II. LA MORT
misère de ce monde. Hélas mes amies! Plût à Dieu que vous vissiez les choses avec cette lumière qui me les découvre en ce moment ! Toutes les vanités et les illusions de cette vie disparaîtraient devant vos yeux, et vous reconnaîtriez qu'il n'y a rien de solide sinon de servir Dieu. — Mon heure est venue maintenant , la vôtre arrivera aussi; n'attendez pas ce moment pour vous préparer; c'est pour la dernière fois que je vous vois dans cette vie. — C'est la dernière fois que je vous parle , et je me recommande à vos prières ; si, comme je l'espère par les mérites de Jésus- Christ, j'obtiens miséricorde, je ne vous oublierai pas non plus auprès de Dieu.» — Alors elle reçut le saint Viatique et bientôt après elle expira.
Ces dernières paroles se gravèrent profondément dans l'esprit de celles qui les avaient entendues, et y portèrent de fruits des salut.
Plaise à Dieu qu'elles produisent aussi en nous de salutaires réflexions î
Un peintre fameux dans l'antiquité, fut un jour interrogé par un autre peintre, qui lui fit «cette question: Comment arrive-t-il que vous, qui êtes si [habile dans votre art, vous fassiez si peu de tableaux, tandis que moi, qui vous suis bien inférieur en mérite, j'en fais un si grand nombre dans peu de temps? En voici la raison, lui répondit l'autre : C'est que vous travaillez pour le temps, et moi je peins pour l'immortalité. j; Belle leçon! ne rougissons pas d'en profiter. [h Tous, tant que nous sommes, nous avons un i i tableau à tracer; car, en qualité de chrétiens, si : j nous voulons être prédestinés, il faut retracer en j nous le portrait et la ressemblance de Jésus-Christ
1 même, qui est le chef et le modèle de tous les élus. Chaque jour nous pouvons y travailler: une prière adressée à Dieu, une aumône offerte en j vue de Dieu, une mortification supportée en esprit de pénitence, tels sont autant de coups de pinceau | que nous donnons, autant de traits de ressem- ! blance avec le divin modèle qui nous est présenté. Mais souvenons-nous toujours que ce portrait doit être fait pour l'éternité.
Pénétrés de ces grands sentimens, agissons, I vivons désormais comme des personnes remplies I de la pensée de l'éternité, soutenues par la foi de I l'éternité, animées par l'espérance de l'éternité, [j en un mot destinées à l'éternité. Puisse-t-elle être I pour nous à jamais heureuse! Pensez-y bien; et ■ dites-vous sans cesse en vous-même : Il y a une : éternité. — Je suis fait pour l'éternité. — Je suis peut-être à la porte de l'éternité. Quel sera mon sort dans l'éternité? Le temps ne m'est donné que pour y penser. C'est à quoi je vais consacrer 1 les momens qui me restent.
Ne différez pas de jour en jour de vous convertir.1) Tous les jours on voit dans le monde des chrétiens qui vivent dans le péché, qui croupissent dans le péché , disant sans cesse qu'ils se ! convertiront, et se flattant qu'ils auront toujours I le temps de se convertir. C'est une illusion, c'est un aveuglement qui a perdu et qui perdra une infinité d'âmes: pécheurs, ne vous flattez pas; I si vous différez de vous convertir, vous risquez I de ne vous convertir jamais, et de mourir en ré- I prouvés; du moins, dans les principes de la foi, I tout doit vous alarmer, tandis qu'il n'y a rien qui
i) Eccl. 5,
puisse vous rassurer dans votre criminelle espérance. Oui, dans la foi, tout doit effrayer un pécheur qui diffère de se convertir. Les oracles, les menaces, les comparaisons, les figures, les paraboles, les exemples; tout devient pour ce pécheur un sujet d'alarmes. Tout lui dit au nom de Dieu même: Ne différez pas, ne différez pas. Ecoutez donc et pensez-y bien.
Terribles sont les oracles. Rien de si redoutable que les textes de l'Écriture sur ce sujet: «Cherchez le Seigneur tandis qu'on peut le trouver:1) marchez tandis que vous avez la lumière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent.2) Veillez et priez, parce que vous ne savez ni le jour ni l'heure, et qu'à l'heure que vous y penserez le moins, le Fils de l'homme viendra.3)»
Terribles sont les menaces. Vous me chercherez, dit le Seigneur , et vous ne me trouverez pas.4) Vous m'avez abandonné, outragé, durant votre vie; j'aurai mon temps à la mort, je vous livrerai à votre sort, et j'insulterai à votre malheur : Vous vivez, vous persévérez dans le péché ; vous mourrez, vous périrez dans votre péché5.)
Terribles sont les comparaisons. Comme un voleur vient surprendre dans la nuit, et attaquer celui qui est profondément endormi ; ainsi la mort viendra vous surprendre dans le sommeil et la nuit du péché.6) Comme la proie tombe dans les filets de celui qui les tend, ainsi le pécheur tombera sous le coup de la mort.7)
Terribles sont les figures. Voilà l'éclair qui
*) haï, 33. — 2) Joan., 12. — 3) Luc, 12. — *) Joan., 7. — 5) Joan., 21. — 6) Thess., 5. — ?) EccL, 9.
brille un instant , et au même instant il disparaît et s'éclipse; c'est l'image de votre vie; aujourd'hui vivant en ce monde , demain transporté dans l'é-
I ternité;1) déjà la cognée est à la racine de l'arbre, elle va frapper , et l'arbre sera coupé et livré
I au feu.2)
Terribles sont les paraboles. Les vierges folles s'endorment en attendant la venue de l'époux : au milieu de la nuit l'époux vient, elles se présentent,
| et elles sont rejetées. Je ne vous connais pas. Le serviteur est surpris à l'arrivée de son maître ; il est
i| saisi, lié, précipité dans les ténèbres extérieures.3) Terribles sont les exemples: Esaû vend son
i droit d'aînesse; il veut en revenir, mais il n'est plus temps , la bénédiction est perdue pour toujours. Antiochus mourant, prie, gémit et soupire: malheureux ! Son cœur, dit l'Écriture, n'était pas droit ; il demande un pardon qu'il ne devait pas obtenir.4) Pécheurs aveugles, tous ces anathèmes foudroyants qu'annoncent-ils à ceux qui différent
I de se convertir jusqu'au moment de la mort?
! Selon ces oracles que peuvent attendre ces mal-
j heureux qui durant leur vie ont été sourds à la voix de Dieu, qui ont résisté obstinément à la grâce, qui ont étouffé la voix de Dieu les invitant à la pénitence, qui ont contristé l'Esprit-Saint dans leur cœur, qui ont profané le sang adorable de
[ l'alliance, qui se sont endurcis contre tous leurs
I remords? Que peut-on en attendre, si ce n'est qu'en différant de se convertir, ou ils ne feront
jj point de pénitence, ou ils ne feront qu'une fausse
*) Matth., 24. — *) Luc, 3. — 3) Matth., 25. — 2, Mach. 9.
pénitence , et mourront en impénitents et en réprouvés ? Ah ! malheur à qui n'y pense pas !
On dit : Mais enfin les ouvriers qui sont venus travailler à la dernière heure à la vigne reçurent encore la récompense. — Il est vrai: mais ces ouvriers se tenaient debout sur la place, attendant, demandant du travail ; et les pécheurs qui diffèrent, où sont-ils? Dans les jeux, les amusemens, les désordres, et là, demandent-ils leur conversion?
On dit encore : le bon larron s'est converti à la mort ; nous pouvons donc espérer. C'est moins un exemple, qu'un miracle étonnant, répond saint Augustin: pécheur, attendez-vous, méritez-vous ce miracle de grâce, de conversion? Le bon larron se convertit à la mort; c'est le seul exemple que l'Écriture sainte nous fournisse en ce point. Il se ■ convertit; — mais c'était à côté de Jésus-Christ mourant, et , pour ainsi dire , tout arrosé de son sang; mais en même temps tournez, pécheurs, tournez les yeux de l'autre côté, et voyez avec frayeur le mauvais larron qui meurt en désespéré, sous les yeux de Jésus-Christ même ; voyez , et au lieu de vous rassurer, tremblez, tremblez à tous les instans.
Il est donc vrai que le pécheur qui diffère de se convertir à la mort se met dans le danger de ne se convertir jamais; et que, dans l'espérance d'une pénitence fausse et chimérique , il se précipite dans l'abime d'une punition véritable et éternelle. Pensez-y, et dites- vous à tous les instans ce que l' Esprit-Saint même vous dit : Ne différez pas, commencez dès aujourd'hui, peut-être que demain il sera trop tard.