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— Eh bien ?
— Le comte m’attendait en bas, sur le qi ai, il y a deux heures. J’allai le rejoindre, et il m’e igagea à me procurer deux témoins ; lui-même devait en trouver au Louvre, parmi des gentilshommes de ;es amis. H avait, me dit-il, un premier duel sur les bras, et les deux rencontres auraient lieu l’une aprè j l’autre. Rendez-vous fut pris. Quand j’arrivai avec mes témoins, je vis le comte percé d’un grand coup d’épée et étendu sans mouvement. Sou premier adversaire avait réclamé la priorité, et l’avait tué.
— Ainsi, vous ne vous êtes pas battu?
— Non, sire.
— Vous le jurez?
— Je le jure, et mes témoins peuvent le certifier.
• - Ah I dit Alice, il est sauvé.
— Pas de prison ! pas de procès ! s’écria Vouet qui ne se connaissait pas de raison pour dissimuler sa joie. Viens m’embrasser, mon fils. »
Il ouvrit ses bras à Lesueur, qui s’y précipita.
« Ah! s’écria le roi, je ne me vengerai donc sur personne! »
Puis, tournant sa colère contre son peintre, il lui dit :
“ Maître Vouet, je vous charge d’écrire en mon nom au Poussin et de lui mander que je l’appelle à ma cour pour y prendre votre place. Vous entendez? Vous écrirez vous-même en bon camarade. »
LA FIANCÉE DE LESUEÜR
Le vieux peintre resta frappé de stupeur.
11 balbutia quelques paroles sans suite et se jeta aux pieds du roi.
Mais Louis XIII se retira sans ajouter un seul mot, tandis que les élèves de Vouet se reculaient pour livrer passage au roi et s’inclinaient profondément devant lui.
“ J’en mourrai ! s’écria le vieux peintre. »
Chacun s’empressa autour de lui.
“ Courage! maître, dirent les élèves. Vous êtes le plus fort, le plus habile. Nous sommes là pour travailler avec vous.
— Non..., fuyez-moi. Je suis en disgrâce, je suis un pestiféré. Toi, Lesueur, emmène ta femme; va... et travaille seul.
— Je ne vous abandonnerai jamais, répondit le jeune homme. Disgracié ou non, vous êtes mon maître et je vous appartiens. »
Lesueur tint parole, et ce noble exemple fut suivi. Parmi les élèves du peintre, aucun n’eut l’ingratitude de le quitter. Tous redoublèrent de zèle et de déférence. Mais l’artiste était frappé au cœur. Le Poussin mandé, revint à Paris peu de temps après, à la fin de cette année 1640, et Vouet mourut le 5 juin 1641.
Tant que vécut son maître, Lesueur se consacra presque exclusivement à lui. Le jeune homme fit venir dans sa famille Alice, jusqu’à son mariage avec
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LA FIANCÉE DE LESÜEUR
elle, au commencement de l’année 1642. Il l’épousa, disent les biographes, “ quoiqu’elle fût pauvre et qu’il n’eût lui-même d’autre ressource que son tra»vail, ni d’autre recommandation que son talent, n
La vie artistique de Lesueur appartient à l’histoire. On l’a surnommé, peut-être à tort, le Raphaël français. Son âme seule créa son génie et son goût. Il ne doit ni l’un ni l’autre à Raphaël.
Une nomenclature de ses œuvres serait superflue. Elles se distinguent toutes par leur disposition grande et simple, par la justesse de l’expression, la vérité et la grâce naturelle des attitudes, le jet noble et aisé des draperies, et encore par une délicatesse infinie de correction, une grande suavité de ton, une science profonde du clair-obscur.
Lesueur est un de ceux dont on aime à parler et que l’art cite avec orgueil. En lui, on respecte l’homme et on admire l’artiste.
LA
NEIGE ET LES VERTES FEUILLES