LE DEVOIR MATERNEL
Enfin, si pour une raison sérieuse, la mère ne peut nourrir elle-même son enfant, nous voudrions lui montrer qu'elle ne doit jamais se séparer de lui.
Quelle est la femme qui confierait, je ne dis pas sa fortune, mais ses bijoux à une étrangère? Et pourtant c'est à une nourrice dont elle sait à peine le nom, dont elle ignore la situation, les antécédents, la moralité, qu'une mère abandonne trop souvent son trésor le plus précieux. L'enfant ainsi élevé est exposé à un danger de tous les instants; il est soigné, quand il l'est, sans cette tendresse qui lui est si nécessaire. Ses besoins ne sont pas prévus, ses maladies ne sont pas devinées. Nous ne voudrions pas entrer dans trop de détails sur le sort des enfants mis en nourrice : un tableau véridique serait trop sombre. Que l'on sache seulement que leur mortalité est aussi grande que si une épidémie perpétuelle sévissait sur eux.
Sans doute, les mères ne peuvent nourrir et élever leurs enfants sans fatigues et sans inquiétudes, mais elles trouveront, dans l'accomplissement de ce devoir, des satisfactions qui les paieront de toutes leurs peines. Elles trouveront un plaisir infini à suivre, de jour en jour, les progrès de leur nourrisson, à se dire que tout en lui est leur ouvrage et qu'elles ont seules le droit d'être fières de sa beauté ! Les joies maternelles sont les plus douces ; elles àoni paisibles, mais inépuisables. A tout instant on les éprouve aussi vives, parce qu'elles sont sans désillusions; quand on les a connues une seule fois, on ne regrette plus les plaisirs du monde qu'on
leur a sacrifiés. De combien de peines et de douleurs paie le sourire dun enfant que sa mère vient d'allaiter.
Que la crainte de manquer de lait ne vous arrête pas ; tant de moyens simples et bons vous sont offerts pour y subvenir ! Aussi nous ne saurions trop insister sur ce point : à moins qu'une femme ne porte en elle les principes d'une maladie qui pourrait nuire à son enfant, ou qu'elle en soit empêchée par des conditions exceptionnelles, elle peut toujours remplir ce grand devoir avec plus de succès, ou autant de succès, qu'une nourrice étrangère ; car, si la nature ne lui a pas donné toute la force physique en apparence nécessaire, cet avantage sera compensé par mille soins minutieux qui, sagement dirigés, vaudront bien les quelques gouttes de lait de plus que donnerait un sein mercenaire.
Nourrissez vos enfants, jeunes femmes, c'est là le premier conseil que nous vous donnerons ; mais en même temps nourrissez-les avec intelUgence et discernement.
Depuis un certain temps, de grandes améliorations ont été introduites dans la première éducation de l'enfance; mais, à côté du progrès, nous devons signaler un abus dans lequel on semble vouloir tomber.
On voudrait aujourd'hui épargner aux enfants, nous ne dirons pas la moindre souffrance, mais la plus petite gêne; on est sans cesse occupé à prévenir non seulement leurs besoins, mais leurs caprices; et, loin de chercher à fortifier leur corps par une hygiène simple et bien entendue, qui promet à la société