste de B5naparte, en costume de général, par le même, — Csse D'Y VON (Paris), groupes et statuettes du XVIII s. Raretés.
L'ivoire est la défense de l'éléphant. Selon Pline, la blancheur de la dent indique la jeunesse de l'animal. Chez les anciens, l'ivoire fut l'objet d'un grand commerce et considéré comme la matière la plus digne, après l'or, d’être offerte aux dieux et aux puissants. Le trône de Salomon était d'ivoire et d'or. A certaine époque, les éléphants durent être répandus sur toute la surface du globe; on retrouve partout et jusqu'en Sibérie des dents fossiles. Les Assyriens, les … Babyloniens, les Perses et
/ autres peuples de l'Orient employaient ivoire à profusion. Athènes et Rome en furent également prodigues.
Vierge en ivoire, du XIVe siècle. IL s’est fait une innom-
Collection de M. E. Bligny. brable quantité de statues
d'ivoire, les unes petites,
les autres de dimensions colossales. Les figurines se faisaient d'un
seul morceau, mais les grandes pièces étaient composées de pla-
ques d'ivoire appareillées avec soin et appliquées sur un modèle en bois ou en terre, servant de noyau.
Un genre particulier à l'antiquité consiste dans l'association de l'or et de l’ivoire, pour les bas-reliefs et les statues ; c'est ce qu'on appelle la sculpture chryséléphantine. Les parties nues du corps y sont représentées sur l'ivoire ; l'or est réservé pour les vêtements.
Les trônes, les chaises curules, celles des premiers magistrats
de Rome, les sceptres des triomphateurs, les livres sur lesquels on inscrivait les décrets du sénat, étaient d'ivoire : on en décora des portes, des lits et toutes sortes de meubles, en le mélant à des bois variés. Dès le règne de Constantin, la sculpture en ivoire fut très en faveur à Constantinople et s'y montra supérieure à celle des autres nations, jusqu’au XI° siècle.
On sculpta des diptyques en quantité; dans le principe, ils étaient formés simplement des deux petits battants de bois ou d'ivoire se repliant l'un sur l’autre, et l'intérieur offrait une tablette enduite de cire, sur laquelle on écrivait à l'aide d’un style. Le style est un poincon de métal, d'os ou d'ivoire, dont se servaient les anciens pour tracer leurs pensées sur un enduit mou, composé le plus généralement de cire. L’extrémité opposée à la pointe est aplatie, de façon à pouvoir gratter et rétablir une surface plane.
Au temps dés Empereurs, les consuls, en souvenir de leur élévation, offraient des diptyques aux personnages influents. Les diptyques consulaires, décorés de bas-reliefs sur les parois extérieures, présentaient, d'un côté, l'image du consul avec les ornements de sa dignité, et, de l’autre, celle des Empereurs régnants.
Les évèques mirent ces diptyques sur l'autel pour que les donateurs fussent recommandés aux prières pendant l'office ; plus tard, quand la religion chrétienne vit son triomphe assuré, les diptyques ecclésiastiques, c’est-à-dire à sujets religieux, remplacèrent ceux des consuls.
Jusqu'au XI° siècle, l'usage des diptyques et des tableaux à volets ou triptyques, était universel; il s’en fit de très petits pour les pèlerins et les voyageurs, et c'est à Constantinople qu’on les fabriquait en plus grand nombre. Le règne de Charlemagne vit fleurir les lettres, les sciences et les arts. La sculpture en ivoire ne resta pas en arrière de ce grand mouvement ; elle produisit des bénitiers, des statuettes, des calices, des reliquaires en même temps que des diptyques et des plaques, pour couvrir les livres saints.
A partir de la fin du XIHI°siècle, les artistes ne s’inspirent plus seulement des textes sacrés ; ils puisent leurs sujets dans les romans et faconnent toutes sortes d'objets usuels de la vie privée. D'après le Livre des mestiers de la ville de Paris, coordonné par Etienne Boileau, garde de la Prévosté, en 1958, ilexistait à Paris trois corporations qui avaient le droit de travailler l'ivoire. On fit à cette époque des coffrets à bijoux, désignés dans les inventaires sous le nom d’écrins ; puis des manches de dague et de couteau; des rétables, sortes de tableaux sculptés, qu'on fixait à
demeure sur les autels ; des affiquets ou affutiaux ; des boîtes à miroirs ; des crosses d'évêque ; des jeux d'échecs ; des peignes ornés, à devises ; des olifants, ete. Le cornet ou olifant très en vogue au moyen âge était un cor en ivoire dont se servaient Îles chevaliers et les paladins ; les sculptures figuraient des combats et des sujets de chasse.
M. J. Labarte fait remarquer que dans un temps où l’orfèvrerie devenait l'art par excellence, les plus grands artistes italiens sor- {aient de l'atelier desorfèvres, et il est porté à croire que la sculpture en ivoire était exercée par ces artistes industriels, aussi habiles à modeler en cire qu’à ciseler et à graver les métaux.
Au XV siècle, l’ivorisculpture touche à son apogée etse maintient à son niveau élevé jusque vers la fin du XVII* siècle. A cette grande époque, on eut l’idée d'utiliser la partie creuse des dents d’éléphant pour en faire des vases cylindriques couverts d'élégants bas-reliefs. En Allemagne surtout, ces vases étaient le plus souvent, montés en argent ou en vermeil. Le poinçon de la garniture est pour la pièce un certificat d'origine assez exact. Il est bien certain que les ivoireries d'Augsbourg, par exemple, n’allaient pas faire monter leurs ouvrages à Nuremberg et réciproquement, alors qu'ils avaient parmi leurs compatriotes et amis des artistes de premier ordre. La pomme de pin est la marque distinctive de l’orfèvrerie de Nuremberg. (J. Labarte, Histoire des Arts industriels.)
LISTE CHRONOLOGIQUE DE SCULPTEURS EN IVOIRE ALLEMANDS, FLAMANDS, ITALIENS.
ALBERT DURER (1471415928). On lui attribue plusieurs pièces du musée de Munich : un crucitix et deux figures de femmes nues, sculptées en bas-relief. Il convient d'être très prudent en fait d'attributions. De même que les émailleurs de Limoges empruntaient leurs compositions aux petits maîtres français des XVIe et XVIIe siècles, de même beaucoup d'ivoiriers ont travaillé d’après les dessins des grands maîtres italiens, allemands et flamands. Rubens n'a jamais sculpté en ivoire, et cependant il a souvent fourni des modèles, notamment pour Fayd’herbe, qui taillait plantureusement des Nymphes, des Vénus, des danses d’enfants, des christs, ete., coupés selon l'ordonnance de Rubens.
Pauz MELcuioR florissait à Cologne, vers 1521. Il signait des lettres M. P. réunies en monogramme.
HANS SEBALD BEHAM, peintre, miniaturisle et graveur, né à Nuremberg, en 1500, mort à Francfort-sur-le-Mein, vers 1550. Le catalogue du musée de Cluny attribue à ce fameux graveur un petit bas-relief en ivoire, représentant un combat et portant le monogramme H.S. B. avec la date de 1545, (La première lettre accolée au B et l'S sur la barre de l'H.)
H. L. 1516. (l’L Jié au second jambage de l'H.) Le docteur Grüesse et M. Demmin, l’un copiant l'autre, donnent cette marque comme étant celle du sculpteur en ivoire Hans Lautensack, Les noms vont bien avec les initiales et l'attribution était tentante ; malheureusement les datesne s'accordent pas. Hans Lautensack, graveur allemand, est né à Nuremberg, en 1508.Ilavait donc huit
ans en 1516.
Verr Sross, né à Cracovie en 1447, mort à Nuremberg en 1549, orfèvre et peintre, sculptait l'ivoire et le bois avec un talent précieux.
Peter FLorNER, mort à Nuremberg en 1546. Ce maitre ne s’est pas contenté d'être un très habile ivoirier, il a sculpté aussi une foule de petits sujets en pierre dure, en corne, en nacre, en corail, etc. (A. Demmin, £neyclopédie des arts plastiques.)
GEORGES WEcknarT, sculpteur en ivoire, florissait à la fin du XVI: siècle. Le docteur Gräesse donne la marque suivante, comme étant de cet ivoirier : G. W. 1587.
EpouarDb LOBENIGK, né à Nuremberg, vint travailler à Dresde. Le musé du Grüne Gewülbe possède des ivoires de cet artiste et du précédent. Ce maitre a remarqué :,E,L.1588.. D'après M. Jules Labarte, JULES LOBENIGK florissait au XVIL siècle ; il tournait avec habileté et sculptait aussi des statuettes,
Léo Pronxer, de Nuremberg (XVI-X VIT s.), avait la spécialité des objets microscopiques.
JACOB ZELLER, artiste hollandais, exerçait sa profession en 1620. Le Grüne Gewôülbe, musée de Dresde, renferme un beau travail de ce maître ; c'est une frégate montée sur un pied, où l'on voit un Neptune conduisant des chevaux marins.
CHRISTOPHE ANGERMAYER, ivoirier de mérite, florissait dans le premier tiers du XVIIe siècle, Il a révélé un beau talent, dans un
bas-relief en ivoire de la Riche-Chapelle, du palais de Munich. Ce morceau capital de 0,43 de hauteur, sur 0,50 de largeur, représente la Crucifixion avec un grand nombre de figures. Une Sainte-Famille admirablement traitée, datée de 1632, fait partie du musée des Collections réunies (Vereinigtein Sammlungen) à Munich.
Angermayer a signé parfois : ANGERMAIR. Le docteur Gräesse le fait mourir en 1634 et lui donne pour marque un À coupé du haut par une barre prolongée.
La famille Zicu, de Nuremberg, a fourni plusieurs générations de maitres tourneurs d’un mérite distingué.
Peter Z1cu, professeur de l'Empereur Rodolphe IT, florissait au commencement du XVII siècle.
LAURENS Z1cu, tourneur de la Couronne, sous l'Empereur Ferdinand IIT, recherchait les difficultés et les tours de force. Ses ouvrages sont des boules creuses, les unes dans les autres, renfermant des corps polygones mobiles, découpés de différentes facons ; d’autres boules contiennent des boites décorées à l'intérieur de petits sujets religieux, peints en miniature.
ÉTenne Zicn (+1715) faisait des yeux et des oreilles, avec l'ingénieux mécanisme de la vue et de l’ouïe. Il tournait aussi des bagues de trinité formées de trois petites bagues enlacées l’une dans l’autre. Cette famille est dignement représentée au Grüne Gewülbe, de Dresde, et à la Kunstkammer de Berlin.
Marc HEIDEN, ivoirier saxon, travaillait en 1625. Il a signé un vase élevé et de forme étroite du palais Pitti, à Florence.
Curistopue Harricu, de Nuremberg, mort en 1630, se plaisait à représenter des têtes de mort ou des squelettes, accolés à des figures de jeunes filles. Le catalogue Debruge-Dumesnil mentionne deux sujets de cet artiste : N° 196, la Mort et la Vie: Un squelette rongé par les vers est adossé à une jeune fille qui tient une rose (haut. 0,12). — N° 197, téte a deux faces : l’une est celle d'un homme qui vient d’expirer ; elle porte, gravée sur le front, l'inscription : dura et aspera ; l'autre, dépouiilée de la peau et des chairs, est couverte d'insectes qui la rongent. (Jules Labarte.)
Plusieurs petites têtes de mort en ivoire, attribuées aussi à Christophe Harrich, sont à la Kunstkammer de Berlin. « Une
d'elles, surtout à mâchoire mobile, se distingue par une exécution supérieure et même singulièrement expressive. » Harrich, ajoute M. Konrad, jouissait d’une grande réputation pour ces sortes d'objets.
ANGERMANN avait aussi la manie des squelettes. Le Grüne Gewôlbe, à Dresde, possède un spécimen de ce genre, exécuté par l'artiste en 1672. Le catalogue Debruge-Dumesnil décrit une statuette faite dans le style d'Angermann : « Squelette debout, tenant une bêche et un sablier. »
Léonarr Ke, de Nuremberg (1663), fit preuve de beaucoup de talent et n'avait pas alors son pareil pour les figures en ivoire (Doppelmayr, Renseignements historiques sur les artistes nurembergeois.) Plusieurs de ces figures sont à la Kunstkammer, de Berlin : Un groupe de Vénus et l'Amour ; une statuette d'Adam ; un autre d'Hébé ; une statuette présentant un jeune homme nu, entouré des insignes de la puissance souveraine, ouvrage d’une exécution facile, mais pleine d'esprit et d'originalité.
N'oublions pas un dernier morceau, le plus important, c’est un groupe d'Adam et Eve ingénieusement composé (8 pouces 9 lignes de haut). « Les têtes n’annoncent aucune tendance vers l'idéal ; et limitation d’un modèle déterminé paraît surtout dans celle d'Adam, qui porte des moustaches àla mode du XVITesiècle. Mais limitation de la nature est poursuivie avec soin dans tous les détails ; les mouvements sont vrais et l’exécution trahit une application excessive qui dégénère même en minutie dans quelques parties, par exemple dans les cheveux qui sont traités avec un soin fabuleux. »
PrEiFHOrEN florissait dans la seconde moitié du XVIT siècle. Deux bas-reliefs de sa main sont à la Kunstkammer et n’annoncent pas un artiste hors ligne. Un de ces bas-reliefs figure un ermite armé d’un long bâton noueux, l’autre représente le crucifiement. Suivant M. Konrad, la composition de ce dernier morceau est assez animée; quelques attitudes de soldats sont bien concues, mais l'exécution er est fort maladroite. » Pfeifhofen signait du monogramme P. H.
BarTueL, artiste saxon, mort à Dresde en 1674, copiait des groupes avec des animaux, d’après l'antique. Deux de ces copies sont au Grüne Gewülbe; l’une présente un taureau conduit par un sacrificateur, et, l’autre, un cheval attaqué par un lion.
Maruras RAUCHMULLER, tyrolien, auteur de plusieurs statues à Prague et à Breslau, était sculpteur de la cour de Vienne. Suivant M. Demmin, «il est aussi connu par ses ouvrages en ivoire dont le prince de Lichtenstein possède une boite, signée en toutes lettres et datée de 1676. » (£ncyclopédie des arts plastiques.)
Micuez DAEBLER (+ 1702) sculptait avec une rare perfection des tôles de cannes et des manches de cachet figurant des animaux et surtout des enfants grimpant les uns surles autres. Marque : M. D.
RaIMoND FaLrz, ciseleur et graveur en médailles, travailla d'abord pour Louis XIV, dont il reçut une pension de 1,200 livres. Appelé à Berlin, en 1688, par l'Électeur Frédéric I, il y resta jusqu’en 1703, époque de sa mort. Il à fait aussi des médaillons en ivoire pleins d'expression, Plusieurs de ces petits portraits, y compris celui de l’auteur, sont à la Kunstkammer de Berlin.
OëLuAFEN, sculpteur de l'Électeur palatin Jean Guillaume, a fait de nombreux bas-reliefs en ivoire, des personnages à des plans différents. Le musée de Munich est riche en œuvres de Oelhafen, parmi lesquelles nous citerons : l'Enlèvement de Proserpine ; Deux bataiiles de cavalerie : l'Éducation de Bacchus ; le Jugement de Pâris ; Mutius Scévola et le sacrifice d'Iphigénie.
« Les compositions de cet artiste sont sages, quoique compliquées; son modèle ne manque pas de correction, mais il a les défauts de l’école de son temps, défauts qu'il sait racheter par le charme qui règne dans ses ensembles ; son travail est très délicat. » (Jules Labarte.)
Jusrus KLESCEKER, sculpteur bavarois du XVIITesiècle, a taillé de beaux crucifix en ivoire.
MaGnus BERG ou BERGER, né en Norvège en 1666, mort en 4738. M. Jules Labarte, d'après une coupe décorée de chasses, appartenant à la Reine d'Angleterre, le qualifie d’habile ivoirier. M. Konrad en parle d’une façon moins élogieuse.
BALTHAZAR PERMOSER, sculpteur bavarois, fut d’abord berger et montra, tout enfant, les plus heureuses dispositions pour la sculpture. Il étudia à Salzbourg, passa quatorze années en Italie; puis, après un séjour à Berlin, il s'établit à Dresde, où son talent le fit nommer sculpteur de la cour.
Permoser a laissé une excellente réputation. Très sévère pour
lui-même, il était rarement satisfait de ses œuvres, dont il embellit le musée et le grand jardin de Dresde. Sesimportants travaux ne l'ont pas empêché de tailler quelques beaux ouvrages en ivoire.
MEercHiIoR PAULUS, ivoirier de talent, exerçait sa profession à Cologne, dans la première moitié du XVII siècle.
P. SCHeEMACKERSs florissait au X VITE siècle. Il a signé plusieurs bas-reliefs offrant de petits Bacchus jouant avec des enfants et de jeunes satyres. (Musée des Vereinigten Sammelungen où des Collections réunies à Munich.) « Les compositions sont gracieuses et d’un dessin correct. » (J. Labarte, Histoire des arts industriels.)
SIMON TRoGER (+ 1769) et KRABENSBERGER exécutaient vers le même temps des figurines en bois brun, avec les carnations en ivoire.
J. CaristTopne BAUER, d'Ulm, est l’auteur d'un bas-relief figurant un Christ soutenu par un ange et entouré des saintes femmes. (Musée de Munich.)
STRAUSS a signé deux pièces du musée de Munich, une Water dolorosa, en ronde bosse et un crucifix, de 0,54 de hauteur.
Lucr ou Luick, nom d’une famille d'artiste ivoiriers qui se signalèrent au XVIIe siècle, dans le nord-est de l'Allemagne.
J.-C. Lucx, mort à Dantzick en 1780, travaillait à Dresde en 1737, après avoir séjourné sept années en Russie. Il est l'auteur d’un crucifix de grande dimension et d’un bas-relief allégorique catalogués au Grüne Gewôülbe. La Kunstkammer conserve deux bustes signés : A. CG. Luck Fecir. « Le style est plein de caractère, dit M. Konrad, mais l'exécution manque d'esprit. »
ANDRÉ FEISTENBERGER. Le nom de cetivoirier est sauvé de l'oubli par un bas-relief du musée de Berlin, représentant un Christ mort, soutenu par deux anges. « Le modelé est peu correct, les figures sontcommunes, les membres trop maigres, mais l’ivoire est bien travaillé. » (Jules Labarte.)
L. CuRoUNET exécutait comme Laurens Zich, des difficultés sur le tour.
Meyer était aussi un habile tourneur. Il exécutait, en outre, de petits bas-reliefs à sujets de sainteté. (Nombreux spécimens au musée de Munich.)
KruEGER, de Dantzick, sculptait avec talent de petits mendiants et des bossus portant sur leurs haïllons des boutons de diamants. Plusieurs de ses ouvrages sont au musée de Dresde.
Le n° 284 du Catalogue Debruge Duménil décrit, du même artiste, une Figurine offrant un grotesque bossu. « Il tient un cor de chasse en or; son pourpoint est orné de roses et de rubis. La figurine est posée sur un socle en vermeil, décoré de douze diamants et de huit rubis. »
Francois Du QuEesNoy, surnommé FRANÇoIs FLAMAND, naquit à Bruxelles en 1594. Après avoir étudié sous la direction de son père, statuaire assez habile, il alla se perfectionner à Rome, aidé d’une pension de l'archiduc Albert. La mort de l’archiduc laissa le jeune artiste dans l'obligation de travailler pour vivre; c'est alors qu'il se mit à sculpter en bois et en ivoire des images de saints pour les reliquaires, puis pour les amateurs, des bacchanales, des amours et des jeux d'enfants.
De plus importants travaux devaient bientôt occuper Du Quesnoy ; il sculpta en marbre un amour polissant son arc et dont il fit plusieurs réductions en ivoire; citons encore l’ornementation du baldaquin de saint Pierre et le saint André de cette basilique ; à l’église sainte Marie dell'Anima, les deux enfants qui soulèvent une draperie pour découvrir une inseription, et, dans l'église des saints apôtres à Naples, un admirable bas‘relief montrant une foule d’anges occupés à chanter les louanges du Seigneur. Sur la demande du cardinal de Richelieu, Duquesnoy se préparait à venir en France, quand il mourut subitement à Livourne en 1646. Son frère Jérôme, jaloux de ses succès, fut accusé de l'avoir empoisonné.
Vente Bon de S'-Julien, 1704. — « L'Enlèvement des Sabines, bas-relief en ivoire connu par l'estampe de Piètre de Cortone. Il y a dix-sept figures. Cinq pouces sur sept. 660 Liv. »
JÉRÔME Du QuEesNoy, frère cadet de François Du Quesnoy,semontra presque l’égal de son aîné, et fit, comme lui, des ouvrages en ivoire, ainsi que nous l’apprend Mariette : « IL est notoire que les belles sculptures qui ornent ce tombeau (celui d'Antoine Triest, évêque de Gand) sont du frère de François, qui, dans certaines parties et surtout dans celle de manier le marbre, mar-
chait de fort près sur les traces de son frère. J’ajouterai que j'ai vu deux petits enfants d'ivoire qui sont, à n’en pas douter, exécutés sur le modèle de Francois, où l'on voit les initiales : J, Q. » (A becedario.)
Aceusé et convaincu de crime de sodomie, Jérôme Du Quesnoy fut condamné par sentence du 28 septembre 1654 « à être attaché à un poteau sur le marché aux grains de cette ville (Gand) à y être préalablement étranglé, ensuite brülé et ses cendres jetées au vent, ce qui fut exécuté. » (Abecedario.)
GéRrArD vax OPsrAr, né à Anvers en 4604, mort en 1668, taillait le marbre et l'ivoire avec une habileté consommée.
« Comme tous les Flamands, dit Caylus, il savait donner à la matière qu'il employait Le goût de la chair, et cela sans trop bien dessiner, » Attiré en France par le cardinal de Richelieu, il y recut de nombreuses commandes. Il travailla pour le Louvre et les grands hôtels du temps. Lors de la création de l'Académie royale de peinture et de sculpture, fondée en 1648, il fut un des douze anciens professseurs.
Dans les registres des Comptes des bäliments, on trouve cette note à la date du 4 mars 1669 : « Aux héritiers du défunt Gérard Van Opstal sculpteur, pour payement de quarante -quatre pièces de sculptures tant bas-reliefs, groupes de figures de marbre, bronze et d'ivoire... 18,350 livres. » (Ph. de Chennevières, Notes d'un compilateur.)
Le Louvre renferme plusieurs ouvrages dans le style de Ruben:, exécutés par notre artiste. Ils sont d’un assez haut relief et d’une touche à la fois « ferme, large et délicate ». (Jal.) N° 102. Trois amours, une chèvre et un jeune satyre. — N° 103. Deux jeunes satyres attachant une nymphe. — N°104. Amour tenant unenymphe enlacée. — Ces trois pièces sont signés : VAN OPSTAL,
Un bas-relief en ivoire représentant Apollon et Marsyas, par Van Opstal, faisait partie du Cabinet de Girardon.
Vente Bourlier de St-Hilaire, 1783. « Deux bas-reliefs en ivoire par Van Opstal ; l’un représente le Jugement de Salomon et l’autre la naissance des Innocents, à pouces sur # environ. 1,201 liv. »
Lucas FAYD'neRge, architecte et sculpteur, né à Malines en 1617, mort en 1694, aexécuté, sous la direction de Rubens, de très jolis travaux en ivoire. Ges petits ouvrages n'ont pas empêché Fayd'herbe de doter son pays d'une foule de statues, bas-reliefs, fontaines, mausolées, répandus dans les principales villes de la Belgique. Lucas travailla trois ans avec Rubens dont il était le
disciple favori. Au bout de ce temps, ayant voulu visiter l'ftalie, son maître lui donna un certificat des plus flatteurs, dans lequel nous remarquons ce passage : «qu'ila exécuté pour moi différents ouvrages en ivoire d'un travail achevé et digne de louange, comme ces ouvrages le prouvent...»
Fayd'herbe ne donna pas suite à ses projets de voyage; il épousa peu après Marie Suyers, dontileut six garçons et six filles. Dans sa longue carrière, Lucas forma beaucoup d'élèves, parmi lesquels figurent deux de ses fils.
«Il convient d'attribuer à Fayd'herbe et à son école, une bonne partie de ces innomblables bacchanales d'ivoires composées dans le goût de Rubens, dont il fut, en sculpture, l'interprète immédiat. Les sujets et la matière s'accommodaient à merveille, et puisque les cippes d'ivoire avaient le plus souvent la forme de pots à boire, l'artiste faisait tourner autour du vase, la farandole ivre de Silène et des bacchantes et des satyres, sujet aimé des artistes flamands. Comme l'ivoire se prêtait bien au gras, au tourmenté, à l'intempérance des formes! » (Ph. de Chennevières.)
Rubens possédait une riche collection d'objets d'art. Nous trouvons dans le catalogue qui en fut dressé après sa mort, la description de plusieurs pièces en ivoire, sculptées par Fayd'herbe : Le Christen croix, coupé selon l'ordonnance de Rubens. — Une Vénus d'ivoire, coupée selon l'ordonnance de Rubens. — Un Mercure d'ivoire, coupé selon l'ordonnance de Rubens. — Une salière d'ivoire, représentant des Nymphes marines, Tritons et petits Anges qui attachent des guirlandes, selon l'ordonnance de Rubens, — Une danse d'enfants coupée en ivoire, selon l'ordonnauce de Rubens. — Une Psyché endormie avec Cupidon, coupé en ivoire, le litest de corne de tortue, de l'ordonnance de Rubens. — Adam et Eve coupés en ivoire.
« Nota. Que la plus grande part de ces sculptures en ivoire, ci-mentionnées, ont été exécutées par Lucas Fayd'herbe natif de Malines, qui, ayant appris le dessin dans l'école de Rubens, pendant quelques années, a tellement su profiter des leçons de son maître, qu'ayant embrassé l’art de la sculpture, il s’est éverlué d'exécuter en ivoire, ce que son maître lui proposait par ses dessins, même au point d'une telle perfection, que son maître trouva ses ouvrages dignes de son cabinet. » (Michel, Histoire de La vie de P. P. Rubens, Bruxelles, 14771.)
Ainsi que le fait observer M. Jules Labarte, on retrouve dans les sculptures de Fayd'herbe, la fougue d'exécution et la richesse de détails qu’on admire dans les tableaux de Rubens.
FRANCISQUE vAN Bossuir, né à Bruxelles en 1635, mort à Amsterdam en 1692, a laissé de jolies figures en marbre, de nombreux ivoires et de ravissantes terres cuites. Il vécut longtemps à Rome, et quand il vint s'établiren Hollande, sa réputation l’y avait déjà précédé. Ce maitre travaillait avec une étonnante facilité et doit être . parmi les plus fameux ivoiriers de son temps.
« Van Bossuit, dit Mariette, a acquis une grande réputation par ses ouvrages de sculpture en ivoire qu'il traitait d’une manière simple et gracieuse. Il maniait l’ivoire comme si c’eût été de la cire. » (A becedario.) Barent-Graat a dessiné son œuvre qui aété gravé en plus de cent planches par Mattys-Pol.
Les figures de Van Bossuit, dit M. J. Labarte, sont presque entièrement nues et traitées à la manière antique. M. Ph. de Chennevières en donne une liste détaillée dansses Votes d’un compilateur… Citons parmi les bas-reliefs : Adam et Ëve mangeant du fruit défendu. -— Suzanne entre les deux vieillards. — David voit Bethsabée au bain. — Loth avec ses deux filles. — Le Massacre des Innocents.— Christ en eroix.— Le Temps découvre la vérité. — L'Enlèvement des Sabines. — Vénus et Adonis.— Mort d'Adonis.
— Andromède. — Jupiter, en cygne. — Mars et Vénus. — Vénus et l'Amour. — Calisto, chassée du bain par Diane. — Triomphe de Bacchus. — Silène, sur son àne, soutenu par deux satyres.
— Sainte Madeleine.— Saint Jérôme.— David.— Judith.— Flore, — Cléopâtre.— La Sculpture. — La Poésie, — L'Amour, sur un cheval marin ; ces neuïs figures, à mi-corps. Les plus beaux ou-
vrages en ronde bosse sont : Mars. — Galatée. — Andromède. — Cérès. — Bacchus. — Vénus et l'Amour. — L'Amour, qui rompt son arc. — Jupiter, en aigle, avec Astérie. — Hésione ;
fille de Laoméden, Roi de Troye.
Suivant Gicognara (Storia della scultura), la sculpture en ivoire au XVIe siècle, était pratiquée en Ilalie, par les élèves de Valérie Vicentino et Giovanni Bernardi de Castel Bolognèse, qui tous étaient bons dessinateurs et sculpteurs habiles,
MicueL-ANGE a-t-il sculpté l'ivoire? c'est probable ; il a pu, comme distraction, se livrer à ce travail délicat ; mais il est loin d’avoir produit ce qu'on lui attribue. Sa vie lout entière n'y eût pas suffi. Tout christ anonyme du XVIe siècle, susceptible d'exciter l'admiration, est immédiatement attribué à Michel- Ange. D'après M. J. Ladimir, le grand artiste serait l’auteur d’un christ expirant, auquel il aurait consacré vingt années. Louis- Philippe, ajoute M. Ladimir, en fit offrir 500,000 francs à M. Trunet de Dourier, le possesseur de cette merveille d'art. M. de
Dourier refusa, il en voulait un million. (Histoire de la curiosité. Les ivoires, la sculpture chryséléphantine.)
Nous ne dirons rien du prix ; nous sommes habitués à ces chiffres élevés, mais comment admettre que Michel-Ange, au talent énergique et fécond, ait mis vingt années à sculpter un christ en ivoire. Ce n'est pas admissible. Un cippe du trésor impérial de Vienne, est donné à cet illustre maître ; la sculpture, en haut relief, représente un silène soutenu par des satyres.
BENVENUTO CELLINI, né à Florence en 1500, mort en 1571, sculpteur, graveur et orfèvre, a sculpté dit-on, en ivoire, des crucifix, des coffrets des pommeaux d'épées et des manches de poignards. On lui attribue un beau crucifix du trésor impérial de Vienne, ainsi que le christ à la colonne et le saint Sébastien du Palais-Pitti, à Florence. Toutefois, comme le fait observer M. Jules Labarte, on ne trouve rien dans les mémoires de Cellini qui puisse faire supposer qu'il ait travaillé l'ivoire.
AUGUSTIN CARRACHE {1557+1605), peintre et graveur bolonais, serait l’auteur d'un très joli bas-relief du musée Correr à Venise. Le sujet offre un satyre surprenant une nymphe endormie.
GiRoLAMO CaAwPAGNA (15521623), exécuta pour l'église St-Julien, à Venise, un Christ expirant soutenu par deux anges, magnifique bas-relief en marbre. Une belle réduction en ivoire de ce basrelief fait partie du cabinet de M. le Cle Costanza, de Milan : Cicognara la considère comme étant de Girolamo Campagna luimême.
ALESSANDRO ALGARDI, dit L'ALGARDE (1593-1654), sculpteur et architecte bolonais, a commencé par travailler l'ivoire en attendant les grands travaux qui se font toujours attendre aux jeunes artistes. Il a sculpté des crucifix, des bas-reliefs, des statuettes. On cite de ce maître un buste de Cosme de Médicis et le beau crucifix d'ivoire de la Riche-Chapelle, du palais royal de Munich.
FRATE CLEMENTE florissait en 1638.
DONATELLO FIORENTINO taillait un peu plus tard «une gracieuse figure de femme nue ». (A. Jacquemart, Histoire du mobilier.)
Coré, dit FIAMINGO, né en Flandre (41610), a vécu longtemps à Rome. Il est Italien par ses ouvrages. On connaît de lui les
cinq sens : la Vista, l'Odoro, l'Udito, la Sensibilita, il Gusto, ravissantes figurines d'enfants d'un joli galbe, signées : G10vANi FiAMINGO MDLXV. Il à fait aussi de grands bassins avec leur aïiguière, ornés de sujels à personnages en relief. L'ivoire s'y trouve parfois mêlé à la corne de cerf.
Giovanni Pozzo, habile médailleur, établi à Rome au commencement du XVIIE siècle, sculptait en ivoire des portraits médaillons. Un de ces portraits, celui de l’amateur des arts, Philippe Stosch, est à la Kunstkammer de Berlin et porte la signature : J. Pozzo E. Roux, 1717. « La tète est vue de profil et l’on remarque une heureuse imitation de l'antique. » (Konrad, le Cabinet de curiosités ou le Kunsthkammer à Berlin.)
Josern-MaRIE BONZANIGO, né à Asti, vers 1740, mort à Turin en 1820, exécutait en bois de poirier et enivoire, sur fond d’ébène, des sculptures microscopiques d'une finesse merveilleuse. Ses petits travaux peuvent être comparés à ceux des plus beaux camées sur pierres dures; ce sont des dessus de boîtes, des colliers, des bracelets, des pendants d'oreilles, des épingles, des bagues, etc.
Bonzanigo forma beaucoup d'élèves, dont les meilleurs furent MARTHINO DI GAMPERTOGNO, MiGLiARA, COLOMBO. ARTERO, LEKMANN et ScHouLcer. Ceux-ci eurent eux-mêmes pour disciples TaNapeï où TANADEY, MarcuiNo fils et CANAVERI. Malgré son prodigieux talent, Bonzanigo, méconnu de son vivant, mourut pauvre. Ses successeurs ne tardèrent pas à abandonner un genre ingrat, qui suffisait à peine à les faire vivre. (Voir à l’article : Petite sculpture sur bois, etc.)
FRANCE. — Nous avons cru devoir faire un chapitre à part pour les artistes dieppois ; on le trouvera plus loin, à la suite de cette liste des autres ivoiriers français.
JEAN LEBRAELLIER, sculpteur de Charles V, roi de France, est cité dans l'inventaire de ce prince comme ayant sculpté « deux grans beaulx tableaulx d'yvoire des trois Maries ».
Hécior BERTHELOT florissait à la fin du XIV®e siècle; son nom est sauvé de l'oubli par ce passage des comptes d’Amiot Arnaut, de 1392 à 1394 : « Payé 500 livres à Berthelot Héliot, varlet de chambre du duc Philippe le Hardi pour deux grant tableaux d’yvoire à ymages, dont l’un d'iceulx est la Passion de notre Sei-
gneur et l’autre la vie de Monsieur St Jean Baptiste, qui les a vendus pour les Chartreux... »
JEAN GOUJON, né à Paris en 1515, tué Le jour de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572. Il a exécuté en marbre, en pierre, en bois, de magnifiques travaux parmi lesquels nous citerons la Diane couchée, qui décorait le portail ‘du château d’Anet, la fontaine des Innocents, à Paris, et les splendides portes en chène sculpté de l'Église Saint-Maclou, de Rouen.
On lui attribue un christ admirable, estimé plus de cent mille francs, qui donna lieu à un singulier procès. « Le 25 janvier 1859, la cour impériale a déclaré nulle la vente de ce chef-d'œuvre, consentie en 1866 par sa propriétaire, Mme veuve de Manent, née Harlem de Velle, descendante des Jean Bart, à un marchandde tableaux, M.A.Stevens. La cour s’est fondée sur le motif que cette vente, consentie moyennant l’acquit d’une somme de 1,600 francs, et une modique rente viagère de 300 francs, avait été suivie, dix-neuf jours après, du décès de Mme veuve de Manent. Le célèbre christ a été en conséquencerendu à sa famillle. » (J. Ladimir, ITistoire de la curiosité.)
On donne encore à Jean Goujon une poire à poudre, du musée du Louvre, portant le N° 135, avec cette note de M. de Laborde : « Le jeune génie marin qui la décore est une figure connue de Jean Gougon. Ce charmant ouvrage a toute la grâce de sa main habile et peut avoir été un délassement au milieu de ses grands travaux.
JEAN DE BouLoGNE, célèbre sculpteur français, né à Douai, en 1529, mort à Florence en 1508, a taillé des statuettes en bois et en ivoire. On lui attribue une jolie Baigneuse, en bois de poirier, du musée du Louvre.
JEAN BAPTISTE GUILLERMIN, né à Lyon, vers 1623, mort vers 1679 à cinquanute-six ans. Il résidait à Avignon quand il exécuta en 1659 un christ merveilleux pour la confrérie des Pénitents noirs, dite de la Miséricorde.
M. Alph. Rastoul, dans son Tableau d'Avignon, dit, au sujet de cette pièce : « Vérité anatomique, sublimité de la pose, expression poétique, perfection des détails jusqu’à l'apparence de la circulation du sang, tout est là. Ge qui montre l'inspiration, c’est que l’'Homme-Dieu respire encore. Et que dire de cette figure si belle, si vraie, qui représente deux aspects sans que l’ensemble de la physionomie soit détruit? Du côté droit, les traits
souffrent, la pupille de l’œil est fortement contractée; ure ride profonde, empreinte au-dessus du soureil, trahit la nature de l'homme. Faites un pas, regardez la partie gauche de la face : plus de couleur, rien de terrestre; le Dieu se révèle, il s'elance vers le ciel et vous reconnaissez celui dont le dernier soupir deviendra le salut du monde. »
Guillermin fit pour la mème confrérie, un autre Christ en buis. Par malheur, ‘il a été perdu. Mentionnons encore deux beaux vases en ivoire, signés de ce maitre, conservés dans le cabinet de l'Empereur d'Autriche, à Vienne. L'habile artiste ne devait pas rester à Avignon ; son talent l'appelait à Paris. Jal nous apprend que le 23 avril 1653, Louis XIV donna des « lettres de retenue de sculpteur ordinaire en bois etivoire, tant en grand qu'en petit, à Jean Baptiste Guillermin, à la place de Jacques son père. » (Dictionnaire critique.)
Nous donnons, d'après Florent le Comte, cette autre notice sur Guillermin, « Il vint à Paris où il s'établit et acquit une belle réputation pour les petits ouvrages d'yvoire et de coco dont il a rempli les maisons religieuses, entre autres les carmélites du faubourg Saint-Germain et dont plusieurs personnes des plus distinguées de ce royaume ont fait leur curiosité particulière. Il a réussi à faire de petits erucitix et il a eu le mème avantage dans les grands, ce qui parait par un de cinq pieds de haut posé au chœur des dames de l'abbaye royale du Val de Grâce. (Cabinet des singularilés d'architecture, peinture, sculpture, ete., t. WT, D+497:)
Pierre -Simon JAILLOT, né vers 1633 à Saint-Oyan, près Saint- Claude, en Franche-Comté, travaillait supérieurement l'ivoire et sculptait surtout des erucifix. L'Académie lui ouvrit ses portes le 98 mai 1661, mais il en fut exclu treize ans plus tard, pour cause d'injures envers l’illustre compagnie.
Il mourut en 1681, à l'âge de quarante-huit ans. Citons parmi ses plus beaux ouvrages un remarquable christ exécuté pour l’abbaye de Saint-Germain des Prés. Le catalogue de la vente Alexandre Lenoir (1837), mentionne de Pierre-Simon Jaillot, « un buste de Charles Lebrun, d'après CGoysevox. Ivoire de la plus grande beauté. »
ALEXIS-HUBERT JAILLOT (41712) frère cadet de Pierre-Simon, accompagna son aîné quand celui-ci vint s'établir à Paris, en 1657. Il s'occupa de sculpture et s’adonna en même temps à l'étude de la géographie. L'acte de son inhumation le qualifie: M. Jaillot,
géographe ordinaire du Roy et ancien marguillier, âgé d'environ quatre-vingts ans. » (Jal, Dict. critique.)
Mrcer ou Mité, né à Dijon au XVIIe siècle, était réputé comme tourneur en ivoire. Il s'établit en Flandre et mourut à l'âge de trente-sept ans.
J. CAVALIER, florissait au XVI siècle. Il a travaillé en Angleterre, en Suède eten Allemagne. C'est peut-être un protestant qui aura fui les persécutions religieuses, après la révocation de l’édit de Nantes. Le musée de Berlin renferme deux portraits médaillons en ivoire de ce maître. L'un offre les bustes de l’Électeur Fédéric IIL et de sa seconde femme, Sophie-Charlotte, avec la signature I. C. ; l'autre représente la Reine Marie IT d'Angleterre ; sur le revers, on lit : CAVALIER F. Lonpini, 4690.
M. L. Dussieux cite notre artiste sous le nom de « Cavailier ou Cavalier », comme s'étant fait connaître en Suède par de belles figures bien dessinées, prises pour modèles en diverses médailles. « On trouve au château de Skokloster un portrait en ivoire du comte Christophe de Kœnigsmarck, par un seulpteur nommé Cavalier; ces deux nons s'appliquent certainement à un même artiste. » (Les Artistes français à l'étranger.)
Lacroix, né en Bourgogne, travaillait à Gènes à la fin du XVIIIe siècle. Il excellait à faire des crücifix, soit en ivoire, soit en bois de jujubier. Leur dimension n'excédait pas une palme et demie (environ un pied). Les crucifix de Lacroix étaient très recherchés non seulement des amateurs ,mais encore desplus habiles peintres génois de son temps. Après avoir laissé à Gênes un nom honoré, il quitta cette ville, sans qu'on sût ce qu'il était devenu. {L. Dussieux, les Artistes francais à l'étranger, Paris, 1856.)
Micnez AUGUIER, auteur de belles sculptures'du Val-de-Gràce et de la porte Saint-Denis, a sculpté un christ en ivoire de 22 pouces de haut, achevé en 1668. Sa famille, dit-on, le conserve avec soin. (/h. de Chennevières.)
Le GÉRET excellait à sculpter des crucifix qu'on se disputait à tout prix, « surtout ceux dont la dimension était inférieure à deux pieds. » Ge qui est particulier de lui, c’est qu'il n'avait aucun génie pour d’autres figures. Il s'était établi à Paris et s’il n'a pas fait une fortune considérable, c’est qu'il ne l’a pas voulu. (Florent le Comte.)
D'après Jal, un LEGERET (1628411688), sculpteur de second ordre, en marbre et en bois, était employé par Colbert à la décoration des châteaux royaux. Get artiste eut un fils, également sculpteur, qui dut succéder à son père.
Les crucifix de Le Géret sont parfois entourés d'une riche bordure en bois sculpté. Il est vraisemblable alors que les deux ouvrages sont dela même main.
FRANÇOIS GIRARDON (16281715), le grand statuaire, qui taillait le marbre avec tant de facilité, fut ivoirier à ses heures. L'auteur du tombeau de Richelieu et de la statue équestre en bronze de Louis XIV, actuellement sur la place des Victoires, a sculpté un magnifique crucitix dont il a été fait au moins une copie. L'original, selon les uns, est à la cathédrale de Sens, et, selon d'autres, à l’'archevêché de Paris,
« Une personne se disant bien informée, dit M. L. N. Barbier, nous assure que le Christ de Girardon a été donné par Louis XIV à la duchesse de La Vallière, qu'il est aujourd’hui à l'archevèché de Paris et que celui de Sens n’est qu’une copie. »
Josern VILLERME, né à Saint-Claude, en Franche-Comté, au milieu du XVITe siècle, se distingua d’abord à Paris aux Gobelins comme sculpteur sous la direction de Lebrun; puis il alla s'établir à Rome, où il mourut en 1720 ou en 1793.
« Par un esprit de piété et d'humilité, il s'était consacré à ne faire que des crucilix ; mais aussi l'on peut dire à sa louange, que personne n’y a mieux réussi,et que dans ce talent, qui paraît borné, il a quelquefois été jusqu'au sublime...
« Jay vu aussi entre ses mains, dans le temps que j'étais à Rome, plusieurs crucitix d'yvoire ou de buis, qui, par la correction, le beau travail et la nouveauté des attitudes, m'ont paru dignes de toute admiration. Le marquis Pallavicini en avait quantité, dont il avait orné une petite galerie, mais peu de gens se sont empressés de faire valoir le talent de Villierme (sic), et je l'ay vu avec toute son habileté presque mourir de faim... Il est remarquable que nos deux meilleurs sculpteurs de crucifix en yvoire étaient de S'-Claude, car Jaillot en était aussi.» (Mariette, Abecedario.)
C'est en Italie, et surtout à Rome, qu'il faut chercher les beaux crucifix de Joseph Villerme.
BLoxpez, 1730. Signature relevée sur un médailllon en ivoire, offrant le portrait de Marie Leczinska, femme de Louis XV. La
Reine, coiffée en cheveux, porte le diadème: son riche corsage, décolleté, est chargé de dentelles et de broderies. Ge petit basrelief, d’un travail fin et soigné est monté sur boîte. (Coll. A. M.-S.)
L. DuranD (1760), peintre en émail et sculpteur en nacre de premier ordre, a vraisemblablement sculpté en ivoire.
Les deux Rosser, de St-Claude, le père et le fils, travaillaient le bois et l’ivoire avec une grande facilité. Le père surtout avait un talent hors ligne. Une sainte Thérèse, au Louvre, statuette de 14 centimètres de hauteur est signée, sur la plinthe: Rosser PÈRE. (N° 27 du catalogue rédigé par M. A. Sauzay.)
GuicuaRD, « sculpteur en bois, sur pierre de Tonnerre et sur ivoire, » florissait en 1780.
LECLERC, « sculpteur,» a exposé au Salon de la Correspondance, en 1780, un tableau allégorique en ivoire, à la gloire de Voltaire (H. 18 pouces. L.. 14). « Le buste de Voltaire est élevé sur un piédestal, au-dessus duquel un amour écrit l'inscription : Vèro immortali. Le buste d'Henri IV, différents rouleaux de papiers avec les titres des ouvrages de ce célèbre vieillard, annoncent toutes ses productions. Voltaire a d’ailleurs paru très ressemblant. » {Vouvelles de la république des lettres et des arts.)
Moranp florissait en 1782. Ses petits portraits en ivoire étaient de la grandeur d’un dessus de tabatière.
DaïLzY, ivoirier dieppois, établi à Paris en 1789, se fit reruarquer par de petits sujets relatifs à la Révolution.
BaBonorT ou BaBouor (Antoine), les livrets du Salon lui donnent tour à tour ces deux noms, florissait dès la fin du règne de Louis XVI. Le livret de l’an X le qualifie «sculpteur en ivoire », ce qui ne l'empêchait pas d'exécuter toutes sortes de portraits et petits sujets en cire, en pierre tendre et en métal « fusible ».
Salon de 1791. Cadre renfermant des médaillons enivoire et en cire. — S. AnIX. « Un cadre contenant plusieurs portraits sculptés en ivoire d'après nature, imitant le camée. » — S. An X. « Uncadre contenant des portraits et camées sculptés en ivoire et modelés en cire. » — $. An XIT. « Un cadre renfermant plusieurs portraits sculptés en ivoire et modelés en cire. » — S. 1806. « Deux cadrés renfermant des empreintes faites sur
des ouvrages en ivoire et plusieurs portraits d'hommes célèbres. » — $. 1810. « Sculptures, gravures en cire, en ivoire, en pierre et en métal.» —5.1812. «Un cadre contenant les portraits de Clémence fsaure fondatrice de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse. P.P. Riquet de Bonrepos, auteur du canal du Languedoc. H. Cachin, directeur général des travaux maritimes de Cherbourg. »
DouaAuLT présente au Salon de 1812, les bustes en ivoire de Joséphine et de Napoléon [°r,
VALAPERTA expose, la mème année, « plusieurs sujets sculptés en ivoire. »
JEANNEST figure au Salon de 1812 avec divers objets en bronze, en cire, etc., et un « portrait d'enfant en ivoire ».
TANADEY ou TANADÉI expose au Salon de 1819 un portrait de l'Empereur Alexandre. HuE, gendre et successeur de Dailly, était sculpteur en ivoire de Madame, en 1825.
JorièRe, sculpteur en ivoire, 53, rue du Temple, florissait
Beur, « sculpteur en ivoire, florisssait en 18929. » (A/manach du commerce de Paris.)