‹ Le livre des jeunes fillesChapitre 31 sur 56 · MADAME DU RINCEAU A LIA · texte numérisé non relu

MADAME DU RINCEAU A LIA

Orléans.

Lia, n'attends pas ton père aujourd'hui; il ne saurait être à Paris avant deux ou trois jours, et voici pourquoi :

Hier, en revenant de conduire notre pauvre Thomas à sa dernière demeure, mon frère ramena Georgine à sa mère, et moi je fis une course dans le faubourg. Je m'y trouvai arrêtée par un grand rassemblement qui stationnait devant une maison de chétive apparence, et j'entendis assurer qu'un jeune homme venait de s'y donner la mort.

Poussée par je ne sais quel pressentiment, j'écartai la foule et montai jusqu'à une misérable mansarde où je trouvai sur un grabas.... Gustave évanoui et d'une pâleur cadavérique.

J'envoyai quérir prompternent un médecin, et en l'attendant je parvins à rappeler à la vie le malheureux.qui n'était pas entièrement asphyxié. Quand il ouvrit les yeux il me reconnut et s'écria d'un ton

déchirant : Ma tante, laissez-moi mourir! et il sVvanouit de nouveau.

Le médecin entra, ranima le pauvre mourant et me laissa quelques prescriptions qui doivent être suivies à la lettre si l'on veut sauver le jeune homme. Quand nous fûmes seuls, Gustave me conduisit à la lucarne qui éclaire cet odieux réduit, et d'où la vue s'étend, par-dessus une cour intérieure, jusque sur la maison et le jardin de son père. « Voyezvous, ma tante, me dit-il avec égarement, depuis quinze jours j'assiste là à l'agonie démon père sans avoir pu trouver le courage d'aller me jeter à ses pieds, implorer mon pardon. Je fus si malade avanthier que je n'ai pu me lever, et ce matin, la fièvre ayant baissé, je me suis traîné jusqu'ici ne doutant pas qu'on eût porté mon père ^u jardin pour l'exposer à ce beau soleil. Mais, qu'ai-je vu, grandDieu! une bierre solitaire dans l'allée de la maison, et vous tous pleurant auprès de ma pauvre mère.

« Certain d'avoir causé la mort du malheureux vieillard, je me pris en horreur profonde et résolus d'en finir avec l'existence, ne voulant plus être pour ma famille un sujet d'inquiétude et de honte. »

Je suis allée chercher ton père afin qu'il essayât de réconcilier ce pauvre garçon avec lui-même pendant que je préparais sa mère à le recevoir. Ah ! ma chère, quelle scène ! cent fois plus navrante que l'aofonie de Thomas. Ta tante s'accuse de faiblesse;

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elle devait, dit- elle, lutter et protéger ses enfants, et elle ne doute pas que son opposition eût ouvert les yeux de son mari. Elle est dans un état pitoyable je crains fort qu'un deuil nouveau n'ajoute bientôt à la désolation de ces pauvres enfants.

Soigne bien ta mère à qui tant de secousses ne vont guère.

A. DU Rinceau.

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