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CHAPITRE V

LES GRECS

Mm teurs. Les charmes d'Hélène fu- " W~Æ > rent a ssez puissants pour allumer une g uerre de dix ans entre les Grecs et les Troyens , et les plus ' j vaillants guerriers se montrèrent

fiers de verser leur sang pour une femme à laquelle on pardonnait tout en raison de sa beauté.

Avec leur vive et ardente imagination, les Grecs

aimaient à prêter une origine céleste à ce qui flattait leurs sens. Vénus, qui était pour eux la personnification de tout ce qui séduit, devait avoir la première inventé les parfums, puisqu’une goutte de son sang et un baiser de son fils avaient suffi pour donner à la reine des fleurs sa couleur et son arôme.

Un jour Vénus, voulant cueillir la blanche fleur,

Se blessa, la teignant d’une pourpre immortelle.

A Cupidon la rose alors parut si belle,

Qu’il y mit un baiser... de là vient son odeur!

La blonde déesse faisait donc usage d’aromates, et, au besoin, Virgile est là pour le prouver :

De ses cheveux divins les parfums précieux Semblent, en s’exhalant, retourner vers les cieux.

Elle ne s’en était toutefois pas réservé le privilège, et l’orgueilleuse reine de l’Olympe ne dédaignait pas d’avoir recours à ces puissants auxiliaires pour ajouter à ses attraits.

Lorsque l’épouse de Jupiter revêt sa plus riche parure pour aller trouver Vénus et obtenir d’elle qu’elle lui prête sa ceinture, elle se renferme dans la chambre secrète que lui a bâtie Vulcain; puis,

Par un bain odorant, elle se purifie,

Répand sur ses cheveux la divine ambroisie,

Et plonge tout son corps dans des flots de senteur,

Qui, parfumant d’abord la sublime hauteur,

Descendent lentement au séjour des humains Emportés par la brise en des sites lointains *.

LES GRECS

La sage Minerve elle-même ne trouvait pas les parfums incompatibles avec la gravité de sa personne, et, non contente d'imiter l’exemple des autres déesses, elle était assez généreuse pour en faire jouir de simples mortelles.

Quand Pénélope se dispose à recevoir ses nombreux prétendants, la fidèle Eurynome cherche à lui persuader de donner quelques instants à sa parure; mais la vertueuse matrone repousse ses conseils en lui disant :

C’est en vain que tu veux, par tes soins attentifs,

Me faire consentir à ces préparatifs.

Non, pour moi, plus de bains, plus d’onctions parfumées.

A quoi me serviraient ces tresses embaumées ?

Le jour où mon époux s’embarqua sur les mers,

Ma beauté succomba sous les regrets amers.

Pallas, qui tient au contraire à ce que la fille d'Icare éblouisse les princes grecs, endort sa protégée, et, pendant son sommeil,

D’un baume souverain elle enduit son visage.

C’est celui dont Vénus à Paphos fait usage Pour rehausser encor l’éclat de ses attraits Quand elle danse avec les Grâces aux doux traits.

Ce divin aromate a transformé la reine,

Son teint est rajeuni, les traces de sa peine Ont soudain disparu; la plus vive fraîcheur Remplace sur son front la mortelle pâleur *.

Les prétendants ne peuvent résister à cette vue et tombent tous éperdument amoureux. Heureusement

Ulysse, caché parmi ses rivaux, se montre à temps pour prévenir les fatales conséquences de cette parfumerie céleste.

La nymphe Œnone, amoureuse du berger Pàris, l’avait fait assister à la toilette de Vénus; celui-ci en redit tous les secrets à la belle Hélène, que son amour avait ravie à Ménélas. De retour dans son pays, la fragile beauté dévoila ces précieuses formules à ses compatriotes, qui s’empressèrent d’en faire leur profit. Telle est une des versions de l’origine de la parfumerie en Grèce.

D’un autre côté, Théocrite nous dépeint Hélène, encore adolescente, se baignant dans l’Eurotas avec ses compagnes et se livrant ensuite à des jeux athlétiques, après s’être frottée d’huiles odorantes 1 . Ce n’était donc pas à Pàris qu’elle devait la connaissance des parfums.

Nous nous rangeons entièrement à cette opinion, et préférons supposer que l’usage des aromates fut transmis aux Grecs par les nations asiatiques, avec lesquelles ils se trouvèrent en relation dès le commencement de leur histoire.

Dans tous les cas, les parfums étaient bien connus du temps d’Homère, car il les cite à chaque instant, les désignant généralement sous le nom d’huile (tXuiov), en y ajoutant parfois la qualification de rosée (po&ivov) ou d’ambrosiaque (âftëp«<nov).

i. Théocrite, Idylle

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Hésiode, qui, d’après Hérodote, vivait environ à la même époque, les recommande pour le culte divin :

Que le plus pur encens fume sur vos autels,

Pour gagner les faveurs de vos dieux immortels.

Qu’une ample libation soit répandue encore Lorsque le jour s’enfuit ou que paraît l’aurore 1 .

L’encens, accompagné de la libation, formait ce qu’on appelait une oblation complète. L’encens se brûlait sur le thytêrion, grand autel placé dans le temple, et la libation se faisait au moyen d’un vase plat nommé patère. Les Grecs possédaient en outre de petits autels dans leurs demeures et y faisaient de fréquents sacrifices, surtout lorsqu’ils devaient se mettre en Oblation,

campagne ou qu’ils se disposaient à une entreprise quelconque.

On offrait à chaque divinité, pour se la rendre favorable, l’animal qui lui était consacré : un taureau

i. Hésiode, i, j j

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à Jupiter, un chien à Hécate, une colombe à Vénus, une truie à Cérès, un thon à Neptune.

Les pauvres gens, qui ne pouvaient se procurer cet holocauste en nature, y suppléaient par un simulacre pétri de pâte, et remplaçaient le coûteux encens par du genévrier ou d’autres bois odorants.

La Macédoine était un des pays de la Grèce où les aromates coûtaient le plus cher, et Alexandre le Grand, étant enfant, fut un jour sévèrement réprimandé par son tuteur Léonidès pour les Thytcrion. avoir prodigués sur un autel.

« Avant de brûler de l'encens d’une façon aussi extravagante, lui dit-il, attendez au moins que vous ayez conquis le pays qui le produit. » Alexandre se souvint de la leçon, et, quand il eut soumis l’Arabie, il envoya à son vieux professeur un chargement de myrrhe et d’encens, en l’invitant à sacrifier aux dieux désormais sans viser à 1 économie 1 .

particulier. Dans les temps où la fable se confondait avec la réalité, les effets merveilleux des parfums étaient mis sur le compte de la magie.

u pline, Hist. nat., liv. XII, chap. xxxn.

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C était au moyen de leurs vapeurs enivrantes que la sibylle inspirée rendait des oracles; Circé composait avec leur aide ces philtres puissants qui retenaient Ulysse auprès d’elle, etMédée rendait à Éson sa jeunesse perdue en faisant bouillir ses membres séniles dans un bain d’herbes aromatiques. Malheureusement, cette dernière recette n’est pas parvenue jusqu'à nous, car on trouverait peut-être encore quelques Esons qui affronteraient la chaudière.

Phaon, nautonnier de Lesbos, reçoit un jour sur son vaisseau une femme mystérieuse qui désire être conduite à l’île de Chypre. On part, mais bientôt une tempête s’élève et menace de briser le frêle esquif. L'inconnue détache sa ceinture et l’élève au-dessus de sa tête; grâce à cette voile improvisée, le navire brave les fureurs d’Éole et touche au port. Arrivée sur le rivage, Vénus, car c’était elle, remet à Phaon un vase d’albâtre renfermant un précieux parfum...

<( De retour dans ta patrie, lui dit-elle, répands cette essence sur tout ton corps, et tu recueilleras le fruit de tes peines. »

Phaon suit les ordres de la déesse, et voit avec une joyeuse surprise les traits les plus fins, les plus délicats, remplacer la grossière enveloppe qui le couvrait. Son père lui-même ne peut le reconnaître qu’au son de sa voix. Hélas! pourquoi Vénus n’a-t-elle pas accompagné ce funeste présent d’un cœur sensible! Sapho voit le beau Phaon et en devient éperdument amoureuse; mais, ne pouvant lui faire partager sa

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flamme, elle cherche dans les flots un remède à sa douleur.

Voilà un miracle qui dépasse certes de beaucoup tous ceux de la parfumerie moderne; il est vrai que si les cosmétiques sont bien changés, les Saphos ne le sont pas moins!

Myrto, vierge ingénue, aux cheveux blonds, aux yeux limpides et aux lèvres vermeilles, née de parents qui moulaient la terre pour en former des statuettes, ne pouvait, dans sa pauvreté, déposer sur l’autel de Vénus que de simples guirlandes; mais c’était chaque jour des fleurs nouvelles, tantôt des couronnes de roses au calice embaumé, tantôt un frais bouquet de modestes violettes, parfois aussi une branche de myrte cher à la déesse.

Une tumeur qui lui vint au menton faillit détruire à jamais sa ravissante beauté; mais elle vit en songe une colombe qui lui dit : « Ne pleure pas. Prends des roses offertes à Vénus, applique-les sur la tumeur, et tu guériras, car la déesse te favorise. »

Myrto obéit, et sa tumeur disparut. Protégée par sa puissante patronne, la pauvre fille du mcmleur s’assit plus tard sur le trône persan, à côté de Cyrus.

Depuis ce temps, la reine des fleurs fut également recherchée pour son suave arôme et pour ses qualités bienfaisantes, et elle trouve encore maintenant sa place dans l’officine du pharmacien aussi bien que dans le laboratoire du parfumeur.

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Anacréon, le chantre de la rose, ne manque pas de nous dire, en détaillant toutes les vertus de sa favorite :

La rose sait guérir plus d’une maladie,

Elle embaume les morts, elle résiste au temps;

Elle ne vieillit pas, et sa feuille jaunie Conserve en son hiver l’odeur de son printemps 1 .

Aspasie, l'inspiratrice de Périclés, écrivit sur l’art de la cosmétique deux volumes qui furent détruits dans l’incendie d’Alexandrie, mais dont il reste quelques fragments cités par Ætius. Les formules qu’elle donna furent gravées sur des tables de bronze et placées dans les temples d’Apollon et d’Esculape, à côté de celles d’Hippocrate.

La parfumerie, en effet, était alors, comme elle le fut depuis chez les Arabes, une branche de la science médicale. Hippocrate chassait la peste d’Athènes au moyen de fumigations odoriférantes, et ses confrères prescrivaient des aromates pour beaucoup de maladies; mais c’était surtout les iatraliptes 2 qui préconisaient l’usage des onguents parfumés pour obtenir à la fois la force et la beauté.

Prodicus, natif de Sélymbria et disciple d’Esculape, fut, au dire de Pline, l'inventeur de Yiatraliptique. Ayant observé que les athlètes, qui s’oignaient le corps pour donner moins de prise à leurs adversaires,

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