‹ Le livre des ParfumsChapitre 30 sur 71 · L. de Laborde · texte numérisé non relu

L. de Laborde

L’ORIEXT.

son séjour au Caire, lord Prudhoe lui amena un sorcier algérien nommé Ahmed pour lui donner l’échantillon suivant de son savoir occulte.

Le magicien fit venir un jeune enfant arabe, traça dans la paume de sa main droite des signes cabalistiques au milieu desquels il versa un peu d’encre, puis il dit à l’enfant de regarder fixement cet obscur miroir. Il jeta ensuite dans un réchaud trois petits paquets de parfums en psalmodiant sur un air monotone une espèce de prière. Une épaisse fumée d’un arôme âcre et pénétrant enveloppa l’enfant, qui parut en proie à une vive émotion et déclara d’abord voir le sultan avec tout son cortège. A la prière d’Ahmed, les assistants nommèrent alors plusieurs personnes, entre autres Shakespeare et un général anglais. L’enfant décrivit la figure et le costume de chaque personnage avec la plus grande exactitude, quoique n’ayant aucun indice apparent qui pût le guider.

Jusque-là il est facile d’attribuer ces résultats à un habile compérage ; mais voici le plus curieux :

M. de Laborde, fort intrigué de ce qu’il avait vu, obtint d’Ahmed qu’il lui vendît son secret moyennant trente piastres, et après s’être un peu exercé il finit par produire les memes effets que le magicien en désignant ses sujets au hasard et parmi les plus ignorants.

Nous reproduisons ici les signes tracés sur la main ; les trois parfums se nommaient Takeh-Mabachi, oAmbar-Indi, Kousoubra-Djaou. Quant à la

prière, ceux qui voudront, comme M. de Laborde, pratiquer cette œuvre de sorcellerie pourront la trouver dans le livre que nous avons cité.

M. Lane décrit aussi fort longuement ces scènes de magie, mais dans une récente édition, il dit avoir découvert la supercherie du magicien; c’est fort possible, mais signes cabalistiques. dans ce cas q Ue penser de F assurance donnée par M. de Laborde qu’il a réussi luimême dans ces expériences?

Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans parler de la chevelure, cette opulente parure que la nature a prodiguée aux Orientales.

« Jamais de ma vie, dit lady Montague dans ses lettres sur Constantinople, je n’ai vu de si beaux cheveux. J’ai compté jusqu’à cent dix nattes sur la tête d’une femme, et elles étaient toutes naturelles. » « Lorsque les femmes sortent, le jaloux yachmack et le disgracieux féredjé les dérobent presque entièrement aux regards indiscrets et ne laissent apercevoir que leurs yeux encadrés d’un cercle noir; mais rentrées chez elles, elles se débarrassent de ce lourd attirail et se coiffent du talpock, petite calotte, de velours l’hiver et de gaze argentée l’été, qui se pose coquettement sur le côté de la tête et laisse échapper des tresses de jais ornées de fleurs, de plumes ou de rubans. Les plus riches se parent d’un bouquet, dont

L’ORIENT

les boutons sont des perles, les roses des rubis, les jonquilles des topazes, et les jasmins des diamants. 1 »

Lane nous donne, dans son intéressant ouvrage, des détails très-complets sur la coiffure des Égyptiennes. Elles portent généralement un turban de soie ou de gaze aux couleurs voyantes surmonté du kurs, plaque d’or ronde et convexe, parfois enrichie de diamants. Les cheveux sont coupés presque ras sur le front, formant seulement une boucle de chaque côté ; par derrière ils sont nattée en petites bandelettes toujours en nombre impair ; on tresse avec chaque natte trois fils de Safj ’ co,ffure cgyptlcn,,e ' soie garnis à deux ou trois centimètres de distance de petits ornements d’or nommés bark et terminés par un tube d’or et une petite pièce d’or fort mince. Ce genre de coiffure, qui est le plus en vogue, se nomme safa. Elles parent aussi parfois leur tète d’un petit peigne d’or nommé micht, qui vient tomber sur le front; leurs boucles d’oreilles sont très-gracieuses de forme ; nous en représentons ici quelques spécimens.

Les poètes orientaux ont plus d’une fois chanté les cheveux de leur bien-aimée. Le morceau suivant, tiré d’un poème persan nommée Pend-Nameh, donne

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