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MADAMi: DL RINCEAU A M. THOMAS THURIN.
Mon frère,
Je te reconnais volontiers comme seul juge compétent du véritable intérêt de tes enfants, et je suis convaincue qu'il est Tunique mobile de tes actions. Pourtant, mon bon Thomas, laisse-moi te dire qu'il y a bien quelques objections à faire aux raisons que tu me donnes pour motiver ton étrange résolution.
Certes, il est bon de maintenir sa famille dans le respect et l'obéissance : mais la crainte est-elle doi\p le seul moyen d y parvenir? En es-tu plus heureux, dis-le moi, pour faire trembler tout autour de toi? N'as-tu donc jamais désiré voir s'épanouir en liberté la tendresse de tes enfants, et la distance où tu les tiens en les privant de tes caresses, ne le semble-t-elle pas bien dure? Mon cher ami, l'ère de la crainte a fait son temps, le rècntî de l'amour y succède , et ie ne vois vraiment
DES IFUNES 1 UJ-KS. ISM
pns que nous en soyons plus mal. Il est injuste cratlribuer le relâchemenl des liens de famille, que je ne prétends pas nier, d'ailleurs, à Tadoueissèment des mœurs. 11 es* seulement la conséquence des nécessités de la société nouvelle qui disperse au loin nos enfants. Ne vivant plus auprès de nous, ils ne prennent aucune habitude dans la famille et leur amour filial devient presque une abstraction. Les esprits s'exerçant dans des milieux différents, ne sauraient plus être à l'unisson. Getétat de choses est triste pour les parents dont la vieillesse se passe dans l'isolement. Mais, que veux-tu? Ton ne peut pas rester en dehors du mouvement de son siècle; et d'ailleurs,. si les rapports intimes perdent quelque chose à ces nouvelles exigences sociales, il faut bien reconnaître que la fraternité humaine y gagne beaucoup. Thomas, nous n'avons pas le droit d'infléchir la destinée de nos enfants pour donner satisfaction à nos propres idées et à nos sentiments personnels.
Peux-tu être bien sûr de l'homme auquel tu confies Georgine, quand elle éprouve un si grand éloignemei^t pour lui? Prends garde, Thomas! Tu avais eu le bonheur de rencontrer un honnête garçon pour gendre, et tu lui préfères la fortune! une fortune dont l'origine n'est pas très-pure peut-être? C'est chose si rare qu'un parfait honnête homme! Tout cela est à la fois bien grave.