‹ Le livre des missionsChapitre 190 sur 232 · VIII. L'AMOUR DE DIEU · texte numérisé non relu

VIII. L'AMOUR DE DIEU

T e beau spectacle, le grand modèle que présenta autrefois une femme chrétienne à Alexandrie! Elle parut un jour sur la place publique de cette grande ville , tenant d'une main un vase rempli d'eau, et de l'autre un flambeau allumé. Et que prétendez-vous avec cet appareil? lui diton. Je voudrais, répondit-elle, avec ce flambeau embraser tout le ciel, avec cette eau éteindre tous les feux de l'enfer, afin que désormais on n'aimât plus Dieu ni par l'espérance des récompenses, ni par la crainte des peines, mais purement et uniquement pour lui-même et pour ses perfections adorables.

Beaux sentimens et bien dignes d'une grande âme qui connaît ce qu'est Dieu, et combien il mérite par lui-même toutes les affections de nos cœurs !

On raconte des Japonais , que, quand on leur annonçait l'Évangile, et qu'on les instruisait des grandeurs, des beautés, des amabilités infinies de Dieu, quand surtout on leur apprenait les grands mystères de la religion, et tout ce qu'a fait pour les hommes, un Dieu naissant, un Dieu souffrant, un Dieu mourant pour leur amour, pour leur salut : «Oh, disaient-ils, qu'il est grand, qu'il est bon et aimable, le Dieu des chrétiens! »

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Mais quand ensuite en leur ajoutait qu'il y avait un commandement exprès d'aimer Dieu, et des menaces contre ceux qui ne F aiment pas, ils étaient surpris, et ne pouvaient revenir de leur étonnement. Hé quoi! disaient-ils, quoi! à des hommes raisonnables, un précepte d'aimer Dieu qui nous a tant aimés; et n'est ce pas le plus grand des bonheurs de l'aimer, et le plus grand des malheurs de ne l'aimer pas? Quoi! les chrétiens ne sont-ils pas toujours au pied des autels de leur Dieu, tout pénétrés de ses bontés, tout embrasés de son saint amour? Mais quand ils venaient à apprendre qu'il y avait des chrétiens qui, non-seulement n'aimaient pas Dieu, mais qui l'offensaient, qui l'outrageaient: 0 peuple injuste ! ô cœurs ingrats, barbares, s'écriaient-ils avec indignation, est-il donc possible que des chrétiens soient capables de ces horreurs? dans qu'elle terre maudite habitent donc ces hommes sans cœur et sans sentiment?

Chrétiens, nous ne méritons que trop ce& justes reproches ; et un jour ces peuples éloignés de nous, ces nations étrangères appelées en témoignage contre nous, nous accuseront, nous condamneront devant Dieu. Pensons-y: le précepte de l'amour divin est le premier, le plus essentiel des préceptes; c'est l'accomplissement de toute la loi. — Pensons-y, et faisons en ce monde, autant qu'il est en nous, ce que les Saints font dans le ciel, ce que nous espérons faire dans l'éternité. Aimons Dieu de tout notre cœur. — Il est triste de penser que peut-être jusqu'à présent nous n'avons pas encore aimé Dieu comme c'était notre devoir. Consacrons du moins le reste de notre vie à ce doux sentiment.

Le roi Assuérus voulant récompenser Mardochée du service important qu'il avait rendu à F état, le fit revêtir des habits royaux, lui mit la couronne sur la tête, le fit monter sur son char de triomphe, en un mot, l'environna de toute la majesté et de tout l'éclat de la dignité royale. Alors il ordonna à un de ces premiers courtisans de le conduire ainsi triomphant dans toute sa capitale, avec un héraut d'armes qui le précédait, en criant à haute voix à tout le peuple accouru en foule : « c'est ainsi que sera honoré celui qui le roi voudra honorer. »

Si, dans ce moment Dieu présentait à nos yeux un de ses élus dans tout l'éclat de la gloire dont il est environné dans le ciel ; qu'il nous le montrât avec ces joies, ces douceurs, ces délices dont les Saints sont inondés dans la céleste patrie, en nous disant à tous : « voyez , admirez , 6 hommes mortels! c'est ainsi que Dieu honore, que Dieu récompense ses saints dans sa gloire ! » A cette vue quels seraient nos transports ?

Homme ambitieux, nous dirait-il, que sont tous ces honneurs frivoles du monde , en comparaison des honneurs, de la gloire qui est destinée aux élus ? Homme avare, que sont tous ces biens fragiles, ces périssables richesses, en comparaison des trésors immenses que Dieu a préparés dans le ciel? Homme sensuel et voluptueux, que sont tous ces plaisirs honteux, ces douceurs séduisantes et criminelles dont tu jouis dans le temps, en comparaison des pures, des ineffables délices que tu aurais pu goûter dans l'éternité? Ah! que cette vue , que ce spectacle serait bien-capable de nous dégoûter de tous les faux biens de ce monde,

de nous faire soupirer ardemment après les biens solides et permanents de l'immortalité glorieuse! Ce que nos yeux ne sauraient voir, la foi nous le montre, du moins nous le fait espérer ; Tendons-nous dignes de la vie immortelle par une vie sainte. Le ciel nous attend ; cessons de nous attacher à la terre , nous n'avons point ici de cité permanente; le ciel est notre véritable patrie. Pensons-y, et ne pensons qu'à le mériter: heureux qui y aura pensé toute sa vie! Où ironsnous quand nous mourrons? quel sera notre sort? — Le paradis ou l'enfer. Beau ciel, je ne te verrai jamais , disait un hérésiarque à la mort : quels sentimens ! quelle mort ! Mon fils, regardez le ciel , disait une mère à son fils souffrant le martyre. L'Église nous le dit à tous: Regardez le ciel, rendez-vous dignes d'y entrer un jour, et voyez si la vie que vous menez peut vous y conduire.

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