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CHAPITRE VII

SEVRAGE ET DENTITION Préparation au sevrage.

Dans tous les cas où l'enfant prospère bien avefî le lait de sa mère, de sa nourrice ou du biberon, il y a grand avantage à attendre jusqu'au septième ou huitième mois, jusqu'après la sortie des dentsincisives médianes, pour ajouter un nouvel aliment à celui qui l'a amené à ce degré de développement. Tout en modifiant peu à peu l'allaitement, on le continuera longtemps encore de manière à lui donner de moins en moins d'importance, à mesure que letravail de la sortie des dents s'effectuera et quel'enfant se familiarisera avec les aliments qui, àl'avenir, formeront son régime.

Ce serait gravement compromettre la santé du nourrisson que de le sevrer trop tôt et trop vite. Il faudra, pour commencer le sevrage, que l'évolution dentairesoit commencée, et, pour le terminer, c'est-à-dire pour cesser de donner le sein ou le biberon, qu'elle soit très avancée et presque terminée.

Le sevrage, on le voit, ne consiste pas simplement,, comme on l'entend parfois, dans la suppression complète de l'allaitement; il comprend aussi tous leschangements qui précèdent cette suppression et la

rendent facile ; ce n'est pas une opération qui se fait d'un jour à l'autre; il suit l'enfant, ean général, du septième au quatorzième mois.

Les nouveaux aliments de l'enfant.

Un grand nombre de substances et de préparations spéciales sont employées pour l'alimentation des jeunes enfants au moment du sevrage. Nous citerons les diverses farines de froment, d'orge, d'avoine, de riz, l'arrow-root, le tapioca, la fécule de pomme de terre, le pain, la biscotte, dont on compose des bouillies et des panades bien cuites ; nous ne mentionnerons aucune des préparations, ou mélanges divers, très usités en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, et qui commencent aussi à se répandre en France, on ne sait vraiment pourquoi, car ils ne nous paraissent avoir aucun avantage spécial.

Tantôt la composition de ces aliments divers se rapproche du lait de vache, qu'ils sont loin de valoir, et on a, au lieu d'un bon lait naturel, facile à se procurer partout, une préparation très médiocre.

Tantôt on a tout simplement un mélange de farines diverses, qui forment un aliment détestable, que les enfants digèrent mal, et dont le moindre inconvénient est de coûter fort cher.

Laissons donc de côté ces tentatives dues a l'alliance intéressée des chimistes et des industriels, et disons qu'une panade ou une bouillie très claire et bien cuite est l'aliment le plus convenable à donner à l'enfant dès que le lait devra être suppléé.

Pour les premiers temps, et afin d'éviter qu'il ne reste dans la panade des portions de pain trop grosses que l'enfant aurait de la peine à avaler, il convient de la passer au tamis. On y mettra un peu de sel ou de sucre, et du beurre. On peut aussi, quand elle est cuite, en faire égoutter l'eau et y verser du lait. On peut également la préparer avec la biscotte au lieu de pain.

De légers potages composés de fleur de froment ou de tapioca, d'arrow-root , de farine de riz, de fécule de pomme de terre, associée au lait de vache, que l'on fait bien bouilflr, que l'on sucre légèrement el auxquels on donne une consistance de bouillie très liquide, sont aussi très bons. On les donne à l'enfant avec une petite cuillère, et par petites portions qu'on renouvelle à mesure que Tenfant avale et parfois en le laissant se reposer un moment.

Lorsqu'on commence à faire manger un enfant, on a ordinairement le tort de lui donner de la bouillie fort épaisse et mal cuite ; c'est alors de tous les aliments le plus mauvais qu'on puisse choisir, pour de pauvres petits êtres dont les facultés digestlves sont à peine développées, et qui sont habitués seulement à digérer les liquides. Cette sorte de colle arrive dans leur estomac et y passe la plupart du temps presque sans être digérée ; elle cause souvent de violentes inflammations et des coliques très douloureuses.

n faut préparer ces potages féculents pour chaque repas, et les faire cuire assez longtemps sans leur donner trop de consistance. Les potages préparés avec de la farine préalablement torréfiée, jusqu'à ce

qu'elle ait pris une teinte jaunâtre, sont encore plus légers et conviennent parfaitement.

Dans quelques cas, pour certains enfants débilités, il y aura avantage à préférer la farine d'avoine à la farine de blé ; la farine d'avoine contient une notable proportion de phosphate de chaux. Avant de la faire cuire, il faut pendant plusieurs heures la laisser macérer, et ensuite passer la bouillie pour en isoler les pellicules ligneuses qui accompagnent toujours la farine d'avoine.

Réglementation de la nouvelle alimentation de l'enfant.

D'abord, on ne fera manger l'enfant qu'une seule fois dans la journée et toujours au même moment ; on remplacera un repas au sein ou au biberon par dix ou douze petites cuillerées de panade ou de bouillie claire. Vers le neuvième mois, la tétée du matin sera également remplacée par un repas semblable et l'enfant prendra ainsi deux légers potages chaque jour. Bientôt, s'il continue à bien digérer cette nouvelle nourriture, on lui donnera un troisième potage dans la soirée, au lieu du sein ou du biberon. C'est à ce moment, vers le dixième mois, que sortent ordinairement les dents incisives latérales.

Beaucoup de mères donnent à téter à leur enfant immédiatement après l'avoir fait manger. Elles ont tort. Si l'enfant est assez nourri par sa soupe, le lait qu'il prend ensuite est une surabondance qui lui est nuisible plutôt que profitable, et de plus, s'il

sait qu'il doit avoir à téter, il se décidera difficilement à manger. Il faut seulement lui faire boire un peu d'eau sucrée, ou mêlée d'un peu de vin, aprèschaque repas de soupe.

Ensuite les potages pourront être préparés avec le bouillon gras ordinaire, des fécules et des pâtes, et vers la fin de sa première année l'enfant sera amené à manger un jaune d'œuf cuit à la coque, du pain trempé dans le jus de viande, des purées de pommes de terre et autres, etc. Il sera ainsi tout doucement et peu à peu habitué à la diversité des aliments qui formeront sa nourriture après le sevrage.

On continuera cependant à le mettre au sein, maison diminuera progressivement le nombre des tétées, en ayant soin d'augmenter, en même temps, dans la proportion nécessaire, les autres aliments. Ainsi, à la fin de la première année, on ne donnera plus à téter que deux ou trois fois par jour.

Sevrage définitif.

Il faut attendre, pour cesser tout à fait l'allai-^ tement, que le travail de la dentition soit très avancé ou presque terminé, et choisir pour cela non une saison plutôt qu'une autre (quoique le printemps ou l'été soit, à certains égards, plus convenable), mais le moment de repos qui survient dans révolution dentaire, après la sortie parfois difficile des quatre canines, c'est-à-dire vers le milieu de la seconde année. L'enfant peut alors triturer et digérer les aliments solides (viandes et légumes) bi«n préparés. Il

est alors tout naturel, à moins d'une circonstance accidentelle et spéciale engageant à reculer encore l'époque du sevrage définitif, de mettre promptement, en quelques jours, l'enfant au régime des substances les plus délicates qui composent l'alimentation ordinaire de sa famille ; il y a été graduellement préparé, et il souffrirait maintenant de n'avoir pas une nourriture assez substantielle pour les besoins de son âge.

En Angleterre, et dans quelques parties de la France, en Normandie par exemple, on sèvre tout à fait les enfants à six ou à sept mois. Cela est mauvais. Le sevrage prématuré offre les mêmes dangers que l'alimentation insuffisante, et est une cause de maladies graves.

Dans le Poitou, les paysannes nourrissent jusqu'à deux et même trois ans ; cela est absolument inutile à l'enfant et nuisible à la mère.

En résumé donc, le terme moyen de quinze à dixhuit mois nous paraît très convenable.

Il est impossible d'indiquer une époque plus précise pour le sevrage définitif. Il y a des enfants dont la dentition est tardive et pour lesquels il serait difficile d'attendre la sortie des canines. Il y en a d'autres dont la dentition est précoce et rapide. Dans tous les cas, on choisira un moment de calme et de relâche dans la poussée des dents.

L'enfant, déshabitué peu à peu du sein, acceptera sans pleurs et sans cris d'en être tout à fait privé, et ia maman ne sera pas incommodée par son lait, devenu de moins en moins abondant par suite de l'inaction de plus en plus prolongée des organes quile produisent.

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Quand on a résolu de sevrer tout à fait l'enfant, s'il persistait à réclamer le sein et si la mère n'avait pas le courage de lui résister, elle aurait pour le lui faire abandonner la ressource d'enduire le mamelon d'une substance amère telle que l'extrait de gentiane ou de quinquina délayé dans de l'eau, dont la saveur, nouvelle et désagréable pour l'enfant, lui enlèverait promptement tout désir de reprendre le sein.

Précautions à prendre par la nourrice.

En opérant ainsi le sevrage peu à peu, la nourrice n'éprouvera qu'une gêne passagère, causée par un engorgement momentané des seins, après qu'elle aura cessé de nourrir. Il lui suffira de les couvrir de ouate, et bientôt ils ne donneront plus de lait. Souvent, elle fera bien de prendre un purgatif (sulfate de soude ou de magnésie) et de boire pendant quelques jours une décoction de chiendent nitrée, c'està-dire une décoction de chiendent dans laquelle on fera dissoudre environ deux grammes de nitrate de potasse pour un litre.

Au surplus, on attribue au sevrage beaucoup d'accidents qui ne lui sont pas dus, et c'est une absurdité de dire qu'une femme a du lait répandu dans la tête, dans l'abdomen, dans une jambe, dans un bras; on n'a de lait que dans les seins. Seulement la surexcitation causée dans les glandes mammaires par la sécrétion du lait n'étant plus appliquée à le produire, des désordres peuvent survenir dans ces

organes ou dans d'autres, désordres dont la nature peut être reconnue par un médecin, et qui seront combattus par les ressources de l'art, nullement par les remèdes de commères qui ne font malheureusement jamais défaut.

Dentition.

L'époque à choisir pour le sevrage dépend, comme nous l'avons dit, de la dentition : nous terminerons ce chapitre en donnant quelques renseignements sommaires sur la marche que suit, le plus ordinairement, la dentition des enfants.

La sortie des premières dents se fait à des moments et dans un ordre qui offrent de grandes variations.

On voit, mais cela est très rare, des enfants naître avec une ou deux dents.

D'autres fois, au contraire, et c'est moins rare, la première dent n'apparaît que dans la seconde année ; ce retard a souvent pour cause une nourriture vicieuse et indique ordinairement un peu de rachitisme.

Les enfants qui percent des dents fort jeunes les font en général facilement ; mais hâtons-nous d'ajouter que de nombreuses exceptions s'observent. On ne peut donc dire, avec quelque certitude, que le plus ou moins de difficultés que les enfants ont à Dercer leurs dents dépend de l'âge auquel ils les percent

Ordinairement, les dents sortent par groupes, à l'âge et dans Tordre suivants :

Entre 6 et 8 mois, les deux incisives inférieures di milieu (appelées internes ou médianes);

— 8 et 10 mois, les quatre incisives supérieures ;

— 12 et 14 mois, les deux autres incisives inférieures

(appelées externes ou latérales), et les quatre petites molaires internes;

— 18 et 20 mois, les quatre canines;

— 28 et 34 mois, les quatre petites molaires externes.

La première dentition qui se compose de vingt dents , dix à chaque mâchoire, est alors terminée.

Chaque groupe de dents met un certain temps à faire son apparition. La sortie des incisives inférieures internes s'accomplit quelquefois en un jour; d'autres fois elle n'est pas terminée au bout de dixjours.

Les quatre incisives supérieures sortent en quatre ou six semaines ; mais entre la première dent de ce deuxième groupe et la dernière dent du premier, il y a un intervalle de repos qui dure de deux à trois mois. De même pour l'évolution des autres groupes.

Ces vingt dents de la première dentition, ou dents de lail, sont destinées à tomber pour être remplacées par les dents permanentes de la seconde dentition, qui commence à s'effectuer vers l'âge de six ans.

Beaucoup d'enfants font leurs dents sans avoir l'air de le sentir; la sortie des dents, dans beaucoup de cas, ne s'accompagne d'aucun accident, et ne cause ni douleur ni fièvre.

Mais elle est souvent aussi précédée d'une mliammation assez vive des gencives. L'enfant a de la fièvre avec insomnie, agitation, cris, inappétence; il porte les doigts à sa bouch©, salive abondamx»©»*

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et tette avec peine. Puis tout rentre dans Tordre avec l'apparition de la dent attendue, et même quelquefois avant.

L'irritation produite aux gencives par le travail dentaire réagit parfois sur l'ensemble ou sur une partie des organes de la manière la plus fâcheuse, et cause des maladies à la peau, au cerveau, des dérangements de ventre et d'estomac très graves, ou un ébranlement du système nerveux très dangereux. O i ne porte pas toujours à ces désordres l'attention qu'ils réclameraient, parce qu'on se tranquillise en disant : Ce sont les dents. Certes, si la dent perce, et que la crise se termine, le principe du mal ayant disparu , on peut espérer que la nature suffira à en faire disparaître aussi les effets ; mais la dent peut tarder beaucoup à percer, et le mal, dont elle est la cause première, devenir tellement sérieux qu'j.i tienne le pauvre enfant dans un état fort long de souffrance et de maladie.

Nous pensons donc qu'il faut combattre une maladie ou une indisposition occasionnée par la dentition, avec autant de soin que si elle était due à toute autre cause ^ et ne pas négliger d'avoir recours au médecin sous le prétexte que le malaise dont souffre l'enfant est dû aux dents qu'il fait.

On diminuera beaucoup les chances de maladie par une ahmentation bien réglée, par l'usage des bains, et par l'habitation à la campagne , ou de fréquentes promenades.

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