Proverbes, vu
cens et d’autres senteurs, et l’Épouse du Cantique promet à son époux du vin parfumé quand il viendra la visiter 1 .
La myrrhe infusée dans le vin lui donnait des propriétés stupéfiantes, et on avait coutume de donner de ce vin de myrrhe aux criminels au moment du supplice, afin d’adoucir leurs souffrances.
L’embaumement ne paraît pas avoir été d’un usage aussi fréquent en Judée qu’en Égypte ; il se pratiquait cependant pour les personnes de distinction, et le corps ainsi préparé était déposé dans la niche d’un caveau. On a retrouvé en Palestine plusieurs de ces caveaux et un, entre autres, qui passe pour être le tombeau de Moïse.
L’Évangile nous apprend qu’à la mort de Jésus, Nicodème apporta un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres, et qu’on enveloppa le corps dans des linceuls avec ces aromates, selon la coutume des Juifs 1 ; il n’est pas toutefois certain que le corps ait été embaumé et Calmet pense qu’il fut simplement frotté de cette mixtion odoriférante.
Quand un roi ou un grand personnage mourait, on exposait son corps sur un lit de parade et on brûlait des aromates à l’entour dans des cassolettes. Tels furent les honneurs rendus à Asa, roi de Judée.
C’est dans le Cantique des cantiques, sublime
i. Cantique, vm, a.
a. Saint Jean, xix, 39.
LES HÉBREUX
chant nuptial empreint du souffle de la poésie biblique qu’on trouve la nomenclature la.plus complète des parfums connus des Hébreux.
« Je suis la rose de Saron, le lis des vallées, » s’écrie la fiancée.
« Tel est le lis entre les espines, telle est m’amie entre les filles », répond le fiancé.
« Pour l’odeur de tes précieuses huiles de senteur, dit à son tour l’épouse, ton nom est une huile de senteur espandue, pour ce t’aiment les filles. »
« Qui est celle-ci, réplique l’époux, qui monte du désert semblable à des colonnes de fumée, toute parfumée de myrrhe, d’encens et de poudre de parfumeur de toutes sortes ? »
Puis un peu plus loin :
« O espouse, ma sœur, tu es un jardin clos, une source fermée, une fontaine cachetée. »
« Tes jeunes plantes sont un verger de grenadiers et d’autres arbres de fruits délicieux; déplanté, de cypre et de nard. »
« De nard et de safran, de canne odorante et de cinnamome, et de -tout arbre d’encens, de myrrhe et d’aloès, et de toute plus excellente drogue. »
Ces citations rentrent tellement dans notre sujet, qu’on nous en pardonnera peut-être la longueur. Les derniers versets, du reste, nous serviront de texte pour quelques explications sur les parfums employés par les Juifs, car, bien qu’on attache un sens mystique aux paroles de ce cantique, il n’en est pas moins vrai que
7 b LE LIVRE DES PARFUMS.
ces images peuvent être prises pour une peinture des habitudes de l’époque.
Le cypre ou Chypre, en hébreu Cophérim, est l’arbuste nommé par les Arabes henna ou henné (Lawsonia inermis) dont les feuilles étaient employées par les Egyptiennes pour se teindre les mains et les pieds et parfois les cheveux. Les Juives adoptèrent cette mode, qui se répandit ensuite dans tout l’Orient.
Cet arbuste porte de charmantes fleurs d’un jaune d’or rassemblées en grappes sur des tiges Henné (Lawsonia inermis). dont ] e vif incarnat contraste
agréablement avec la fraîche verdure des feuilles. Ces fleurs étaient fort estimées, pour leur suave odeur, par les femmes israélites; elles en faisaient des bouquets qu’elles portaient dans leur sein et des couronnes dont elles ornaient leur tète.
Le nard a été pendant bien des siècles un sujet de controverse entre les savants, et Tes opinions les plus diverses ont été émises sur ce célèbre aromate.
Ptolémée dit que le nard est une plante odoriférante qui croît principalement à Rangamati, sur les frontières du pays qu’on nomme maintenant le Bootan.
Pline en reconnaît douze espèces. — Il met en première ligne celui des Indes, puis le syriaque,
LES HÉBREUX. 77
le gaulois, celui de Crète, etc. Il décrit ainsi le nard indien : « C’est un arbuste à racine épaisse et lourde, mais courte, noire et cassante, quoique onctueuse en même temps. L’odeur ressemble beaucoup à celle du cyperus ; le goût est âcre, les feuilles sont petites et viennent en touffes. Les sommités du nard se développent en épis barbus. De là vient que le nard est si fameux pour sa double production, l’épi barbu et la feuille 1 . »
Le prix de ce nard était alors de cent deniers 2 la livre. Les autres sortes, qui n’étaient que des herbes, coûtaient beaucoup moins cher et pouvaient s’obtenir pour quelques deniers.
Galien et Dioscoride parlent du nard 3 à peu près dans les mêmes termes. Ce dernier auteur prétend toutefois que le nard connu sous le nom de Syrien venait en réalité des Indes et était apporté en Syrie, d’où on l’expédiait sur divers points.
Les anciens paraissent avoir confondu le nard avec les graminées odorantes de la famille des Q/îndropogon qui croissent en abondance dans presque toute l’Asie. C’est ainsi qu’Arien, dans son Histoire de l’expédition d’oAlexandre aux Indes, raconte que le nard des plaines de Gédrosie, foulé aux pieds par les chevaux et les éléphants de l’armée, répandait une odeur si agréable que les soldats phéniciens, avec l’esprit
». Pline, Hist. nat., liv. xn, chap. 2 6.