CHAPITRE VIII
IIVGIÈNE DU NOURRISSON
L'enfant dans son beroeau.
La manière dont on couche les enfants est loin d'être indifférente. D'abord, en naissant, ils ont souvent des mucosités dans le gosier, et il faut qu'ils les rendent ; plus tard, ils rejettent souvent et très facilement l'excédent d'aliment qu'ils peuvent avoir dans l'estomac; enfin ils bavent.
Il faut les coucher sur le côté; alors, ce qui leur arrive dans la bouche s'écoule facilement. S'ils étaient sur le dos, ces matières resteraient dans la gorge et gêneraient beaucoup la respiration, ou bien seraient avalées, ce qui pourrait avoir quelques inconvénients.
On aura soin, en les couchant sur le côté, de ne pas leur laisser le bras correspondant comprimé par le poids du corps ; ce bras s'engourdirait et au réveil deviendrait douloureux. Il faut alterner le côté sur lequel on couche l'enfant ; cela le délasse, et convient au développement régulier de la taille.
Quelquefois, au milieu de son sommeil, l'enfant; semble vouloir s'éveiller et fait entendre une petite grognerie, sans ouvrir les yeux. Il éprouve le besoin de changer de position ; on le retourne et on lu
couche sur le côté opposé, ordinairement il se rendort.
On peut chercher à calmer et à endormir les enfants en les berçant, mais à la condition de le taire doucement, avec modération et pas trop longtemps. Cette pratique est très ancienne : les Romains avaient des berceurs et des berceuses de profession. Le berçage, trop prolongé et violent, ne serait pas inoiïensif ; il troublerait la digestion et la circulation et pourrait provoquer quelquefois des vomissements.
Enfin, et ceci est à remarquer, les enfants qu'on berce dès leur naissance en prennent une telle habitude qu'il n'est plus possible de les endormir sans cela et qu'ils s'éveillent dès qu'on cesse.
Quand l'enfant est souffrant, ou qu'il est agité, on peut le bercer doucement dans son petit lit en passant le bras sous l'oreiller ou en le dorlotant sur les genoux, ce qui paraît lui être agréable et le calme souvent.
On ne se laissera pas aller à un excès de précautions pour éviter le bruit pendant que l'enfant dort; ce serait lui donner une trop grande susceptibilité. Le temps de son sommeil est presque toujours le seul moment de liberté pour les personnes qui le soignent ; il deviendrait, au contraire, un temps d'esclavage pour tous les gens de la maison, si on se condamnait au silence.
On doit bien se garder aussi de donner aux enfants l'habitude de les promener pendant la nuit. S'ils restent éveillés et pleurent même, on s*assure
qu'ils n'ont aucun besoin, qu'ils ne sont pas mouillés, qu'ils ne se sont point refroidis, ce qui arrive facilement dans le premier âge ; et on les laisse dans leur berceau. Si les cris deviennent trop forts, on prend les enfants, on les dorlote un peu sur les bras, et on les recouche aussitôt qu'ils sont calmés.
Il est bien autrement fatigant de promener un enfant la nuit que le jour, et toujours dangereux de s'exposer soi-même au froid que l'on peut ressentir en sortant du lit. Nous le répétons, c'est parfaitement inutile, à moins que l'enfant ne soit malade, ou par trop difficile à endormir dans son berceau.
Un mois après sa naissance, un enfant commence à fixer les objets et à les distinguer ; les couleurs vives attirent ses regards, ainsi que le mouvement. Mais bien avant cette époque il perçoit la lumière, qui agit dès sa naissance -sur l'organe de la vue, quoique celui-ci ne soit pas encore assez développé pour distinguer les formes ; on s'en aperçoit à la contraction de la pupille lorsqu'on place l'enfant en face du jour.
Il est très important de placer le berceau de manière que les deux yeux de l'enfant reçoivent également les rayons lumineux, dont l'action contribue au développement de ces organes ; sans cette précaution l'enfant commencerait à loucher. Il ne faut donc pas placer le berceau de façon que le jour arrive soit à droite, soit à gauche.
Si le jour est vif, et surtout s'il fait du soleil, on placera le berceau de façon que le jour arrive par derrière. Si, au contraire, le jour est un peu sombre
on pourra placer le berceau directement en face du jour ; d'ailleurs, on modère par des rideaux l'éclat d'une lumière trop vive. Voir le jour est déjà pour l'enfant une sorte de distraction, et il restera plus tranquille dans son berceau, s'il l'aperçoit bien.
Aussitôt qu'il distinguera les couleurs et les objets, on pourra commencer à lui donner les moyens de s'amuser seul, et le tenir ainsi plus longtemps éveillé dans son berceau ; pour cela, on suspendra bien en avant et non au-dessus de ses yeux, quelques petits jouets ou chiffons de diverses couleurs; il s'en réjouira et s'en occupera beaucoup ; vous le verrez sourire, s'ébattre, et pousser des cris de joie. L'enfant imprime alors à son berceau un petit balancement qui fait remuer les objets suspendus, et sa joie en est encore excitée. Nous avons vu des enfants rester quelquefois pendant très longtemps occupés de cette façon, et témoigner par des éclats de voix bien amusants le plaisir qu'ils prenaient ainsi.
La toilette et les soins de propreté.
Lorsqu'il aura tété, on changera l'enfant. Il serait d'un côté préférable de le changer auparavant, parce que souvent il s'endort en tétant ; mais tous les enfants n'ont pas la douceur et la patience nécessaires pour attendre ainsi sans se mettre en colère ; le plus souvent l'enfant crierait jusqu'à ce qu'il ait à téter, et même il s'habituerait bien vite à croire qu'on lui donne à téter parce qu'il crie; d'ailleurs
l'enfant se salit souvent après avoir tété : tout compte fait, il vaut donc mieux donner d'abord à téter à Tentant, et le changer après.
Chaque fois qu'un enfant est mouillé et sali, on
Fig. 45. — Toilette de l'enfant.
doit le changer de linge, et, avant de lui mettre du linge propre, le laver ; les lavages se feront avec de l'eau un peu tiède et une éponge, rapidement. On essuiera sans frotter, et chaque fois on mettra, à l'aide d'une houppette, de la poudre d'amidon bien
sèche, plus commune et moins chère que la poudre de Ijcopode, dans les plis des aines et des cuisses, et sur les reins.
Tous les matins on fait à l'enfant une toilette générale ; on lui débarbouille la figure, le cou, les mains. On le poudre de nouveau; on lui brosse fortement la tête ; dans les premiers temps avec la brosse douce, plus tard avec la brosse dure, et il ne faut pas craindre d'appuyer.
En habituant graduellement l'enfant à cette friction, on empêchera l'accumulation de la crasse, qui couvre si souvent la tête des enfants de manière à leur faire une espèce de calotte; à mesure que cette crasse se montrera, on l'enlèvera, ce qui ne présentera aucun danger comme le croient certaines personnes^ qui vont même quelquefois jusqu à considérer comme une chose fâcheuse de voir la lête de l'enfant sans crasse. Quand on laisse cette crasse s'épaissir, elle s'oppose à la croissance des cheveux, et entraîne même souvent leur chute en se détachant.
Il y a sur cette crasse de la tête des enfants beaucoup de préjugés établis : certaines personnes sont encore convaincues qu'en l'enlevant on provoquera la teigne ; que c'est une humeur qui se reportera ailleurs, qui tombera sur les yeux, etc. Les gens du peuple n'osent pas y toucher ; on dirait qu'ils ont une espèce de vénération pour elle, au point que vous voyez souvent leurs enfants en avoir jusque sur le front. Il faut combattre ce préjugé partout où vous le rencontrerez.
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Les bains.
De très bonne heure, il faut donner des bains au nouveau-né. Cet usage commence d'ailleurs très heureusement à se répandre en France.
Les anciens faisaient un fréquent usage des bains pour eux et pour leurs enfants. C'est l'un des meilleurs préservatifs et des plus efficaces remèdes contre la plupart des maladies du premier Age, qui sont presque toutes des maladies inflammatoires.
Les bains, loin d'affaiblir comme on le croit généralement, lorsqu'ils ne sont donnés ni trop prolongés ni trop chauds, fortifient l'enfant et aident à son développement en détendant les muscles et la peau De plus, ils ofirent aux enfants un grand amusement; on peut remarquer que pour la plupart, ils sont joyeux dans l'eau.
Il est bon d'employer un thermomètre pour déterminer la chaleur du bain, qu'on juge d'une manière fort inexacte avec la main; lorsque la main est chaude, on trouve le bain froid, et, lorsqu'elle est froide, on le trouve chaud. On élèvera la tempéture de l'eau à 35 ou 36 degrés centigrades, et l'été on essayera d'abaisser cette température à 30 et même 28 degrés, si l'enfant no s'en plaint pas.
Un baquet, une grande cuvette suffira pour les premiers jours, si on n'a pas le petit bassin en zinc dont nous avons donné la figure. Ensuite il faudra
se procurer une petite baignoire, également en zinc. On ne laissera l'enfant, dans les premiers temps, que deux ou trois minutes dans l'eau ; on augmentera la durée du bain peu à peu, et l'on augmentera aussi graduellement la quantité d'eau.
Ces petits bains rapides, donnés chaque matin, si c'est possible, pendant les deux premiers mois, ou tout au moins deux ou trois fois par semaine, constituent la principale toilette de l'enfant.
On mettra Tenfant nu dans le bain en le tenant d'une main sous les cuisses et de l'autre sous les épaules.
On Vy laissera d'abord le temps seulement de le bien laver. Puis ensuite, quand on pourra l'asseoir dans son bain, on l'j laissera jouer un peu, mais en ayant soin de ne pas le quitter, même pour quelques seconc/es .* un accident serait vite arrivé et pourrait avoir, si on n'était pas là pour y remédier sur le champ, les conséquences les plus fatales.
Les enfants trouvent ordinairement un grand plaisir à barboter dans l'eau, ils la frappent de leurs mains et en jettent de tous côtés ; on les baignera donc dans une chambre qui puisse sans trop d'inconvénients supporter leurs dégâts. On fera bien d'ailleurs de mettre une grande toile cirée autour de la baignoire.
Lorsqu'on veut rendre les bains plus doux, on j peut ajouter du son à l'eau. Voici comment on procède : on met dans un chaudron une partie seulement do l'eau nécessaire au bain, puis on j ajoute le son (un litre pour un bain suffit), on lui fait faire quelques
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bouillons, puis on verse le reste de l'eau, qui alors n'a pas besoin de bouillir avec le son.
On peut remplacer le son par de l'amidon en poudre et non cuit (100 grammes pour un petit bain).
Pour retirer un enfant du bain, il faut faire chauffer une nappe doublée d'un lange de laine, la poser sur les genoux et envelopper rapidement l'enfant. Une nappe ouvrée, grosse et vieille, est ce qui convient le mieux, parce que l'épaisseur de ce linge lui fait conserver sa chaleur plus longtemps ; en outre, comme il est très moelleux, il absorbe facilement l'humidité.
Il faudrait, autant que possible, baigner un enfant avant le sommeil de la journée, le faire manger ou téter en sortant de l'eau, puis le coucher.
Lorsqu'un enfant sort du bain, il est ordinairement fort calme, il s'endort paisiblement ; puis la petite moiteur qui accompagne le sommeil continue l'effet du bain.
Il ne faut mettre un enfant dans l'eau qu'une heure environ après qu'il a tété, et une heure et demie à deux heures après un repas plus solide.
Habitudes de propreté à donner à l'enfant.
Nous avons dit qu'il fallait changer les enfants chaque fois qu'ils étaient mouillés, cela est toujours nécessaire ; l'urine agit d'une manière très fâcheuse sur la peau. Afin que la maman puisse le faire seule, la nuit, sans se déranger, il faudra comme nous l'avons déjà dit qu'elle ait, au moins pendant les premiers
temps, une veilleuse dans sa chambre, jusqu'à ce qu'elle soit tellement habituée à ce service qu'elle puisse le faire à tâtons. Si elle ne peut arriver à se passer de lumière, il serait préférable qu'elle s'éclairât seulement au moment où elle en a besoin, afin de ne pas habituer l'enfant à conserver de la lumière toute la nuit, ce qui lui fait redouter l'obscurité quand par hasard il s'y trouve plongé, et pourrait le rendre peureux. Le soir, la mère aura soin de préparer deux ou trois langes, c'est-à-dire de mettre ensemble les couches et les langes que l'enfant porte habituellement ; elle les placera sur le pied de son lit, où elle les trouvera lorsqu'elle aura besoin de changer son enfant. Avant de le prendre, elle placera sur son lit le taffetas ciré. Le lange ne peut jamais être bien froid, étant placé sur le pied du lit. L'hiver on pourra mettre les langes dans le lit même, à côté de soi, ce qui leur communiquera une douce chaleur.
Pour éviter l'embarras de changer un enfant la nuit, il faut de très bonne heure s'occuper de le rendre propre ; voici comment on s'y prendra pour essayer d'y arriver le plus promptement possible.
A l'âge d'un mois à six semaines environ, lorsque l'enfant vient de téter ou lorsqu'il y a longtemps qu'il ne s'est saU, on ouvre le bas du lange (ce qui est très facile et très prompt, puisque rien ne le retient) et on prend l'enfant par les cuisses, qu'on écarte i légèrement ; on le tient ainsi au-dessus d'un vase devant le feu, si l'on est en hiver, et on fait avec la bouche, d'une manière un peu continue et très
doucement, le petit bruit que toutes les mères connaissent, psi, psi... D'abord, l'enfant ne saura ce qu'on lui demande ; mais la chaleur du feu l'engagera à satisfaire ses besoins beaucoup plus vite qu'on ne saurait le croire. Il apprendra bientôt que le petit bruit qu'il entend est pour l'engager à cela, et il attendra ce moment. L'été on se servira d'un petit vase de nuit long, qu'on placera entre ses jambes: le froid du bord du vase suffit pour avertir l'enfant.
A la promenade, l'impression de l'air produira le même effet, et il sera très facile d'habituer l'enfant à satisfaire ainsi ses besoins.
Fig. 46. — Vase à la polonaise pour l'enfant.
Enfin aussitôt que les enfants sont assez grands pour être posés sur un vase rond, il faut le faire. On s'assied, on place le vase sur ses genoux, on met l'enfant dessus en le soutenant par derrière, avec le bras et l'épaule ; il est fort à son aise dans cette position.
Nous pouvons faire espérer que, si l'on apporte tout le soin nécessaire à donner à un enfant l'habitude de la propreté, même avant l'âge de trois mois, il ne se salira que par accident; on évitera de la sorte une grande consommation de linge et beaucoup d'embarras.