‹ Le livre des jeunes fillesChapitre 44 sur 56 · MADAME DE MIAERAY A LIA · texte numérisé non relu

MADAME DE MIAERAY A LIA

La Source.

Chère, bien chère sœur,

Bertrade qui était ici depuis un mois nous a quittés ce matin.

C'est une charmante femme quoique toujours un peu princesse. L*orgueil du devoir Ta égarée au point d'être en fort mauvais termes avec son mari qu'elle dit adorer. Cependant, je crois que la concorde serait facile à ramener entre eux ; mais par quel moyen ? c'est ce qu'Emma ni moi ne saurions dire encore. Un des premiers éléments de cette réconciliation serait que la comtesse consentît à donner une institutrice à sa fille, enfant étrange qui n'a pas pour sa mère les sentiments que doit inspirer la tendresse passionnée de celle-ci. Sache donc de papa s'il juge Georgine en état d'entreprendre immédiatement une éducation? Elle conviendrait parfaitement à Bertrade, qui, certainement, voudra

conserver la direction suprême; et Georgine, douce et gaie, ne cherchera pas à empiéter sur l'autorité de la mère.

Voici venir les vacances ! N'est-ce pas notre cri de bonheur à tous ! Mon cœur se dilate à la pensée que je vais vous avoir là, auprès de moi, tout à moi!

Rachel, ta favorite, a fait un trait de gentillesse dont le récit te charmera : Nous étions assises, Bertrade, Emma et moi, sur le banc placé au bord de la source, et notre amie pleurait en nous initiant à ses peines; les enfants jouaient sur la pelouse. Rachel s'avança tout doucement, grimpa derrière le banc, et posant ses petites mains sur les yeux de la comtesse elle lui dit en F embrassant : « Si vous pleurez comme cela, nous allons aussi pleurer, nous, chère bonne Madame ! »

L isolement dans lequel vit Bertrade agit fâcheu sèment sur sa fille qui n'a aucun des charmes de Tenfance ; quelquefois elle se laissait aller à jouer et à vivre comme ses petits amis; mais le plus souvent elle assistait plutôt à leurs jeux qu'elle ne les partageait.

Nous nous trouvons si seuls maintenant qu'il faut hâter votre arrivée autant que possible. J'oubliais de te dire que lorsqu'il a fallu séparer les enfants, Rémi etsa sœur pleurèrentbeaucoup, etiseult elle-même était plus émue que je ne l'en croyais

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capable. Mes enfants ont été cliercher les joujoux que préférait leur silencieuse amie, les fleurs qu'elle aimait, et Rachel n'a rien imaginé de mieux que de lui apporter un pot de crème naturelle dont Iseult est très-friande.

Je te serre sur mon cœur,

Eve.

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