LA GLYPTIQUE
La glyptique est l'art de graver sur pierre dure et remonte à la plus haute antiquité. Les Egyptiens furent des premiers à la pratiquer ; ils donnèrent à la plupart de leurs pierres gravées la forme d'un scarabée, dont la dimension varie depuis quelques millimètres jusqu'à sept ou huit centimètres de longueur. Les plus grands, désignés sous le nom de funéraires, étaient attachés aux momies et portaient uneinscription en l'honneur du défunt.
Ces scarabées, préparés d'avance d’après un type consacré, recevaient après couple nom du mort dans une place réservée. C'est ainsi qu'on retrouve de ces pierres dont le nom est resté en blanc.
Les petits scarabées sont historiques où mythologiques quand les inscriptions ont trait à l’histoire ou à la Fable ; ils sont pAysiographiques s'ils représentent des animaux ou des plantes ne figurant pas parmi les symboles consacrés ; ils sont dits variés quand l'interprétation en est incertaine. Les scarabées dont on peut préciser l’époque offrent un intérêt particulier. Si l’inseription mentionne un Roi ou une Reine, la date est facile à trouver. Pour un Roi, le premier signe de son prénom symbolique est toujours le disque du soleil. *
Champollion Figeac, auquel nous empruntons ces détails, donne le dessin d’un scarabée historique remontant au XVIIe siècle avant J.-C., au temps du grand Roi Mœæris, de la XVIIIe dynastie. Le prénom royal occupe tout le cartouche et se compose de trois signes : le disque du soleil, un mur crénelé et la figure du scarabée. (Résumé complet d'archéologie.)
Avant d'aller plus loin, expliquons de suite quelques termes techniques. On désigne sous le nom d’intailles les pierres gravées en creux, et sous celui de camées celles dont le sujet est exécuté en relief. En dehors de ces deux grandes divisions, les pierres gravées reçoivent différents noms caractéristiques, selon les sujets qu'elles représentent. Ainsi on appelle grylu, les têtes très laides ou grotesques du nom d’un Athénien connu par sa laideur; caprices, les figures groupées d'une manière bizarre, comme la tête de Méléagre avec une hure de sanglier; chimeres, les animaux de fantaisie qui n'existent pas dans la nature.
Les pierres astrifères figurent des astres, et le mot cabochon s'applique à toute pierre bombée ou convexe. Il y a encore les abraxas ou pierres basilidiennes, offrant certains signes mystérieux auxquels les gnostiques attachaient une vertu surnaturelle etqu'ils portaient en signe d'amulette., Les lettres inscrites sur ces pierres sont le plus souvent incompréhensibles. Les têtes réunies sur le même profil sont conjuquées ; elles sont a/ffrontées quand elles se regardent, et opposées si leur profil est tourné en sens inverse.
En général, sur les pierres gravées, les noms propres s’expliquent ainsi : sur les pierres étrusques, c'est le nom du personnage représenté; sur les pierres grecques, c'est le nom de l'artiste et sur les pierres romaines, le nom du propriétaire ou celui de l'artiste.
La glyptique a rendu des services aux sciences et aux arts: « Les pierres gravées nous retracent une multitude de signes et de symboles intéressants pour l'histoire des mœurs et des usages de l'antiquité. On y voit les images des dieux, leurs attributs et les objets relatifs à leur culte; les principaux événements de l'histoire des temps héroïques, depuis la guerre de Thèbes jusqu'au retour des Grecs dans la ville de Troie; les caractères alphabétiques les plus anciens des écritures grecque, étrusque, latine et persane, les caractères persépoliens et les hiéroglyphes; des statues encore existantes, tel que le Laocoon, d’autres aujourd’hui perdues, comme l’Apoxioménos de Polycelète, la Vénus de Praxitèle et la tête de Minerve de Phidias ; les portraits des hommes célèbres par leur génie, tels que celui de Démosthène, ou par leur puissance, tels que ceux des Empereurs et des différents princes; les noms d’un grand nombres d'artistes célèbres. Ge sont les monuments les plus utiles pour l'histoire de l'art, dont ils nous servent à suivre les progrès chez différents peuples. Les pierres gravées nous aident aussi à connaître les pierres dont on trouve les noms dans les anciens naturalistes. Les peintres y ont trouvé des sujets à imiter; Raphaël et Michel-Ange en ont fait un grand usage dans leurs compositions. » (A. Millin, Introduction à l'étude de l'archéologie.)
Les Indiens, les Chinois, les Perses, les Parthes et d’autres peuples de l'Asie ont connu l’art de graver sur pierres dures. Après les Étrusques, les Grecs reçurent des Égyptiens les procédés de la glyptique. Le génie des Grecs éleva cet art à sa perfection ; leurs ouvrages ont toujours servi de modèles et n'ont Jamais été égalés dans aucun pays.
Graveurs grecs et romains. — Avant l'époque d'Alexandre,
nous citerons : Tnéopore pe SAMos (740 ans avant J.-C.), qui grava la fameuse émeraude de Polycrate ; MNÉSARQUE, père de Pythagore ; Pary@rczus; Héius, dont on connaît une Diane chasseresse.
Depuis Alexandre jusqu’au siècle d’Auguste, on connait : ADMON ; APOLLONIDES ; TRYPHON:; CHRONIUS ; POLYCLÈTE DE SYCIONE, un des plus grands statuaires qu'ait eus la Grèce, et enfin Pyr- GOTÈLES. Ce maître illustre avait seul l'honneur de graver le portrait d'Alexandre, comme Apelles seul pouvait le peindre, et Lysippe seul le figurer en bronze.
Au siècle d'Auguste, on cite : QUINTUS-ALEXA, COEMUS, AGA- THOPUS, AULUS, CNEIUS, ÉPITYNCHANUS, Eurycnes, SoLon et Dios- CORIDES, le Pyrgotèles d'Auguste. Ærius se distinguait sous Tibère; du temps de Caligula,'ALPnéE et ARÉTHON travaillaient souvent ensemble sur la même pierre.
Graveurs du temps de Titus : NicanpRe et Evopus, auteurs, chacun, d’un portrait de Julie, fille de Titus et de Marcia. Celui d'Évodus, une des merveilles du cabinet des médailles et antiques à la Bibliothèque nationale, est sur une aigue-marine bleue orientale, de profil à gauche. On connait encore deux pièces signées de ce maitre : « une sardoine représentant une tête de cheval, qui a passé du cabinet du B°r de Scheltersheim, dans celui du Bon Roger, et une cornaline représentant une Muse, rapportée par Raspe.» (N° 2089 du Catalogue rédigé par M. Chabouillet.)
Du temps d’Adrien : ANTIOCHUS, ANTCROS, HELLEN.
Du temps de Marc-Aurèle : EpoLtEN, auteur d’un portrait de Marc-Aurèle. On pense que c’est le dernier graveur grec du haut Empire qui ait signé ses ouvrages.
Graveurs grecs dont l’époque est incertaine : ACTION, ALLION, APOLLODOTE, APELLE, ASPASIUS. ATHÉNION, AXÉOCHUS, CARPUS, Dipuinus, EurTuus, HYLLUS, MYRTHON, ONÉSAS, PHILÉMON, PAMPHILE, PERGAME, PLOTARQUE, SELEUCUS, SCYLAX, SOSTHÈNES, SOSTRATE, TEUCER, etc.
Les pierres gravées des Romains sont en général bien inférieures à celles des Grecs; elles n’en offrent ni la grâce parfaite ni la pureté des lignes. Toutefois AquiLas, Féuix, QUINTILLUS et Rurus ont laissé des noms distingués.
En Italie comme en Grèce, la glyptique occupait beaucoup d'artistes et fut à son apogée sous Auguste. Depuis longtemps les amateurs de Rome recherchaient les pierres gravées et en faisaient collection ; celle de Gésar renfermait des merveilles. En dehors des grandes pierres réservées pour orner la coiffure des
femmes, les cothurnes, les vêtements des deux sexes, il se fit un grand nombre de petites pierres pour bagues.
Pendant quelque temps, la manie des bagues à Rome fut comparable à celle des tabatières en Europe, au XVIII siècle. À côté de la mode et de ses exagérations, il y avait cette coutume répandue dans toutes les classes : depuis le chef de l'État jusqu'au plus humble citoyen, chacun possédait une bague, dont le cachet lui servait de sceau. Tout écrit, toute correspondance, tout acte, tout testament, n'était authentique que revêtu du sceau de son auteur. Une pièce cachetée devenait inviolable. L'habitude de sceller les pièces officielles et Le respect des lettres se sont conservés jusqu'à nos jours.
À Rome, quand l'Empereur s’absentait, s'il craignait que les affaires de l’État n’en souffrissent, il remettait son anneau à celui dont la confiance lui était acquise. Les dépêches rendues officielles par l’apposition du cachet impérial avaient la même valeur que si elles avaient été dictées par le souverain lui-même. La gravure de toutes ces pierres offrait bien des variétés ; chacun avait le choix du sujet, qui parfois rappelait une action d'éclat personnelle ou bien un fait dont on tirait vanité.
L'’anneau de Sylla représentait le Roi Bocchus lui livrant Jugurtha, et celui de Gnéius Scipion, le portrait de son père. Pompée scellait d’un lion portant une épée. César, suivant ses prétentions à descendre de Vénus, avait choisi l’image de cette déesse armée d'un dard, Auguste prit d'abord un sphinx, puis une tête d'Alexandre et enfin son propre portrait, que quelques-uns de ses successeurs adoptèrent dans la suite. Gette pierre admirable était l'œuvre du fameux Dioscorides.
Le cachet de Néron figurait Apollon et Marsias ; Galba conservait l'anneau de.ses ancêtres, offant un chien sur la proue d'un vaisseau. Macrien el sa famille avaient adopté la tête d'Alexandre.
Les courtisans choisissaient le portrait de leur souverain ; d'heureux amants scellaient du portrait de leur maîtresse. Les soldats faisaient graver sur leurs anneaux les images de léurs chefs, et les clients celles de leurs patrons. Divers portraits de grands hommes, tels que ceux des sages et des philosophes, étaient encore très recherchés. Pour se distinguer des païens, les chrétiens portèrent des symboles religieux, comme la croix, l'ancre, le poisson, la colombe, la barque ou le monogramme du Christ.
Cette coutume adoptée par les Romains d'employer la bague comme cachet était déjà fort ancienne ; elle remonte, dit M. Fr.
Lenormant, à la plus haute antiquité dans les civilisations égyptiennes. « Chez les Grecs, ajoute le savant archéologue, l'usage général était que chacun portât un anneau qui servait de cachet et offrait, gravé sur le chaton, le symbole particulier de son propriétaire, symbole faisant le plus souvent allusion au nom de ce personnage. » (Musée Napoléon III. Collection Campana. Les Bijoux.)
Après la chute de l'Empire romain, au Ve siècle, la glyptique et les autres arts se réfugièrent à Constantinople ; c'est là, durant le moyen àge, que s'en conservèrent toutes les traditions, bien que très affaiblies. L'art byzantin était en décadence, relativement aux temps anciens ; mais, comparé au reste de l'Europe, il brillait encore du plus vif éclat. A cette époque d’ignorance, où si peu de gens savaient écrire hormis le clergé, lanoblesse, à défaut de signature, se contentait d'apposer sur ses chartes un sceau grossier, dont le type était gravé sur métal. Les pierres antiques étaient abandonnées et nous devons la conservation de celles qui nous sont parvenues aux trésors des églises, aux reliquaires, aux chapes, aux reliures somptueuses.
Quand Mahomet Il se ful emparé de Constantinople, en 1453, les artistes grecs, notamment les graveurs, attirés à Florence par Laurent le Magnifique, donnèrent aux arts qui commençaient à renaître une impulsion nouvelle.
Chez les modernes, c’est au XVI°siècle, surtout en Italie, que l’art de la glyptique atteignit son plus haut degré de splendeur. Certains artistes du siècle de Léon X se montrèrent les égaux des Romains et approchèrent des Grecs. Les habiles orfèvres. de la Renaissance ne se contentaient pas d’imiter les antiques, de graver en creux ou en relief des portraits et des cachets admirables, ils exécutaient toutes sortes de vases gracieux en jaspe, en lapis, en coquilles nacrées, en cornaline, en agate, en améthyste en ambre ou succin, en cristal de roche, etc. Ges vases, gravés de sujets et d’ornements d'un goût exquis, parfois ornés de camées, étaient montés avec un art infini en argent ciselé, en vermeil ou en or émaillé. Quelquefois encore des perles, des rosés, des grenats et autres pierreries venaient s'ajouter à cette magnificence.
Pour les portraits et les sujets servant de cachet, on employait presque toujours la cornaline en intaille et l’on réservait l’agate-onyx pour les camées à cause de ses couches variées. Parmi les autres gemmes, les artistes de Milan donnèrent au cristal de roche une préférence marquée. Ils s’'appliquèrent à le tailler, à le graver, à lui donner les formes les plus élé-
gantes, et leur réputation s’est accréditée à ce point qu'on leur attribue les plus belles pièces en ce genre. Citons, au nombre des meilleurs ntagliatori milanais, Leonardo, François Tortorino, Julien Taverna, Antoine de Rossi et Jacques de Trezzo.
Au XVII siècle, la giyptique, abandonnée par la mode, qui avait renoncé aux pierres gravées dans la parure des femmes, et privée de ses puissants protecteurs, tomba peu à peu dans un discrédit complet. Ce sommeil devait avoir un éblouissant réveil.
Le XVIITIe siècle vit surgir des graveurs dignes de lutter avec leurs plus illustres devanciers. Parmi ceux-là, Antoine Pikler occupe la première place.
Les amateurs de glyptique sont en petit nombre aujourd’hui, et cet art, faute d'encouragements, n’est plus guère pratiqué qu'en Italie. La fraude répandue sur tous les genres de curiosités s’est appliquée depuis longtemps à contrefaire les plus belles pièces. En général, les pierres offrant une signature sont les plus appréciées. Ce sont ces marques d'artistes en renom que les faussaires ont multipliées sur des imitations plus ou moins bien faites. Ce honteux trafic s’exerçait déjà dutemps de César et s’est perpétué jusqu'à nous, en prenant un grand développement aux époques de prospérité. On comprend que l'amateur soit souvent pris au milieu de ces pièges tendus àsa bonne foi. Diverses remarques ont été faites pour reconnaître la fraude ; bien qu'insuffisantes, elles peuvent à l’occasion rendre service, et nous n'hésitons pas à les consigner ici, Ces remarques se résument dans la facon de signer. Nous ne parlons pas de l'exécution; il va de soi que, pour qu'il y ait doute, il faut au moins que lacopie soit bien faite.
Chez les anciens, surtout au siècle d'Auguste, le caractère des lettres présentait une régularité parfaite. La dissemblance des lettres et le mélange des caractères grecs et romains suffisent à dénoncer une copie. Il en est de même d’une lettre rendue dans le même mot sous deux formes, comme le sigma, par exemple, de l’omission d’une lettre ou de son addition, erreurs souvent répétées depuis le XV[° siècle par des artistes peu au courant de la langue grecque. Les graveurs helléniques avaient coutume de mettre leur nom au génitif comme Dioscouridou, en sous-entendant ergon (œuvre). Toute signature au nominatif devra être considérée comme suspecte; cependant, lorsqu'il y a deux noms, le premier est souvent au nominatif comme EUTYCHES SUN Dios- COURIDOU, cela veut dire alors £’utychès, élève de Dioscorides. On trouve aussi deux noms comme ALPHEOS SUN ARETHONI, Ce qui signifie que l'œuvre est due à la collaboration d'Alphée et d’Aréthon. Notons encore ces deux faits : les vrais artistes n'em-
ployaient que de belles pierres et les graveurs romains signaient en grec.Une signature en latin doit être considérée comme suspecte.
Les anciens recherchaient les gemmes dont la couleur se rapportait le mieux au sujet traité. Ainsi Pluton était représenté sur une pierre noire, Bacchus sur une améthyste, Amphytrite sur une aigue-marine, et Marsyas écorché sur une cornaline. Les substances les plus employées en glyptique sont : le burgau, aux reflets chatoyants; les nautiles, les Vénus, recherchés seulement par les modernes ; l'antiquité n’a pas gravésur coquilles; le corail; la malachite, pierre opaque d’un beau vert; le lapis-lazuli, appelé aussi outremer ; le saphir, de couleur bleue; la stéatite, ou pierre de lard, à l'aspect graisseux : les Chinois en font des statuettes ; le rubis ou escarboucle, de couleur rouge ; l’aigue-marine, couleur eau de mer; la topaze, d'un jaune caractéristique ; la hyacinthe, au rouge doré; l’opale, d’un blanc laiteux aux reflets changeants ; la sardoine, de couleur enfumée et noirâtre; la sardonyx, avec ses trois couches noire, blanche el brune ; le jade, d’une teinte olivâtre : les Orientaux en font des bijoux ; les jaspes, aux couleurs variées ; le cristal de roche ; la turquoise, au bleu mat; la cornaline, dont le nom vient de carnis, chair : c’est la pierre dont l'usage fut le plus fréquent dans tous les temps, surtout pour les intailles.
Liste des plus célèbres graveurs en pierres fines, depuis le XV: siècle jusqu'à nos jours. Dans cette longue énumération, nous prenons pour guides : Vasari, Mariette, Natter, Millin, Champollion-Figeac, Leturcq et Chabouillet.
Graveurs italiens. — GiovANNI DELLE CORNIOLE (Jean des Cornalines) vivait à Florence dans la seconde moitié du XVe siècle, Protégé par Laurent le Magnifique (41492), il se montra digne de cette haute faveur. Son surnom lui vient du talent qu'il montrait à graver des intailles sur cornalines.
Vers le même temps, le milanais DOMENICO per CAMMEI (Dominique des Camées) se rendait célèbre dans la gravure en relief, Il a fait un très beau portrait de Sforce.
M. Chabouillet considère comme étant de ce remarquable artiste les deux camées sur agate-onyx du cabinet des médailles et antiques, à la Bibliothèque nationale, portant les Nos 323 et 324. Ges portraits seraient ceux de Louis Il, marquis de Saluces et de Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont.
Morerri, de Bologne, florissait en 1495. Cité comme «un homme merveilleux ».
MICHELINO imita l'antique et contribua aux progrès de la gravure en pierres fines.
MATHIEU DE BENFDETTI (+ 15923) était réputé à Bologne.
FRANÇOIS FRANCIA, de Bologne, avait une grande réputation ; il était peintre, orfèvre, graveur en médailles et sur pierres fines.
FoppA, orfèvre de Milan, établi à Rome, est cité par Cellini comme le plus habile graveur de son temps. On l’appelait le CARADOSSO, parce qu'il était bossu. Grande réputation.
LÉoNARDO, de Milan, FRANCoIs Furnius, de Bologne, et SÉVÈRE, de Ravenne, travaillaient vers le même temps.
TAGLIACARNE devait tenir son nom de l'habileté qu'il montrait à tailler les cornalines.
PROPERZIA DE Rossi (41533), auteur de quelques bons morceaux de sculpture, gravait aussi sur pierres fines. On a d'elle de curieux échantillons de sculpture microscopique sur de tout petits noyaux.
Le Toscan PIERRE MARIE, de Pescia, vivait à Rome dans la première moitié du XVI° siècle, On lui attribue la belle cornaline du cabinet des antiques désignée sous le nom de Cachet de Michel- Ange. Le sujet gravé en creux représente une bacchanale et le pêcheur qu'on voit à l’exergue paraît être une allusion au nom de l’auteur. (N° 2337 du Catalogue rédigé par M. Chabouillet. Une longue et intéressante note accompagne la description.)
JEAN BerNaRnt, de Castel-Bolognèse, excellait à graver des poincons de médailles, des cristaux et des pierres fines. Dans sa jeunesse, il travailla pour Alphonse, duc de Ferrare. Appelé à Rome par le cardinal Hippolyte de Médicis, il exécuta pour ce prince de l'Église et Clément VII divers travaux, entre autres une admirable médaille du Pape. Quand Charles-Quint vint se faire couronner à Bologne (1537), Bernardi fit son portrait en médaille et fut largement récompensé.
MATTEO DEL NASSARO, né à Vérone (41547), résida longtemps en France, où l'avait appelé François |. L'artiste grava et cisela pour ce prince, des camées, des intailles, des cristaux, des bijoux en or, offrant parfois des figurines en ronde bosse. Chacun à la cour tenait à posséder quelque morceau de sa main. Il fit surtout beaucoup de camées, bijoux fort à la mode, qui entraient alors dans toutes les parures. Le Roi, pour s'attacher Matteo, lui confia la direction des monnaies. Get habile maître dessinait très bien ; « aussi, dit Mariette, ses gravures sur cristaux eurent dans la suite une si grande répulation, qu'on s'empressait de toutes parts pour en avoir des empreintes. » (7raité des pierres gravées, 1750.)
Matteo signait : O. P. N. S. (Opus Nassarii sculploris, Ouvrage de Nassaro sculpteur.) Une bataille sur sardoine, du Cabinet des
antiques, à la Bibliothèque nationale, porte cette signature. (N° 2482 du Catalogue rédigé par M. Chabouillet.)
JEAN-JACQUES CARAGLIO, de Vérone, plus communément appelé CARALIUS, a gravé des estampes, des médailles et des pierres fines. Appelé vers 1539 à la cour de Sigismond I, Roi de Pologne, il y fut comblé d'honneurs.
VALÉRIO VICENTINO (de Vicence) (1546), a beaucou» produit ; sa rapidité au travail était surprenante. Il a enrichi en creux et en relief de riches vases formés de sardoines, d’agates, de lapis, de jaspes, de cornalines, d’améthystes, d’héliotropes et de cristaux de la plus grande valeur. L'œuvre de Valerio se compose encore de poinçons de médailles modernes et d'imitations de médailles antiques. ( Vasari.)
Veut-on connaître l'opinion de Natter sur ce maître ? La voici : « Valerio Vicentino, dit-il, a inondé le monde de ses produits tant en relief qu'en creux, la plupart en cristal de roche, et est resté bien loin des Grecs. »
Le MarmiTA père imitait les sujets antiques de manière à tromper les amateurs ; triste talent qu'il transmit à son fils Lorenzo.
LOoRENZO MarmiTA vécut longtemps à Rome, où il était en réputation. Un de ses plus beaux camées est une tête de Socrate. Comme son père, il gravait sur cristal. « Lorenzo, dit Vasari; fut très habile à contrefaire les médailles antiques, et il sut tirer le plus grand profit de cette industrie. » Voilà un genre d’'habileté qui ne nous touche pas, et nous eussions préféré moins de talent et plus de probité.
FRANCOIS ToRTORINO et JULIEN TAVERNA, tous deux de Milan, taillaient et gravaient supérieurement le cristal de roche comme la plupart des graveurs milanais.
ANNIBAL FONTANA (LE 1587) fit pour Guillaume, électeur de Bavière, une superbe cassette en cristal de roche enrichie de gravures ; elle lui fut payée 6,000 écus.
Puicippe SANTA CROCE, dit Prrpo, était un petit berger du duché d'Urbin. Tout en gardant son troupeau, il s’amusait à sculpter de petits morceaux de bois, quand, un jour, il eut la bonne fortune d'être rencontré par le comte Philippe Doria. Celui-ci, étonné des dispositions du jeune garçon, le conduisit à Rome et le mit à même de développer ses dispositions naturelles.
Quand ses études furent terminées, Pippo s'établit à Gênes, où demeurait son protecteur, et devint un très bon graveur en pierre fines. IL a sculpté sur des noyaux de prunes et de cerises toutes sortes de personnages presque imperceptibles et cependant
d’une grande correction de dessin. Get artiste eut plusieurs fils, qui tous furent sculpteurs.
Le florentin DOMINIQUE pt P40L10 était aussi un graveur de médailles « et peut-être, fait observer Mariette, augmentait-il le nombre des fabricateurs de médailles fausses ».
Louis ANICHINI, de Ferrare, se distinguait à Venise par de petits ouvrages d’un fini précieux.
ALEXANDRE CESARI, surnommé le GREC, acquit une réputation presque sans égale. Ses petites figures, pleines de grâce et de noblesse, excitèrent l'admiration de Michel-Ange. Cesari grava d'admirables médailles, entre autres, celles des Papes PaullIIT et Jules IT. Comme pièces hors ligne, nous devons également citer une tête de Henri IL, roi de France, intaille sur cornaline ; puis, deux magnifiques camées, l’un, représentant une femme nue d'une grande perfection de formes, et l’autre, une tête de Phocion l'Athénien.
G. ANTOINE DE Rossi, de Milan, florissait au milieu du XVI°siècle. Son morceau capital est un immense camée « d’un tiers de brasse en tous sens », figurant à mi-corps le grand-duc et la grande-duchesse de Florence (Léonora), accompagnés des portraits d’après nature de sept grands personnages.
GaspaR et JÉROME MISURONI, ainsi que Jacques de Trezzo, s'occupaient surtout à composer des vases et autres objets précieux en jaspe, en agate, en lapis, etc.
JACQUES DE TREZZO, né à Milan {+ 1587), exécutait le portrait d’après nature dans la perfection. Attaché au service de Philippe IL, il fit pour ceprince, à l'Escurial, des travaux admirables, On attribue à Jacques de Trezzo une belle topaze de Saxe, octogone, offrant les portraits affrontés de Philippe IT et de don Carlos, son fils. (Intaille du cabinet des médailles, à la Bibliothèque nationale. N° 2489 du Catalogue rédigé par M. Chabouillet.)
Le milanais CLÉMENT DE BIRAGUE vivait aussi à la cour de Philippe IL. Il est le premier qui soit parvenu à graver le diamant.
ANTOINE Dorpont résidait à Rome, où il mourut en 1584, âgé de cinquante-six ans.
ANDRÉ, dit LE BORGOGNONE, dont le nom indique l'origine bourguignonne, travaillait pour le grand-duc de Florence vers 1670.11 à gravé de très beaux cachets,
ADONI jouissait à Rome d'une certaine réputation au commencement du XVII siècle. [l exécuta en relief beaucoup de mains jointes désignées sous le nom de bonne foi. C'était un présent que se faisaient les nouveaux mariés. « Mais si ce graveur
n’a fait que ces bagatelles, observe Mariette, méritait-il qu'on songeât seulement à lui? »
Rey, exerçait sa profession à Rome, dans le même temps qu'Adoni. Ses œuvres y étaient estimées. On cite, comme de fort belles pièces, le cachet du marquis de Gastel-San-Vito et le portrait sur émeraude de don Charles Albani, frère du pape Clément XI.
Fravius SIRLETTI, mort à Rome en 1737, était orfèvre et graveur en pierres fines. Iltravaillait avec une habileté consommée et mérite l'honneur d’être classé parmi les modernes qui se sont le plus rapprochés des Grecs.
On doit à ce maître la reproduction sur pierres fines des plus belles statues antiques qu'on admire à Rome. Le groupe du Laocoon est son chef-d'œuvre en ce genre. Sirletti signait souvent en caractères grecs.
François SIRLETTIL, fils de Flavius, succéda à son père el s'efforça dé l'imiter.
Les Cosranzi père et fils florissaient à Rome dans la première moitié du XVIIE siècle. Le père et l'un de ses fils, nommé Tuomas, s’en tenaient à un talent secondaire; mais un frère de ce dernier, appelé le chevalier CHARLES CosrTANZI, était, dit-on, un véritable artiste. « Ses portraits me paraissent gravés à chair et fort ressemblants, » dit Mariette, puis il ajoute: «Il a copié les anciens dans la perfection. » Natter, toujours sévère dans ses appréciations, prétend que Mariette s'est montré beaucoup trop élogieux.
ANTOINE PIKLER, né à Bixen, dans le Tyrol, s'établit à Naples, où il débuta par être graveur sur métaux chez un orfèvre. S'étant mis à graver sur pierres dures, Pikler fit de rapides progrès. Ses petits travaux, malgré certaines défaillances de dessin, se rachetaient par un fini précieux et lui attiraient la vogue ; bientôt, à l'exemple de la famille royale, {toute la cour s’engoua de ses gravures. (Gérard de Rossi, Histoire de la vie et des travaux de Jean Pikler, graveur en pierres fines.)
Plus tard, la réputation d'Antoine fut complètement éclipsée par celle de son fils Jean, mais le père eut du moins le mérite d’avoir ouvert à son fils la voie du succès par une éducation préparatoire solide et de fortes études de dessin.
JEAN PIKLER, né à Naples en 1734, mort en 1791, ne tarda pas à devenir célèbre. D’un esprit fécond, d’une imagination vive, il composait et travaillait avec rapidité. Ses premiers ouvrages, que des commerçants lui achetaient à vil prix pour les revendre très cher, se ressentent d'un faire hâtif; quand il cessa d’être
exploité et qu'il put traiter directement avec les amateurs, il produisit des chefs-d'œuvre d'élégance, de pureté et de fini. Pikler parcourut l'Italie ; la renommée l’accompagna partout, le succès l'y suivit. A Rome, il fit beaucoup de portraits, et notamment ceux de Clément XIV et de Pie VI, dont on lui demanda diverses répétitions. IL exécuta non seulement toutes sortes de copies d’après des pierres précieuses, des statues et des bas-reliefs antiques, mais encore une foule de morceaux de son invention.
En 1769, Joseph IL, étant venu visiter la ville, voulut avoir son portrait de la main de notre artiste. L'Empereur fut tellement satisfait, qu'il nomma Pikler son graveur en pierres fines et le créa chevalier, « [l n'y eut pas de personne remarquable, soit par sa naissance, dit Gérard de Rossi, soit par son talent, soit par sa fortune, qui, se trouvant à Rome, ne voulût avoir quelques-uns de ses ouvrages. Il était continuellement accablé de demandes, et devait souvent entendre des plaintes ou des reproches de la part de ceux qui trouvaient que la promptitude de l'exécution ne répondait pas à leur désir. »
L'œuvre de Pikler est considérable. Les pièces de son invention y tiennent la place la plus importante. On admire parmi celles-ci, deux petits amours assis, une Psyché, deux Vestales, une Psyché qui pleure, une Eurydice; et, parmi les têtes, l'Achille, l’'Esculape, la Méduse, la Sapho, etc. Ses portraits, d’une ressemblance parfaite et jamais enlaidis, présentent le modèle sous son aspect le plus favorable. Dans ses imitations, il sait rendre en petit les beautés de l'antique, sans en altérer le caractère. L'Antinoüs du Capitole, le Centaure de Borghèse, l’'Hercule de Farnèse, le Faune des Barbérins, le Gladiateur mourant, le Mars de la Villa Ludovisi, et tant d’autres de ses gravures conservent, bien que réduites, toute la perfection des originaux.
Quelquefois, en copiant une Flore, un Bacchus ou quelque autre sujet, il remplace leur tête par un véritable portrait. Jean Pikler a laissé un grand nom ; il s’est montré légal des plus fameux intagliatori du XVI° siècle. On doit aussi lui rendre cette justice, qu'il n’essaya jamais de vendre ses ouvrages comme antiques. (Gérard de Rossi, Histoire de la vie et des travaux de Jean Pikler, graveur sur pierres fines. Traduction française dans le Cabinet de l'amateur et de l'antiquaire. Paris, 1845 et 1816.)
Graveurs allemands. — Daniez ENGELuAR»D, de Nuremberg, avait la spécialité des armoiries et des cachets.
GASPARD LEHMANN, valet de chambre de l'Empereur Rodophe IT
(1576 + 1612), jouissait du privilège exclusif de graver sur verre.
Cette faveur lui avait été accordée en récompense de ce qu'il venait de trouver un procédé de gravure plus rapide et permettant d'aborder les grands sujets.
CHRISTOPHE SCHWAIGER s'est montré très habile graveur de cachets sur pierres fines. Il est mort à la fin du XVIe siècle, âgé de soixante-huit ans.
MiseroN fut anobli et obtint la garde des curiosités de l’'Empereur. $es fils, également bons graveurs, lui succédèrent.
Lucas Kicran est qualifié de Pyrgotèles allemand. « On ne connaît cependant de lui, dit Mariette, que des cachets sur pierres dures. »
GEORGES H@FLER (+ 1630).
GODEFROI GRAAFTT a travaillé à Rome, où il était surnommé le TEDEsco.
EvrarD Dorscu (+ 1712).
Curistrorne Dorscx (1676 + 1732), artiste laborieux, travaillait trop vite. « Ses gravures, prodigieusement nombreuses, dit Natter, sont encore inférieures à celles de Valério. »
Marc Tuscner résidait à Rome en 1733. Il était surtout célèbre comme graveur d’estampes ; il a peu gravé sur pierres fines.
SuHAUP, né à Biberach, en Souabe, était du camp des producteurs hâtifs qui préfèrent la quantité à la qualité. « Après avoir épuisé toutes les gravures imprimées, il s’est enfin borné à graver en cristal de roche des cartes à jouer et d’autres bagatelles, le tout en quoi il a bien mieux réussi que ceux de ses confrères qui s’appliquèrent à faire des ouvrages excellents. » (Z. Vatter.)
LAURENT NaATTER est né à Biberach et non à Nuremberg, comme l'écrit Mariette. Il étudia d’abord pendant six ans la profession de metteur en œuvre, c'est-à-dire de joaillier, puis il partit pour Genève, où il résida plusieurs années, C’est alors qu'il entreprit de nombreux voyages, en commençant par l'Italie. « D'Italie, écrit-il lui-même, je vins en Angleterre, puis en Danemark, en Suède et à Pétersbourg; mais je n'ai jamais été chez Thamas-Couli-Kan, où M. Mariette m'a fait aller chercher fortune. Depuis mon retour en Angleterre, j'y ai fait beaucoup de gravures quil ne m’appartient pas d'apprécier moi-même. »
Répondant aux reproches adressés aux imitateurs-faussaires de l'antique Natter, s’y associe, en partie, puis il ajoute : «Je n'ai pas honte d'avouer que je continue encore aujourd’hui à faire de telles copies toutes les fois qu'on me les commande. Mais je défie toute la terre de me convaincre que j'en aie jamais vendu une seule comme antique.» Copier les anciens n’est pas répréhensible, mais contrefaire leur signature, c'est commettre
un faux et n'en dût-on pas profiter, c'est toujours une action déloyale.
Natter doit être classé parmi les graveurs distingués. En Danemark, il fit plusieurs portraits du Roi ainsi que des cachets à ses armes et un éléphant en relief sur un jaspe oriental multicolore. Christian VIT le combla de récompenses. Les portraits du prince d'Orange Guillaume IV et de sa famille méritent aussi une mention particulière.
ANTOINE PICKLER, né à Bixen (Tyrol), passala majeure partie de sa vie en Italie, où naquit et vécut son fils, le célèbre JEAN PickLER; par cette raison, nous les avons classés aux graveursitaliens.
Graveurs anglais. — Tuomas Simox, auteur d’un portrait de Cromwell.
CHARLES-CHRÉTIEN REISEN, d’origine danoise, mort en 1795, à l’âge de quarante ans, est le plus célèbre des graveurs anglais sur pierres dures. Il travaillait avec ardeur et laissa de bons élèves. Portrait de Charles IT.
CLAUS, un des meilleurs élèves de Reisen, mourut fou en 1739.
SMART, élève de Reisen, vint à Paris en 1722.
L'écossais SEATON, autre élève de Reisen, était réputé à Londres en 1750. Il avait Le tort de travailler trop vite, et ses œuvres s'en ressentent. Portraits de Pope, de Inigo Jones, le fameux architecte, et de Newton.
BRowx a gravé beaucoup de Cupidons.
MaRCHANT a laissé quelques bons ouvrages.
Graveurs français. Ouvier Conoré ou COoLDoRÉ est, parmi les Français, le premier graveur en pierres fines qui se soit rendu célèbre. Mariette fait son éloge et pense que c’estle même artiste qui, sous le nom de Julien de Fontenay, fut logé au Louvre par lettres patentes datées du 22 décembre 1608. Cette opinion successivement admise par tous ceux qui ont écrit sur la glyptique, a été réfutée d’abord par le Mis de Chennevières en 1855, et, vingt années plus tard, par M. Chabouillet, Olivier Codoré et Julien de Fontenay n’ont rien de commun. Quant à la fable attribuant à ce dernier le surnom de Coldoré en raison d’une chaîne d'or qu'il portait au cou, comme présent du Roi, il faut y renoncer. Dans tous les cas, si le fait de la chaîne d'or existe, il ne peut s'appliquer qu’à Olivier.
A propos d’un privilège pour un ouvrage dont ce maître avait fait les frais, le Roi Charles IX le qualifie (1574) « notre bien aimé Olivier Codoré, tailleur, graveur en pierres précieuses ».
JULIEN DE FONTENAY était valet de chambre et « graveur en pierreries » du Roi. « Il figure, dit Jal, sur l’état de la maison
de Henri IV, en 1590, et je l'y vois jusqu’en 1641. Ses gages annuels étaient de 33 liv. tournois. » (Dictionnaire crilique.) Julien de Fontenay jouissait d’une réputation méritée. L'abbé de Marolles n’a pas oublié cet habile maitre, et bien qu'il ait estropié son nom, il en parle dans son quatrain consacré aux crfèvres :
Quant à l’orfèvrerie, on y nomme la Barre, L'un et l’autre Courtois, les Baslins et Roussel; Vincent Petit, orfèvre, Linse et Jean Vangrel, Julien de Fonteine, en ses joyaux si rare.
Les portraits de Julien de Fontenay sont mal définis ; on n’en connaît pas de signés. Il faut les chercher dans les portraits d'Henri IV, de la famille royale et des principaux personnages du temps.
GuicLAuME Duprré (1574[?}4-1642[?]), « contrôleur général des poinçons et effigies pour les monnaies, » a laissé la réputation d'un graveur de premier ordre. Parmi ses belles médailles si justement recherchées, citons les portraits d'Henri IV, de Marie de Médicis et des principaux membres de sa famille italienne, de Louis XIII enfant, de Gaston d'Orléans, de Richelieu, du prince de Condé, de Charlotte de Montmorency, son épouse, du connétable Albert de Luynes, de Henri de Rohan, prince de Léon, du duc d'Épernon, etc. Tous ces portraits, rendus avec une superbe maestria, présentent un caractère appliqué au personnage ; on y trouve le modelé, la ressemblance et la vie.
Dans ces dernières années, M. Chabouillet vient de reconnaitre que Guillaume Dupré, le grand médailleur, doit aussi figurer avec les graveurs en pierres fines. L'auteur du Catalogue des camées et pierres gravées 'de la Bibliothèque nationale cite, entre autres, un saphir de la collection du baron O0. Roger de Sivry, sur lequel il a relevé la signature G. D. F. (Guillaume Dupré fecit). Gette pierre offre le portrait en buste d’un seigneur revêtu d’une armure et portant une écharpe. (Bulletin de la société de l'histoire de l’art français. Juillet 1875.)
MAURICE, natif des Pays-Bas, vint s'établir à Rouen sous Louis XIII ; c'était un bon graveur.
Son fils, né à Rouen, lui fut supérieur en talent. Il vécut quelque temps à Paris, puis il quitta la France pour cause de religion et se retira à La Haye, où il mourut en 1732, à l’âge de quatre-vingts ans. Cette longévité peu commune, fait supposer que Maurice fils a dû beaucoup produire.
JEAN-BAPTISTE CERTAIN florissait à Paris, dans la première moitié du XVIII siècle et vivait encore en 1750. Il est l’auteur
d'une copie de la Bacchanale du cabinet des médailles, à la Bibliothèque nationale, et connue sous le nom de Cachet de Michel-Ange.
FRANÇOIS-JULIEN BARRIER, graveur du Roi en pierres fines, était contemporain et rival de Certain. Selon Mariette, il « s'était tellement rendu le maître de son outil, qu’on l’a vu graver des figures presque imperceptibles et cependant très distinctes. Il a quelquefois enrichi le corps de certains petits vases qu'il a gravés en creux, sur des cornalines ou sur d’autres pierres fines, avec une propreté et une délicatesse qu'on pourrait dire être à lui », Disons toutefois que le côté faible de notre artiste était le dessin. Un de ses meilleurs portraits est celui de Fontenelle.
Voltaire a consacré le talent de Barrier par ce quatrain adressé à une dame et joint à l'envoi d’une {bague, où le portrait de celle-ci était gravé :
Barrier grava ces traits destinés pour vos yeux;
Avec quelque plaisir daignez les reconnaître.
Les vôtres dans mon cœur furent gravés bien mieux, Mais ce fut par un plus grand maitre.
JACQUES GuAY, né à Marseille vers 1715, succéda à Barrier comme graveur en pierres fines du cabinet du Roi. Il travailla d'abord chez un joaillier; s'étant dégoûté du métier, il partit pour Paris et devint l'élève de Boucher. Guay s’appliqua surtout au dessin ; il se montra plus correct que son maître et acquit peu à peu un réel talent. C'est, en France, le graveur par excellence du XVIIe siècle. Il eut la bonne fortune d'être longtemps protégé par Mme de Pompadour, qui l'occupa constamment. La marquise lui avait fait donner un logement à Versailles, où elle allait souvent le voir travailler. Quand l’Académie lui ouvrit ses portes en 1742, son morceau de réception fut Apollon couronnant le génie de la peinture et de la sculpture.
Guay perdit beaucoup à la mort de sa protectrice (41764). A dater de cette époque, le grand artiste rentra dans l'ombre et fit peu parler de lui. Il n'abandonna pas le travail, ce fut le travail qui l’abandonna parfois. On ignore l'année de son décès ; Millin le fait mourir en 4787. C'est une erreur. A la révolution, lors de la suppression de l’Académie, le nom de Guay figurait encore sur la liste de ses membres. L'œuvre de ce maître est considérable. Le cabinet des antiques, à la Bibliothèque nationale, renferme vingt et une pièces gravées par Guay. Cinq camées sont à l'image du Roi Louis XV et deux intailles, offrent l’une le cachet et l’autre le portrait de Mme de Pompadour.
Nous devons à M. Leturcq un précieux renseignement, dont les chercheurs pourront faire leur profit ; c’est la liste des « pierres connues par la reproduction qu'en à faite Mme de Pompadour dans son recueil d’estampes et dont l'existence est ignorée ».
%5. Le Triomphe de Fontenoy.H.15 m., L. 18m.— #46. Apollon couronnant le Génie de la peinture et de la Sculpture (morceau de réception à l'Académie). H. 19 m., L. 15 m.— #7. Tête d'Auguste., H. 16m. L. 12m. —48. Portrait de Mme de Mirepoix, H. 146 m., L. 12 m. — 49. Tête de femme de fantaisie. H.17 m., L. 143 m. — 50. Portrait de Frédéric-Auguste, Roi de Pologne, électeur de Saxe. H. 20 m., L. 45 m. — 54. L’Amitié. H. 15 m., L. 11m. — 52. Le Génie de la musique. D.10 m.—53. HenrilV. H. 17 m., L.12 m.— 54. Tête de femme, de fantaisie. H. 13 m., L. 10m.— 55.L'Amour jouant du hautbois. H. 13 m., L. 9 m. — 56. Marc-Aurèle. H.16m.,L.12m.— 57. Vase bachique.H.13m., L. 9 m. —58. Crébillon, le père. H.17 m., L. 13 m.— 59.Armes de M. de Calvières. H. 13 m., L. 16 m.— GO. Platon. H.17m., L. 13 m.— 61. Tête de satyre. H. 15 m.. L. 12 m. —G2. Le prince de Saxe-Gotha. H. 15 m., L.42 m.— GS. Le cardinal de Rohan. H. 45 m., L. 12m. — GA4. L'Amour ayant désarmé les dieux. H. 44 m., L.11 m. —6G3. Bacchus enfant. H. 12 m., L. 41 m. — 66. La Cs°e de Brionne. H. 43 m.,L. 10m.—6G7.Enlèvement de Déjanire. H.16 m., L. 145 m. — GS8. Génie militaire, H. 15 m., L.13m.—69. La fidèle amitié H.16 m.,L.13m.— "70. L'Amour D.19 m. — 74. Trophée de Jardinier, H. 15 m., L. 12m. — 72. Prêtre égyptien. H. 16 m., L. 12 m.— 73. L'Amour. H. 14. m., L.41 m.— 74. Un chien de chasse. H.11 m.,L.14m. —"75. L’Amour présentant un bouquet. H., 12 m. L.9 m.— 76. Cachet du Roi, H. 27 m., L.15 m. — 77. L'Amour se tranquillisant sous le règne de la Justice. H. 45 m., L. 12 m. — 78. Le chien Mimi. — 79. L'Amour. — 80. Le chien Bébé. — 81. Génie de la musique. — 82. Jardinier cherchant de l'eau.
Mae pe Pompapour, élève de Guay, a gravé en pierres fines sous la direction de son maitre. Parmi les ouvrages de la marquise, on peut citer une tête de Louis XV et le triomphe de Fontenoy. Un camée du cabinet des médailles : Le Génie de la musique, est signé : Pomparour F. 1752, agate-onix. (V0 358 du Catalogue rédigé par M. Chabouillet.) Les pierres gravées, signées Pompadour ne manquent pas de mérite ; mais une bonne part en revient à Guay, qui les a toutes retouchées.
Micuez, premier élève de Guay, montra d'heureuses dispositions qui devaient le conduire au succès. Son nom cependant, dit M. Leturcq, est resté à peu près inconnu.
JACOB-MEYER SIMON, autre élève de Guay, « dut abandonner la gravure en pierres fines qui ne suffisait pas à le faire vivre. »
Henri Simon, frère de Jacob Meyer, était professeur à l'École nationale de gravure. Il prit part aux expositions de 1799 et de 1800, à Paris.
Louis Cnapar est l’auteur d'un buste de Louis XV, lauré, du cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale. (N° 355 du Catalogue rédigé par M. Chabouillet.)
BAËR, artiste peu connu, d’un talent médiocre, a exposé au Salon de 1793.
Jouy, membre de l’Académie de S'-Luc, graveur en pierres fines de Monsieur, frère du Roi, a exposé au Salon de 1793.
LELIÈVRE, désigné comme élève de Taraval, a figuré au Salon de 1800. Un camée en cristal de roche, signé : LELIÈVRE, fait partie du cabinet de M. Leturcq.
ROMAIN-VINCENT JEUFFROY, né à Rouen en 1794, mort en 1896, fit preuve d’un talent remarquable. Après avoir longtemps travaillé à Rome, il fut appelé à Paris par le gouvernement français etouvrit un atelier, d’où sortirent de bons élèves.
Jeuffroy faisait des portraits et des sujets d’après l'antique ; son œuvre comprendnon seulementdes gravures sur pierres fines, mais encore des coins de médailles.
Le cabinet des antiques à la Bibliothèque nationale possède sept pierres gravées et signées par Jeuffroy. En voiciles sujets :
Napoléon-Bonaparte, en habit de consul. 1801, camée. — Tète de Méduse. 1777. — Athlète vainqueur. 1777. — Génie bachique.1719. — Louis, dauphin, filsainé de Louis XVI. 1788. Charles de Wailly, architecte. 1807. — Fourcroy, 1808. Intailles,
Élèves de Jeuffroy :
DuBois, lauréat en 1809. Il obtint le second prix de gravure en pierres fines, le premier prix n'ayant pas été décerné.
TIoLLIER, graveur général des monnaies.
DurAN», premier prix de gravures sur pierres fines, en 1810.
DomaR», second prix, en 1810.
BRUN, second prix en 1813 et premier prix en 1817.
DESBŒUFS, grand prix de Rome, en 1814.
VATINELLE eut l'honneur de remporter, en 4819, le double prix, réuni en un seul, de gravure en pierres fines et en médailles.
JEAN Simon (Marie-Amable-Henri), né en 1788, fils d'Henri Simon, fut, pendant le règne de Louis-Philippe, le graveur préféré de la famille royale, dont il fit de nombreux portraits. On en peut voir dix-huit au cabinet des médailles et antiques à la Bibliothèque nationale. Le Catalogue rédigé par M. Chabouillet en donne la description. (N° 2519 à 2526.) Jean Simon signait : SIMON JEUNE.
La Belgique eut aussi ses graveurs sur pierres fines. Parmi eux, Millin cite trois artistes de talent, et qui, sans être parents, portaient le même nom de SIMON.
MM. Ce DE BAULAINCOURT (Paris), Alexandrine Lenormand d'Étioles, fille de Mme de Pompadour (+ 1754), intaille, par Guay, montée en bague. — Vie DE CALONNE (Paris) — L'ABBÉ CERF (Reims), — M° DE CHANTÉRAC (Paris, Ecce Homo, en or émaillé, sur un tabernacle d’agate, dont le couvercle est décoré de têtes de chérubins travaillées en camée. — V.-M. COULOT (Nangis), Amour et papillon, intaille gravée par Guay. — ALFR. DANICOURT (Péronne). — V. GAY (Paris), pierres gravées du moyen âge et de la Renaissance. — Csse DE LALAING (Belg.), portrait de, Philippe IT d'Espagne, camée sur agate, taillé par Jacomo pA Tresso, sculpteur du Roi. — J.-F. LE TURCAQ (Paris), auteur de l'intéressante Notice sur Jacques Guay, très belle collection, dont douze pièces signées de Guay : Louis XV, Mise de Pompadour, jeune, en cheveux. Louis XV et Mme de Pompadour; têtes accolées, de profil à droite. Mise de Pompadour, âgée de trente-neuf ans 1761. Tète d'Antinoüs, de profil à gauche. Marie-Antoinette, en 1787, buste de profil, à gauche, etc., cornalines, intailles, montées en bague. Le Génie de la poésie. Tète d'Homère, Jupiter et Léda; sardoines blondes, intailles montées en bague. Un Amour faisant une libation sur un autel al, lumé; cristal de roche, intaille montée en bague, etc. |Têle de Louis XV laurée, de profil à droite. Camée sur agate-onyx à deux couches, monté en bague, signé : Pompapour F.— MAZOLI (Toulouse).— Gte DE MONTI- GNY (Paris), intailles et camées antiques et modernes. — DE MONT- GERMON (Paris), bijoux divers, objets de vitrine. — Br TH.DE MOR-
GAN (Amiens). — PIGACHE (Paris), Louis XVI et Marie-Antoinette, bustes en pierre dure. — B°" O. ROGER (Paris), broche gallo-romaine,
avec camée à deux couches, adjugée 510 fr. à la vente B. Fillon, en 1882. Phalère en azurine représentant un jeune enfant, adjugée 8,200 fr. à la même vente. — Bons DE ROTHSCHILD (Paris), collection hors de pair. Camées et intailles, coupes, aiguières, calices, vases divers en pierres dures, en jaspe, en cristal de roche taillé, gravé et richement montés en or et en argent.
PH. DE SAINT-ALBIN (Paris). Nous citons pour mémoire cet aimable et regretté collectionneur. Sa précieuse collection de bijoux et d’objets de vitrine renfermait de très belles pierres gravées, dont quelques-unes signées de Guay; illes a léguées au Louvre, avec d'autres magnifiques pièces, — SCHMIDT (Paris), reliquaire eu cristal de roche. — Pss SOL:-
TIKOFF (Paris), le Génie de la France, allégorie à la victoire de Lutzelbert, intaille cornaline, gravée par Guay et servant de cachet à une montre. — SPITZER (Paris), collection hors de pair; camées et intailles, cristaux de roche, matières dures, montés en fine orfèvrerie. Conques de nacre de perle, gravées, du XVIeSs.; travail d'Augsbourg. — CH. STEIN (Paris), pièces diverses, cristaux de roche, de Milan, avec leur monture d'or ou d'argent émaillé.