LE LIVRE DES JEUJNES MÈRES
flamme de la lampe. On pose siu ce trépied une petite casserole de métal, une capsule ou une casserole de porcelaine, comme l'indique la figure 34. Le cataplasme se fait en un «nstant.
Le linge dans lequel on mettra le cataplasme devra être d'une étoffe très claire, telle que de la vieille toile, de la grosse mousseline ou du calicot très usé. On le prendra fort grand proportionnellement à rétendue qu'aura le cataplasme, de manière que, la préparation étant posée et étendue au milieu, on puisse la recouvrir assez largement des quatre côtés afin qu'elle ne s'échappe pas.
On peut aussi recouvrir entièrement le cataplasme, et faufiler le linge dans son pourtour, lorsqu'il sera replié.
Le cataplasme doit être posé à nu, ou du côté où le linge se trouve simple. On ne le fera pas trop épais pour que son poids ne fatigue pas inutilement la malade.
Pour rétendre sur le linge, on ne le placera pas sur du marbre, parce que celui-ci refroidit la surface, et qu'en se fiant à ce degré apparent de chaleur on pourrait brûler la partie où il est appliqué, le refroidissement n'étant que superficiel.
Le meilleur moyen de conserver la chaleur et l'humidité du cataplasme, c'est-à-dire ses deux principales qualités, est de le couvrir d'un morceau de taffetas ciré, qui a de plus l'avantage d'empêcher que le cataplasme ne sahsse les linges qui l'environnent. On peut encore mettre de la ouate par-dessus 1,8 taffetas ciré.
Lorsqu'on change le cataplasme, il faut laver la toile cirée avec une éponge et l'essuyer avec une serviette.
On doit renouveler le cataplasme toutes les cinq ou six heures.
Pour le fixer sur la partie où il est appliqué, on plie un mouchoir en biais, en forme de cravate, que l'on passe en bandoulière par-dessus ou par-dessous le sein malade, selon le cas, et on attache les deux bouts en plaçant le nœud de façon qu'il ne gêne pas.
Si le mal n'est pas grave, et s'il n'est pas encore enraciné, U cédera promptementà ce remède; mais, s'il résiste, si la douleur augmente, s'il se montre de la rougeur à la peau, s'il se manifeste de la fièvre^ il faut consulter un médecin.
Il faudra modérer l'alimentation de la malade et ne lui donner que des potages ; si la fièvre était forte, se borner à lui faire boire du bouillon et une tisane rafraîchissante. Bien que la fièvre ne soit occasionnée que par un mal local, elle n'en étend pas moins sa fâcheuse influence sur tout l'individu, et il faut chercher à en diminuer l'intensité.
Un simple coup d'air, un refroidissement, les tiraillements du mamelon, la sensibilité développée par la succion trop énergique de l'enfant, la cessation brdsque de l'allaitement, les excoriations et gerçures du sein, etc., peuvent causer im gonflement de l'une ou de l'autre glande, plus rarement des deux à la fois, avec douleur, induration, légère rougeur de la peau, que l'on désigne quelquefo-is
SOUS le nom de poil, et dans certains pays sous celui de renfle. C'est un état congestif, voisin de l'inflammation, qui peut facilement se terminer par une véritable inflammation et par suite amener des abcès, mais qui se dissipe habituellement au bout de quelques jours, sans laisser de traces, s'il a été convenablement soigné.
Lorsque cet accident se produit, il faut d*abord dégorger le sein en le donnant à téter à l'enfant. En même temps, appliquer un cataplasme, se mettre à un régime très léger, prendre une infusion chaude rendue un peu diurétique par l'addition du nitrate de potasse (un gramme de nitrate de potasse pour uii litre d'infusion). Il y aurait aussi utilité à employer de légers laxatifs, tels que l'huile de ricin ou le sel d'Angleterre (30 grammes dissous dans un yen e d'eau).
Abcès au sein.
Si la douleur est occasionnée par Tengorgement inflammatoire des seins, elle se dissipera lentement, difficilement, et se terminera souvent par un abcès. Dans tous les cas, la nourrice ne doit pas cesser de donner à téter du côté malade, quelque douleur qu'elle en éprouve. Il faut se résigner à souffrir pour éviter un plus grand mal ; car l'accumulation du lait dans le sein augmenterait beaucoup l'irritation et aggraverait l'état maladif; et si enfin, malgré tous ces soins, on craint un abcès, il faut tout de suite appeler un médecin, parce que d'autres accidents
peuvent survenii^ et que d'ailleurs une incision faite à propos peut éviter de grandes et longues douleurs, sans offrir de danger. En attendant le traitement spécial qu'ordonnera le médecin, il faut continuer les cataplasmes sans interruption, et garder le lit.
Nous avons souvent entendu dire à des matrones qui parlaient avec importance, et à des gens crédules en leur savoir, que les médecins n'entendaient rien aux maux de sein ; la même opinion est accréditée chez les mêmes gens pour les fractures, les luxations et les foulures. Il est bon de combattre de telles absurdités.
Gerçures et crevasses.
Chez les femmes qui nourrissent pour la première fois, et quelquefois même à chaque nouvel allaitement, la succion de l'enfant cause souvent au mamelon des gerçures et des crevasses plus ou moins profondes, toujours excessivement douloureuses, mais qui deviennent rarement assez graves pour qu'on soit obligé d'appeler un médecin. Dans cêscas aussi, il j a beaucoup à se défier des nombreux remèdes de bonnes femmes^ indiqués par des personnes très bien intentionnées sans doute, mais qui ne se rendent nullement compte ni de la nature du mal, ni de ses causes, ni même des moyens de guérison qu'elles emploient. Et malheureusement, de ces remèdes, on ne peut pas toujours dire que, s'ils ne font pas de bien ils ne fer ont pas de mal, car il arrive souvent
qu ils aggravent le mal qu'ils étaient chargés de guérir.
Les gerçures et les crevasses sont de petites fentes de la peau qui recouvre et entoure le mamelon. Quand elles sont superficielles, elles guérissent parfois spontanément, l'enfant continuant de téter; mais il faut pour cela que la nourrice soit douée de beaucoup de courage et d'énergie, car les souffrances causées par la succion sur le mamelon excorié sont très vives. Quand elles ont de la profondeur et s'étendent jusqu'au point de cerner le mamelon en plusieurs endroits, la douleur causée par la succion est extrême, et la mère la plus désireuse d'allaiter son enfant est souvent obligée d'y renoncer.
Ces douleurs aiguës portent sur les nerfs, amènent des grincements de dents, répondent entre les deux épaules, et tirent, malgré tout le courage et toute la résignation possibles, des larmes qu'on ne peut retenir ; enfin eUes font hésiter une mère à mettre son sein dans la bouche de son enfant, qui le lui demande à grands cris.
Dans ces circonstances , après avoir consulté le médecin, comme il s'agit d'éviter de graves accidents, tels que l'ulcération de la base du mamelon, peut-être même la chute complète de cette partie du sein, l'inflammation de la glande et les abcès consécutifs, etc., la mère doit cesser de nourrir.
Tâchons donc de prévenir, ou au moins d'adoucir ces ennemis de l'allaitement maternel.
Comme moyen préventif des gerçures et des
crevasses, on a corir,eillé de préparer, avant V accouchement, le r/Mmelon par la succion souvent répétée^ ce qui est aussi le meilleur moyen, nous Tavons dit, de remédier à la conformation vicieuse du mamelon ; on peut aussi lotionner le sein avec du rhum ou de Teau-de-vie, le recouvrir avec un petit chapeau de caoutchouc, etc. Ces moyens peuvent être employés avec avantage.
Quant aux moyens proposés pour amener la guérison de ces accidents, nous mentionnerons seulement ceux qui réussissent le mieux.
Dès qu'une femme qui commence à allaiter sent au mamelon une douleur qui ressemble à un léger déchirement, il faut poser sur le bout du sein, aussitôt que l'enfant a cessé de téter, un bout artificiel en caoutchouc, en bois ou en ivoire, pour éviter le frottement du linge et le dessèchement de la peau.
Ce moyen simple suffît quelquefois pour arrêter le mal ; s'il continue et s'augmente, on fera f^ire un peu de très bon cérat, avec du blanc de baleine, et on en frottera la partie malade avant de remettre le bout artificiel.
Quelquefois aussi la peau, étant molle, a besoin d'être resserrée. Alors on pourrait, avant de remettre le cérat et le bout artificiel, lotionner le mamelon avec de l'eau de guimauve additionnée de quelques gouttes d'eau-de-vie, ou avec du vin rouge sucré . On mettrait ce mélange tiède dans un verre à liqueur ou dans un coquetier dont on poserait le bord sous le bout du sein, qu'on laisserait ainsi tremper pendant quelques minutes.
Enfin, si le mal ne s'améliorait pas, on essaierait l'allaitement médiat avec le bout de sein artificiel en tétine de vache, en liège, ou en ivoire ramolli. On les trouve chez la plupart des pharmaciens.
Pour s*en servir, on les met tremper dans de Teau tiède jusqu'à ce qu'ils soient devenus mous et souples comme de la chair vivante ; (fig. 35 et 36) on les passe ensuite dans l'eau fraîche et on les essuie.
Fig. 35. — Bout de sein Flg. 36. — Bout de sein
artificiel non ramolli. artificiel ramolli.
Au moment de donner à téter, on pose un de ces bouts sur le mamelon, de manière que celui-ci entre bien dans sa cavité. On place le troisième doigt et Findex sur le rebord, et on appuie pour que ce rebord porte bien exactement sur le sein. On présente ce mamelon artificiel à l'enfant, qui fait souvent beau- <50up de difficultés pour le prendre ; avec de la patience, on finit ordinairement par l'y décider.
Ce bout de sein artificiel ne préserve pas très bien le mamelon de l'irritation produite par la succion de Tenfant, mais il tempère cette irritation et peut ainsi rendre quelque service. H faut bien veiller pendant la succion à ce que l'air ne s'introduise pas sous le rebord de l'appareil, car l'enfant ferait des efforts
inutiles pour avoir le lait puisqu'il ne l'obtient que par le vide : il avalerait beaucoup d'air et se rebuterait bientôt.
On peut aussi essayer contre les gerçures Femploi du Baume Delacour. Après chaque tétée, on lave avec soin le mamelon malade, et on le badigeonne avec un pinceau trempé dans ce liquide ; on recouvre ensuite le sein avec le petit chapeau, que ron vend avec ce baume.
Dans quelques cas, on a obtenu de bons résultats en appliquant sur le mamelom, à l'aide d'un pinceau, une couche de teinture de benjoin, que l'on renouvelle plusieurs fois par jour, sans craindre que cette préparation puisse être nuisible à l'enfant.
On peut aussi envelopper le mamelon d'un épiderme artificiel fait de baudruche mince et souple, rendue adhérente par une couche de collodion élastique, qui est insoluble dans la salive et le lait.
Enfin l'emploi du cosmétique au raisin de Pierlot peut aussi donner de bons résultats.
On use de ces moyens tant que les gerçures ne sont pas guéries; toutefois il est bon d'essayer de temps en temps de s'en passer, et d'habituer graduellement le sein à la succion directe.
Engorgement des seins
Quelquefois les seins se trouvent engorgés par une surabondance de lait, ce qui fait soufirir, peut causer quelquefois des maux assez graves, et crée une difficulté à l'enfant pour prendre le sein.
Pour dégorger les seins, on peut recourir aux pompes de verre, préparées spécialement pour cet usage, qu'on trouve chez les marchands de verrerie, et avec lesquelles on peut aspirer soi-même le lait, qui, ane fois aspiré, reste dans la pompe. Il pourrait arriver qu'on fût obligé de recourir à des moyens plus puissants, comme de se faire téter par un enfant plus âgé que le sien, ou par une grande personne; mais il ne faut user de ce moyen que lorsque les autres sont reconnus insuffisants. On pourrait aussi cou\Tir les seins de cataplasmes, ce qui faciliterait beaucoup l'écoulement du lait.
Par une cause ou par une autre, l'usage d'un sein peut être perdu momentanément ou même pour toujours. Aussitôt que l'amélioration du mal le permet, il faut recommencer à donner le sein malade, car il y a un grand avantage à nourrir des deux côtés. Néanmoins, si l'on n'y parvenait pas, on achèverait très bien la nourriture avec un seul sein.
Lorsqu'une femme a parcouru sans accidents les six premières semaines qui forment le complément de la crise de la délivrance, il est fort probable qu'elle n'en éprouvera pas dans le cours entier de l'allaitement. Ce n'est pourtant pas sans exemple, ^t nous pensons qu'une nourrice doit toujours être jort circonspecte et très soigneuse d'elle-même : la santé de son enfant dépend de la sienne dans une certaine mesure^ c'est une raison de plus pour l'engager à se ménager.