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ARTS INDUSTRIELS

De tout temps, les meubles se sont inspirés de l'architecture et lui ont fait de fréquents emprunts, soit dans la forme, soit dans l’ornementation; aussi l'étude des styles architectoniques est-elle pour le collectionneur d'une grande utilité, Ce n’est pas seulement dans les meubles proprement dits qu'on trouve cett inspiration et ces emprunts, on les rencontre encore dans une foule d'objets divers composant l'ameublement, comme la vaisselle d'or, d'argent et d'étain, l'orfévrerie, la dinanderie, comprenant toutes les pièces en cuivre battu ou repoussé, la céramique, l'armurerie, la verrerie, la reliure, la tapisserie, la serrurerie, etc. Ge que nous connaissons de l'ameublement des anciens, nous le devons à un ensemble de recherches puisées dans les textes, sur les poteries, sur les pierres sculptées, sur Les pierres fines, camées ou intailles, si goûtées des Romains, et sur les peintures murales des maisons de Pompét.

On fit, en Orient, des meubles incrustés d'or, d'ivoire et de matières précieuses. En Égypte, on les décorait d'hiéroglyphes, à mi-relief, rehaussés d’or et de vives couleurs. La Perse aimait les sièges moelleux, recouverts de riches tapis. Ces meubles, importés en Gaule, devinrent nos canapés et nos sophas. En Grèce, les meubles, comme les vases et les statues, offraient une grande pureté de forme. Les Romains de l'empire affichaient

pour leur mobilier un luxe inoui. Par la teinture, ils donnaient au poirier l'aspect de l’ébène. Ce qu'ils aimaient surtout, c'était l'assemblage des hois les plus beaux et les plus rares, auxquels ils joignaient encore l'ivoire, l’écaille, l’onyx, le bronze, l'argent et même l'or. Ils appréciaient aussi les statues, les jolis marbres, les stucs, les mosaïques, les peintures murales, et employaient peu les tentures.

A l’époque mérovingienne, dans quelques demeures royales ou princières, le luxe consiste beaucoup plus dans la profusion des matières précieuses que dans l'élégance des formes. Saint Éloi, le célèbre orfèvre, fit deux sièges d’or pour Clotaire If, et un trône de même mélal pour Dagobert. Saint Rémi, contemporain de Clovis, avait une table d'argent décorée de sujets bibliques. Fortunat en décrit une de même métal ornée de ceps de vigne. Si nous arrivons jusqu'à Charlemagne, Eginhard, son ministre et son historien, nous apprend que ce monarque possédait quatre magnifiques tables gravées et ciselées, dont une en or et trois en argent massif. Ces riches mobiliers étaient une exception; d'ailleurs, les lois somptuaires établissaient des distinctions éntre les diverses classes de la société pour les meubles comme pour les habits.

Pendant la période gothique et durant la Renaissance, l’art dé l'améublément a fait merveille, Selon les pays de production, lès meubles sculptés étaient en chène ou en noyer, On donnait lé nom de huchiers aux artisans qui les fabriquaient. Rouen possédait une pléiade de huchiers-sculpteurs-ornemanistes en renom. Il en devail être ainsi; les stalles du chœur de nos splendidés églises de Rouen, entre autres de la cathédrale, les nombreux travaux exécutés au château de Gaillon, pour le cardinal d'Amboise, et le mobilier des seigneurs normands, sans parler de la riche bourgeoisie, entretenaient une foule de sculpteurs et faisaient naître des hommeés de talent. À ces époques lointaines, les principaux meubles étaient : le fauteuil, le bahut, le coffre, le dressoir, la érédence et le lit.

Le mot fauteuil où faudesteuil, dérivé du saxon fallen, plier, s’appliquait, au moyen àge, à toute espèce de siège. Le grand fauteuil à dossier droit, élevé, parfois surmonté d'un dais, était le siège seigneurial ; celui des évêques offrait souvent des sculptures religieuses. « La chaise seigneuriale » et le « siège épiscopal » sont désignés dans les catalogues du Louvre sous le nom de cathedra.

Lè bahut, dans le principe, était une espèce de malle portative sans pieds, émployée en voyage pour mettre ses effets. Peu à

peu il s'agrandit et devint un meuble fixe. Il se répandit dans les châteaux comme dans les plus humbles demeures. « Le bahut, dit M. Viollet-le-Duc, est coffre, huche, banc, lit même parfois, armoire, trésor. C'est le meuble domestique le plus usuel du moyen àge. Du temps de Brantôme encore, à la cour, chez les riches seigneurs, on s'asseyait sur des coffres ou bahuts pendant les nombreuses réunions, comme de nos jours on s’assied sur les banquettes. » (Dictionnaire raisonné du mobilier français, Paris, 1858, t. L) Le coffre ne s'étage pas; c'est le bahut bas, non surexhaussé,

Dans les salles de festins, le dressoir se présentait comme meuble d'apparat, sur lequel on étalait, pour la montre, la vaisselle de prix, soit en terre émaillée, soit en or, en vermeil ou en argent. Le nombre des degrés ou gradins, fixé par l'étiquette, était subordonné au rang du propriétaire.

Quant à la crédence, c'était un petil buffet destiné à recevoir Les vins et les liqueurs pour en faire l'essai, aussi bien à l’église que dans la maison. Au moyen âge, les empoisonnements se renouvelaient fréquemment, et les officiers de bouche avaient soin de goûter les mets et Les boissons avant de les présenter aux princes.

Le dit, surmonté d’un baldaquin, mesurait jusqu'à neuf pieds de large. On y accrochait de riches tentures, que l’on changeait suivant la saison et les circonstances. Le plus grand honneur que pût faire un seigneur châtelain à son hôte consistait à le faire coucher avec lui. François [°° partagea plusieurs fois son lit avec l'amiral de Bonnivet pour lui témoigner sa grande estime. Il y avait une autre raison pour donner aux lits ces proportions colossales. Nos aïeux, grands amateurs de chasse, ne se séparaient pas volontiers de leurs chiens, et les gardaient souvent près d'eux pendant la nuit, de sorte qu'il n'était pas rare de voir dans le même lit le maitre avec son invité, et leurs chiens à leurs pieds. Le lit, par son importance, par sa beauté même, devint un meuble d’apparat.

0 lict. le parement des chambres, Lict d'honneur plein de toute joye, Beau lict encourtiné de soye,

Lict très gentil tant qu'il peut l'estre Lict bénist de la main du prestre, Lict d'amour saint, lict honnorable, Lict somnolent, lict vénérable.

L'armoire, grand meuble, le plus souvent à deux étages, servait autrefois, comme de nos jours, à serrer le linge de la

famille, les effets, les objets précieux. Les églises en possédaient d'admirables qui renfermaient leurs trésors et les objets du culte.

« Dans l'armoire, dit M. Edm. Bonnaffé, se retrouve encore le cachet de celle des écoles « mobiliaires » d’où elle est sortie. La fabrique de l'Ile-de-France est sous l'influence de Jean Goujon; elle affecte la pureté de lignes et les élégances de ce grand artiste. Son architecture est élancée, à deux corps, sans hanches, délicate, avec des ornements à peu de relief; elle aime les compartiments, les médaillons décorés de figures mythologiques et d'animaux fabuleux, si chers à la Renaissance francaise, L'École

mMicnŒ ET AE

Stalles de chœur en chène sculpté du XVe siècle. Collection de M. E. Bligny.

lyonnaise est plus calme, plus ample, plus imposante ; elle est très correcte et ses lignes sont très suivies. Sa construction, bien équilibrée, se recommande par l'excellence et la solidité des ajustages. »

Voici, d'après M. Edm. Bonnaffé, les divisions de l’art du meuble en France, au XVI: siècle : « La famille du Nord sera facile à déterminer par la quantité de meubles courants sortis de ses ateliers et l'usage prédominant du chêne; le type en est court et trapu, l’ornementation uniforme et commerciale. Elle comprend les groupes flamand, picard et normand, ayant chacun leur caractère distinctif. Saint-André, de l'Eure, produit d'excellents ouvrages, d'un accent très personnel, et certaines armoires bien connues des amateurs par leurs colonnes en bois de couleur,

leurs ornements dorés et rapportés, surtout des ateliers de Normandie. À l'Est, la fabrique alsacienne se reconnaît à l'influence lourde et monotone de Vriese et de Dietterlin.

« L'Ile-de-France et les bords de la Loire forment une autre famille, remarquable par sa distinction, son élégance allongée, la correction de l'architecture et la délicatesse des profils, vierges de tout ornement; voisine de la cour et de Fontainebleau, elle relève de Jean Goujon, d'Étienne de Laulne et de du Cerceau. A l'Ouest, le Breton âpre, rustique, taille son chêne au couteau; le Poitevin, au contraire, très raffiné, accuse un goût particulier pour la marqueterie. Clermont et Limoges ont beaucoup produit; leurs écoles, très individuelles à la Renaissance, se confondent plus tard avec la famille toulousaine. Celle-ci, façonnée par Bachelier, a la verve, l'éclat, l'exubérance du Midi; elle présente parfois des analogies frappantes avec l'art espagnol et parait avoir rayonné au delà des Pyrénées.

« Le Bourguignon, élève de Sambin, donne la main au Lyonnais, élève de Petit-Bernard. L'un et l’autre taillent le bois à merveille et tiennent à montrer leur savoir-faire. Leur art est cossu, brodé sur toutes les coutures, couvert de galons et de passementeries, mais de bonne maison et de bonne tenue; ils ont le même air de famille, un talent égal, des relations communes et voisines très souvent; Hughes Sambin lui-même, « architecteur de la ville de Dijon », ne faisait-il pas imprimer à Lyon son livre Diversité des termes? Le rameau lyonnais confine à la Suisse et à la Savoie; un autre pénètre en Dauphiné. Le Midi n'a pas une personnalit: bien accentuée; c'est un art de reflet très lyonnais ou très ultramontain. Sous l'influence lyonnaise, les méridionaux font merveille et leurs œuvres sont excellentes; le voisinage des Italiens les a perdus. L'art y décline rapidement, le style devient ronflant, tapageur ; la facture sommaire, martelée. Chose singulière, la décadence a produit des effets identiques en Bourgogne et dans le Midi; en vieillissant, les deux écoles prennent un air de ressemblance, leurs cariatides font la même grimace. » (Edm. Bonnaffé: « l'Art du bois », Musée arlistique. Paris, 1880.) Nous ajouterons que la manière de Jean Goujon dut avoir une grande influence à Rouen, où le célèbre artiste vint sculpter les portes de l’église Saint-Maclou.

Au XVIe siècle, les industries qui concourent à l’ameublement arrivent, sous le rapport de l'élégance artistique, à leur plus haut degré de splendeur. Bernard Palissy produit ses rustiques figulines, ses plats couverts de poissons, de reptiles en relief; Benvenuto Gellini cisèle l’argenterie, et François Briot façconne

la vaisselle d’étain; la serrurerie rivalise, pour la délicatesse et le fini, avec les plus beaux modèles de l'orfèvrerie; les cuirs peints, gaufrés et dorés, atteignent une perfection inconnue jusqu'alors; la verrerie de Venise fournit au monde entier ses élégants produits; les Flandres tissent de magnifiques tapisseries.

Vers Ja fin du moyen âge, les Italiens fabriquèrent de jolis meubles sculptés, marquetés ou couverts de peintures décoratives. Benedetto da Maiïano, sculpteur et architecte florentin, était un mosaïste des plus habiles. Recherché des princes, il voyageait beaucoup. De retour à Florence, « les signori le chargèrent d’orner la porte de leur salle d'audience, d'enfants supportant des guirlandes, parmi lesquels on admire surtout un petit saint Jean, haut de deux brasses. Sur l’un des battants de la porte, Benedetto représenta en marqueterie le Dante, et sur l’autre, le Petrarca. Ces deux figures suffisent pour montrer tout le talent que Benedetto possédait dans cet art. » Il mourut, en 1398. à l'âge de cinquante-quatre ans. Baccio Cellini, contemporain de Benedetto, « exécuta plusieurs beaux ouvrages en marqueterie, entre autres des figures en ivoire profilées de noir, sur un fond octogone. » (Vasari, III, 252 et 257.) David de Pistoia florissait à la même époque, mais avec moins de talent.

Jacopo de Pontormo, peintre florentin (41558), « travailla, dit Vasari, à décorer le magnifique ameublement en bois sculpté de la chambre nuptiale de Pier Francesco Borgherini. » Francesco d'Ubertino, surnommé le Bacchiacca, peintre de mérite, excellait dans les figures de petite dimension. « Il orna, en compagnie d’autres artistes, les coffres et les dossiers d'appui de la chambre de Pier Francesco Borgherini, de petites figures où l’on reconnaît facilement sa manière. » (Vasari, IX, 45 et 63.) Frate Ignazio Danti, de l'ordre des Dominicains, a peint, pour le duc Cosme de Médicis (1519 + 4574), de riches armoires, hautes de sept brasses ct sculptées en ‘noyer. Ces armoires étaient destinées à recevoir des objets précieux. (Vasari, X, 18.)

L'Allemagne créa, dit-on, le meuble charmant appelé cabinet, garni de petits tiroirs abrités derrière une porte, ayant parfois quatre serrures. « On imagina de donner à ce meuble une disposition architectonique à l'extérieur ainsi qu’à l'intérieur, et on forma le cabinet, qui fut, la chose comme le mot, en usage seulement au XVIe siècle et en grande vogue au XVIF. » (M. de Laborde, Votice des émaux... du Louvre. Documents et Glossaire. Paris, 1853.) On a fabriqué aussi en Allemagne et surtout en Italie, des cabinets en poirier noirei, ornés d’incrustations d'ivoire

présentant des sujets gravés. Venise imite ce genre aujourd'hui, mais de loin; pour satisfaire aux exigences du luxe à bon marché, le poirier est remplacé par du bois blanc passé au noir, et la gravure, faite à la hâte, laisse souvent à désirer.

Vasari parle de cabinets en ébène et en ivoire, exécutés par Francesco de Volterra, « qui est sans égal dans ce genre d’ouvrages. » (VIII, 201.) A Florence, le Romain Pietro Paolo Galeotto faisait, au XVI: siècle, pour le duc Cosme de Médicis, des coins de monnaies et des travaux de marqueterie remarquables. Ilimitait «le style de l'excellent maître Salvestro, qui a laissé à Rome des ouvrages merveilleux. » (Vasari, VIII, 169.)

Parmi les habiles marqueteurs du XVI! siècle, M. A. Jacquemart cite fra Gabriello et fra Giovanni de Vérone, fra Raffaello de Brescia, fra Sebastiano de Rovigo, fra Damiano de Bergame, en 4551; puis l’auteur de l'AÆistoire du mobilier ajoute : « C'est sans doute à ces nombreux frères, c'est-à-dire aux artistes formés dans les congrégations religieuses que le genre doit son nom de lavora alla certosa, travail à la chartreuse, ou, par abréviation, certosino, chartreux, sous-entendu travail. » Le vrai certosino est une imitation orientale et commence à Venise. Du XIE à la fin du XIV® siècle, les incrustations étaient en bois noir et blane, parfois rehaussées d'ivoire; plus tard, on augmenta le nombre des bois colorés. Ges travaux primitifs sont presque toujours de petite dimension. Sur les coffres et les bahuts, au XV et au XVI: siècle, les bois de couleur, l'os et l’ivoire s'y eombinent en dessins géométriques, de rinceaux, palmettes, losanges et eercles étoilés. « Presque tous les meubles en piqué alla certosa proviennent de PHtalie; pourtant on en rencontre parmi les plus éclatants qui ont été fabriqués en Portugal; on les reconnait généralement à l'abondance des appliques en cuivre découpé qui leur servent de garniture. Les cabinets ont des entrées de serrures compliquées que la dorure rend particulièrement éclatantes. » (A. Jacquemart, /istoire du mobilier, Paris, Hachette, 1876.) Nous observerons que Je mot piqué, dont se sert M. A. Jacquemart, ne peut s'appliquer qu'à de fines inerustations formant de délicates mosaïques, genre importé de Ja Perse et de l'Inde.

La Renaissance italienne enjoliva les meubles de matières dures et précieuses, telles que le lapis, l’agate, le jaspe, la gornaline, ete.; ces pierres furent posées isolément ou réunies en une sorte de mosaïque désignée sous le nom de mosaique de Florence. La mosaïque de Florence diffère de celle de Rome en ce qu'elle ne fait usage que de gemmes naturelles et d'un certain

volume, dont elle combine les veines et les couleurs pour en former des dessins. Jusque sous le règne de Louis XIII, les S eubles gemmés se continuèrent, avec addition de bronzes dorés.

Cassone, ou coffre de mariage italien, en bois sculpté du XVI: siècle. lollection de Mme Ja Csse d'Yvon.

En Orient, les Indiens, les Persans, les Chinois, et surtout les Japonais, ont fait preuve de grande habileté dans l'exécution des meubles incrustés de nacre et de pierres dures; leurs beaux travaux offrent parfois une certaine analogie avec les mosaïques de Florence.

Revenons au joli meuble appelé par les Allemands Æunstschrank (cabinet), et laissons la parole à M. A. Jacquemart : « Les ébénistes de Dresde, Augsbourg, Nuremberg, c'est-à-dire Hans Schieferstein en 1568, Ulrich Baumgartner en 1605, Hans Schwanhard, l'inventeur des pièces ondulées, ne se contentent pas d'y employer les bois divers et d'y appliquer les pierres; ils appellent à leur aide les orfèvres, et en 1585, Kellerthaler, de Nuremberg, couvre d'argent, de gemmes variées, les moindres surfaces du bois. C’est la fin de la Renaissance, il est vrai, et le seuil du XVII° siècle; mais chez nous, à la même époque, la décadence ne se manifestait que par des applications de marbres sur les panneaux et par l'intervention de l’ébène. » (Histoire du mobilier.)

Sous Louis XIIT, le meuble est triste et lourd. Les cuirs gaufrés s'emploient comme tenture et pour couvrir les sièges, dont les dossiers sont très élevés ou tout à fait bas; les bras des fauteuils ont un aspect grêle caractéristique.

Les cabinets se garnissent d'écaille; d'autres sont ornés de peintures. Des artistes allemands, italiens, et quelques flamands de l'école de Rubens, se livrent à ce genre de travail. A la Vente San Donato, en 1880, un superbe cabinet, dit Stipo, de forme monumentale, peint sur verre par Luca Giordano (1632 + 1705), a été adjugé 6,000 fr. Il est en ébène plaqué d'écaille, décoré de sujets empruntés à l'histoire des Hébreux. N° 993 du catalogue. Deux autres cabinets de même genre, peints aussi par Giordano, sont montés, l’un à 5,600, l’autre à 5,000 fr. N°5 1004 et 1011 du catalogue.

D’après Dargenville, vers 1735, l'habile miniaturiste William Baur décora, pour l'Empereur d'Autriche, Ferdinand HIT, des cabinets portatifs garnis d'ornements d'or, d'argent et de pierres fines. Un de ces cabinets fut offert par Ferdinand, au cardinal Mazarin. (A brégé de la vie des plus fameux peintres.)

En Flandre, l'influence de Rubens donne passagèrement, à la sculpture sur bois, une impulsion nouvelle. Les églises de Belgique conservent de nombreux spécimens de cette féconde époque. Ce sont des chaires à prêcher, des buffets d'orgue, des rétables, des stalles de chœur, etc. Les portes et les facades des maisons présentent des motifs hardiment fouillés.

Avec Louis XIV, l'art devient majestueux et théâtral; le meuble est riche; il a du style, mais il manque de grâce et de légèreté. On fait peu pour le confort, tout est pour l’apparat. M°° de Maintenon, souffrant du froid dans les grands appartements de Versailles, aurait désiré s’entourer de paravents, mais le Roi s'y était opposé parce que cela dérangeait la symétrie.

Colbert apporta de grands perfectionnements dans notre industrie nationale. Il créa la manufacture des Gobelins dont Le Brun eut la haute direction. Vers le même temps,une succursale fut établie à Beauvais. Les tapisseries des Gobelins purent rivaliser avec ce qui se fit de plus beau dans les Flandres. La fabrique de Saint-Gobain fondit des glaces à l'imitation de celles de Venise. Des Florentins, dirigés par Ferdinand de Magliorini, composèrent avec le marbre, l'agate, le lapis, de précieuses mosaïques ; ils firent des dessus de tables qu'on peut admirer dans nos palais et nos musées nationaux, notamment au Louvre, dans la galerie d'Apollon. L'industrie de la dentelle, dont la Flandre et Venise semblaient avoir le monopole, fut acquise à la France.

JEAN-MACÉ, « menuisier faiseur de cabinetz en marqueterie de bois », travailla longtemps dans les Pays-Bas. Etant venu s'établir en France, il obtint le titre de « menuisier en ébesne du

Roy, » et un logement dans les galeries du Louvre (4641 à 4652).

En 1656, JEAN Desjarnins touchait 30 liv. par an comme « Menuisier en chesne privilégié du Roy ».

ISAAC SOMER, «ébéniste du Roy», figure pour la même somme en 1680, (Jal. Dict. critique.)

Parpre CAFFIËRI, né à Rome vers 1634, mort à Paris en 1716, n'était pas un ébéniste; mais son double talent de sculpteur en bois et de ciseleur en bronze, lui mérite une place dans cette notice sur l’ameublement. Il est qualifié « sculpteur et mouleur de bois » et a beaucoup travaillé pour les Tuileries, le Louvre, Versailles, Trianon et le château de Saint-Germain, Pendant de longues années, il a sculpté des pliants, des fauteuils, des bordures de tableaux, des cadres de glaces, de grands guéridons ou tables rondes pour recevoir les flambeaux, les barques du grand canal à Versailles, ete.

PINEAU, BRIQUET, PROU, JEAN LEGERET, TEMPORITI et LEspa- GNANDEL, sculpteurs du Roi, furent associés à ces divers travaux. L'habile doreur, auquel on confiait les meubles de la Couronne pour y appliquer la dorure, était Paul-Joseph Goujon, sieur de la Baronnière, «peintre des Batiments du Roy. »

Dans de pauvres vers, mais qui ont une valeur historique indéniable, Caffiéri est célébré par l'abbé de Marolles, avec d’autres artistes logeant aux Gobelins.

Pour la sculpture en bois, là, sont venus de Rome, D'entre les bons sculpteurs Philippe Caffiéri,

Et du même pays, Dominique Cussi,

Que partout, en leur art, justement on renomme.

Domenico Cuccr, ami de Le Brun, sous les ordres duquel il travaillait, florissait en 1768. «Il n'est pourtant pas tout à fait juste de dire que Gucci, fut particulièrement renommé dans la sculpture en bois; car on l’employa surtout comme fondeur ciseleur et il passait pour un des plus habiles fabrieants de cabinets de l'époque. Certains meubles rehaussés d'ornements en or et en argent, lui furent payés des sommes considérables, alors que Boulle n'était encore employé qu'aux parquets des maisons royales.

« S'il n'introduisit pas en France la mode de ces cabinets qui eurent alors tant de faveur, on peut le considérer comme un des

artistes qui portèrent le plus loin la richesse et l'élégance dans

ce genre de fabrication. Dominique Gucci est un artiste aussi distingué que Boulle; il méritait bien à ce titre l'honneur d’une

biographie. » (M. Jules Guiffrey : Les C'affiéri, sculpteurs et fondeurs-ciseleurs, Paris, 1877.)

Dans les Registres des Bâtiments du Roi, Gucci est désigné comme « fondeur » ou comme « ébéniste », selon la nature de ses travaux. En 1683, il recoit 16,000 liv. « pour deux cabinets d'ébène enrichis de quantité d'ornements de bronze doré, qu'il a faits pour le Roy. »

Quelques années plus tard il exécute, moyennant la somme de 30,500 liv., « deux grands cabinets d'ébène, enrichis d’or, représentant les Temples de la Gloire et de la Vertu. » Les deux meubles devaient être placés au Louvre, dans la galerie d'Apollon. (Jal. Dict. critique.)

Table d'André-Charles Boulle, XVIT° ‘siècle, Collection de M. Ch. Stein.

ANDRÉ-CHARLES BouLze (4642 — 41732) est certainement le plus célèbre ébéniste de son époque. « Il passera dans tous les temps, dit Mariette, et chez toutes les nations, pour le premier homme de sa profession. Ses meubles, enrichis de bronzes magnifiques et d’ingénieux ornements de marqueterie, sont d'un goût exquis, et la mode ne leur fera rien perdre de leur prix. Il sont plus recherchés que jamais; on veut les imiter et l’on n’en approche point. Get artiste joignit la solidité au bon goût. Ses beaux meubles sont aussi entiers après cent ans de service qu'ils étaient lorsqu'ils sont sortis de ses mains. Les fils qu'il a laissés n'ont

été que les singes de leur père. » Jal, dans son Dictionnaire critique, est moins sévère pour les fils d'André-Charles Boulle, et les qualifie « d'ouvriers habiles d’un père fameux ». Mais Jal était un écrivain et Mariette un fin connaisseur. André-Charles eut deux manières. Dans la première, le sujetest en applications métalliques sur fond d’écaille ; dans la seconde, au contraire, il est découpé en écaille et incrusté sur métal.

Les meubles en ébène étaient encore de mode. Afin de leur donner plus d'éclat, il les décora d’une façon particulière en couvrant les grandes surfaces d'applications d’écaille, sur lesquelles il sut incruster de gracieuses arabesques en étain et en cuivre, relevées de gravures au burin. Cette brillante mosaïque était accompagnée de bas-reliefs saillants en bronze ciselé et doré. « Pour rendre le travail d'incrustation avec toute l'exactitude désirable, l'artiste eut la pensée de superposer deux lames de semblable étendue et de même épaisseur, l’une en métal, l’autre en écaille, et, après avoir tracé son dessin, de les découper d'un même trait de scie ; il obtenait ainsi quatre épreuves de la composition : deux de fond, où le dessin s’exprimait par des vides, deux d'ornements, qui, placés dans les vides du fond opposé s'y inséraient exactement et sans solution appréciable. Il devait ressortir de cette pratique deux meubles à la fois : l’un, qualifié de première partie, était à fond d’écaille, avec applications métalliques ; l’autre, dit de seconde partie, se trouvait plaqué de métal avec arabesques d’écaille. » (A. Jacquemart, Histoire du mobilier.) Gette seconde partie étant tout aussi jolie que la première, Boulle réunit parfois les deux genres dans les mêmes meubles; ce sont les plus beaux d'effet et les plus rares. André-Charles Boulle à été souvent imité, mais on ne doit lui attribuer que ce qui a été fait de plus irréprochable, tant sous le rapport de la sobriété du goût que de la perfection du travail.

Vente San Donato, 1870. Deux grands et magnifiques meubles du temps de Louis XIV, à deux portes pleines en marqueterie de Boulle, écaille de l'Inde et cuivre, garnis de beaux ornements en cuivre ciselé et doré et à gorge supérieure enrichie de mascarons en bronze doré. 110,000 fr.

Seconde vente San Donato, 1880. Coffret de mariage à deux corps et à trois faces, commandé à Boulle par Louis XIV, pour le mariage du Grand Dauphin, son fils, avec Marie-Christine de Bavière. Le corps du meuble est en première partie, écaille sur cuivre et étain; le couvercle, en seconde parti, est exécuté en cuivre et en étain sur écaille. 75,000 fr. — Pendant du meuble précédent, avec cette différence que le corps est en seconde

partie et la marqueterie du couvercle en première. 75,000 fr, — Ces deux chefs-d’œuvre d'André-Charles Boulle, proviennent du palais de Meudon, résidence favorite du Grand Dauphin.

Vente Hamillon, 1883. Chiffonnier Louis XIV. 60,060 fr. — Deux armoires de neuf pieds de haut, exécutées sur les dessins de Le Brun, en ébène et en incrustations de cuivre et d'écaille, première et deuxième partie. Sur les panneaux de devant, se détachent deux amours et deux figures allégoriques en bronze ciselé. 313,950 fr.

Bien des personnes parlent des meubles de BouLLE, comme s’il n'y avait eu qu'un seul artiste de ce nom; il fut porté par une lignée de marqueteurs de talent, dont huit furent ébénistes du Roi. Les voici par ordre de date :

PIERRE BOULLE, « tourneur et menuisier du Roy », en 1617. Il était logé au Louvre. Pierre eut trois fils : Jacques Boulle, né en 1618; Paul, né le 21 janvier 1621, et un autre, Jacques, né en 1627.

JEAN Bouize (1610 + 1680), frère ou neveu de Pierre et père du fameux André-Charles.

ANDRÉ-CHARLES BOULE (1642 + 1732), artiste hors ligne : c'est l'illustration de la famille.

ANDRÉ-CHARLES BOULLE (1685 + 1745), fils du précédent, ébéniste du Roi, comme son père et ses trois frères.

GuarLes-Josern BouLLE, né en 1688, aux galeries du Louvre, fils d’'André-Charles I‘.

PiERRE-BENOIT BouLLE, fils d'André-Charles Ier,

JEAN-Puicirre BouLLE, fils d'André-Charles Ir,

Pierre BOULLE, ébéniste à Paris, en 1714, Quel degré de parenté avait-il avec les précédents? Nous l’ignorons. Jal ne le mentionne pas comme ébéniste du Roi.

Les continuateurs d'André-Charles ont parfois remplacé l'écaille par la corne teinte en bleu ou en vermillon. Ils ont employé aussi la nacre et l'ivoire, Ces changements serviront à les faire reconnaitre. |

À la date de 1691, nous trouvons dans le Livre commode…., par Abraham du Pradel, les renseignements suivants : « A Paris les meubles de placage et de marqueterie se font et se vendent grande rue du faubourg Saint-Antoine, rue Neuve-Saint-Médéric, rue Grenier-Saint-Lazare, rue du Mail et rue Saint-Victor. Les sieurs Langlois père et fils font des cabinets et paravans façon de la Chine, d'une beauté singulière; ils demeurent l’un et l’autre grande rue du Faubourg-Saint-Antoine, près la rue de Charonne. Le jeune Langlois, qui a un talent particulier pour

limitation des ornements de la Chine, demeure rue Cloitre- Sainte-Catherine de la Couture.» A la date de 4692 : « MM. Cussy aux Gobelins, Boulle aux galeries du Louvre, Le Fèvre, rue Saint-Denis, au Chéne vert, travaillent par excellence aux meubles et autres ouvrages de marqueterie. »

Il fallait que ce Le FÈvRE fut dans son genre un homme bien remarquable, pour qu'on osàt le comparer à Dominique Gucci et à Boulle, qui était à cette époque le fameux André-Charles. Le Fèvre n'avait pas l'honneur d’habiter aux Gobelins, ni au Louvre, dans la galerie des « illustres», comme on disait alors, et cependant il ravaillait par excellence. I donnait ainsi raison au vieux proverbe : Tous les bons maîtres ne sont pas logés au Louvre.

Les meubles à incrustations de cuivre, genre Boulle, se firent jusque sous Louis XVI, mais, dès le commencement de la Régence, on leur préféra les meubles en marqueterie de bois des Iles. L'habile ébéniste Cressent contribua, par la beauté de ses ouvrages, à en répandre le goût. Les commodes, les secrétaires, les encoignures et plus tard les bonheur-du-jour, furent couverts de sujets imitant la peinture. On figura des bouquets, des instruments de musique, des scènes galantes, des attributs champêtres etamoureux, accompagnés de gracieuses guirlandes et de rubans coquettement noués. Il eût fallu s’en tenir à l’ornement et n'employer que des bois naturels. Vouloir faire des tableaux et lutter avec la peinture était un non-sens; n’étail-ce pas engager le meuble dans une voie fausse? Pour enrichir leur palette, les marqueteurs firent usage de bois teint. Ils n’imitèrent que de fort loin leurs modèles et les couleurs factices de ces vulgaires copies disparurent peu à peu. Par exception, quelques ébénistes, entre autres David Roëntgen et Riesener, en n’employant que des bois durs, colorés naturellement, ont su donner à leurs œuvres toute la perfection dont ce genre de travail est susceptible.

Quand la manufacture royale de Sèvres fut à son apogée, à l'époque où la marquise de Pompadour régnait par droit de conquête, on ajouta aux meubles toutes sortes de médaillons en pâte tendre, décorés par nos meilleurs peintres céramistes et offrant des fleurs, des oiseaux, des gibiers, des bergerades et tous les aimables sujets de l’époque. Comme on le pense, ces raretés ont acquis une valeur inestimable. Vers la fin du règne du Bienaimé, le goût s'épure. Un nouveau style, auquel on a donné le nom de Louis XVI, fait son apparilion douze ou quinze ans avant l'avènement de ce prince. Le meuble prend à la fois un aspect riche et simple, son ensemble est séduisant; c’est le triomphe du travail fin et précieux. Les fûts des sièges, couverts de déli-

cates sculptures, défient toute rivalité, et les bronzes des meubles, ciselés comme des bijoux, laissent bien loin derrière eux les bronzes rocailles ou tordus en chicorée de l'époque précédente.

«.. Rien n'approche du style Louis XVI, dit M. Paul d’'Ivoy; les fauteuils dorés, ciselés avec une finesse de travail, une déli-

Canapé Louis XVI, couvert en tapisserie de Beauvais, Collection de Mme la Csse d'Yvon.

catesse, un goût exquis, ont presque le fini des ouvrages d'or et d'argent créés par les orfèvres; le bois encadré de perles, de rubans, de roses, de guirlandes, où perchent des groupes de colombes, les admirables médaillons de la fabrique de Beauvais, rien de plus charmant et en même temps de plus moelleux et de plus commode. L'ébénisterie fait aussi à cette époque des progrès remarquables: un véritable artiste, Riesener, crée des commodes, des bureaux, des bonheur-du-jour en marqueterie, qui sont des chefs-d'œuvre. Un autre artiste, Gouthière, les orne de cuivres merveilleux, pleios de grâce et d'élégance et d'une finesse de ciselure inimitable. » (£xpos. univ. de 1855, Compte-rendu.)

Aux perles, aux rubans, aux guirlandes où perchent des groupes de colombes, il faut ajouter le flambeau, le carquois, la houlette, le chalumeau, le nœud, toujours si gracieux et si souvent employé comme motif de milieu, la palmette, le vase à anses et la cannelure, qui suffirait à elle seule pour dénoncer ce charmant style Louis XVI.

En 1751, les maitres menuisiers et ébénistes furent tenus d’avoir chacun une marque particulière. Cette marque consiste dans le nom de l'ébéniste, sculpté en creux ou apposé à l’aide d’une estampille. Que les amateurs soulèvent les marbres de leurs commodes, encoignures, bureaux, secrétaires, bonheur-du- Jour, etc., s'ils trouvent le nom de quelque fournisseur royal et notamment celui d'Ocben, de Carlin, de David Roëntgen, de Migeon, de Joubert, de Montigny ou de Riesener, ils seront sûrs de posséder une pièce rare et d’un grand prix. Il faut toutefois se mettre sur ses gardes; ce renseignement profitera aux faussaires, ces éternels ennemis des curieux, et il convient de s'assurer que la signature n’a pas été ajoutée après coup.

Les fouilles de Pompéï ne restèrent pas étrangères au style Louis XVI, dans lequel on retrouve un souvenir de l’antiquité. Après 1789, la transition s'accomplit. Le mouvement des esprits et l'influence de David, introduisent en France le style grec et romain. Dès 1790, Jacob et Alexandre, fabricants renommés, exécutent, dans ce genre, toutes sortes de meubles et de sièges, d'après les dessins de David. Plus tard, à la suite de l'expédition d'Égypte, le goût égyptien obtint pour quelque temps une faveur marquée. Sous le Consulat et l’Empire, le décoration intérieure des appartements, depuis les meubles jusqu'aux tentures et aux panneaux, fut exécutée sur les modèles de Fontaine et de Percier.

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