U6 LE LIVRE DES JEUNES MÈRES
ties indispensables d'un bon choix, vous ne devrez pas ensuite être trop difficile sur le nombre et la beauté des dents, la couleur plus ou moins foncée des cheveux et la perfection des traits.
Quand la mère est forcée de mettre son enfant en nourrice à la campagne, elle doit choisir, si cela est possible, une localité peu éloignée de chez elle, de manière à pouvoir aller facilement et par conséquent souvent surprendre la nourrice.
Si l'enfant doit être nourri à la maison, les conditions hygiéniques où se trouve une femme de campagne, les habitudes simples qu'elle a prises au village, font que sa constitution est plus robuste, son moral moins susceptible, et en somme on aura souvent raison de la préférer à celle qui habite la ville.
A Paris, on recherche beaucoup les nourrices venant de la Bourgogne ; il en vient aussi des départements de Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, du Loiret, d'Eure-et-Loir, de la Marne et de la Somme. A Lyon, on prend beaucoup de nourrices dans la Savoie et le Dauphiné ; à Marseille, dans les Hautes et les Basses- Alpes; à Montpellier, dans le Tarn et l'Aveyron ; à Bordeaux et à Toulouse, ce sont les femmes des Pyrénées que l'on préfère.
Les bureaux de placement.
Ces femmes qui viennent chercher à la ville un nourrisson pour l'allaiter chez ses parents, ou pour l'emmener chez elles à la campagne, s'adressent pour ««la à des bureaux dd placement spéciaux autorisés
et surveillés par l'administration préfectorale. La nourrice que le public j vient chercher est obligée d'avoir un carnet, que la préfecture de police lui délivre quand elle a obtenu du maire de sa commune un certificat d'identité et d'un médeôin-inspecteur, nommé en exécution de la loi de 1874, un certificat médical constatant qu'elle remplit les conditions désirables pour élever un nourrisson au sein. Ces deux certificats sont inscrits sur le carnet, qui reproduit en outre, avec l'acte de naissance du nourrisson, le texte des articles du Code pénal et des règlements administratifs qui intéressent directement les nourrices et les directeurs des bureaux de placement. Il j a là pour le public une garantie bien nécessaire contre des fraudes nombreuses. Cependant bon nombre de femmes échappent encore à la surveillance de l'autorité et à l'examen médical, et, en risquant les pénalités spécifiées dans la loi, s'engagent directement sans passer par l'intermédiaire des bureaux de nourrices, sans produire l'attestation de leurs services passés et les pièces de l'état civil exigées par les ordonnances de police.
La nourrice de campagne doit être visitée chaque mois par un médecin-inspecteur et par un membre de la commission locale instituée par le préfet ; les observations de ces visiteurs sont consignées sur le carnet de la nourrice. Mais, de leur côté, les parents ne sauraient exercer une surveillance trop attentive sur les soins donnés à leur enfant.
Cette réglementation de l'industrie des nourrices n'existe qu*en France. Il est vrai que, partout ail-
leurs, OÙ cette industrie est libre, l'emploi des nourrices à gages est l'exception et l'allaitement maternel la règle. En Angleterre, beaucoup de mères qui ne peuvent allaiter elles-mêmes leurs enfants préfèrent les nourrir au biberon plutôt que de les confier à des nourrices mercenaires. Il en est de même en Allemagne.
Les salaires des nourrices varient naturellement beaucoup. A Paris, les nourrices sur lieu demandent de 50 à 80 francs par mois. De plus, lesbureauxfont payer leurs frais de placement, ainsi que les frais du retour de l'enfant de la nourrice à son pays.
Une nourrice de campagne, demande de 20 à 30 francs par mois.
Surveillance de l'allaitement mercenaire.
Une mère obligée de confier son enfant à une nourrice mercenaire doit agir comme si elle nourrissait elle-même ; nous voulons dire que si son enfant n'a pas son lait, il doit du moins avoir sa surveillance et ses soins , qui ne peuvent se remplacer.
Il conviendrait que la nourrice sur lieu couchât dans une chambre voisine de celle de la mère, où elle pourrait être surveillée à divers moments, aussi bien pendant la nuit que pendant le jour.
On doit lui défendre expressément de coucher son nourrisson avec elle.
On fera sagement d'éviter, à la promenade, les commérages avec les autres nourrices ou les bonnes étrangères ; elle ne recevrait guère malheureuse-
ment que de mauvais conseils. Le plus sage serait de ne pas laisser la nourrice sortir seule; on l'évitera du moins autant que possible.
La nourriture de la nourrice doit être sans cesse surveillée ; les femmes de la campagne qui viennent dans les villes pour allaiter ne sont point habituées à une nourriture substantielle et il faut veiller à ce que le changement de régime ne soit pas trop brusque. La bonté des mets excite leur appétit, et elles mangent outre mesure ; de plus, leur estomac, n'étant pas habitué aux nouveaux aliments qu'elles prennent, pourrait s'en trouver fatigué.
Il arrive souvent que le nouveau régime des nourrices sur lieu a pour résultat de les faire engraisser ou maigrir ; l'un ou l'autre est une chose fâcheuse et un signe probable de l'altération de leur lait. Pour éviter cela, il convient de changer le moins possible la vie habituelle de la nourrice, de la faire travailler et de lui donner une nourriture saine et abondante, mais appropriée, le mieux possible, à ses habitudes.
Les tétées, leur durée et leurs intervalles, seront réglés comme nous l'avons dit, en parlant de l'allaitement maternel.
Rapports de la mère avec la nourrice.
Dès le premier jour de l'entrée d'une nourrice sur lieu dans la famille qui l'a choisie, il faut que la mère lui annonce qu'elle entend diriger elle-même l'allaitement de son enfant ; il faut qu'elle n'hésite pas à