PRÉFACE. V
mer, les animaux des genres divers, les reptiles, le oiseaux du ciel, eurent chacun un pouvoir surnaturel auquel presque toujours se rattachait le récit de faits extraordinaires et mensongers.
Ce ne fut pas tout encore : jusque là le merveilleux s'était pris à des actions ou à des êtres réels qu'il s'était plu à dénaturer : il lui fallait davantage, il lui fallait un monde qu'il créât. C'est ici qu'on doit admirer la puissance d'imitation dont l'homme est doué : en créant ce monde chimérique, il déploya une richesse extraordinaire et une immense fécondité. A ce monde se rattachent une foule de créations variées, charmantes, qui tiennent par les détails aux mœurs des peuples qui en ont imaginé la fable, ou bien l'ont embellie après l'avoir reçue d'autres peuples ; ils ne manquèrent pas surtout d'harmonier ces compositions étrangères aux couleurs de leur ciel , et de les revêtir des costumes de leur pays. Il résulta de cet heureux échange d'idées des combinaisons remarquables, aujourd'hui communes à plusieurs littératures. Généralement ces mensonges cosmopohtes font honneur à l'humanité et à l'imagination populaire qui les a consacrés. Ils perpétuent le souvenir d'une bonne action; ils conservent et font passer d'âge en âge le nom d'un être puissant et bon, ou bien ils vouent à l'exécration des peuples à venir un méchant homme ou de nuisibles passions. A ces inventions transmises d'Orient en Occident, et mêlées les unes aux autres, les fées, les nains et les géants, enfin tous ces êtres aux formes surnaturelles, au pouvoir saits bornes et sans réalité, doivent en partie leur origine.