La Turquie pittoresque, par W.-A. Duckett, p
Le commerce des parfums est si important à Constantinople, qu’une galerie entière du Bezestan ou Grand-Bazar lui est consacrée; là, sur des comptoirs bas étalés devant les boutiques et à la portée des passants, sont amoncelés pêle-mêle les flacons dorés d’essence de rose, les pâtes et les cosmétiques indigènes, les pastilles de musc et d’ambre, rondes et plates, revêtues d’une mince couche d’or, les chapelets de jade, de coco, de santal ou de boules de senteur, les brûleparfums et les gûlabdans, les boules de senteur de métal ciselé que les odalisques aiment à rouler du pied sur le tapis, les peignes et épingles de coiffure, et enfin quelques parfumeries de Londres et de Paris pour les amateurs de nouveautés.
Autour de ces séduisants objets se presse une foule de femmes soigneusement voilées qui tournent et retdurnent tout l’étalage et adressent mille questions au marchand accroupi dans un coin; mais c’est à peine si celui-ci daigne retirer de temps à autre de sa bouche le bouquin d’ambre de sa pipe pour leur répondre, car ce qu’on appelle vulgairement « faire l’article » est une action dont rougirait tout bon musulman.
Au Caire, le parfumeur indigène, qui se nomme attar ou marchand d’essence, vend aussi des drogues et des bougies.
La composition des philtres et des amulettes est restée en Orient une science que les initiés se transmettent et pratiquent depuis les temps les plus reculés. Ils y ajoutent parfois des fumigations aro-
matiques au moyen desquelles ils obtiennent des phénomènes semblables à ceux du magnétisme et qui sont, comme ceux-ci, fort difficiles à expliquer.
M. Léon de Laborde cite un exemple fort remarquable des effets produits par ces charmes 1 . Pendant
l’Exode,