‹ Le livre des jeunes fillesChapitre 11 sur 56 · M. THURIN A MADAME DU T.INCEAL · texte numérisé non relu

M. THURIN A MADAME DU T.INCEAL

Paris.

Ma chère sœur,

M. Maucliamp, commandant du génie dont tes nièces ont dû l'entretenir, nous demande la main de Lia qui refuse absolument de se marier ; résolution dont nous sommes extrêmement affligés. Celte enfant se dit si parfaitement heureuse auprès de nous, qu'elle affirme qu'il y aurait folie à risquer ce bonheur-là pour courir des chances incertaines. La pauvre fille fut si troul)léeàcette proposition, elle était tellement hors d'état d'entendre les raisons dont je voulais l'appuyer, que je ne pus insister davantage. Mais, Amélie, je ne suis plus jeune, et je ne sais quel pressentiment m'averlit que je serai enlevé à ma famille avant le temps. Je me désole à l'idée de laisser cette timide enfant sans protection en ce monde.

Ne se pourrait-il pas, ma sœur, que Lia eut dis-

tingué quelque jeuiie homme qui, mieux que le commaudant Mauchamp, réalisât son idéal? Je me sens tout à fait impropre à traiter cette question délicate avec une personne aussi timorée que ma fille, et je ne voudrais pas communiquer cette supposition à ma femme qui se fait un chagrin de tout.

Tire-moi donc d'embarras, ma chère amie; personne mieux que toi ne peut sonder ce cœur qui s'ignore lui-même. Si tu parviens à v lire, tu rendras un grand service à ton frère bien affectionné

Rémi Thlrin.

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