Souson signifie lis
LES ANCIENNES NATIONS ASIATIQUES, ioy
nous lisons dans Athénée qu’il faisait arroser le sol de son palais d’eaux de senteur, et aimait à s’entourer de cassolettes où brûlaient la myrrhe et l’encens 1 .
Il n’égala jamais cependant dans ce goût un roi de Syrie, nommé Antiochus Épiphane, ou le Célèbre, et qu’Athénée, par un malicieux jeu de mots, appelait Epimane ou le Fou.
Ce monarque ayant donné des jeux publics à Daphné régla l’ordre du cortège et les détails des cérémonies, qui auraient fait la fortune d’un parfumeur moderne.
Une des processions commençait par deux cents femmes qui, armées de petits arrosoirs d’or, inondaient les passants d’eau de senteur. Puis venaient des jeunes garçons vêtus de pourpre, qui portaient de la myrrhe, de l'encens et du safran dans des plats d’or. On voyait ensuite deux brûle-parfums de bois plaqué d’or hauts de six coudées, et suivis d’un autel d’or sur lequel brûlaient des gommes aromatiques.
On offrait à chaque personne dans un vase d’or, en entrant au gymnase, un onguent à son choix. Il y en avait de quinze sortes différentes, telles qu’au safran, au cinnamome, au nard, au fenu grec, au lis, etc. Les invités, après avoir été richement fêtés, étaient renvoyés chez eux couronnés de fleurs.
Çe même monarque terminait un jour ses ablutions aux bains publics par des onctions parfumées,
i. Athénée Deipn., liv. XII.
io6 LE LIVRE DES PARFUMS.
lorsqu’un des spectateurs, par l’odeur alléché, lui tint à peu près ce langage :
« Que vous' êtes heureux, ô mon roi, car vous répandez une odeur délicieuse ! »
Antiochus, flatté du compliment, lui répondit : « Si ce parfum te plaît, prends-en autant que tu voudras. »
Il se fit alors verser une grande urne d’onguent sur la tête, et fut bientôt entouré d’une foule de pauvres gens qui s’empressaient de ramasser les bribes de ce festin olfactif.
Cette scène amusa beaucoup le roi, mais les dalles devinrent tellement glissantes qu’il fit une chute fort compromettante pour sa dignité royale, ce qui mit un terme à sa gaieté.
Les Lydiens n’étaient pas moins renommés pour leur amour de la toilette, et Xénophane nous les dépeint : « fiers de leurs ■ chevelures soigneusement peignées et ruisselantes des odeurs les plus fines. »
Le mode d’embaumement adopté par les Egyptiens ne paraît pas avoir été pratiqué en Asie. Les Perses couvraient leurs morts de cire pour les préserver, et Hérodote prétend que les Babyloniens employaient le miel à cet usage. Cela n’aurait pas suffi toutefois sans l’admixtion de quelques substances aromatiques.
Botta trouva dans les ruines de Ninive une grqnde quantité d’urnes funéraires, mais il fut impossible de découvrir si les cadavres avaient été embaumés, car ils étaient passés à l’état argileux.
Toutes les nations asiatiques avaient le plus grand soin de leurs cheveux et de leurs barbes, ainsi qu’il est facile de voir sur les bas-reliefs et les peintures qui enrichissent nos musées. Les rois assyriens tissaient avec leur barbe d’un noir de jais des fils d’or qui produisaient le plus bel effet, ou quelquefois ils se contentaient d’y semer de la poudre d’or.
Ces monarques paraissent du reste avoir préféré les onguents aux ablutions, car Hérodote nous raconte que le roi des Perses se lavait les cheveux une fois par an, à l’anniversaire de sa naissance 1 , et, au dire de Strabon, le jour où le roi des Indes accomplissait cette cérémonie était considéré comme une grande fête*.
Cyrus fut le premier qui adopta en l’honneur de
Mitre persane. Cyrus (Persépolis).
Mithra la coiffure conique qui devint plus tard celle de nos évêques : — singulier rapprochement ! Dans une
t. Hérodote, liv. IX, chap. CIX.
a. Strabon, liv. XV.
des sépultures de Persépolis, il est représenté avec un autre genre de coiffure qui ferait un assez joli dessin pour un candélabre.
Lorsque Alexandre fondit sur l’Asie comme un torrent, il reconnut que la barbe et les longs cheveux étaient pour les soldats un grand embarras et un danger dans la mêlée; aüssi, après la bataille d’Arbelles, il ordonna à ses soldats de se raser, donnant luimême l’exemple, ce qui lui valut, comme à un grand conquérant de nos jours, le surnom de x.op<7Yiç (tondu).
Parfois aussi il lit couper la barbe des vaincus, suprême affront plus douloureux pour eux que la défaite; c’est ce qu’avaient prédit les prophètes lorsqu’ils menaçaient Tyr et Babylone du grand rasoir du roi d’Occident qui faucherait les villes et déshonorerait les mentons.
Une coutume bien autrement barbare régnait jadis en Perse ; les généraux dont on avait à se plaindre étaient condamnés à avoir les cheveux et la barbe arrachés poil par poil. Artaxerce eut l’humanité d’abolir cette punition en y substituant la perte de la tiare.
Les rois de Perse avaient un singulier budget conjugal; ils donnaient à leurs femmes un certain nombre de villes dont les revenus leur servaient à payer leurs dépenses personnelles; chaque ville était affectée à un usage spécial : l’une était pour la table, l’autre pour les vêtements, une troisième pour la coiffure, etc.
Les dames asiatiques portaient leurs cheveux principalement en longues boucles flottantes, retenues par un simple bandeau, comme on le voit dans le bas-relief ci-contre.
Elles s’ornaient aussi de boucles d’oreilles massives dont nous avons cru devoir reproduire quelques spécimens , maintenant qu’on recherche la nouveauté dans l’antique. asiatiques.
Ces femmes étaient pour la plupart fort belles, mais celles envers lesquelles la nature s’était montrée avare n’en trouvaient pas moins à se marier par suite d’un arrangement fort équitable et auquel on devrait bien revenir. Un certain jour, toutes les filles à marier s'assemblaient dans une place de Babylone. Les riches prétendus choisissaient les plus belles et payaient une somme d’argent qui servait de douaire aux laides. Ces dernières trouvaient alors facilement des époux parmi ceux qui admiraient principalement « les beaux yeux de la cassette. »
Toutes les nations asiatiques tenaient énormément à leurs cheveux, et Mausole, roi de Carie, sut habilement tirer parti de cette prédilection au profit des finances de son empire.
Ayant fait une ample provision de perruques dans ses magasins, il rit publier un édit qui ordonnait à tous ses sujets de se raser la tête. Les malheureux durent se soumettre, et furent trop heureux d’acheter à prix d’or quelques jours après les chevelures postiches que vinrent leur offrir les agents du gouvernement. Après un pareil trait de haute politique, faut-il s’étonner qu’Artémise ne put se consoler de la perte d’un si habile époux, et que, non contente de faire ériger à sa mémoire un mausolée qui fut classé parmi les sept merveilles du monde, elle but encore pendant longtemps ses cendres mêlées avec du vin !
U Livre des Parfums
Chap. V.