L'ENFANT EN ÉTAT DE SANTÉ
Notre nourrisson est maintenant sevré ; il a toutes ses premières dents et il trotte sur ses petites jambes; mais il n'y est sans doute pas arrivé sans avoir donné déjà à sa maman bien des inquiétudes et bien des soucis; et jusqu'à l'âge de six ou sept ans, époque où nous le quitterons tout à fait, il sera sujet encore malheureusement à quelques indispositions, peut-être même à des maladies plus ou moins graves, qu'il faudra soigner avec intelligence, sous la direction d'un médecin. Il nous semble que la mère s'en tirera d'autant mieux, et réparera d'autant plus facilement les troubles qui surviendront dans les fonctions de son nourrisson, qu'elle connaîtra d'une façon plus exacte comment il se comporte en état de santé, et comment il accomplit son développement régulier.
Nous allons essayer de le lui apprendre aussi clairement et brièvement que possible.
Pendant la durée de la grossesse , l'enfant a emprunté toute sa nourriture au sang de sa mère. Il a respiré, digéré, vécu, par l'intermédiaire des poumons, de l'appareil digestif et de tout l'organisme vivant de sa mère.
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Aussitôt après la naissance, plusieurs organes de l'enfant qui, jusque-là, n'avaient eu aucun rôle à remplir et étaient restés inactifs, entrent en jeu, et ceux qui agissaient déjà cessent, augmentent ou modifient leur action.
Ainsi les poumons et la peau commencent à respirer, l'estomac et l'intestin à digérer, dès que le nouveau milieu où le jeune être doit vivre désormais rend indispensable le fonctionnement de ces organes de la nutrition. Alors aussi le cœur et les canaux qui servent à la circulation du sang se modifient, de façon à remplacer l'échange qui se faisait entre le sang de la mère et celui de l'enfant, par un échange analogue entre le sang de l'enfant et l'air qu'il respire maintenant.
Les organes qui doivent établir des relations de plus en plus nombreuses entre l'enfant et le monde où sa naissance le place, sont encore peu développés. Son cerveau est mou, sa tête peu résistante, ses sens très imparfaits, ses muscles sans force et ses os sans solidité. Ce n'est que plus tard et graduellement, quand il a appris à toucher, à voir, à entendre, à goûter, à sentir, à marcher et à parler, que ces derniers organes se perfectionnent. Mais tout d'abord, le premier et le plus impérieux besoin du nourrisson est de se nourrir ; et c'est précisément la prédominance des fonctions de nutrition, d'où résulte l'accroissement rapide du volume du corps, qui caractérise ce premier âge de l'enfant.
LE LIVRE DES JEUXES x^JÈRES
!. — Ue SPIRATI ON Respiration pulmonaire.
La respiration pulmonaire s'établit par un premier soupir dès la naissance ; elle est d'abord faible, bornée, inégale, mais bientôt active.
Les mouvements d'inspiration et d'expiration se succèdent avec régularité. Chez le nouveau-né ces mouvements sont essentiellement dus à l'action du muscle qui sépare intérieurement l'abdomen de la poitrine, le muscle appelé diaphragme ; ce mode respiratoire dit abdominal qui lui est particulier se traduit extérieurement par un soulèvement et un abaissement alternatifs de l'abdomen. Chez lui, la respiration est beaucoup plus rapide que dans l'âge adulte : tandis que Thomme respire 16 à 24 fois par minute, généralement le nourrisson respire dans le même temps de 30 à 45 fois.
Cette fréquence respiratoire est d'ailleurs très variable dans le jeune âge, parce qu'alors les iliouvements du diaphrao^me s'accélèrent ou se suspendent avec une très grande facilité, à la plus légère émotion de plaisir ou de peine, à la plus fugace excitation, par suite de toutes les sensations, de toutes les impressions qui viennent incessamment étonner l'enfant. Le nourrisson est tellement impressionnable que, pour une cause en apparence minime, après l'avoir vu souvent s'agiter et précipiter sa respiration au point de sembler essoufflé, on
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le voit bientôt, dès qu'on est parvenu à le calmer, vous regarder avec surprise, interrompant l'action de ses poumons, et peu après éclater en sanglots, s'agiter, puis de nouveau se calmer, et cela à plusieurs reprises successives.
Éveillé, l'enfant respire plus souvent que lorsqu'il est endormi. L'élévation de la température extérieure rend aussi sa respiration plus fréquente. En observant un nouveau-né qui dort tranquille, on reconnaît que la durée de l'inspiration est un peu moins longue que celle de l'expiration. On reconnaît aussi qu'il lui arrive très souvent de soupirer, c'està-dire de faire une inspiration lente et profonde que suit une expiration rapide et sonore.
En somme, la respiration est très active chez l'enfant, de sorte que la quantité d'air nécessaire à son entretien est, relativement au poids de son corps, beaucoup plus grande qu'à l'âge adulte.
Respiration supplémentaire.
De même, la respiration supplémentaire qui se fait par toute la surface de la peau est, par rapport à sa petite taille^ plus active chez l'enfant que, chez l'homme.
L'évaporaiion dont la peau est le siège, toujours abondante, est une cause de refroidissement, et souvent aussi l'origine de maladies graves. De là pour le nourrisson, la nécessité de vêtements chauds, et le besoin d'une douce et constante chaleur artificielle, tant que son faible développement le laisse
incapable de résister par lui-même aux effets d'une trop basse température.
Au moment de la naissance, quand la respiration ■se fait mal, la peau a une coloration d'un rouge foncé qui persiste souvent plusieurs jours ; vers la fin de la première semaine, la peau prend une teinte jaunâtre qui ne tarde pas à s'effacer. Elle devient définitivement d'un blanc rosé transparent, dès que l'épiderme^ débarrassé de son enduit onctueux, après ^'être fendillé au contact de l'air et détaché par petites lamelles, s'est renouvelé.