MÉDITATION POUR LE LUNDI
SUR L'IMPORTANCE de notre fin.
rjoNSiDÈRE, ô homme ! combien il t'importe d' obtenir ta fin qui est le salut ; il y va de tout ce que tu es , parce que , si tu l'obtiens , ce salut, tu seras heureux pour toujours, dans la jouissance de tous les biens pour le corps et pour l'âme; mais si tu le perds, tu te perds âme et corps, tu perds le ciel et Dieu. Tu seras éternellement malheureux, tu seras damné pour jamais. Voici donc F affaire capitale, la seule importante, la seule nécessaire, servir Dieu et sauver ton âme. Ne dis donc plus, ô chrétien, je vais me satisfaire maintenant, je me donnerai dans la suite à Dieu, et j'espère me sauver. O combien cette fausse et trompeuse espérance en a-t-elle précipités en enfer, lesquels se flattaient ainsi, et qui maintenant sont damnés et pour toujours et sans ressource ! Et lequel d'entre les damnés avait prétendu se perdre? Mais Dieu maudit celui qui pèche par l'espérance du pardon. Vous dites, je veux commettre ce péché et puis je m'en confesserai, mais savez-vous si vous en aurez le temps? qui vous assure que vous ne mourrez pas aussitôt après l'avoir commis ? en attendant vous perdez la grâce de Dieu ! mais si vous ne la recouvrez jamais .... Dieu fait miséricorde à qui le craint , non pas à qui le méprise. Ah ! ne dites donc plus : il ne m'en coûtera pas plus d'avoir à confesser trois péchés que deux. Non, vous vous trompez: Dieu vous eût pardonné peut-être un second péché, et ne vous pardonnera pas un troisième. Dieu supporte
pour un temps , mais il ne supporte pas toujours. (2. Mach. 10.) Quand la mesure est pleine , il ne pardonne plus, il punit le pécheur en lui envoyant la mort, ou en l'abandonnant à son sens réprouvé, de manière que de péché en péché, il se précipite en enfer ; châtiment pire que la mort même. Attention sérieuse ici, chrétien, à ce que vous lisez. Il en est temps , mettez une fin à vos péchés, donnez-vous à Dieu , craignez que ce ne soit ici le dernier avertissement que le Seigneur vous adresse. Il y a assez longtemps que vous l'offensez, il y a assez longtemps qu'il vous supporte : tremblez qu'au premier péché mortel que vous ferez, le Seigneur ne vous pardonne plus. Considérez bien qu'il s'agit de votre âme, qu'il s'agit d'une éternité. Combien cette pensée frappante de l'éternité n'en a-t-elle pas retirés du monde pour les faire vivre dans les cloîtres, dans les solitudes, dans les déserts? ô infortuné pécheur que je suis! que me revient-il de tant de péchés que j'ai commis ? {Examinez votre défaut capital.} La conscience déchirée, le cœur troublé, l'âme accablée, l'enfer mérité, Dieu perdu! Ah, mon Dieu ! ah mon Père! attachez-moi pour jamais à votre saint amour.
Excitez-vous à la contrition et faites une ferme résolution,
II. Considère, ô homme, que cette affaire capitale est de toutes la plus négligée. On pense à tout , excepté à se sauver. Il y a temps pour tout, excepté pour Dieu. Qu'on dise à un mondain de fréquenter les sacremens, de faire chaque jour une demi-heure d'oraison mentale, il répond: j'ai des enfans, j'ai des biens, des emplois, j'ai
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abondamment de quoi m'occuper. Eh quoi! et n'avez vous donc point d'âme? Voyons! Employez vos richesses, appelez vos enfans pour qu'ils vous tirent d'embarras au moment de la mort, et qu'ils vous arrachent à l'enfer, si vous êtes damné ! Non, non, ne vous flattez point de pouvoir accorder Dieu et le monde, le paradis et le péché. L'affaire du salut n'est point une chose à régler par autrui. Il faut vous faire violence à vous-même, il faut déployer des efforts, si vous voulez remporter la couronne immortelle. [Examinez votre défaut capital.) Combien de chrétiens se flattaient que par la suite ils serviraient Dieu et se sauveraient, ils sont cependant aujourd'hui dans l'enfer ! Quelle folie de penser toujours à ce qui finit sitôt, et de penser si peu à ce qui ne doit jamais finir ! ah ! chrétien, mettez ordre à vos affaires ; pensez que dans peu vous délogerez de la terre , et que vous irez à la demeure de l'éternité. Quel malheur si vous vous damnez ! Quel malheur sans remède : faites-y bien réflexion.
Excitez-vous à la contrition et faites une ferme résolution,
III. Considère et dis: j'ai une âme, et si je la perds, tout est perdu ; j'ai une âme, et quand en la perdant je gagnerais un monde, de quoi ce gain me servirait-il! J'ai une âme, mais si je la perds , quand je serais élevé au comble des honneurs, quel avantage m'en reviendrait-il? Si j'amasse des richesses , si j'avance ma famille, si je place bien mes enfans , et que je perde mon âme, en quoi cela m'avancera-t-il ? De quoi ont servi les grandeurs, les plaisirs, les vanités à tant d'hommes qui ont vécu dans le monde, dont
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les corps sont aujourd'hui en poussière sous la tombe, et les âmes en proie aux flammes de l'enfer? Si je viens à perdre une fois cette âme à sauver, qui est la mienne, elle est perdue pour toujours. Je dois donc bien penser à le sauver. C'est un point qui est de la dernière importance pour moi. Il s'agit d'être ou toujours heureux ou toujours malheureux. 0 mon Dieu ! je le confesse et j'en suis couvert de confusion, hélas! jusqu'ici j'ai vécu en aveugle, je me suis indignement éloigné de vous. (Examinez votre défaut capital.} Je n'ai point pensé à sauver mon âme. Au nom de Jésus-Christ , votre Fils, ô Père des miséricordes: pardonnez -moi: je consens à tout perdre désormais , pourvu que je ne vous perde pas, ô mon Dieu! ô Marie, mon espérance! sauvez-moi par votre puissante intercession.
Excitez-vous à la contrition et faites une ferme résolution.