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CHAPITRE PREMIER

la nature a doué > l’homme -- destiné à lui faire distinguer les diverses émanations oui s’exhalent sans cesse de tous

olfactifs, l’impression reçue au cerveau, qui juge, apprécie et nomme l’odeur d’après la sensation qu’elle fait naître.

Si cette sensation est agréable, si elle paraît se répandre délicieusement dans l’organisme, si les idées surgissent plus vives, plus riantes au siège de la pensée, c’est que l’on a respiré un parfum.

Le printemps, cette ravissante saison que le poëte italien salue dü nom si mérité de «jeunesse de l’année, »

« Primavera, gioventù dell’ anno I »

voit éclore les parfums les plus riches et les plus suaves :

« De son sein le Printemps fait sortir chaque grâce,

Le perce-neige rompt d’abord son lit de glace,

Puis vient la marguerite et le polyanthus,

La fraîche giroflée et le tendre crocus,

Et cette douce fleur, si frêle et si modeste,

Qui dérobe aux regards sa corolle céleste...

Toutes, belles de forme et riches de couleurs,

Inondent nos jardins d’enivrantes senteurs 1 .»

La terre, secouant alors le sombre linceul sous lequel l’hiver l’avait ensevelie, revêt ses plus brillants atours et se pare coquettement du blanc bouquet de la fiancée :

« L’immortelle nature

Se remplit de parfums, d’amour et de murmure Comme le lit joyeux de deux jeunes époux 2 . »

L’oiseau sous la feuillée et l’insecte dans l’herbe semblent s’unir en une hymne de reconnaissance au

i. Thomson.

a. Alfred de Musset.

PRÉLIMINAIRE

Créateur, tandis que l’arbre et la plante, jaloux de prendre leur part à cet hommage, agitent dans les airs leurs « encensoirs flottants », charmante image qu’emploie notre grand poëte 1 :

J asmin, asphodèle.

Encensoirs flottants,

Branche verte et frêle Où fait l’hirondelle Son nid au printemps.

L’auteur du livre des Saisons avait dit avant lui :

« Élevez votre encens, ô plantes, fruits et fleurs,

Vers Lui dont le soleil vous a donné la vie,

Le souffle parfumé votre odeur d’ambroisie,

Et le pinceau divin vos brillantes couleurs s ! »

A l’heure où le soleil disparaissant de l’horizon aspire de ses derniers rayons les brumes suspendues dans l’espace, quand de molles et indécises clartés cherchent à combattre la nuit qui s’avance et que perce déjà le scintillement des premières étoiles, un souffle léger s’élève, court sur la prairie, se joue dans les buissons, et arrive imprégné de toutes les senteurs.

C’est le vent du midi, dont l’haleine embaumée Caresse doucement la violette en fleur,

Et qui rend à la terre, en brise parfumée,

Son arôme charmant, dans toute sa fraîcheur 8 . »

Un ravissement indéfinissable semble alors s’emparer de notre être; une vie plus généreuse parcourt

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