MADAME DU RINCEAU A MONSIEUR THURIN
Nancy.
Cher frère,
Nous sommes arrivées sans encombre et aussi promptement que possible; ainsi, calmez vos inquiétudes, si tant est que vous en ayez eu. M. de Mizeray nous attendait seul à la gare avec sa voiture, n'ayant pas permis à sa femme, qui est fort enrhumée, de l'accompagner.
En se revoyant, les deux sœurs sont tombées dans les bras Tune de l'autre et se sont tenues étroitement serrées. Puis, le cœur trop plein pour proférer la moindre parole, les mains dans les mains, les yeux dans les yeux, elles ont renoué la chaîne de cette intimité parfaite qui, naguère, n'en faisait qu'un seul et même être. C'étaient des ris, des larmes, puis des exclamations sans suite et des questions qui n'attendaient pas la réponse. M. de Mizeray, par une touchante délicatesse, nous avait quittées à la porte du salon.
Pendant nn quart d'heure il ne fut pas plus question de la pauvre marraine que si elle était restée au fond de son vieux manoir; et elle ne songeait guère à s'en formaliser, tout émue qu'elle était de ce qui se passait sous ses yeux. Moi seule m'occupais du petit Rémi qui , ayant compté sur les caresses de tante Lia dont on lui parlait sans cesse, se tenait tristement à mes côtés. Las enfin de cet oubli, il alla tout doucement auprès de sa tante, lui prit une main qu'il posa sur sa tête, tandis que la grosse Racliel le suivait en rampant sur le tapis.
Lia , réveillée de son extase, prit les deux enfants dans ses bras et, les présentant à leur mère, elle lui dit avec une ardeur dont je ne l'aurais pas crue capable : « Ils sont à nous deux, n'est-ce pas, ma sœur? » puis, les ayant posés à terre : « Mon Dieu ! qu'ils sont beaux! » s'écria-t-elle.
Mme de Mizeray secouant enfin l'ivresse où Pavait plonf^ée la présence de sa sœur ^mt à moi toute confuse, me demandant pardon de son oubli; pardon bien vite octroyé, tu peux le croire, mon
frère 1
Encore que je susse ton gendre riche, je ne m'attendais guère à tant de luxe ; tout est magnifique et de bon goût chez lui, et sa jeune femme s'est parfaitement mise en harmonie avec cette magnificence relative, à laquelle elle n'avait pas été accou-
tumée. Elle nous a conduites à notre appartement composé de deux jolies chambres séparées par un boudoir, et pourvues de tout ce qui peut les rendre agréables et commodes. La maison est admirablement tenue et le service s'y fait sans empressement visible, ce qui n'est pas le moindre de mes étonnements; car, soit dit sans te déplaire, mon frère, Eve s'occupait fort peu, chez loi, des affaires d'intérieur.
Lia m'obsède pour que je lui cède la place. Mes tendres amitiés pour ta femme et pour toi.
A. DU RiNCEAL.
ISO LE LIVRE
LU