Jérémie, 11, aa, et Malachie, ni, a
5. Version grecque de l’Ancien Testament, œuvre de 70 auteurs.
vant saint Jérôme, croissait abondamment dans les parties humides de la Palestine. D’autres commentateurs croient voir dans le borith une de ces argiles savonneuses dont on se sert encore au bain en Orient, et qui ressemble à ce qu’on appelle la terre à foulon.
Le docteur Henderson, dans sa nouvelle traduction des Lamentations de Jérémie, rend borith par potasse, et il nous paraît être le plus près de la vérité, car, suivant toute probabilité, c’était une espèce de salpêtre ou nitrate de potasse qui se trouvait à l’état naturel en Judée. Nous appuierons cette opinion sur un passage du Talmud, livre Cheritoth, dans lequel le borith de Carchina Wl£H 3 rP"p est donné comme ingrédient d’une sorte d’encens , ce qui aurait arrêté la combustion si c’eût été un savon, tandis que cela s’explique facilement, si c’était un salpêtre.
Nous reviendrons plus tard sur ce sujet % et nous raconterons à quelle circonstance est due l’invention du savon, et à quel usage il fut premièrement destiné.
Si les Hébreux ne connaissaient pas les’savons, en revanche ils employaient de nonlbreux cosmétiques.
Les coquettes Juives, non contentes des attraits que la nature leur avait libéralement accordés, cherchaient encore à en rehausser l’éclat par certains artifices. C’est ainsi que Jézabèl se peignit le visage afin de charmer Jéhu à son passage *, et le sévère Ézéchiel reproche aux filles de Sion de se baigner dans des eaux de
i. Chap. vi.
a. II Rois, la, 30.
LES HEBREUX
senteur, de se farder les yeux et de se couvrir d’ornements.
La transcendante beauté des femmes israélites, qui, suivant l’énergique expression de l’Écriture, « prend
aussitôt par les yeux » , leur a été transmise d’âge en âge à travers toutes les vicissitudes et les humiliations qu’ont subies ce peuple ; mais comme au temps de Judith et d’Esther elles cherchent encore dans bien des contrées à augmenter leurs charmes par les prestiges de la cosmétique.
C’est toujours le kohl égyptien qui sert à donner aux juives de Tunis et de Tanger la longueur et la douceur des yeux de la gazelle, et le schnouda qui ramène l’incarnat sur leurs joues fatiguées est peut-être le même que Jézabel avait employé pour se farder le visage.
Les Israélites n’ont pas, comme les Égyptiens et les anciennes nations asiatiques, laissé de peintures ou de sculptures qui nous renseignent sur leur vie privée, et qui servent dé corollaire aux descriptions données par la Bible et les historiens. On est toutefois arrivé à reconstituer tous ces Fiancée orientale. détails en étudiant les habitudes [des Orientaux modernes qui n’ont pas changé depuis des siècles, et on retrouve presque intacts chez les Arabes ou les habitants de la Palestine les mœurs et coutumes des anciens Hébreux. Ainsi dans la procession de la fiancée qui s’avance soigneusement voilée, nous voyons les aspersions d’eau de senteur dont parle Isaïe, et les fumigations aromatiques du Cantique de Salomon.
Dans le costume d’une fiancée orientale nous reconnaissons presque tous les ornements qui paraient
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les filles d’Israël et que le prophète énumère ainsi lorsqu’il les menace de s’en voir privées, en punition de leurs péchés :
« En ce jour-là le Seigneur ostera l’ornement des patins et les chaussures œilletées, et les petites lunes, les coliers et les carquans et les brasselets, et les atours, et les jarretières, et les affiquets, et les bouettes de senteur 1 , et les pendants d’oreilles. »
« Les anneaus et les bagues pendantes sur le nez, les robes de parade et les mantelets, et les voiles et les poinçons. »
« Les mirouers, et les crespes, et les tiares, et les cotillons. »
« Et adviendra qu’en lieu de bonne senteur, il y aura puanteur, et en lieu de ceinture, deslabrure, et en lieu de frisure, pelure, et en lieu de gorgias, un affublement de sac, et hasle en lieu de b'eau teint. »
Les boîtes de senteur qui figurent dans cette liste étaient fort prisées des Juives, qui les nommaient « maisons de l’âme », pour exprimer l’effet exhilarant qu’elles produisaient sur leur esprit. Les miroirs étaient, comme ceux des Égyptiens, de métal poli. Moins coquettes, sans doute, à l’époque de l’Exode que du temps d’Isaïe, les femmes avaient sacrifié les leurs à Moïse pour en faire la grande conque de bronze 'qui servait aux ablutions dans le temple.
Parmi toutes les menaces du prophète, celle à
1. Ces boîtes sont aussi dénommées tour eues étant faites en forme de petite tour.
laquelle les belles pécheresses devaient être le plus sensibles était sans doute la pelure, ou, en d’autres
termes, la perte de leurs cheveux, qui formaient un de leurs principaux attraits, et qu’elles portaient généralement rassemblés dans des filets d’or ou d’argent. Cette perte était pour elles un signe d’esclavage ou de déshonneur. Le bas-relief ci-joint, pris des ruines de Kouyanjik, représente des captifs juifs complètement tondus et réduits à l’état prédit par Isaïei La tête de la femme décrétée d’infamie était rasée et ses ongles étaient coupés, et l’étrangère qui épousait un Juif devait subir le même sort avant de pénétrer dans la maison conjugale.
Les Hébreux portaient les cheveux longs, comme ils venaient naturellement ; ils étaient généralement
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pourvus d’une abondante chevelure : celle d’Absalon pesait deux cents sicles 1 .
Moïse, qui veillait avec tant de soin à ce qu’aucune coutume superstitieuse ne s’introduisît parmi les enfants d’Israël, leur défendit d’imiter les Arabes, les Ammonites et les Moabites, qui coupaient leurs cheveux en rond en l’honneur de Bacchus. Il leur interdit aussi de faire la fisa, Captifs juifs,
espèce de touffe formée sur le front en l’honneur de Saturne, ou de tresser les cheveux à la mode égyptienne , en mémoire de la mort d’Osiris ou d’Adonis, que les filles de Sion pleuraient encore du temps d’Ézéchiel.
Les -prêtres se coupaient les cheveux tous les quinze jours avec des ciseaux pour rester dignes du service des autels. Les lévites se rasaient entièrement le jour de leur consécration. Le Nazaréen ne devait pas laisser approcher un rasoir de sa tête pendant l’accomplissement de son vœu, mais quand il était terminé, il se rendait au temple, où sa chevelure était coupée par le prêtre et brûlée sur l’autel.
i. aoo sicles du temps de Moïse eussent fait j kilogrammes, mais il est question ici de sicles babyloniens, qui étaient plus légers.
9 o LE LIVRE DES PARFUMS.
Josèphe nous raconte que lorsque le roi Salomon sortait en grande cérémonie, il était accompagné de quatre cents jeunes gens de famille noble, dont les cheveux, semés de poudre d’or, étincelaient au soleil. Nos dames modernes, qui croient avoir inventé ce genre de parure, seront forcées de convenir qu’on pourrait encore répéter de nos jours l’axiome du grand monarque :
« Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. •>
Chap IV