‹ Le livre des jeunes fillesChapitre 32 sur 56 · MADAME DT KINCEAI A LIA · texte numérisé non relu

MADAME DT KINCEAI A LIA

Orléans.

Ton père vous arrivera demain amenant avec lui Gustave qu'il va faire engager dans un des régiments qui sont en Afrique. Xous sommes persuadés qu'il y fera son chemin, car l'enfant ne manque pas de cœur malgré la grosse sottise qu'il a faite. Nous avons eu toutes les peines du monde à lui rendre un peu de calme. A toutes les raisons que nous lui donnions de recommencer la vie à nouveau, il répondait invariablement : « Mais qui me rendra l'honneur ! »

Heureusement il n'est pas aussi compromis, cet honneur, que nous avions sujet de le crainch^e, et voici comment les choses se sont passées :

A l'instant où Gustave rentrait chez son patron, chargé des huit mille francs, il rencontra près d'un caféunamiquilepressad'yentreriGustaves'vrefusa, a lléguant la nécessité de déposer sansretard à laça isse la somme dontil était nanti; mais l'autre insista telle-

ment que ton cousin ne sut pas résister plus longtemps. Quelques verres de puncli eurent bientôt troublé la raison du pauvre garçon si sobre d'habitude. L'ami profitant de cette exaltation passagère l'entraîna dans une maison de jeu clandestine, lui persuadant qu'il y doublerait les huit mille francs; ensuite, ils devaient renvoyer l'argent de M. Lallier, puis aller passer ensemble un mois à Paris pour y vivre comme s'ils avaient cinquante mille francs de rentes*, et au retour, ils sauraient bien se faire pardonner cette équipée.

Gustave qui jouait pour la première fois de sa vie gagna en effet six mille francs; et l'étourdi, dans son ivresse, chargea son ami prétendu de remettre à son patron la somm.e dont il était porteur, et, tranquille de ce côté, il partit pour Paris.

Après quinze jours d'une vie dont il commençait à se lasser, ton cousin parla de retour : mais le lendemain en s' éveillant, il ne trouva plus ni l'ami ni le reste de l'argent qui n'était pas dépensé. Ce coup lui fut si rude qu'il tomba malade et fut conduit dans un hospice où il resta tout un grand mois. Une fois rétabli, il lui fallut vendre sa montre et quelques bijoux acquis à son arrivée à Paris, et il revint ici. Mais le courage lui manqua pour affronter la colère de son père, et il se logea dans le misérable grenier où je l'ai trouvé, €t d'où il pouvait assister à la vie intime de sa famille. Après avoir lutté

contre l'idée du suicide qui l'ol)sédait, ily succoinl)a enfin, dans les circonsiances que lu connais.

Nous vous demandons une tendre indulgence pour ce pauvre coupable si déchiré de remords. Ne sonnnes-nous pas trop heureux de le trouver pur de toute bassesse après tout ce que nous avons craint ! Il s'accuse avec tant de candeur qu on ne peut suspecter sa véracité. Vois donc, mon enfant, comme les coups les plus inattendus et les moins mérités viennent nous frapper et nous apprendre à être humbles et indulgents dans la prospérité I J'ai grand besoin de me recueillir dans mon ermitage, je t'assure.

A. Dl Rl^îCEAL.

P. S. — Si mon père eût assez vécu pour être témoin d'une pareille catastrophe, il en eût eu le cœur brisé. Devons-nous pleurer ceux à qui la mort épargne de tels cliagrins?...

DES JEUNES FILLES. -2<iri

MADAME DE MIZERAY A SA SOEUR

Nancy.

Lis vite, ma Lia, et adore ton beau-frère ?

Mardi, anniversaire de ma naissance (de la tienne), il dépose devant moi un merveilleux bouquet, et je trouve le salon rempli de plantes rares. Bien qu'on ne soit qu'à la fin de mars, le tempsétait magnifique. Silas me propose une promenade et nous cheminons sur la route de Paris, en calèche découverte, tout heureux de nous rapprocher de vous ^P^s de raillerie pour cette puérilité, mademoiselle, je vous prie). Nou& avons fajt à peine un kilomètre que nnus entrons dans un chemin bien gazonné, bordé de grands arbres, qui nous mène tout droit à un délicieux petit château à la grille duquel la voiture s'arrête; puis nous entrons dans la courd'honneur suffisamment grande et bien tenue. Nous visitons cette demeure qui semblait inhabitée et que je trouve charmante. Après avoir vu le rez-dechaussée, nous montons au premier, et Silas me

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