EVE A SA SA SOELR LIA
Lyon.
Ma bonne chérie.
Mon premier soin, en m'arrêtant ici où nous séjournerons quelques jours, est de vous dire que nous sommes arrivés sans encombre.
Bon papa nous a fait à Orléans une magnifique réception : toute la cour y était , et Silas fut profondément touché de la vénération que chacun témoignait à ce digne patriarche de la magistrature. Ma tante du Rinceau était là ; c'est vous dire comment tout fut ordonné. Georgine l'aidait à faire les honneurs , et elle s'en acquittait avec une grâce charmante. L'oncle Thomas, avec sa jambe de bois, était plus solennel que jamais , et sa pauvre femme s'effaçait comme toujours. Ne dirait-on pas, en vérité, qu'il n'a aucune idée de ce qu'elle vaut?
Quand je fis mes adieux à mon grand-père , il m'emmena dans son petit jardin et me dit en me
remettant un antique portefeuille d'un travail curieux : « Ma petite fille, tu as des habitudes dç « bienfaisance qu'il rie faut pas perdre ; mais « comme je ne veux pas qu'elles soient onéreuses « à M. de Mizeray, voilà qui te dispensera d'avoir « continuellement recours à lui. »
Nous ouvrîmes le portefeuille en wagon, car j'a raconté immédiatement ce petit mcident à mon mari, bien entendu '. Nous y trouvâmes le titre d'une rente de 500 francs. J'en ajoute autant, a dit Silas tout ému , et tu auras un revenu de mille francs dont tu ne devras compte à personne. Ne suis-je pas une heureuse femme. Lia !
J'espère bien qu'à la maison vous êtes tous aussi heureux que moi, et que vous pensez aux pauvres voyageurs. Gardez bien ma place au foyer et dans vos cœurs ; un peu plus grande , cependant , pour que Silas puisse s'y loger auprès de moi. Je lui parle sans cesse de vous tous, et il vous aime déjà presque autant que je le fais moi-même. Si, quand vous le connaîtrez bien, vous le préférez à moi, je ne m'en plaindrai pas. Nos parents ne sauront jamais quel trésor de gratitude s'amasse en mon cœur pour le bonheur que je leur dois, et dont je ne pourrai jamais les remercier dignement.
Ma chérie, embrasse bien tendrement mon père et ma mère, toi qui me remplaces auprès d'eux. Je pense déjà aux heures du retour, et il me semble
que mon bonheur sera meilleur quand j'en pourrai jouir auprès de vous, où Silas me laissera tout un mois avant de m' emmener chez lui. Il baise les mains de ma mère avec un respect tout filial et présente ses compliments affectueux à papa. Et toi, Lia, tu te laisseras bien embrasser par ton beau- . frère qui sait si bien t'apprécier, chère sainte que tu es! Doivent-ils être fiers de cette fille-là, nos parents !
Ta sœur, Eve de Mizeray.