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LE LIVRE DES JEUJNES MÈRES

se faire obéir et à redresser les mauvaises habitudes prises, les idées fausses et les préjugés apportés du village. Cela doit être fait avec autant de douceur et de bonté que de fermeté, sans témoigner à la nourrice la moindre impatience pour ses maladresses ou son ignorance. Il faut, dès le début, que celle-ci se persuade bien que vous ne redouiez pas son changement, afin qu'elle ne se croie pas indispensable.

On ne devra point introduire la nourrice dans l'intimité de la famille, et cependant il faut la garder près de soi le plus possible. Cette position est très gênante pour les parents; c'est l'un des inconvénients inhérents à ce mode d'allaitement.

On doit tout faire pour que la nourrice ne s'ennuie pas. Ce n'est pas en lui procurant des distractions qui ne sont ni dans ses habitudes, ni dans ses besoins, qu'on y réussira ; on la détournerait ainsi de ses devoirs. Le meilleur moyen est de ne jamais la laisser oisive, comme l'est ordinairement une nourrice sur lieu. Nous engageons donc à la faire travailler ; étant habituée au travail chez elle, l'inaction lui serait préjudiciable à tous égards. Loin de la faire servir par les autres domestiques de la maison, elle doit faire son service et celui de l'enfant qu'elle nourrit, et aider même les autres. Elle a plutôt besoin d'exercice que d'un repos complet. La volonté de la nourrice ne devra jamais prévaloir sur celle de la mère, sans que pour cela on doive refuser de la discuter et de l'adopter si on la trouve sage.

On a tort de combler une nourrice de cadeaux pendant le cours de l'allaitement. Plus elle en aura,

plus elle en voudra ; et alors elle proportionnera les soins qu'elle donnera à son élève aux cadeaux qu'on lui fera ; et comme il est dans la nature humaine de n'être jamais satisfaite, comme le plus sûr moyen de faire naître de nouveaux désirs est de contenter ceux qui ne seraient pas justes, les exigences de la nourrice deviendront extrêmes, sans que pour cela son zèle augmente. Il nous paraît préférable de lui faire entendre, dès le commencement de l'allaitement, qu'on ne lui fera de cadeaux qu'à des époques déterminées : à la première dent et à la fin de l'allaitement.

Si les nourrices se comportent bien, il faut certes leur témoigner de la satisfaction, et on fera pour le mieux d'après leurs goûts et leurs usages de famille. Si elles se conduisent mal, il n'y a pas à hésiter: il faut d'abord les menacer de les renvoyer, et le faire ensuite si elles ne changent pas. Il sera beaucoup moins fâcheux pour un enfant de changer de lait que d'être laissé aux mains d'une mauvaise femme.

Vers la fin de la nourriture, si l'on a été content, c'est alors qu'on pourra témoigner par de l'argent sa reconnaissance ; c'est d'ailleurs surtout au moment où une nourrice retourne dans sa famille que cette libéralité peut lui être profitable.

On fera bien, si on le peut, d'entretenir des relations avec la nourrice^ même après l'allaitement terminé ; un enfant ne doit pas oublier celle qui lui a donné son lait, et il est juste qu'un véritable attachement vienne payer ce service. Une mère ne doit pas être jalouse de cet attachement ; c'est une

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garantie de celui que son enfant aura pour ellemême. Si la mère n'a pas rempli son devoir, parce qu'elle ne le pouvait pas, elle concevra de la reconnaissance pour celle qui Taura suppléée. Si elle ne Fa pas fait, parce qu'elle n'a pas voulu s'en donner la peine, elle ne saurait envier un bien qu'elle a abandonné volontairement ; et elle doit encourager un sentiment qui est louable d'un côté, et mérité de l'autre.

III. — Allaitement artificiel Cas où il faut accepter l'allaitement artificiel.

A moins que la mère ne se trouve dans une circonstance particulière, qui rende l'allaitement impossible pour elle-même ou dangereux pour le nouveau-né, nous avons déjà dit qu'elle ne devait pas hésiter à remplir son devoir de nourrice.

Si, pour un motif sérieux, il lui est défendu d'allaiter, elle fera sagement de prendre une nourrice à demeure chez elle.

Enfin si cette dépense est au-dessus de ses ressources, ou si quelque autre motif l'empêche de se résoudre à ce sacrifice , elle n'aura plus à choisir qu'entre l'allaitement mercenaire non loin d'elle à la ville ou à la campagne, et l'allaitement artificiel. L'un et l'autre offrent des inconvénients et des dangers.

Abandonner son enfant à une étrangère éloignée, c'est l'abandonner à l'inconnu. Si cette nourrice étrangère est honnête, bonne et intelligente, sans nul doute elle vaudra presque une nourrice sur lieu; mais, dans le cas contraire, l'allaitement artificiel donnerait, comme nous l'avons déjà dit, de meilleurs résultats. Le nourrisson se trouvera mieux de rester près de sa mère et d'être alimenté par elle avec un bon lait de vache, approprié à ses facultés digestives, que d'être envoyé chez une campagnarde ignorante et négligente, où le sein promis pourra être souvent remplacé par des mélanges mal préparés et des soupes indigestes.

En France, il y a des contrées où l'allaitement artificiel est communément accepté, et où, dans des mains expérimentées, il réussit très bien; mais ailleurs, dans les grandes villes surtout, où les conditions d'hygiène sont moins favorables, les enfants s'en trouvent souvent fort mal. L'allaitement artificiel, avec le lait excellent de vaches nourries dans les beaux pâturages de la Normandie, par exemple, avec tous les soins et les précautions que son usage réclame, n'aura pas pour le nourrisson les funestes conséquences (diarrhées, coliques, vomissements) qu'il entraînera s'il est pratiqué dans d'autres conditions.

Nous insistons sur ce point, précisément parce qu'il a été souvent controversé : l'allaitement artificiel n'est pas comparable à l'allaitement naturel ; mais il peut rendre de grands services, et, parce qu'il présente des difficultés , on ne doit pas le pros-

crire absolument. Dans des conditions toutes particulières, et dans la limite que nous avons indiquée, c'est-à-dire s'il faut choisir entre l'allaitement mercenaire à la campagne et l'allaitement artificiel, nous n'hésitons pas à conseiller ce dernier mode ; son emploi est rationnel ; bien pratiqué, il fournit d'heureux résultats. Mais il ne faut pas oublier que c'est un mode d'ahmentation difficile, et, en somme, plus fatigant et plus assujettissant pour la nourrice que l'allaitement naturel; celle-ci doit s'y dévouer tout entière, c'est à cette condition qu'elle réussira.

Laits employés.

C'est le lait de vache qui est le plus ordinairement employé ; on a parfois aussi recours au lait de chèvre, d'ânesse ou de brebis.

Le lait de vache diffère sensiblement, par sa composition, du lait de femme ; il est plus riche en beurre, en sucre et en caséine, et moins riche en sels minéraux, particulièrement en phosphate de chaux, substance nécessaire au développement des os.

Le lait de la brebis contient une proportion plus grande encore de beurre et de caséine, relativement moins de sucre et plus de sels ; il convient beaucoup moins que le lait de vache à l'alimentation de l'enfant.

Dans le lait de chèvre, qui est aussi très nourrissant, il y a à peu près autant de beurre et de caséine, moins de sucre et moins de sels que dans le lait de

vache ; il a une odeur désagréable et n'offre aucun avantage sur le lait de vache.

Le lait d'ânesse se rapproche davantage, par sa composition, du lait de la femme ; il est de digestion facile et serait sans doute préférable au lait de vache, s'il était aussi commun que ce dernier.

Le tableau suivant donnera une idée exacte do ces différences de composition :

ÉIÉMENTS POUR

1,000 parties de lait

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