‹ Le livre des ParfumsChapitre 15 sur 71 · I. Diodore de Sicile, liv. II, ch. x · texte numérisé non relu

I. Diodore de Sicile, liv. II, ch. x

LES ANCIENNES NATIONS ASIATIQUES, toi

l’art dont nous écrivons l’histoire, à en juger par les nombreux spécimens de vases à parfums trouvés dans les ruines. Ils étaient vides, il est vrai, mais leur forme

Boites à onguents.

artistique et les riches matériaux dont ils étaient composés semblent prouver en faveur de l’excellence de ce qu’ils contenaient. Les onguents se mettaient généra-

Vases à parfums (Nimroud )

lement dans des boites d’albâtre, de porcelaine ou de chalcédoine, et les essences dans des flacons de cristal aux plus brillantes couleurs.

Les vases reproduits ici sont pris au Musée bri-

tannique; l’un est en verre et l’autre en albâtre, et tous deux portent en caractères cunéiformes le nom de Sargon, roi d’Assyrie, qui florissait il y a environ 2,500 ans. Celui de verre offre un intérêt tout particulier, comme étant le spécimen le plus ancien qui existe de verre transparent. .

Quelques-uns de ces vases servaient à contenir diverses sortes de fard, tels que du blanc et du rouge pour la figure, et une préparation d’antimoine pour noircir le cercle des yeux, que nous avons déjà vue chez les Égyptiens sous le nom de stem-t , et que nous retrouverons plus tard chez les Romains sous celui de stibium.

Une anecdote empruntée à Nicolas de Damas servira à peindre l’abus qu’on faisait alors de ces cosmétiques.

Sous le règne d’Artée, roi des Mèdes, un de ses favoris nommé Parsondès, homme renommé pour son courage et pour sa force, ayant observé que Nanare, gouverneur de Babylone, avait des habitudes efféminées, se rasait et employait des cosmétiques, demanda au roi de lui donner son poste. Le roi refusa, et Nanare, ayant appris ce qui avait eu lieu, jura de se venger.

Il fit saisir et amener en sa présence Parsondès, un jour qu’il chassait devant Babylone.

« Pourquoi, lui dit-il, as-tu cherché à me supplanter? »

te — Parce que, répondit Parsondès, je me trouvais

plus digne que toi de la place que tu occupes, car je suis un homme mâle et vigoureux, et puis mieux servir le roi qu’une créature rasée avec ses yeux teints d’antimoine et sa figure couverte de céruse. »

Nanare, en entendant cela, livra son ennemi aux mains d’un esclave, en lui ordonnant de le raser, de le frotter de pierre ponce, de le baigner deux fois par jour, de l’inonder de parfums, de lui peindre les yeux et de lui natter les cheveux à la mode des femmes.

Soumis à un pareil traitement, l’infortuné Parsondès devint bientôt aussi efféminé que son rival, et, quelque temps après, Artée ayant envoyé un de ses officiers à Babylone pour réclamer son favori, il ne put le reconnaître au milieu de cent cinquante musiciennes dont on lui avait fait adopter le costume.

Les Mèdes n’étaient pas moins experts que leurs voisins dans les artifices de la toilette, comme le prouve la naïve exclamation de Cyrus, citée par Xénophon. Ce prince, à l’âge de douze ans, était allé un jour avec sa mère visiter son grand-père Astyage, roi des Mèdes. Au lieu de trouver, comme il s’y attendait sans doute, un vieillard chauve et décrépit, il vit un homme au teint vermeil et fleuri, à la barbe d’un noir de jais, et au front couvert d’une luxuriante chevelure adaptée avec un art qu’auraient envié nos coiffeurs modernes. L’enfant, croyant que tous ces charmes étaient réels, se tourna vers sa mère en s’écriant avec admiration : « Oh ! ma mère, que mon grand-père est beau ! » Des Mèdes, le goût des parfums et des cosmé-

tiques se transmit aux Perses; le.s descendants de Cyrus passaient leurs étés à Ecbatane et leurs hivers à Suse, où ils s’adonnaient à la culture des fleurs et surtout à celle du lis, qui était si abondant dans la ville qu’elle lui avait emprunté son nom 1 .

Leurs sujets les imitaient dans leur amour des parfums, et portaient sur leur tète, à ce que rapporte Dinas, des couronnes faites de myrte et d’une plante aromatique nommée labyzus.

Le bas-relief de Persépolis, que nous reproduisons en tête de ce chapitre, prouve qu’on brûlait de l’encens devant les monarques ou les personnes de haut rang, comme on le faisait devant les dieux.

Lorsque Alexandre s’empara des équipages et des trésors de Darius après l’avoir vaincu à la bataille d’Arbelles, il trouva dans sa tente une riche cassette remplie des parfums les plus précieux. Le conquérant, que les délices de Babylone n’avaient pas encore amolli, fit jeter au vent ces aromates et les remplaça par les œuvres d’Homère, préférence dont l’ombre du grand poëte dut à peine lui être reconnaissante, car Y Iliade et Y Odyssée célèbrent assez souvent les mérites des parfums.

Peut-être le farouche Macédonien avait-il moins besoin qu’un autre de parfums artificiels si, comme le dit Montaigne, « sa sueur espandait une odeur souefVe »; mais toutefois il devint moins rigide par la suite, car

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