II. — Circulation
Il existe une corrélation étroite entre les fonctions •des poumons et les fonctions du cœur, organe central de la circulation du sang dans les artères, dans les veines et dans la multitude des petits vaisseaux capillaires qui relient les artères aux veines.
Par conséquent de même que les mouvements respiratoires sont fréquents et influencés par certaines impressions passagères, de même les contractions du cœur et les pulsations artérielles sont très rapides et subissent, sous l'influence des mêmes •causes, des modifications semblables.
Etablissement de la circulation du sang.
Aussitôt après la naissance, les rapports entre le sang de la mère et le sang de l'enfant cessent d'exister ; les canaux qui établissaient ces rapports s'oblitèrent, et bientôt l'appareil circulatoire se
trouve exactement disposé, comme il restera dansla suite, pour la séparation complète du sang vermeil ou artériel et du sang noir ou veineux.
Le sang est alors sans cesse lancé dans les vaisseaux par les contractions du cœur, et par l'action adjuvante des artères, des veines et des vaisseaux capillaires, très développés et très actifs dans lejeune âge.
Après la ligature et la section du cordon ombilical, la partie adhérente au nombril du nouveau-né devenue inutile se flétrit, s'amincit, prend une teinte verdâtre ou brunâtre, et dès le deuxième jour se dessèche ; la peau qui l'entoure rougit, se gonfle momentanément en laissant suinter un peu de liquide jaunâtre, pour s'affaisser et se replier bientôt sur elle-même. La base du cordon se ramollit, et du quatrième au sixième jour se détache. La petite plaie circulaire qui en résulte se rétrécit, la peau se plisse et s'enfonce ; la cicatrisation du nombril setermine ainsi du dixième au douzième jour ordinairement.
Nombre des battements da cœur.
Si l'on compare le nombre des battements du cœur, qui se succèdent en un temps donné chez, des nourrissons, des adolescents et des adultes, on reconnaît que ce nombre diminue avec l'âge.
En entrant dans le milieu aérien qui l'impres^ sienne pour la première fois, le nouveau-né remplit d'une façon hésitante et imparfaite ses nouvelles»
208 LE LIVRE DES JEUrsES MÈRES
fonctions, et l'on a remarqué qu'à ce moment le nombre de ses pulsations baissait très notablement. Mais ce ralentissement n'est que passager, il ne dure que quelques minutes, et est remplacé par une accélération quelquefois très grande qui, elle-même, ne tarde pas à se calmer. De cette façon, dès le premier jour, le pouls du nouveau-né bien portant acquiert sa fréquence normale, c'est-à-dire celle qu'il conservera ensuite. Ce nombre normal de pulsations, qui peut présenter des variations individuelles entre les deux extrêmes 80 et 160, est habituellement de 130 par minute.
Tout en restant très grande, la rapidité des contractions du cœur ou des battements du pouls, pendant le jeune âge, peut offrir des variations étendues qu'il est bon de connaître.
Les mouvements de l'enfant, la position verticale (loQuôe à son corps, l'élévation de la température extérieure, le travail de la succion et de la digestion, les émotions de toute nature qui causent souvent de vives agitations au petit être ignorant de toutes choses, les cris, la frayeur, accélèrent le pouls et peuvent lui donner en un instant une rapidité insolite, le faire monter de 1^0 à 180, le rendre fort difficile ou même impossible à compter. Tous ces motifs d'excitation passagère agissent avec plus d'énergie le matin qu'à la fin de la journée.
Au contraire, le repos musculaire, surtout dans la position couchée, ralentit la circulation; il suffit de placer un nouveau-né horizontalement dans son berceau après l'y avoir maintenu assis pour con-
stater une diminution dans la fréquence de son pouls, si l'enfant est resté calme. Cette diminution est très marquée pendant le sommeil : la différence entre le pouls d'un nourrisson éveillé et le pouls du même nourrisson endormi peut être de 40 battements par minute.
Enfin, le pouls du petit enfant, habituellement régulier, devient aisément, en dehors de toute raison de maladie, irrégulier, intermittent et en quelque sorte saccadé ; si on lui tâte le pouls on sent alors plusieurs pulsations se précipiter, après lesquelles d'autres se succèdent avec lenteur et petitesse, pour être aussitôt suivies de pulsations ordinaires.
Quantité de sang qui circule chez l'enfant.
La quantité de sang qui circule dans tout le corps du nourrisson est en somme peu considérable ; on l'a évaluée approximativement à 250 grammes. Aussi, pour lui, les hémorrhagies sont fort à redouter, et il faut toujours être sobre d'émissions sanguines, soit par les sangsues, soit autrement ; d'abord, parce que la somme de son sang est faible, ensuite parce que, dans les premiers mois, ce sang n'est pas très riche et ne contient qu'une faible proportion des matériaux indispensables au développement des organes de l'enfant.
Il faudra donc aussi considérer toute perte de sang, qui survient chez un nourrisson, comme une chose sérieuse et digne d'attention.
• La lymphe.
La circulation du sang a pour annexe et pour complément la circulation de la lymphe^ liquide blanc et transparent répandu dans tout le corps par d'innombrables petits conduits qui traversent de nombreuses glandes ou ganglions pour se déverser en dernier lieu dans une grosse veine, sous la clavicule gauche.
Dans le jeune âge, les vaisseaux et les ganglions lymphatiques ont, comme le système sangum, une grande activité fonctionnelle. La mollesse des chairs qui s'infiltrent aisément de lymphe^ la teinte rosée et la finesse de la peau, la couche épaisse dégraisse à laquelle les formes de l'enfant doivent leur contour arrondi, ont fait dire que le tempérament lymphatique était le tempérament de l'enfant.
IIL — Digestion
Pour constituer le sang et la lymphe, et entrer ainsi dans la circulation, les matières alimentaires doivent subir certaines transformations ; en d'autres termes, pour être absorbes les aliments doivent avoir été digérés.
Organes digestifs du nourrisson.
Les organes les plus essentiels à la digestion sont l'estomac, les intestins et leurs glandes annexes^ le foie en particulier qui produit la bile.
COMMExNT L'ENFANT VIT, AGIT ET SE DEVELOPPE 211?
Tous ces organes sont logés dans l'abdomen. Aussi, pour se rendre compte de la prédominancede leurs actes, dès le début Je la vie, il suffit de remarquer combien alors le ventre est volumineux, relativement au reste du corps. Chez le nouveau-né, le ventre a environ le tiers de la longueur totale du corps, tandis que chez l'adulte il en mesure à peine le cinquième.
La tétée.
C'est par succion, en faisant le vide dans sa bouche, que le nourrisson j introduit le lait que le sein maternel doit lui fournir. Pour cela, la. bouche de l'enfant qui tette est exactement close, en avant par les lèvres appliquées sur le mamelon de la mère, en arrière par le voile du palais qui, en s'appliquant sur la base de la langue, interrompt toute communication entre la bouche et la gorge sans entraver la respiration qui se fait alors par le nez. La bouche fait ainsi l'office d'un corps^ de pompe, dont la langue représente le piston en agissant par des mouvements répétés d'avant en arrière. Le vide ainsi effectué, la pression atmosphérique qui s'exerce sur la mamelle chasse le lait, dans la bouche. Celle-ci étant bientôt suffisamment pleine, la respiration se suspei^ un moment, le temps nécessaire au bébé pour avaler, c'est-à-dire pour opérer un mouvement de déglutition qui fait, passer le liquide dans la gorge et de là dans l'estomac.
212 LIVRE DES JEUNES xMËRES
La déglutition se fait entendre régulièrement, 5oit après chaque mouvement de succion, soit après trois ou quatre, suivant le plus ou moins de rapidité ou d'abondance avec lesquelles le lait arrive dans la bouche du nourrisson.
Parfois , sans que les lèvres quittent le sein, survient un temps d'arrêt dans la succion ; l'enfant semble rassasié ; mais il se repose seulement pour recommencer bien vite, jusqu'à ce que, son appétit réellement satisfait, il se soit endormi sur le sein -que sa bouche a abandonné.
Digestion du lait.
La digestion du lait dans l'estomac s'opère d'habitude pendant que l'enfant se repose ou dort. Elle est ordinairement terminée au bout d'une heure, mais ce temps varie suivant la qualité et la quantité du lait absorbé.
Ensuite quand la digestion dans l'estomac est terminée, la digestion dans les intestins commence.
La matière alimentaire est poussée en avant par les contractions des parois de l'estomac et de l'intestin et se mélange avec les liquides versés par un grand nombre de glandes, liquides dont l'action est indispensable à la digestion.
Le but final de cette opération est l'absorption des substances nutritives propres à entrer dans la compositions de différents organes, et l'expulsion du résidu impropre à la nutrition.
Les conditions qui favorisent la puissance d'ab-
sorption, — grande étendue de la surface de l'estomac et des intestins, facile perméabilité des parois du tube digestif, rapidité du mouvement circulatoire dans les vaisseaux, — toutes ces conditions se trouvent réunies chez l'enfant et concourent à cette activité de nutrition qui caractérise le premier âge.
Les selles de l'enfant.
L'expulsion de la portion non dissoute et non absorbée de la masse alimentaire, mélangée aux liquides versés dans l'intestin, s'accomplit à des intervalles plus ou moins longs et plus ou moins réguliers: deux, trois ou quatre fois par jour chez l'enfant à la mamelle, moins souvent ensuite.
Le premier et le deuxième jour de son existence, le nouveau-né évacue en plusieurs fois une matière d'une épaisseur visqueuse, d'un vert noirâtre, le méconium^ qui antérieurement s'était amassé dans la dernière partie de son intestin.
Dès que l'allaitement est commencé, la nature des matières expulsées change. Le deuxième jour, elles sont colorées de vert, de blanc et de jaune, et contiennent encore un peu de méconium. Le lait étant pris plus abondamment, Taccroissement du poids du nourrisson se prononçant dès le troisième jour, les matières rejetées de l'intestin ont une teinte jaune d'or mélangée ou non de points blancs^ caractère qu'elles conserveront ensuite, eiqui est un signe d'alimentation convenable. Ces matières sont demi-
fluides, bien liées, ont une odeur faible et fade; elles doivent leur coloration jaune à la matière colorante de la bile et leurs parcelles blanches à un principe du lait coagulé et insuffisamment digéré, la caséine.
L'urine de Tenfant.
Les liquides absorbés par les vaisseaux sanguins et lymphatiques du tube digestif sont versés dans la circulation, où ils servent à la formation du sang ; ils sont ainsi distribués à tous les organes qui y trouvent les matières nécessaires à leur entretien et à leur développement.
Pour cela, les différents organes font subir à leur tour au sang qui leur arrive une transformation analogue à celle que l'estomac fait subir aux aliments.
Chaque organe a pour ainsi dire une digestion qui lui est propre ; il prend dans le sang ce qui convient à sa nature et abandonne un résidu qui sera éliminé. Cette élimination se fait par l'expiration pulmonaire, par la transpiration à la surface de la peau, et d'une manière toute spéciale par la sécrétion des reins et l'expulsion de leurproduit, l'urine.
Tant que le nouveau-né ne se nourrit que faiblement, la quantité d'urine produite par lui est minime ; mais, aussitôt que sa mère lui fournit du lait en abondance et que bien nourri il augmente de poids, la quantité d'urine rendue dans une journée s'élève à 70 grammes, atteint bientôt 200 grammes
et peut dépasser ensuite 400 grammes quand l'allaitement et la progression du nourrisson sont en pleine activité. Cette quantité est très grande, relativement au poids du nourrisson. Le besoin d'uriner est fréquent chez le petit enfant.
L'urine de l'enfant à la mamelle est normalement aqueuse et limpide, presque incolore et inodore, ou du moins d'un jaune très pâle et d'une odeur particulière très faible au moment de son émission. Abandonnée à l'air un certain temps, elle peut fermenter et acquérir une forte odeur ammoniacale.