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LE LIVRE DES JEU.NES MERES

Le vase qu'on emploie pour les enfants a une tonna particulière, il est plus large en bas qu'en haut afin que, posé par terre , l'enfant ne puisse le renverser ; on l'appelle à la polonaise. On en fait en gutta-percha, ce qui vaut mieux que la faïence ou la porcelaine.

Nous devons réfuter ici un préjugé que nous avons rencontré quelquefois. On prétend que faire uriner les enfants devant le feu leur donne le dévoiement. Vous n'en croirez rien.

Les sorties et les promenades.

A l'âge de huit à dix jours, on peut commencer à faire sortir un enfant, si la saison est belle ; mais plus tard, si le temps est froid. Cependant il ne faudrait pas que la crainte du froid empêchât trop longtemps de lui faire prendre l'air, qui lui est nécessaire.

S'il fait froid, on choisira un beau jour et l'heure de midi pour les premières sorties ; il faut se garder, lorsque les enfants sont petits, de les exposer au vent et au brouillard.

La personne chargée de porter le nouveau-né mettra le petit oreiller du berceau sur son bras et couchera l'enfant dessus. Les enfants dorment presque toujours lorsqu'ils sont dehors, et sont infiniment mieux ainsi. S'il fait froid, le petit oreiller les garantira ; s'il fait chaud, il les préservera de la chaleur du bras et du corps de la personne qui les portera.

L'exercice est une chose de première nécessité

pour l'enfant ; sa croissance continuelle exige le mouvement. Il faut se faire une loi de sortir l'enfant tous les jours autant que possible ; à la condition, bieû entendu, qu'ils ne souffrent ni du froid, ni de l'humidité, pendant leur promenade.

Lorsque les enfants sont très jeunes et ne marchent pas encore seuls, lorsqu'ils commencent à être assez lourds pour qu'il soit fatigant de les porter, on peut les transporter dans une petite voiture ; ils y sont d'ailleurs plus à l'aise que dans les bras.

On construit aujourd'hui pour les enfants, à des prix modérés, de charmantes petites voitures, légères et douces. L'é^é on adaptera un baldaquin ou une ombrelle à la voiture, pour les garantir du soleil; l'hiver, il faudra avoir soin de leur mettre aux pieds une boule d'eau chaude.

Si les enfants sont trop jeunes pour rester assis sur le siège de la voiture, on peut les coucher sur un oreiller comme ils le seraient dans leur berceau ; ils y dorment fort à l'aise.

Nous avons cependant une observation à faire au sujet de l'emploi de ces petites voitures, qui rendent d'ailleurs de grands services. Il faut éviter autant que possible les soubresauts et les cahots, qui pourraient avoir de l'éels inconvénients pour les enfants, par l'ébranlement qu'ils causent à tout leur petit être. A la campagne la chose sera facile, car on a le plus souvent à sa disposition des routes bien unies ; dans les villes, il faudra éviter autant que possible les rues pavées, se tenir sur les trottoirs et marcher toujours très doucement.

Enfin, dernière recommandation indispensable à faire aux bonnes : ne jamais quitter même un seul instant la voilure en marche; la plus petite négligence peut amener, à Paris surtout, à cause de la grande circulation, les accidents les plus affreux.

L'enfant sur un tapis et à quatre pattes.

Vers l'âge de quatre mois, il faut mettre de temps en temps l'enfant sur un tapis par terre. Si on attend plus tard, la différence de l'aspect des objets vus de cette position peut lui causer une frayeur qui sera peut-être ensuite difficile à vaincre. En le mettant à terre sur le tapis, on place le petit oreiller sous sa tête, puis on le laisse ; il fait, dans cette position, un exercice violent; il remue ses bras ses jambes, et à force de frapper ses talons ils deviennent tout rouges. Si l'on met quelques objets à la portée de ses mains, il les saisit et les jette en l'air, ce qui l'amuse beaucoup. Il se trouve fort heureux sur ce tapis, surtout s'il a été habitué à rester dans son berceau et il y passera parfois plusieurs heures de la journée. Outre le bien qu'il retirera de l'exercice qu'il prend, ce seront de bons moments pour les personnes chargées de le garder et de le porter.

M. le docteur Henriette (de Bruxelles) a imaginé pour les enfants du premier âge un excellent i lit de repos, dont la construction est très simple. C'est un cadre-hamac composé d'un bâti en fer et d'une toile. La base du cadre-hamac forme un carré

long, aux quatre angles duquel s'élèvent quatre petits montants de fer rond. Deux de ces montants (ceux de la tête) ont 35 centimètres de hauteur, les deux autres 25 centimètres. Ces montants supportent un cadre supérieur en fer que l'on enveloppe d'une grosse toile à laquelle on attache au moyen d'œillets et d'un lacet une toile-hamac carrée, garnie d'œillets en nombre égal à ceux de la bordure (fîg. 47). Les enfants se tiennent bien couchés sur ce plan incliné élastique, autour duquel l'air cir-

Fig. 47. — Cadre-hamac.

cule librement, où on peut les laisser se mouvoir et jouer sans crainte, et où ils peuvent ensuite se reposer et dormir.

A mesure que l'enfant prendra de la force et pourra commencer à se mouvoir, à se tourner et enfin à se traîner sur le tapis, on mettra autour de lui diverses choses qui pourront lui plaire, et qui seront assez éloignées de lui pour qu'il soit obhgé de faire un petit travail pour les atteindre, ce qui développera ses forces, l'engagera à ej> tirer parti, et lui pro-

curera le plaisir de se rendre maître par lui-même de ce qui lui sera agréable.

L'enfant habitué à rester sur un tapis se mettra bientôt à quatre pattes pour entreprendre de lointaines campagnes ; il anticipera ainsi sur le temps où il pourra marcher seul, et parcourra avec une rapidité vraiment surprenante des espaces assez grands : déjà, suivant un mot poitevin, il sera tout échaluppé.

Nous entendons les mamans, très désireuses de voir leur nourrisson propre, se récrier contre cette manière de marcher, et les bonnes surtout, obligées de réparer le dégât fait à la toilette du petit quadrupède improvisé. Eh bien, nous leur dirons qu'elles calculent mal ; il vaut encore mieux laisser le marmot, au risque de salir sa robe, prendre cet exercice qui lui donne beaucoup de force et le dispose à marcher plus promptement, que de l'en priver.

A ce propos, nous ferons un aveu : autant nous détestons les gâteries, autant nous avons en horreur les taquineries inutiles, et si nous voulons pour le corps de Fenfant une propreté irréprochable, qu'on ne poussera jamais trop loin, nous nous soucions moins des quelques taches qu'il peut faire à sa robe ou des trous à ses bas en se traînant par terre. On lavera la robe et on raccommodera les bas, mais en attendant l'enfant aura pris un exercice salutaire. Que de fois, par exemple, n'avons-nous pas vu, aux bains de mer, de jeunes femmes commencer par céder avec une incroyable faiblesse à de ridicules caprices de leurs petits enfants, et finir par les corriger vigoureusement, parce qu'ils avaient sali

ieur belle robe en se roulant dans le sable ! Nous eussions préféré les voir un peu plus fermes contre les exigences déraisonnables de leurs enfants, et un peu plus tolérantes pour leurs jeux et leurs amusements.

La vaccine.

Lorsqu'un enfant a atteint six semaines à deux mois, il faut songer à le faire vacciner. Plus cette petite et importante opération est faite de bonne heure, moins elle fatigue; dans tous les cas, elle ne peut causer tout au plus qu'un léger accès de fièvre, qui dure vingt-quatre heures, et cette considération ne doit pas arrêter.

Si c'est une fille, il faudra placer le vaccin tout à fait en haut du bras, et en travers, pour que la cicatrice ne paraisse pas lorsque l'enfant sera en manches courtes ; bien que cette marque soit très légère, elle interromprait la parfaite égalité de la peau, qui est, une de ses beautés. On peut encore vacciner les filles à la jambe.

Trois piqûres à chaque bras suffisent.

L'utilité de la vaccine est devenue évidente. Mais il est du devoir de ceux qui en comprennent la valeur d'engager par leur exemple et leurs paroles à vacciner les enfants. La vaccine est une des plus belles découvertes de l'esprit humain, et l'on doit consacrer à la mémoire de Jenner un respect et une reconnaissance sans réserves ; on n'a plus aujourd'hui aucune idée des ravages que faisait autrefois la petite vérole.

Premiers pas.

Aussitôt qu'un enfant a la force de se tenir un peu sur ses jambes, il faut l'y mettre en le soutenant d'abord. L'usage des chariots, celui des paniers et des boîtes dans lesquels on place souvent les enfants trop jeunes, pour s'en débarrasser et avoir un peu de liberté, est mauvais.

Ces petits chariots en bois ou en osier sont convenables seulement dans le cas où les enfants sont assez forts pour se soutenir seuls sur les jambes. Ils s'y plaisent si on ne les y laisse pas trop longtemps ; de cette façon nous n'en repoussons pas absolument l'emploi.

Un enfant qui a été habitué à rester sur le tapis et à courir à quatre pattes, et qu'on fait marcher eii le soutenant sous les bras sans lisières , acquiert bien plus de force et d'expérience que celui qu'on tient constamment sur les bras ; il n'a besoin ni de chariots ni de paniers pour marcher seul fort jeune.

A la fin de la première année, l'enfant bien portant se tient sur ses jambes, et prend un grand plaisir à s'en servir selon ses forces ; mais si, avant cette époque, on a adopté l'usage des lisières, dans l'espArance de hâter ses progrès et de se décharger de la fatigue qu'il donne, on obtiendra un résultat tout opposé.

L'enfant soutenu par la lisière ne fait aucun effort pour chercher l'équilibre, dont le défaut l'empêche bien plus longtemps de marcher que le défaut de

force . n le cherchera d'autant moins que la personne chargée de le tenir avec des lisières, ayant un moyen aussi certain et aussi commode de l'empêcher de tomber, ne se donnera pas la peine de lui apprendre à marcher.

Combien de fois n'avons-nous pas vu une nourrice ou une bonne avoir la lisière de l'enfant confié à sa garde passée autour de son bras, et s'occuper de toute autre chose que des soins qu'il demande, tandis que le pauvre petit, pendu à la lisière, livré à lui-même, se laisse aller sans se douter seulement qu'il est posé à terre pour apprendre à marcher ! Ses épaules et ses vêtements lui remontent jusqu'aux oreilles et, dans cet état d'abandon fatigant, il pleure et suce son poing pour employer le temps.

Il en est tout autrement lorsqu'il faut tenir l'enfant sous les bras pour le faire marcher ; la fatigue de cette position engagera à mettre tous ses soins pour abréger la durée de cet apprentissage ; l'enfant est dirigé dans ses mouvements, il se fatigue moins, et arrive bien plus vite à marcher seul.

Lorsqu'il est prêt à qui lier, on peut le mettre devant une rangée de chaises, de fauteuils, où il trouve le moyen de conserver son équilibre. Protégé et encouragé par la personne qui le garde, et qui est toujours forcée de le surveiller puisqu'il est exposé à quelques petits dangers, il devient plus confiant ayant la certitude d'un secours prochain. Un essai en amène un autre, et il fait des progrès rapides.

Aussi, voyez un enfant qui commence à marcher^

m LE LIVRE DES JEUNES MÈRES

fier et heureux des premiers pas qu'il doit à lui seul^ cherchant dans la personne qui le surveille l'approbation de ce qu'il a fait, et recourant à son aide lorsqu'il en a besoin, avec un air engageant et doux. Il ne faut néanmoins lui accorder de secours que lorsqu'il a tout tenté pour s'en passer , et lui apprendre à ne montrer ni humeur trop volontaire, ni impatience, ni colère pour le demander.

Qu'il sache, de bonne heure, que ces moyens sont les plus mauvais de tous pour obtenir ce qu'il désire.

Les hochets.

Pendant la dentition, les enfants éprouvent un besoin irrésistible de porter à leur bouche leurs mains et tous les objets qu'ils rencontrent; ce besoin est causé par des démangeaisons et des tiraillements qu'ils éprouvent dans les gencives. Il ne faut pas s'opposer à la satisfaction de ce besoin, mais présenter aux enfants des objets convenables pour le satisfaire.

On leur donne quelquefois un hochet en verre, en corail ou en ivoire. Ces hochets sont lort jolis, mais ils ne sont pas sans inconvénients. D'abord, il arrive souvent que l'enfant les enfonce dans son gosier et se fait vomir, il pourrait même se blesser ; puis ils sont trop durs ; les enfants les portent si souvent à leur bouche, qu'ils peuvent rendre leurs gencives calleuses, ce qui offrirait un obstacle de plus à la sortie de la dent, au lieu de la faciliter.

Une belle racine de guimauve blanche, sèche, avec

HYGIÈNE DU NOURRISSOiN

laquelle on fait un anneau que l'enfant tient facilement, qu'il ne peut enfoncer dans sa gorge, et dans lequel on passe un petit cordon pour le pendre au cou, peut servir de hochet. Une croûte de pain est aussi excellente : l'enfant s'en frotte les gencives et en éprouve le même soulagement que d'un hochet en ivoire; il avale les parcelles de pain qu'il fait fondre, ce qui le nourrit un peu, et a l'avantage d'empêcher la perte de la salive, très nécessaire aux fonctions de l'estomac. Cette observation a son importance. Enfin, si l'on persistait dans l'emploi d'un hochet dur, nous voudrions qu'il eflt toujours la forme d'un anneau.

Nous avons vu souvent donner aux enfants une grosse clef, c'est dangereux ; les deux extrémités de la clef font marteau, et l'enfant, pour lequel elle est un objet lourd, peut en la maniant se donner deb coups très forts et se blesser.

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