CHAPITRE II
Durée de la grossesse
La grossesse a une durée ordinaire de 270 à 280 jours, c'est-à-dire de neuf mois.
L'enfant qui naît avant ce terme normal exigera des soins encore plus attentifs, mais il est viable dès ]e septième mois, c'est-à-dire qu'on peut lui conserver l'existence à partir de ce moment. On cite même des exemples d'enfants nés entre le sixième et le septième mois qui ont vécu, et se sont développés. Ces faits démontrent qu'il ne faut jamais désespérer de l'avenir des pauvres petits êtres nés prématurément, et qu'on doit leur prodiguer les plus grands soins, quelque faibles que soient les chances de vie qu'ils apportent en naissant.
Les naissances prématurées sont relativement communes ; les naissances tardives, infiniment plus rares, ont été quelquefois constatées. Mais la durée ordinaire de la grossesse normale est de 270 jours; à la fin de ces neuf mois, le nouveau-né peut désormais vivre d'une vie indépendante de celle de sa mère.
Signes de la grossesse
La grossesse se révèle par des signes dont l'importance varie et qu'il importe de connaître.
Avant le troisième mois, les signes de la grossesse sont incertains ; on ne saurait positivement affirmer son existence , on peut seulement la présumer.
Parmi les Signes de présomption de la grossesse, au début, on observe des phénomènes fugitifs, inconstants, tels que de la douleur derrière la tête, de l'abattement, de la fatigue, un léger trouble de la vue, des maux de dents, des nausées et des vomissements, surtout le matin à jeun; le dégoût de certains aliments et de certaines boissons, notamment de la viande et du vin, une salivation souvent abondante, etc.
Si, en même temps, une fonction habituellement T^ériodique, l» menstruation, vient à s'interrompre la grossesse est alors fort probable.
Le défaut d'appétit, l'irrégularité ou les troubles des fonctions digestives, amènent chez la femme enceinte une nutrition incomplète. Aussi la voit-on d'abord maigrir, on lui trouve mauvaise mine, ses yeux se cavent et se cernent; sur sa figure apparaissent quelquefois de petites taches roussâtres qu peuvent, plus tard, par leur agglomération, foi mer ce qu'on a appelé le masque de la femme nteinte.
Dans le troisième mois, tous ces phénomènes per-
sistent et souvent s'accentuent. Ils diminuent ensuite.
Du quatrième au cinquième mois, de nouveaux signes viennent affirmer l'existence de la grossesse.
Une femme qui est grosse pour la première fois sent généralement à mi-terme, c'est-à-dire à quatre mois et demi, les premiers mouvements de son enfant ; après une première grossesse, elle sent d'ordinaire remuer beaucoup plus tôt, à quatre et même à trois mois et demi. Le fœtus manifeste sa présence par de petits mouvements actifs perçus par la mère; ils prennent ensuite plus de force, et peuvent être constatés en palpant l'abdomen.
Enfin, à mi-terme, les battements du cœur de l'enfant peuvent être entendus, et c'est là, à vrai dire, le seul signe de certitude absolue de la grossesse. Ces battements diffèrent des battements du pouls de la mère ; ils sont beaucoup plus fréquents ; leur nombre, par minute, est de 130 à 140, tandis que le pouls maternel bat de 75 à 80 fois. Il est donc impossible de les confonare.
Les bruits que l'on peut entendre en auscultant l'abdomen d'une femme enceinte, au cinquième mois, sont de deux sortes : l'un ressemble à un souffle et correspond par son rythme aux pulsations de la mère ; l'autre est un battement redoublé et fréquent, il provient des pulsations du cœur de l'enfant. Aussi longtemps que ce dernier n'a pas pris de position fixe, la place où les battements de son cœur s'entendent le mieux est variable. Durant les derniers mois, ils acquièrent de la force et de la stabilité.
LE LIVRE DES JELÎSES MÉIIES
Hygiène de la femme enceinte
Pour conserver leur santé, supporter sans trop de peine les changements que la grossesse amène dans tout leur être et arriver heureusement à terme, les femmes enceintes doivent prendre des précautions spéciales et modifier dans une certaine mesure leurs habitudes de vie. Autant que possible, elles habiteront un milieu bien aéré, exempt d'émanations nuisibles et d'humidité, où le soleil pénètre largement. Celles qui vivent à la campagne sont souvent, sous ce rapport, les mieux partagées.
La vie active est, en général, favorable au progrès de la grossesse. Au début, les malaises que la femme éprouve l'empêchent souvent de prendre assez d'exercice et, à la fin, elle n'est plus assez ingambe pour se mouvoir beaucoup. Il ne faut pas trop exiger d'elle, mais il convient de l'engager à sortir, à marcher, à travailler quand elle peut le faire, sans grands efi'orts, en ayant soin de ne pas prolonger ces exercices au-delà du moment où le besoin de repos se fait sentir. Tout mouvement violent ou prolongé peut causer des accidents et doit être défendu, particulièrement aux époques de la grossesse où les hémorragies, l'avortement, l'accouchement prématuré, etc., se produisent le plus facilement, c'està-dire au troisième et au septième mois.
Beaucoup d'Anglaises montent à cheval à une époque même avancée de leur grossesse. Elles en ont pris l'habitude et ne semblent pas en soufliir.
Néanmoins, il est sage de ne pas les imiter, et il convient de s'abstenir de cet exercice, comme de tous ceux qui secouent fortement les organes abdominaux.
Il est raisonnable qu'une fenîme enceinte s'abstienne de courir et surtout de danser ; elle fera bien de ne pas voyager. Si un déplacement est utile ou nécessaire, il faudra s'arranger de façon à éviter l'extrême fatigue, les secousses du corps dans une voiture mal suspendue, et en chemin de ferle mouvement de va-et-vient latéral (mouvement de lacet) qui disloque les reins, — et pour cela ne pas s'étendre en voiture et en chemin de fer, mais s'asseoir de côté afin que le mouvement, au lieu d'agir de droite à gauche, se fasse surtout sentir d'avant en arrière et soit ainsi supporté sans trop d'inconvénient, n faudra éviter les voyages sur mer, s'ils causent d'habitude un malaise ou donnent le mal de mer.
Une femme enceinte est extrêmement impressionnable, ses sensations sont exaltées; elle peut devenir aisément irritable ; il convient encore, sous ce rapport, de la ménager beaucoup.
Les foules, le spectacle, le bal, sont les lieux qu'elle doit le moins fréquenter; si elle y va, qu'elle remarque l'état du petit être qui vit en elle : il est dans une continuelle agitation, qui démontre bien le trouble qu'il ressent.
Les grandes émotions peuvent aussi amener de fâcheux résultats : elles troublent le système nerveux et nuisent à la mère et à l'enfant On doit
donc chercher à les éviter, et tout au moins tâcher de les modérer.
La femme enceinte ne doit pas cependant rester inactive; au contraire, il faut qu'elle cherche à s'occuper d'une manière utile et agréable, à se distraire, et, tout en vaquant aux soins de son ménage, qu'elle commence à préparer la lajette de son futur bébé. Une couche devance parfois son terme et l'on pourrait être pris au dépourvu. Il convient aussi de prévoir ce qu'on devra '^hanger et ajouter aux vêtements usuels pour la période de l'allaitement. Une jeune femme bien résolue à prendre au sérieux ses devoirs de mère trouvera dans tous ces détails un plaisir infini.
Il faudra éviter de se coucher tard, et ne rester au lit que le temps nécessaire au repos. Le séjour prolongé au lit ou sur une chaise longue n'est bon que si la femme souffre du bas-ventre et des reins, si elle a déjà fait une fausse couche, ou si elle paraît menacée d'un semblable accident. Autrement, et surto'vit si elle habite la campagne, elle sera matinale afin de profiter de l'air pur du matin, qui est vivifiant.
Quant à l'alimentation, nous pourrions nous borner à dire qu'elle doit être saine et abondante. Mais, au début de la grossesse, l'appétit est souvent capricieux, troublé par les dégoûts et les nausées. Dans ce cas, tant que la dépravation du goût ne va pas jusqu'à l'envie d'avaler des substances nuisibles, et tant que l'estomac digère bien, le mieux est de laisser les fSnmes prendre ce qu'elles désirent, tout
en les engageant à ne pas faire un usage exclusif des aliments qu'elles préfèrent ; elles devront manger de la viande et des légumes, et pourront se permettre parfaitement, si elles en ont envie, la salade et les fruits.
Plus tard, Fappétit se régularise et devient très actif. Il n'y a pas lieu non plus d'empêcher la satisfaction de ces besoins parfois fréquents et pressants de manger et de boire^, pourvu que l'on évite avec grand soin les indigestions, et que l'on n'use qu'avec modération des aliments fortement épicés et des liquides trop excitants, qui accélèrent la circulation d'une manière dangereuse. Usez et n'abusez pas y cette règle de l'hygiène est ici plus utile que jamais.
Si une femme enceinte a ce qu'on nomme vulgairement des envies^ qui sont souvent des fantaisies très-réprimables plutôt qu'invincibles, elle doit chercher à les surmonter, sans néanmoins y mettre une grande obstination. Il n'y a pas plus d'inconvénient à les réprimer qu'à les satisfaire ; c'est une erreur grossière de croire qu'un enfant peut porter les marques d'une envie ou d'une impression quelconque qu'aurait reçue sa mère ; toutes les histoires qu'on débite à ce sujet sont de véritables contes lie bonnes femmes et de ridicules récits du vieux temps.
La nature a ses caprices ou ses accidents ; ils se manifestent sur la peau, sur les membres ou les autres organes des enfants, et comme on n'en reconnaît pas toujours la cause, on a voulu la trouver dans les envies des femmes enceintes. Que Voit