MADAME DU PIXCEAU A MONSIEUR THOMAS THURIN
Nohan.
Mon pauvre Thomas,
J'ai le cœur na^Té par la nouvelle que j'apprends: je souffre avec toi sans trouver de consolation à te donner. Je m'étonne seulement qu'un homme de ta trempe ne cherche pas à réagir contre cette grande douleur, ne fût-ce que pour les deux pauvres femmes qui vivent sous ta protection. Si tu ne trouves plus une seule parole à leur dire, où veuxtu qu'elles puisent le courage qui leur estnécessaire? Ne les as-tu pas accoutuméesà n'avoir d'au très peines et d'autres joies que celles que tu ressens ? Allons, un peu de force, mon frère, un peu d'énergie ! Ce sont là de ces épreuves qu'il faut savoir supporter avec humilité.
Ecris-moi quelques lignes, Thomas; décharge ton cœur dans le mien. Si je n'étais retenue ici pour cause de santé, je serais déjà auprès de toi. Je crois
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à une escapiide de ton fils, entraîné par quelque pernicieux exemple, mais non pas à une bassesse, et rien ne sera plus facile que de le ramener dans la bonne voie.
Adieu, frère, adieu, voici ma main.
A. DU Rinceau.
l!)l. LE UVRF,
MONSIEUR THOMAS THURIN A MADAME DU RliNCEAi:.
Orléans.
Merci, ma sœur, pour la sympathie que tu me témoignes; merci surtout, merci, de m'épargner les reproches que je mérite si bien !
Du courage, dis-tu? Ou en trouve pour supporter l'adversité, la perte de sa fortune, de ses amis, de ses proches même; mais contre le déshonneur, le remords. . . . riiomme est impuissant ! Oui, le remords, Amélie ; cartons ces malheurs, ne les ai-jepas causés par mon fol entêtement ? La peine que j'avais à réprimer les élans de ma tendresse pour ma famille n'eût-elle pas dû m' avertir que je faisais fausse route ? L'événement me punit cruellement de ma présomption : ma fille, portant un nom taré, se flétrit sous mes yeux sans qu'un mot, un signe trahisse sa souffrance. Cet autre malheureux qui peut-être n'estdéjà plus, imprime à notre famille une tache indélébile : car, ma sœur, la faute est-elle moins grave, la îcH'he moins honteuse, pour être ignorée d.e tous ;'
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Et tu crois que je puis me remettre d'un pareil coup, quand je me sais la cause première de tant de catastrophes! Non, je ne m'en remettrai pas. Le remords est un poison lent, mais sur, et qui n'a pas d'antidote.
Quand je n'y serai plus, aie pitié de ces deux pauvres créatures qui, n'ayant jamais agi par ellesmêmes, ne pourront pas se diriger seules en ce monde. Tu le vois, les funestes conséquences de mon absurde système se feront encore sentir après moi. N'oublie pas la prière de ton pauvre frère.
Thomas Thurin.