MADAME VERIN ET A EMMA GAULIER
Paris.
Chère mademoiselle,
Aidez-moi de vos lumières et de votre expérience je vous en supplie. Cette petite fille est impénétrable : on ne sait ni ce qu'elle pense ni ce qu'elle éprouve. Comment donc s'y prendre avec elle ? Je l'appelle Miss Chardon dans ses mauvais jours, et ils reviennent souvent ! D'un autre côté, ses progrès en tout sont surprenants, et son ardeur au travail a besoin d'être modérée, ce qui est une véritable satisfaction pour moi, j'en conviens. Mais quelle nature rétive! très-méfiante et toujours prête à la révolte. Comment pénétrer dans ce petit cœur si> bien fermé à toute affection? Moi exceptée, Iseult est hostile à tout le monde, comme d'instinct, mais sans éclat et avec les meilleures façons possibles. 11 faut pourtant trouver moyen d'agir sur elle, car je ne suis pas là seulement pour éclairer son esprit, je dois
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aussi vivifier son cœur. Cette tâche m'est rendue doublement difficile par la tendresse mal éclairée de la mère qui tient Iseult dans un esclavage contre lequel je la vois toujours prête à réagir. Elle ne peut faire un pas, un geste dont elle n'ait à rendre compte. Mme de Bochebrune voudrait la dispenser de tout mouvement, de toute fatigue, même celle de penser ! elle la réduit à l'état d'idole. Cette tendre obsession laisse l'enfant très-froide, et nuit à la considération qu'elle doit avoir pour sa mère dont l'approbation lui est acquise quoi qu'elle fasse ', tandis qu'elle recherche timidement, mais sans se rebuter, celle de son père qui fait si peu d'attention à elle. Venez-moi en aide, chère mademoiselle; ditesmoi ce qu'il faut faire, ce que vous feriez à ma ^ place ; vous obligerez une pauvre femme qui a pouri' vous l'estime et l'admiration la plus sincère.
Georgine Vernet.