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IV. — Sensations et mouvements

Toutes les fonctions du corps sont mises en jeu et régularisées par l'action du système nerveux (cerveau, moelle épinière et nerfs), qui tient sous sa dépendance tous les mouvements et toutes les sensations.

Ces sensations et mouvements de la vie sont de deux ordres :

P ceux qui ont pour but la conservation ou l'accroissement de l'individu, et doivent par conséquent assurer les actes de nutrition : ils s'exercent d'une manière en quelque sorte passive, instinctive et spontanée — tels que la sensation de la faim et de la soif, le besoin de respirer et de dormir, les mouvements du cœur, des poumons, de l'estomac et de l'intestin ;

2« Ceux qui, mettant en relation l'individu avec ce qui l'entoure, ont pour effet le développement

de son intelligence, et doivent par conséquent recueillir les impressions venues du dehors et lui permettre alors de réagir activement et volontairement ; — telles sont les contractions des muscles de ses membres, qui ont pour but le déplacement de son corps ; — tels sont les cris, les rires, les gestes et la parole qui lui permettent de manifester ses plaisirs ou ses peines, ses désirs ou ses craintes.

Les premières -sensations de l'enfant.

Pour le nouveau-né, le monde extérieur est on quelque sorte renfermé dans les bras de la nourrice qui l'allaite ; ses sensations et son intelligence s'ébauchent rapidement à mesure que sa croissance physique progresse, et alors les organes des sens, ie la locomotion, de la volonté réfléchie et de ia parole achèvent d'acquérir la solidité d'organisation devenue nécessaire.

Donc au début de la vie, les parties du système nerveux qui président à la nutrition, la moelle épinière et les nerfs annexes, possèdent déjà un degré de perfection que le cerveau et les organes des sens, les muscles et les os n'auront atteint qu'à la fin de la première année .

Pendant les deux ou trois premiers mois, les excitants extérieurs ne sauraient produire que des impressions confuses, insuffisantes à donner au jeune être la connaissance du miUeu où il est placé ; ces impressions se traduisent sur sa physionomie par de simples modifications des traits et, souvent pénibles

OU douloureuses, s'expriment par des cris. Le passage brusque d'une température de plus de 37** (celle de la mère) à la température de l'air qui, en moyenne, est de 15o, donne au nouveau-né la sensation du froid ; les mains qui le touchent , le bruit qui le frappe, la première impression de la lumière et de l'air, la sensation de la faim et de la soif qui résulte de la privation subite du sang maternel par la section du cordon, sont pour lui l'occasion de malaises dont il ne saurait -se rendre compte. Peu à peu, il parvient à distinguer Tune de l'autre ses diverses impressions, manifestant du plaisir ou de la peine suivant la nature ou le degré de la sensation éprouvée.

Le toucher.

C'est la peau qui reçoit en premier lieu Timpression de Tair et des objets extérieurs ; la sensibilité est très vive chez l'enfant, ce qui pour lui est souvent le point de départ ou la cause de troubles, de mouvements désordonnés, de convulsions.

Le sens du toucher ne commence à être exercé que lorsque les mouvements de la mam ne sont plus seulement instinctifs, mais volontaires.

L'odorat.

L'odorat est éveillé par le passage de l'air dans les fosses nasales au moment de la première inspiration. Le nourrisson respire à peine par la bouche, presque exclusivement par le nez, qui fait dès lors plutôt partie de l'appareil respiratoire qu'il ne constitue un

organe sensitif spécial. Le nez a une surface interne peu étendue, mais très irritable, ce qu'indique la fréquence de réternûment et du coryza dans le jeune âge.

Le goût.

Le goût, comme l'odorat, se forme lentement. Tant que le lait est l'unique aliment de l'enfant^ l'éducation du goût est nulle. La langue sert presque exclusivement à la succion et à la déglutition du lait ; c'est pour cette raison qu'elle a beaucoup de force musculaire ; elle est large, épaisse, son extrémité libre arrondie se meut avec énergie.

Les petits enfants n'apprécient guère par le goût que les substances sucrées; il suffit souvent de c' a^ger la couleur des substances qui semblent leur déplaire pour les leur faire accepter aussitôt aisément.

L'ouïe.

L'ouïe du nourrisson est vivement impressionnée par le bruit et les vibrations sonores, mais d'une manière indistincte et sans doute pénible jusqu'à ce qu'il soit capable d'attention ; alors , les douces paroles et les chants dont sa mère le caresse apaisent ses cris et épanouissent ses rires. Naturellement distrait, si parfois il ne semble pas entendre, c'est qu'il n'écoute pas. L'enfant qui sait écouter saisit en général avec une grande justesse les différences de hauteur et d'intervalle des sons ; l'éducation de son oreille est d'habitude prompte et facile.

La vue.

Dès la naissance, Fœil est parfaitement conformé pour la vision. Si donc le nouveau-né paraît insensible à l'action de la lumière, c'est que son cerveau n'est pas encore assez bien organisé pour en percevoir la sensation. C'est pourquoi son œil, durant les premières semaines , est inactif, sans éclat, sans regard, et se déplace sans but appréciable. Les paupières, minces et transparentes, sont la plupart du temps closes ; le nourrisson ne s'éveille que pour manifester le besoin de nourriture, et se rendort dès que ce besoin est satisfait.

Vers la fin de la deuxième semaine, les yeux suivent la direction du jour, ils paraissent regàrnei* sans voir; ensuite, le cerveau se développant,- 4a vision s'instruit, et peu à peu l'œil s'accoutume à fixer les objets environnants que l'enfant semble reconnaître quand il a atteint l'âge de six semaines ou deux mois. Il montre une prédilection marquée pour les couleurs vives et brillantes.

Les appréciations de la distance, de la situation, de la forme, du volume des objets se font ensuite par un travail de l'esprit, après que la vision, le sens le plus utile avec le toucher à l'accroissement de l'intelligence, en a été frappée.

La physionomie de l'enfant.

Avant de posséder la parole, l'enfant a, pour exprimer ses sensations, le langage de sa physionomie,

de ses gestes et de ses cris. Les muscles de la face du nouveau-né sont faibles, la graisse y prédomine ; de là, la rondeur des joues, la légèreté des traits, l'absence de sillons et de plis. A l'état de santé et de repos, ce frais visage exprime la douceur et la sérénité. Le bien-être s'y peint par une coloration d'un rose velouté et par l'absence de contractions. Le malaise et la souffrance s'y gravent par des contractions plus ou moins prononcées ; la lèvre supérieure se plisse et se soulève à demi, des rides verticales et horizontales se dessinent à la racine du nez et à l'angle externe de l'œil, et de rose la peau devient pâle, rouge ou violacée par places, suivant la nature et le degré de la souffrance.

Le nourrisson commence rarement à témoigner de la joie, à sourire et à rire avant trois semaines ou un mois. Ce n'est d'abord qu'un simple mouvement de dilatation des lèvres, qui se prononce davantage bientôt ; la physionomie s'épanouit, et cette expression s'accompagne d'éclats de voix répétés et d'une gesticulation expansive.

Le cri et la première parole.

Le cri est la manifestation la plus énergique des satisfactions, des joies, aussi bien que des impatiences, des colères et des souffrances du jeune enfant. C'est une sorte de" voix inarticulée, qui se fait entendre plus ou moins forte, sonore et prolongée au moment où Fair expiré des poumons traverse le larynx, organe essentiel de la voix.

Le bruit commence et cesse avec l'expiration, c'est le cri proprement dit. Parfois il accompagne en outre l'inspiration : c'est la reprise du cri qui vient de finir et qui va recommencer avec une expiration nouvelle.

Quand l'enfant est épuisé par la violence ou la continuité de ses cris, cette reprise devient dominante; et, quand les cris cessent, quand l'expiration cesse d'être bruyante, l'inspiration peut malgré cela rester sonore un certain temps : l'enfant fait alors entendre par intervalles des sanglots et des soupirs.

Les cris d'un nouveau-né débile sont de petits vagissements plaintifs, surtout si la respiration est mal établie. Les cris d'un nouveau-né vigoureux et dont la respiration est parfaite sont plus sonores et moins persistants.

Les cris provoqués par le besoin de nourriture se calment dès qu'on met le nourrisson au sein.

Lorsqu'ils sont causés par la gêne de ses vêtements, par une position mauvaise ou trop longtemps prolongée dans un berceau mal disposé, par le contact des langes salis, etc., ces cris sont intermittents, une brusque diversion les fait cesser, mais momentanément, et ils recommencent tant qu'on n'a pas supprimé leur cause.

Le cri de la douleur est remarquable par sa force, sa fréquence, son opiniâtreté, par l'expression de la physionomie et l'agitation des membres qui l'accompagne.

Enfin, il arrive encore que les enfants crient uniquement parce qu'on ne devine pas et parce qu'on

ne satisfait pas assez vite leurs désirs ; ce sont des criaillements d'impatience, de colère, dont l'observation fait aisément distinguer le caractère.

Ce n'est que vers le troisième mois que les enfants pleurent en criant. Jusque-là, malgré l'agitation, le malaise, les besoins, les émotions et la douleur, la sécrétion des larmes est à peu près nulle.

Vers le cinquième mois, l'enfant fait entendre un son vocal qui, sans être encore articulé, est plus qu'un simple cri. Il fait entendre des voyelles avant de prononcer des consonnes.

V ers le huitième ou le neuvième mois , il balbutie quelques mots et ses facultés intellectuelles et affectives, restées obscures jusque-là, commencent alors à se révéler par le mode d'expression le plus élevé delà vie de relation, la parole. Vous en comprendrez instinctivement d'ailleurs toute l'importance et la grandeur, à l'émotion joyeuse que vous ne manquerez pas de ressentir le jour où votre enfant, qui s'était contenté jusque-là de vous regarder et de vous sourire, vous appellera pour la première îois maman î

Les mouvements.

Au début de la vie, les mouvements volontaires sont nuls. Les mouvements du bâillement, de l'éternûment, de succion, de déglutition, de flexion et d'extension des membres, etc., ne sont dus qu'à la sensibilité ; la volonté n'y a évidemment aucune part, ils sont toujours bornés, rapides, non coor-

donnés, non dirigés. Les muscles sont grêles, rosés, arrondis, mous ; les os, sur lesquels ils s'attachent et qu'ils sont chargés de mouvoir en se contractant, sont encore peu résistants et en grande partie cartilagineux.

L'ossification des os plats de la tête est incomplète; les espaces mous qui les séparent ont reçu le nom de (onlanelles. Celles-ci sont au nombre de six : deux en haut, sur le milieu du crâne ; deux en bas, de chaque côté. Elles diminuent d'étendue avec les progrès de l'ossification ; leur fermeture n'est habituellement achevée qu'à l'âge de deux ou trois ans, rarement plus tôt ou plus tard dans l'état normal.

En même temps que les facultés cérébrales se manifestent et que la volonté s'éveille, les muscles acquièrent de la force et les os de la solidité ; l'enfant parvient peu à peu à faire agir avec quelque assurance les muscles qui meuvent la tête, le tronc et les membres. D'abord difficile, incertaine, vacillante, la locomotion n'est guère pour l'enfant qu'une succession de chutes, causées par la faiblesse des membres, le défaut de coordination des contractions musculaires et l'appréciation imparfaite des distances et des obstacles. A deux mois environ, l'enfant peut soutenir sa tête ; à quatre ou cinq mois, il est capable de mouvoir sa colonne vertébrale et de se maintenir dans la position assise et verticale ; à un an, il exécute quelques mouvements de progression, presque toujours il peut marcher. C'est vraiment alors qu'il entre dans la vie de relation.

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