SUR LA FIN DE L'HOMME
rjoissiDÈREj ô mon âme, que cet être dont tu ^jouis, c'est Dieu qui te Ta donné, en te créant à son image, sans aucun mérite de ta part ; il t'a adoptée pour son enfant par le saint Baptême ; il t'a aimée plus que ne peut aimer le meilleur des pères; il t'a fait tout ce que tu es, pour le connaître, l'aimer, le servir dans cette vie; pour parvenir ensuite par là à le posséder éternellement dans le ciel. Ainsi tu n'es pas née pour te procurer des plaisirs, pour te faire riche et puissante , pour manger , boire et dormir , à la manière des brutes; mais uniquement pour aimer ton Dieu et pour faire ton salut éternel.
Est-ce là ce que j'ai fait? 0 malheureux que je suis d'avoir pensé à toute autre chose qu'à ma fin! (Examinez ici votre défaut capital.)
0 Dieu qui voulez bien être mon Père! je vous en supplie , au nom et pour l'amour de Jésus 3 faites que je commence une vie nouvelle, toute chrétienne, et toute conforme à votre sainte volonté.
Excitez ici en vous une vive contrition et faites la plus sincère résolution de ne plus penser à telle ou telle chose que vous avez recherchée, mais bien plutôt à celle qui lui est contraire.
II. Considère, quels grands remords et quels regrets amers tu sentiras à l'heure de la mort, si tu ne t'es pas appliquée à servir Dieu. Quelle peine, quand tu t'apercevras, à la fin de tes jours, qu'il ne te restera en ce triste moment de tous les biens, de tous les plaisirs, de toute la gloire de la terre, rien autre chose qu'une ombre qui s'efface, et un souvenir amer qui te poursuit ! quelle consternation de voir comment, pour de misérables vanités, pour des choses de néant, tu auras perdu la grâce de Dieu, ton âme et ton salut, sans pouvoir réparer ton malheur; n'y ayant plus de temps pour te remettre dans le bon chemin ! ô désespoir ! ô tourmens cruels ! tu verras alors combien vaut le temps que tu perds, mais il sera trop tard, tu voudras le racheter au prix de tout le reste ; mais tu ne pourras plus ! O jour plein d'amertume pour qui n'aura pas aimé et servi le Seigneur.
Examinez ici votre défaut capital. Excitez-vous à la contrition, et faites un ferme propos.
III. Considère comment on néglige indignement sa fin. On pense à amasser du bien, à accumuler des richesses, à faire bonne chère, à concerter des parties de plaisir, à se procurer des amusemens et des fêtes, et Ton oublie Dieu, et l'on ne pense point à le servir; on ne travaille point à sauver son âme; on traite l'affaire de son salut comme une bagatelle, on n'en tient nul compte. Ainsi, ô malheur déplorable ! la plupart des chrétiens ; en se livrant à de folles joies, à des satis-
DE LA MÉDITATION
factions criminelles, s'en vont gaiement se précipiter en enfer ! 0 s'ils comprenaient bien ce que c'est que l'enfer ! ô homme , tu prends tant de peines pour te damner , et tu' ne yeux rien faire pour te sauver î Ecoute le secrétaire d'un roi d'Angleterre : ô malheureux que je suis , disait-il en mourant, j'ai employé tant de papier à écrire les lettres de mon prince -, hélas! et je n'en ai pas employé seulement une feuille pour m' aider à fixer le souvenir de mes péchés , et à faire une bonne confession! Ecoute un roi d'Espagne, Philippe III, au lit de la mort: Oh! si j'avais plutôt passé ma vie dans un désert, occupé à servir Dieu! et que je n'eusse jamais été roi! . . . Mais à quoi servent alors les soupirs et les gémissemens, si ce n'est à augmenter le désespoir? Apprends donc aujourd'hui aux dépens des autres à t' occuper uniquement du soin de ton salut, si tu ne veux pas tomber dans le même désespoir: comprends bien que tout ce que tu fais, dis ou penses, qui n'est pas pour Dieu, est totalement perdu.
Examinez votre défaut capital.
Courage donc une bonne fois , il est temps de changer de vie, pourquoi vouloir attendre, pour te désabuser, au moment de la mort , aux portes de l'éternité, sur le bord de l'enfer, quand il n'est plus temps de remédier à tes erreurs? 0 mon Dieu, pardonnez-moi; je vous aime, ou du moins je veux vous aimer par dessus toutes choses. Je me repens de vous avoir offensé, plus que de tout autre mal. O Marie , mon espérance, priez Jésus pour moi.
Excitez-vous à la contrition et faites une ferme résolution.