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II. — La layette proprement dite

Arrivée à mi- terme, une jeune femme doit commencer à confectionner sa layette. Quelquefois une couche devance son terme ; il ne faut pas être pris au dépourvu.

La jeune femme trouvera, dans les détails de cette douce occupation, un plaisir infini qui l'aidera à supporter les ennuis de la grossesse ; et c'est pour faciliter sa tâche, que passant de la théorie à la pratique, nous lui donnerons à la fin de notre livre une planche comprenant les patrons mêmes de la layette.

Inconvénients des maillots serrés.

Nous commençons par déclarer que nous désapprouvons avec énergie les maillots serrés et attachés avec des épingles. Ces maillots, qui sont encore en usage dans presque toutes les campagnes, sont à

pou près abandonnés dans les villes. Cependant, il y a encore bon nombre d'enfants qui sont livrés à ce supplice ; mais comme on les met en robe beaucoup plus jeunes qu'autrefois, ils en souffrent moins longtemps.

Les femmes qui persistent dans l'usage des maillots serrés, prétextent qu'il leur serait impossible de tenir leurs enfants, et surtout de les confier à leurs aînés, s'ils n'étaient pas ainsi garrottés. Cette raison n'est pas bonne : il ne faut confier les enfants qu'aux personnes capables de les bien tenir.

Les maillots serrés causent beaucoup de difformités ; les membres inférieurs des enfants y sont emprisonnés, sans pouvoir remuer pour ainsi dire, ce qui est contraire à leur développement. De plus, ces maillots gênent la circulation du sang en comprimant les poumons et le cœur. Si on pouvait consulter ces pauvres petits, assurément ils demanderaient bien vite qu'on leur rendît la liberté de leurs mouvements.

Cette coutume est si déplorable, que nos lectrices devront faire tous leurs efforts pour ramener à une pratique plus saine les mères moins éclairées qu'elles.

Méthode anglaise.

Il y a plusieurs manières d'habiller les enfants naissants pour leur conserver cette liberté de mouvement, cette aisance que nous considérons comme indispensable à leur développement et à leur bien-être. Nous dirons seulement quelques mots de la méthode anglaise, parce que nous ne la recom-

mandons pas complètement ; nous donnerons d'ailleurs une description détaillée de la layette qui nous paraît réunir le plus d'avantages.

Dans la méthode anglaise on met d'abord, à l'enfant une petite chemise semblable à celle que nous décrirons plus loin, et on le soutient par un petit corset de piqué ; on passe ensuite à l'enfant une grande robe de laine blanche , qui dépasse sa longueur de 50 centimètres environ; sur cette robe, on en met une seconde de la même grandeur, mais d'une étoffe plus légère. Toutes deux sont fendues dans leur longueur par derrière, et servent à la fois de langes et de brassières.

Pour empêcher ces deux robes d'être mouillées par l'enfant, et pouvoir le changer facilement sans ôter les robes, on se sert de petits triangles en laine^ portant des boutonnières à deux des angles, et un bouton à l'autre angle. Les deux pointes supérieures viennent se boutonner sur le ventre de l'enfant et forment ceinture.

On place sur ce triangle en laine une couche également pliée en triangle, et on la fixe au triangle en laine au moyen d'épingles anglaises. Après avoir placé l'enfant sur la couche, on ramène par devant les deux pointes supérieures du triangle, comme nous l'avons dit ; on tourne les deux pointes supérieures de la couche, l'une autour d'une jambe, l'autre autour de l'autre jambe de l'enfant, on relève ensuite la pointe du milieu de la couche entre les jambes de l'enfant, ainsi que la pointe tombante du triangle de Jaine, qui vient se bou-

tonner sur le ventre de l'enfant (fig. 7). L'enfant peut donc être changé sans être déshabillé.

On lui met aux pieds des bas, ou simplement de petits chaussons longs de jambes, comme ceux que nous employons quand nous mettons les enfants en robe. On ouvre les robes par derrière pour poser l'enfant dans son berceau, afin qu'elles ne soient pas mouillées.

Les enfants ainsi vêtus ont les mouvements par-

Fig. 7. — Triangle eu laine.

f alternent libres, et sont tenus chaudement. Ces robes, étant fort larges, et seulement attachées à la taille et au cou au moyen de coulisses, n'exigent point l'emploi des épingles et sont jolies par leur ampleur et leur simplicité. Mais, à côté de ces avantages, nous trouvons à ce vêtement quelques inconvénients.

D'abord ces longues et larges robes flottantes se salissent et se chiffonnent si facilement que, pour tenir un enfant propre, il en faut un grand nombre.

Elles sont assez coûteuses, surtout celles de flanelle, qui, de plus, deviennent promptement jaunes et prennent un air sale qu'on leur enlève difficilement.

D'un autre côté, le blanchissage et le repassage en sont fort dispendieux ; les petits triangles de laine et les couches ne les garantissent pas toujours suffisamment.

Ces robes sont embarrassantes pour la personne qui tient l'enfant, et le buste d'un enfant est tellement faible à sa naissance que , s'il n'a pas besoin d'être serré, il a au moins besoin d'être un peu soutenu par ses vêtements.

H nous semble bon de placer l'enfant, pendant les deux premiers mois, sur un oreiller, lorsqu^il est vêtu à l'anglaise ; cependant, nous avons vu des bonnes anglaises tenir avec beaucoup d'adresse des enfants ainsi vêtus. Elles formaient une espèce de siège dont leur bras faisait le dossier.

En résumé cette manière d'habiller les enfants a du bon, on ne peut le nier; mais elle nécessite des soins particuliers et des précautions qu'on peut éviter avec la méthode suivante, plus usitée en France, et dont nous allons donner la description.

Description de la layette.

La layette dont nous allons parler, tout en conservant les avantages de la méthode anglaise, est plus rapprochée de nos habitudes ; elle nous semble éviter une partie des inconvénients que nous avons signalés.

Nous décrirons dans tous ses détails cette méthode d'habillement et nous donnerons la liste des objets qui composent cette layette.

L'habillement d'un enfant se compose de deux parties : l'une couvre le buste et consiste en une chemise et des brassières ; l'autre couvre le reste du corps, et est composée de langes de diverses espèces, et de couches. Cette seconde partie, qui est la plus exposée à être salie, doit pouvoir se changer sans qu'on soit obligé de déranger l'autre. Nous commencerons par le vêtement du buste.

Pour qu'un enfant soit bien habillé, ses vêtements doivent être proportionnés à sa taille ; il faudra donc en avoir de plusieurs grandeurs.

Dans une la jette, il faut trois âges ou trois grandeurs pour les chemises et pour les brassières, ainsi partagés : de la naissance à deux mois ; de deux mois à six mois ; de six mois jusqu'au moment où on cessera de mettre l'enfant en langes pendant la nuit, ce qui varie selon la saison et le plus ou moins de propreté qu'on aura pu obtenir de lui.

Bandes,

Le premier objet de la layette de l'enfant est la bande destinée à entourer le corps du nouveau-né, à soutenir la ligature du cordon et à maintenir le nombril.

Ces bandes se font avec de la toile douce, elles ont environ 50 centimètres de longueur sur 8 de hauteur. On taille ces bandes en pointe avec une

ouverture transversale sur l'un des côtés. On fait passer l'extrémité de la bande dans l'ouverture pratiquée de l'autre côté, de façon à croiser les deux bouts qui viennent s'attacher l'un à l'autre au moyen de cordons. La figure 8 montre d'une part comment l'une des extrémités passe dans l'ouverture pratiquée de l'autre côté, et d'autre part comment les cordons viennent s'attacher sur le ventre de l'enfant.

Yc.e de dos. Vue de îv e.

Fig. 8. — Bande en flanelle pour le noiiveau-né.

Il faut avoir aussi des bandes de flanelle, préparées de la même façon, qu'on mettra par-dessus la bande de toile. Ces bandes de flanelle seront même utilement conservées après l'enlèvement de la bande de toile, c'est-à-dire après la formation complète du nombril ; elles ont l'avantage de tenir bien chaud le ventre du petit enfant, très sensible au froid.

Chemises.

Les chemises se font en toile ou en percale. Les manches seront un peu plus longues que celles des brassières, de manière à poumr être relevées sur la brassière de dessous, et à garantir celle-ci, qu'on

lave moins souvent que les autres, parce qu'elle est en flanelle. On peut garnir les chemises à l'encolure et aux manches d'un feston ou même d'une petite dentelle fort basse si l'on veut une layette un peu élégante.

En confectionnant les vêtements qui doivent se placer sur la peau de l'enfant, il faut avec soin éviter toutes les épaisseurs qui pourraient blesser ce petit corps si tendre. Pour cela on fait toutes les coutures à l'endroit. Dans les chemises les cou-

Fig. 9. — Chemise unie.

tures sont piquées, dans les brassières de flanelle et dans celles de finette, on les fait au point de chausson.

Il faudra proportionner la longueur de la chemise à la taille de l'enfant ; elle doit tomber audessous des hanches d'environ 15 centimètres.

Nous devons faire remarquer tout de suite que les enfants ont la poitrine plus étroite que le dos ; il faut donc que chaque côté du dos soit plus large que la moitié du devant, d'autant plus que ces côtés du dos doivent se croiser.

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Brassières.

Il faut deux sortes de brassières : les brassières de dessus, et les brassières de dessous.

Celles de dessous pourront être en finette velue d'un coté et lisse de l'autre, ou bien en flanelle plus ou moins épaisse selon la saison. Elles auront absolument la même forme que les chemises, seulement elles seront un peu plus larges, puisqu'elles doivent se mettre dessus, et les manches n'auront que la longueur du bras de l'enfant. Lorsque le froid est rigoureux, on met deux brassières de dessous.

Les brassières de dessus se font ordinairement en basin à petites raies, ou en jaconas façonné à petits dessins, ou en piqué. Il faut qu'elles soient un peu plus larges que celles de finette, puisqu'elles se mettent par dessus. Lorsque les brassières et la chemise, qui se mettent ensemble, sontpass 'es les unes dans les autres, elles ne doivent pas former de pli intérieurement.

Aux brassières, on pose, à la moitié de la largeur du dos, trois rubans de fil d'un centimètre de largeur, le premier à un centimètre environ au-dessous de l'encolure; le second, à trois centimètres environ du premier, et le troisième à la même distance du second. Ces cordons remplacent avantageusement les épingles que l'on met souvent à cet endroit pour tenir les brassières. Il faut les placer de telle sorte que la brassière se recouvre elle-même dans le dos de l'enfant, pour éviter le froid. On adopte la disposition que nous figurerons plu ; loin

pour les langes. Sur l'un des côtés les cordons se placent au bord même de la brassière et sur l'autre, les cordons correspondants se placent à une certaine distance du bord, de sorte que la brassière étant mise à l'enfant, les points d'attache des deux cordons correspondants arrivent à se joindre à peu près. A mesure que l'enfant grossit, ces points d'attache s'écartent et le recouvrement de la brassière diminue. On ne met de cordons qu'à la brassière de dessus, et on croise celle de dessous, ainsi que la

Fig. 10.— Brassière en piqué. Fig. 11.— Brassière à petits plis.

chemise. Pour la nuit, si on ne voulait pas mettre la brassière de dessus, l'été par exemple, on placerait des cordons à celle de dessous.

L'enfant étant presque constamment couché sur le dos, il faut proscrire absolument, pour la chemise et les brassières, l'usage des épingles, des agrafes ou des boutons, qui ne manqueraient pas de le blesser ; il faut n'employer que des cordons, et encore se borner au strict nécessaire, à cause des attaches et des nœuds dont le frottement pourrait causer

quelque douleur à l'enfant. C'est pour cela que nous n'en mettons qu'à la brassière de dessus. Qu'on n'oublie jamais que ucins l'habillement de l'enfant, il faut éviter avec soin la moindre gêne : c'est une condition essentielle de son repos, et par conséquent de sa santé.

On vend des brassières en tricot de laine ou de coton qui peuvent remplacer celles de finette ; mais elles ne vont jamais aussi bien que les brassières que Ton a faites soi-même.

Pendant l'hiver, il faudra de petits fichus en jaconas ou en mousseline ; une pointe seulement suffit.

Couches.

On a souvent l'habitude de faire les couches des enfants avec de vieux draps. A moins que la nécessité d'une économie sévère n'y force, il vaudrait mieux employer ce linge à tout autre usage. La toile des vieux draps n'est plus blanche ; il est impossible de lui rendre son premier éclat. Elle est toujours fort serrée, et, quoique usée, trop ferme ; elle se lave difficilement. Enfin elle ne donne que de vilaines couches, qui sont trop étroites, si on coupe la toile en deux, comme on le fait habituellement.

Nous préférons beaucoup pour cet usage la toile de Bretagne en deux tiers (80 centimètres). Elle est d'une blancheur admirable, qu'elle conserve jusqu'à la fin, se lave très facilement, est souple, douce, bonne et d'un prix très modéré. Quatre-vingt-dix

centimètres de cette toile font une couche parfaite de tous points.

On fait encore pour les couches une toile d'une fabrication spéciale qu'on appelle toile à œils anglais. Elle est plus chère que la toile de Bretagne, mais elle a sur celle-ci l'avantage de devenir souple au premier blanchissage et d'être un peu spongieuse.

Il est convenable de ne pas mettre de chemises longues aux enfants dans les premiers temps, et

Fig. 12. — Couche-culotte.

même tant qu'ils ne sont pas propres. Comme leur petite chemise et leurs brassières n'arrivent qu'au bas des hanches, on y supplée au moyen d'une couche pliée en pointe qu'on place du côté du biais sous les reins de l'enfant, et qu'on attache par derrièr(; à la brassière au moyen d'une épingle de nourrice ou mieux de deux cordons, fixés l'un à la couche, « l'autre à la brassière ; on enroule les deux pointes supérieures de la couche autour des jambes, où elles

sont retenues par les bas, qu^on remonte par dessus et on relève entre les jambes de l'enfant la pointe inférieure de la couche. Enfin on pose sur cette couche la culotte anglaise ou couche-culotte dont nous allons parler, qui est retenue à la brassière au moyen de deux boutonnières, et qui empêche la couche de se détacher ; elle se serre à la taille de l'enfant à l'aide de deux cordons formant coulisse par derrière.

Les couches-culottes (fig. 42) se font en flanelle ou en tissu de coton. La flanelle est préférable parce qu'elle ne se refroidit pas lorsque l'enfant est mouillé. L'emploi de ces petites culottes est d'une très grande commodité; non seulement il devient aiors très facile de changer la couche quand elle est mouillée, mais on pourra même, grâce à ce système, chercher de bonne heure à rendre les enfants propres ; car il suffit de déboutonner les boutons et de tirer la pointe de la couche pour placer l'enfant sur son vase à la maison, ou l' engager à satisfaire ses petits besoins à terre, pendant la promenade (si le temps le permet, bien entendu). Tous ces détails, sur lesquels les mères nous pardonneront d'insister, ont plus d'importance qu'on ne pourrait le croire. Une des premières conditions de la santé des enfants est que leur petit corps soit toujours à sec, et il ne faut rien négliger pour arriver à ce résultat. Beaucoup d'enfants ont la peau si tendre, si sensible, que le moindre contact avec l'urine, amène aussitôt des rougeurs, et par suite des déjnanîîcaisons parfois très douloureuses.

Bavettes.

Les enfants bavent ordinairement beaucoup, et il est mauvais de leur laisser la poitrine mouillée ; on évite cet inconvénient au moyen de bavettes faites en piqué ou en tissu de coton façonné et doublé de finette.

Les bavettes sont fort peu coûteuses, se lavent facilement, et remplissent parfaitement leur but ; on peut, pour habiller l'enfant, en avoir quelquesunes garnies en dentelle ou en broderie. Les modèles de bavettes varient à l'infini ; c'est affaire de goût et d'élégance ; les figures 13, 14 efc 15 représentent les modèles les plus usités.

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